alt=Carte de Cassini centrée sur Origny-le-Roux et Cherperine|vignette|Carte de Cassini centrée sur Origny-le-Roux et Cherperine
Le château de Chèreperrine (orthographié au Cherperine) est situé dans la commune d'Origny-le-Roux, dans le département de l'Orne, en région Normandie. Sa construction remonte à l'année 1704. Il est inscrit, depuis le , au titre des monuments historiques. En partie détruit par un incendie en 1924, il a été amputé d'un tiers de sa largeur et de son étage sous toiture. Il a conservé sa cour d'honneur délimitée par des douves sèches, ses dépendances dont l'une héberge la chapelle privée, sa glacière et son parc de .
Une succession de propriétaires
Des origines au À l'instar de beaucoup de châteaux de la région, Cherperine a sans doute été un château féodal que la guerre de Cent-Ans a ravagé. En 1449, une grande partie de la noblesse du Perche est décimée et les demeures seigneuriales anéanties. À la fin du , Olivier de Baraton en est le seigneur, du fait de son mariage avec Françoise de Surgères, dame de Cherperine et tante d'Hélène de Surgères célébrée par Ronsard. Au début du , le Perche connaît une relative prospérité et une floraison de manoirs. La seigneurie passe à partir de 1505 entre les mains de deux grandes familles: les Vauloger et les Rohan. À la mort de Pierre Rohan Gié en 1513, Cherperine échoit à son fils Pierre II de Rohan après un procès qui l'oppose à son frère aîné Charles. Pierre meurt en 1525. C'est son fils René, vicomte de Rohan et prince de Léon, qui en hérite et cède le domaine en 1539 à son trésorier Martin de Chauray. Celui-ci l'achète à bas prix vu qu'il est créancier de son maître pour plus de . Martin de Chauray, devenu châtelain, se fait anoblir en 1553, tandis que Cherperine est érigé en comté en 1565. À sa mort, la propriété est partagée entre ses trois enfants puis morcelée entre leurs descendants. De 1562 à 1598, le Perche est en proie aux guerres de religion qui s'accompagnent de pillages, destructions et massacres perpétrés autant par les catholiques que par les protestants. L'époux d'une des petites-filles Chauray, Gilles de Talhouët, gouverneur de Redon, rallié à Henri IV, vend Cherperine en 1625 à Messire Claude de FontenayCertaines sources indiquent Pierre de Fontenay, gouverneur du Perche alors qu'il est mort en 1610 et n'a pas de fils nommé Claude. Or l'inventaire après décès de de Moras indique bien la vente le 9 avril 1704 de Cherperine par Claude de Fontenay, seigneur de Soisay, La Perrière et Cherperine. Son père porte le même prénom. contre . Sous cette puissante famille, le domaine s'accroît considérablement. À la mort de Claude I, son fils, lieutenant des maréchaux de France à Mamers, se voit obligé de vendre les terres et le manoir au marquis Pierre Puchet des Alleurs (1643-1725), ambassadeur auprès de la Sublime Porte.
À partir du Les Puchot des Alleurs, qui ont acquis six ans auparavant la terre de Clinchamp (orthographiée aussi Cllnchamps) achètent celle de Cherperine moyennant . Ils décident en 1704 de transformer le manoir en un château, d'après les plans de l'architecte parisien Pierre-Alexis Delamair, et continuent à agrandir la seigneurie par de nombreux achats de terres et métairies. vignette|Armes de M. Peyrenc de Moras et de sa femme Marie-Anne Fargès de Polizy, tous deux anoblis. (Archives nationales, MC/ET/XCV/119) |alt= Quelque temps après leur décès, le , le riche financier Abraham Peyrenc de Moras (1684-1732) achète aux héritiers les terres de Cherperine et de Clinchamp moyennant . Le château lui sert de maison de plaisance et héberge l'amour naissant de sa fille pour le gentilhomme désargenté Louis de Courbon qu'elle épousera en secret. La propriété passe à la mort des parents au fils cadet, Alexandre-Louis, marquis de Saint-Priest et conseiller au Parlement de Paris. Devenu comte de Clinchamp et seigneur de Cherperine, il exerce le son droit de retrait féodal au titre de suzerain direct du manoir de la Pillardière, c'est-à-dire qu'il réunit le manoir à sa propriété en remboursant l'acheteur, notaire à Bellême. Il meurt sans alliance le . Son frère, François-Marie Peyrenc de Moras, marquis de Grosbois et secrétaire d'État de Louis XV, hérite de Cherperine aux termes du partage avec sa sœur. Il revend la seigneurie , le , à François de NoguéAN, MC/ET/XLVIII/169: vente du comté de Clinchamp à M. de Nogué, devant maître Duclos du Fresnoy.
François de Nogué (1727-1798) est un riche négociant originaire du Béarn qui a épousé en Jeanne-Oroise de Laborde (1717-1792), sœur du marquis Jean-Joseph de Laborde, fermier général et banquier du roi Louis XV. De 1769 au lendemain de la Révolution, la famille Nogué se partage entre son hôtel parisien de la rue d'Artois et son château du Perche. Celui-ci échappe aux confiscations révolutionnaires. La famille n'est pas pour autant épargnée par la guillotine. Elle se perpétue en l'unique fils survivant, François-Joseph de Nogué (1754-1818) auquel succède son fils François-Marie-Joseph-Adolphe (1804-1853) qui décède au château. Le patronyme familial se perd avec la naissance de deux filles. Michelle-Françoise-Laurence (1843-1873), en épousant en 1862 le comte de la Ferronnays (1833-1875), fait entrer le château dans la famille de son mari.
Ce dernier le vend au comte de Lévis-Mirepoix (1846-1928), maire d'Origny-le-Roux et député de l'Orne de 1885 à 1910. Le château appartient toujours à la famille.
L'appellation Chère Perrine s'est substituée à l'ancienne orthographe du Cherperigne ou Cherperyne et à celle du Cherperine. Elle a suscité bien des fantasmes. Selon les rumeurs, l'ancien castel a abrité les rencontres d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées et le château les amours du grand Dauphin et de des Alleurs (ce dont on peut douter car le Grand Dauphin, Louis de France, a été victime d'une attaque d'apoplexie en 1701. Les plans du château sont de 1704. Le comte de Moucheron, auteur de l'article sur le château dans l'ouvrage La Normandie monumentale et pittoresque, ajoute cette note en bas de l'article:
"Ce joli nom de Chèreperrine a fait supposer que la demeure qui le porte avait été construite par le Grand Dauphin pour Périnette, sa maîtresse. On a vu que les choses remontent beaucoup plus haut. En fait d'amours royales, le castel dont nous nous occupons et qui n'était alors qu'un rendez-vous de chasse perdu au fond des bois, n'a vu que celles d'Henri IV et de sa belle Gabrielle; nul ne saura quelle est cette chère Perrine dont le nom se trouve immortalisé et qui ne fut, elle-même, peut-être qu'un caprice local d'Olivier de Baraton."
L'histoire des propriétaires du château au
Pierre Puchot des Alleurs (1643-1725) Pierre Puchot, marquis des Alleurs et comte de Clinchamp, naît à Rouen en 1643 dans une famille parlementaire de noblesse récente. Il sert d'abord dans l'armée où il gravit les échelons. En 1672, il est enseigne au régiment des Gardes, en 1673 lieutenant, en 1691 major-général dans l'armée d'Allemagne, en 1693 commandeur de Saint-Louis, en 1702 maréchal de camp et deux ans plus tard, lieutenant général. En 1694, il épouse Marie-Charlotte de Lutzelbourg (1669-1721), fille d'un colonel et sœur d'un général. M. de Saint-Simon, si acerbe d'habitude, dit de lui: " Des Alleurs était un normand de peu de chose, fait à peindre et de grande mine qui lui avait fort servi en sa jeunesse. Il avait été longtemps capitaine aux gardes et il servit toute cette guerre de major général à l'armée du Rhin, et l'était excellent. À la longue, il devint lieutenant général et grand-croix de Saint-Louis. C'était un matois doux, respectueux, affable à tout le monde et qui le connaissait bien; il avait de la valeur et beaucoup d'esprit, du tour, de la finesse, avec un air toujours simple et aisé. Il s'amouracha à Strasbourg, où il était employé les hivers, de de Lutzelbourg, belle, bien faite et de fort bonne maison, laquelle avait eu plus d'un amant, et qui, n'ayant rien vaillant que beaucoup d'esprit et d'adresse, voulut faire une fin comme les cochers et fit si bien qu'elle l'épousa." alt=Cérémonie du Grand Vizir Ahmed III accueillant en 1699 Charles de Ferriol, le prédécesseur de Pierre Puchot des Alleurs. ( tableau de Jean-Baptiste Van Mour)|vignette|Cérémonie du Grand Vizir Ahmed III accueillant en 1699 Charles de Ferriol, le prédécesseur de Pierre Puchot des Alleurs. ( tableau de Jean-Baptiste Van Mour) alt=Capucin français à l'église Saint-Louis des Français à Istanbul|gauche|vignette|Saint François d'Assise rencontre le sultan Malik al Kamil en 1219. (Céramique dans l'église Saint-Louis des Français à Istanbul) En 1697, Pierre Puchot des Alleurs entame une carrière d'ambassadeur à Berlin. Il est envoyé de 1698 à 1701 auprès des électeurs de Bavière, de Liège et de Cologne.
Ratisbonne, le 17 Avril 1702: « L'envoyé de Votre Majesté [Des Alleurs] m'en a presque en même temps adressé exemplaires imprimés et ils ont été aussitôt distribués ici d'une manière que je crois qu'ils auront depuis passé de main en main à la plupart des Ministres de la Diète.»
En 1704, il remplit une mission auprès de Ragotzky, prince de Transylvanie, auquel il remet les subsides du roi de France. Encore en Hongrie, il reçoit l'ordre de rejoindre Constantinople où il est ambassadeur de 1711 à 1716. Sa nomination à la Sublime Porte, il la doit à son adresse dans ses précédentes missions mais aussi aux intrigues de sa femme à Versailles à qui on reconnaît un esprit du diable. À Constantinople, il représente les intérêts politiques et commerciaux du roi et de France, il est aussi chargé de la protection des jésuites, des capucins et en général de toutes les missions catholiques dans le Levant. Las du climat et se faisant vieux, M. des Alleurs demande à revenir en France où on lui octroie le gouvernement de la ville et du château de Laval. Sa femme meurt à 53 ans, le , et lui, quatre ans après, à l'âge de 82 ans. Par son testament, il ordonne que son cœur soit porté aux Capucins de Péra, faubourg de Constantinople et quartier des ambassades. Il laisse trois enfants dont l'un, Roland Puchot, reprend le flambeau comme ambassadeur en Pologne et à Constantinople. vignette|Pierre Puchot des Alleurs
"Le Comte de Joyeuse mourut ici le 26 du mois passé. Il a disposé de ses biens en faveur de son valet de Chambre. Mre Pierre Puchot, Marquis des Ailleurs, Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire de St. Louis, Maréchal des Camps & Armées du Roi, ci-devant Envoyé extraordinaire de S. M. vers les Électeurs de Cologne & de Brandebourg, & Ambassadeur ordinaire près du Grand Seigneur, mourut en cette ville le 25 du mois dernier, âgé de 82 ans."
Abraham Peyrenc de Moras (1684-1732) vignette|Abraham Peyrenc de Moras ( Musée du Vigan)