La Fédération agraire argentine (en espagnol , en abrégé FAA) est une organisation patronale argentine des petits et moyens producteurs agricoles. Actuellement, la FAA est présidée par Andrea Lucía Sarnari..
Fondée en 1912 dans le sillage d’une révolte historique des métayers et petits paysans (chacareros) de la pampa, et alors que prévalait encore le traditionnel système latifondiaire, la FAA se fixa pour mission de défendre les intérêts des petits exploitants agricoles contre la grande propriété terrienne, contre les oligopoles de distribution, de transport et d’entreposage, et contre les autorités gouvernementales, globalement favorables alors à l’oligarchie foncière. Si, en ce qui concerne le gouvernement, c’est la confrontation qui prédomina dans les décennies 1920 et 1930, la FAA cependant consentit à partir de 1949, sous le péronisme, à se rapprocher des autorités publiques et à s’intégrer dans les organismes agraires de concertation et de soutien mises en place par le gouvernement (dont notamment un système de crédit adossé à la banque nationale).
La FAA, structurée en un comité central doublé d’un vaste réseau d’entités locales associées répandues sur tout le territoire de l’Argentine (y compris des organisations de jeunesse), s’appliquait à contrecarrer l’arbitraire des grands propriétaires (en particulier l’expulsion des métayers), à préserver l’agriculture familiale (encore très vivace en Argentine), à garantir des prix minimum pour les productions des petits exploitants, à régulariser le marché contre les fluctuations internationales des prix, et surtout à promouvoir l’accès à la propriété des terres, notamment en plaidant pour une politique publique idoine. Dans ses modalités d’action, une place centrale était (et est encore) réservée au coopérativisme, que la FAA voulait, et continue de vouloir, intégral, c’est-à-dire associant ta totalité des petits producteurs et couvrant toute la chaîne d’activité (achat de matériel et d’intrants, transport et entreposage, commercialisation, exportation) ; de fait, la FAA réussit à créer des coopératives en grand nombre sur tout le territoire argentin, surtout sous le péronisme, quand le coopérativisme était devenu aussi le credo officiel du gouvernement. La loi sur les fermages adoptée à cette même époque alla dans le sens des revendications de la FAA.
À l’heure actuelle (2019), la FAA fournit des services d’assistance à l’extension agricole, gère des caisses de crédit rurales, assiste le petit exploitant en matière technique (semences), gère un vaste réseau de coopératives, offre des services de mutualité, et s’efforce d’œuvrer au niveau politique pour obtenir des changements législatifs allant dans le sens des intérêts de ses affiliés.
Présentation Composition et membres La FAA ambitionne de regrouper sous son égide les petits et moyens agriculteurs travaillant sur le mode de l’agriculture familiale. Ses membres sont répartis dans des Filiales, des Centres de jeunesse (Centros Juveniles), des Entités affiliées, des Associations (ou Groupes) de femmes fédérées, et des Entités associées dispersées sur tout le territoire de l’Argentine. Les Filiales sont des organisations locales, auxquelles le producteur agricole participe activement. Elles se composent d’associés (socios) siégeant dans un Comité de direction (). Les Centres de jeunesse ont pour but d’organiser et de former les enfants d’agriculteur âgés entre 15 et 30 ans. Le terme Entités affiliées recouvre l’ensemble des associations civiles, des coopératives, des chambres de commerce, des mouvements issus du monde agricole et pouvant s’identifier avec la représentation syndicale de la FAA. Les Groupes de femmes fédérées se composent de femmes rurales qui, partageant les idées de la FAA, ont décidé de s’impliquer dans l’activité syndicale de l’organisation, et tentent par là d’influer sur les politiques publiques menées, avec un souci particulier pour le statut de la femme.
Toutes ces entités de base sont habilitées à participer directement, avec droit de parole et droit de vote, au Congrès annuel ordinaire, lequel est appelé à fixer les stratégies syndicales à mettre en œuvre. Quant aux « Entités associées » (), elles ont voix au chapitre lors des Congrès, mais ne sont pas en droit de voter..
Un certain nombre de ces entités de base constituent le « complexe fédéré » ; ce sont : la coopérative agricole ; la , qui offre une couverture médicale aux familles d’agriculteurs ; la , qui apporte son assistance technique dans le secteur agroalimentaire et industriel ; la , qui se charge de l’instruction des producteurs en leur dispensant des formations ; la , qui œuvre à ce que des familles rurales puissent bénéficier de l’attribution de terres domaniales (« fiscales ») inoccupées dans tout le pays ; la CAFER, structure de commercialisation au service des entités de base d’Entre Ríos ; la ; et la , nouvel instrument conçu pour favoriser le développement de l’agriculture familiale.
Structures de fonctionnement L’entité syndicale proprement dite comprenait, dans les premières décennies de l’existence de la FAA, trois échelons organisationnels, remplissant chacun une fonction importante : le niveau central, la section et l’échelon comarcal (±cantonal). À l’échelon central étaient définis les contours généraux des politiques, tandis qu’à travers les sections locales, la FAA s’assurait de disposer d’un fort enracinement dans la base sociale. Dans les assemblées générales des sections, l’on désignait les délégués à envoyer aux congrès généraux ordinaires annuels. Inversement, le niveau central de l’organisation exerçait sa tutelle sur les instances locales par ceci que des délégués du Comité directeur participaient au travail des sections et par la figure de l’inspecteur qui y remplissait une fonction de surveillance.
L’instance cantonale était cruciale comme lieu de cristallisation des intérêts, vu que c’était là qu’étaient présentées et discutées les propositions respectives des sections et des coopératives, et que l’on s’efforçait de parvenir à des conclusions de portée régionale. Cette mécanique décisionnelle impliquait de confronter entre eux des intérêts très spécifiques, de négocier à leur sujet, et de les replacer dans une perspective plus générale. La procédure particulière qui régissait le processus d’estimation du salaire à verser à l’ouvrier agricole pour accomplir la récolte ou du prix de vente du grain peut servir d’exemple illustrant cette façon de procéder. Chaque petit groupe faisait valoir ses propres estimations salariales à partir d’une ventilation détaillée par tâches, estimations qui variaient non seulement selon le type de production, mais aussi selon le niveau technique des moyens utilisés pour réaliser la production. Ces estimations étaient ensuite mises en regard des prix de vente des productions respectives. Sur cette base, on négociait avec le gouvernement péroniste, et si aucun accord n’était atteint, l’agence gouvernementale IAPI () s’acquittait, à partir du Deuxième Plan quinquennal (péroniste), d’une somme d’appoint s’ajoutant en complément du prix du grain pour compenser la hausse de salaire.
À l’heure actuelle, l’organisation interne de la FAA est moulé sur un découpage du territoire argentin en 16 districts. Elle est dirigée par un directoire, le Conseil directeur central, élu lors du Congrès annuel ordinaire. La FAA a son siège au n°1121 de la rue San Lorenzo à Rosario et publie le périodique .
Histoire Fondation et contexte historique
À partir de la fin du , à la faveur de son expansion territoriale (en particulier par la Conquête du désert), de l’introduction de machines agricoles, et de l’immigration massive, l’Argentine commença à exporter des volumes significatifs de produits agricoles (surtout céréales et lin). Toutefois, les fluctuations des prix agricoles sur le marché mondial, les aléas climatiques et la difficulté d’accéder à la propriété de la terre constituaient un éventail de facteurs qui affligeaient dans une mesure variable les petits paysans et les métayers ainsi que les salariés agricoles. Comme la majeure partie de la production céréalière argentine était écoulée sur le marché mondial, il existait une forte dépendance vis-à-vis de la demande extérieure, laquelle était soumise au rythme des cycles économiques, en plus d’être affectée par des événements extérieurs tels que la Première Guerre mondiale. Le fardeau et l’effort dans la production de richesse dans ce secteur d’activité retombaient principalement sur les épaules des ouvriers agricoles et des petits et moyens producteurs, sans commune mesure avec la part des bénéfices qui leur était accordée.
La structure de répartition de la propriété terrienne maintenait pour l’essentiel sa caractéristique historique de haute concentration des biens-fonds en des mains peu nombreuses, et il en était de même pour la propriété des machines agricoles les plus modernes et les plus onéreuses. Schématiquement, le gros de l’excédent agricole dégagé se transformait en bénéfices pour le compte des seules oligopoles de commercialisation, des compagnies de transport ferroviaire et, sous forme de rentes, des grands propriétaires terriens. D’une part, cette situation entravait le progrès et l’amélioration des cultures et avait une répercussion néfaste sur le mode de vie et les conditions de travail de la plupart des paysans, et d’autre part était à la base d’une exploitation outrancière de la main-d’œuvre salariée. La situation était exacerbée encore par le manque d’infrastructures adéquates pour l’entreposage des grains, par la nécessité d’importer l’outillage de l’extérieur, et par l’inexistence de crédit bancaire qui fût accessible pour les petits et moyens producteurs et métayers.
À cette époque, où s’achevait l’expansion du territoire agricole argentin réalisée essentiellement sur la base du fermage et du métayage, ces modes de faire-valoir des terres caractérisaient 57 % des exploitations agricoles dans la province de Buenos Aires, 71 % de celles dans la province de La Pampa, 69 % dans la province de Santa Fe, 43 % en Entre Ríos et 51 % dans la province de CórdobaSelon les chiffres du Troisième Recensement national, 1914. Cité par .. Dans la plupart des expériences de colonisation du , l’octroi, à titre de propriété, d’une parcelle à un agriculteur demeurait un phénomène marginal, alors que dans le même temps un grand nombre d’intermédiaires disposaient de grandes étendues de terre qu’à leur tour ils cédaient à bail. Dans la plupart de ces contrats de fermage, la superficie que les producteurs directs devaient ensemencer se trouvait fixé, ainsi que le type de culture, de même qu’y était stipulé à qui ils auraient à vendre leurs récoltes, avec qui ils auraient à effectuer le battage du blé, et auprès de qui ils devaient se procurer les intrants nécessaires.
vignette|Premier Comité central de la FAA (1912).