Baal ou Ba'al (en hébreu : בָּעַל, Báʿal, qui signifie « supérieur, suprême » ; en akkadien : Bēl) est un nom divin pouvant désigner un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du Proche-Orient ancien, en Syrie et au Levant (Ugarit, Phénicie, Canaan) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée (Carthage).

Ce nom signifie « Seigneur » ou « Maître » et est couramment employé pour désigner une divinité majeure d'un panthéon local, souvent un dieu de l'Orage, qui représente la fonction souveraine dans ces régions, assimilé ou similaire à ceux portant en Syrie et en Mésopotamie les noms divins Adad, Hadad, Addu, Haddu Le terme Ba'al peut être employé seul pour désigner un dieu, notamment à Ugarit et dans la Bible. Assez souvent une épithète accolée au nom permet de singulariser la divinité parmi la diversité des Baals de la documentation antique, en l'associant notamment à un lieu ou à un champ de compétence particulier : Baal du mont Saphon, Baal des Cieux (Shamen), Baal Hadad, Baal Hammon Ils sont souvent peu documentés et leurs fonctions et cultes sont très mal connus. Il apparaît en tout cas qu'il ne s'agit pas toujours de dieux de l'Orage, certains ayant plutôt un caractère agraire, guérisseur ou chthonien.

Ces divinités ont des pendants féminins, les déesses appelées Baalat/Ba'alat (« Dame », « Maîtresse »), comme Baalat Gubal, la déesse tutélaire de Byblos.

Étymologie thumb|Stèle de Baal au foudre, -, trouvée à Ougarit, musée du Louvre. Le terme Ba'al est un mot répandu dans de nombreuses langues sémitiques occidentales (araméen, phénicien, arabe, hébreu) pour désigner un être supérieur aux autres, respectable, qui peut se traduire par le « seigneur », le « maître », le « propriétaire » ou encore l'« époux ». La forme féminine du nom est Ba’alat ou Ba’alah.

Ce terme sert en général d'appellatif, pour désigner une divinité qui porte un autre nom ou s'adresser à elle, voire d'épithète divine, mais il peut aussi servir employé seul comme nom propre servant à désigner un dieu souverain qui a le statut de seigneur/maître des autres dieux.

Historique Le terme Ba'al est attesté en lien avec des divinités depuis la période 2500-2300 av. J.-C., dans des tablettes cunéiformes provenant d'Abu Salabikh, de Tell Beydar et d'Ebla. Les historiens sont divisés sur les usages anciens du terme en rapport avec des dieux : il est possible d'y voir les premières attestations du dieu Ba'al à proprement parler, mais il est possible qu'il s'agisse uniquement d'appellatifs ou d'épithètes désignant des divinités qui ont un autre nom.

De fait la pratique consistant à employer le terme « Maître »/« Seigneur » pour composer le nom ou l'appellatif d'une divinité se retrouve dès les époques les plus anciennes. Dans les langues sémitiques orientales de Mésopotamie et de Syrie, variantes de l'akkadien, le terme employé est Bēlu(m), abrégé en Bēl, féminin Bēltu(m), qui désignent de la même manière que Baal et Baalat une grande variété de divinités telles que Bēl gasher le « Seigneur Fort », Bēl matim le « Seigneur du Pays », Bēlet Nippuri(m) la « Dame de Nippur », etc. ; au Bēl est souvent employé comme épithète ou autre nom du grand dieu souverain babylonien Marduk.

Vers le milieu du au plus tard Ba'al est employé dans certains royaumes de Syrie et du Levant comme le nom propre principal de la divinité suprême du panthéon, donc le « Seigneur » des dieux, dans ces régions en général le dieu de l'Orage et de la Fertilité, normalement appelé Addu, Haddu ou Hadad dans les langues ouest-sémitiques. Cela est notamment documenté à Ugarit. Il ne s'agit donc plus d'un simple appellatif ou d'une épithète, et le terme Haddu sert d'épithète à Ba'al, sous la forme Ba'al Haddu, dans la documentation ugaritique. Il est généralement considéré qu'il s'agit d'une évolution propre à cette période : comme le dieu de l'Orage a le statut de dieu principal, c'est lui qui est le plus couramment appelé Ba'al « Seigneur »/« Maître », et au fil du temps ce surnom devient son nom d'usage commun. Certains spécialistes ont néanmoins proposé que le terme Ba'al soit le nom originel du dieu de l'Orage dans les pays cananéens et que l'emploi des termes Hadad/Haddu se soit fait sous l'influence de la Mésopotamie, où le dieu de l'Orage porte le nom Adad en akkadien.

Quoi qu'il en soit, une dissociation entre les deux est visible dans les premiers siècles du : le dieu de l'Orage est alors plutôt désigné par le terme Hadad dans les pays araméens, tandis que dans la sphère phénicienne et cananéenne il est plutôt appelé Ba'al. Les textes bibliques emploient le terme Ba'al pour désigner une divinité spécifique, comme à Ugarit. Cela n'empêche pas pour autant la persistance de l'emploi du nom Ba'al avec diverses épithètes à Ugarit et en Phénicie : à Ugarit il est notamment désigné comme Ba'al d'Ugarit ou Ba'al du (mont) Saphon ; dans les cités phéniciennes on rencontre Ba'al du (mont) Liban, Ba'al de Sidon, Ba'al des Cieux, etc.. Plusieurs noms de lieux sont également composés à partir de son nom, évoqués surtout dans la Bible, et en particulier dans les régions hautes de Canaan (Ba'al-gad, Ba'al-hazor, Ba'al hermon, etc.). Reste alors à déterminer s'il s'agit de références au dieu Ba'al et à son culte, ou d'une autre divinité portant le titre de « Seigneur »/« Maître », ce qui se fait au cas par cas.

Des dieux de l'Orage du Levant antique

Dans les pays syro-levantins, les différents dieux dénommés Ba'al sont en général des divinités souveraines, presque systématiquement des dieux de l'Orage. Cette expression désigne plus exactement des divinités associées à des phénomènes naturels atmosphériques, comprenant certes les éclairs et le tonnerre, mais aussi les tempêtes et d'une manière générale les précipitations, ce qui leur confère un aspect fertilisateur. Dans les régions côtières cela place aussi la navigation dans leur champ de compétences. Ils résident de manière privilégiée sur les hauteurs, ce qui fait que les principales montagnes sont couramment considérées comme leurs demeures.

Le culte de Baal et sa mythologie sont surtout attestés par les textes d'Ugarit datés des années 1250-1185 av. J.-C., mais il apparaît de manière plus sporadique dans d'autres sites syriens de l'âge du bronze récent (Emar), dans le domaine phénicien de l'âge du fer et en Égypte où son culte a été « importé ». La Bible hébraïque comprend également des mentions de son culte dans les pays d'Israël et de Juda et le reste du Levant méridional, présenté sous un jour négatif.

Ugarit et la Syrie

thumb|gauche|Ruines du temple de Ba'al à Ugarit.

Ugarit sur la côte syrienne est le cas le mieux documenté dans lequel un dieu est appelé Ba'al tout court, plus exactement Baʿlu dans la langue locale, l'ugaritique. Il est néanmoins aussi désigné sous des formes plus traditionnelles, avec une épithète topique, Ba'al d'Ugarit et Ba'al du (mont) Saphon (Ṣapūna/u), ou encore une épithète divine Ba'al Hadad, rappelant qu'il est l'aspect local du dieu de l'Orage. Le fait qu'on rencontre plusieurs Ba'als dans les listes divines d'Ugarit renvoie au fait que plusieurs Baals reçoivent un culte. Ils sont souvent singularisés par une épithète renvoyant à un lieu (on trouve notamment Ba'al d'Alep) ou à un attribut (Baal-Kanapi « de l'aile ») chacune disposant de son propre culte. Dans cette optique, Ba'al d'Ugarit et Ba'al du Saphon seraient considérées dans les cultes comme deux divinités distinctes, qui jouent un rôle majeur dans la protection du royaume.

Ba'al est à Ugarit tantôt présenté comme le fils du grand dieu El, figure patriarcale du panthéon local, ou comme celui de Dagan, grand dieu agraire de la Syrie. La déesse Anat n'est pas explicitement présentée comme son épouse, les déesses ayant ce rôle sont Pidray, Tallay et Arsay, aussi présentées comme ses filles. En tant que dieu de l'Orage, il est le maître des pluies, du tonnerre et des éclairs, et plus généralement un dieu de la fertilité. Les épithètes et titres qu'il reçoit indiquent la grande variété de ses rôles. Il est Ba'al d'Ugarit, le protecteur de la cité et du royaume, et son roi à proprement parler. En tant que maître du mont Saphon, il trône au sommet de la plus haute montagne du royaume, rappelant par là son rôle éminent. Son rôle atmosphérique se retrouve ainsi dans le titre de « chevaucheur des nuées ». Sa résidence est aussi présentée comme un domaine céleste, situé au-dessus des nuages. Il est également défini comme « puissant » (dnrm). « Le victorieux » (aliyn bʿl) et « le plus puissant des héros » (aliy qrdm) renvoient à ses exploits guerriers et son aspect militaire. L'imagerie renvoie aussi à ces attributs : la stèle de Ba'al au foudre le représente debout sur une montagne, en posture combattante, brandissant une massue de la main droite dans une posture reprise de l'iconographie égyptienne, et tenant de la main gauche une lance plantée dans le sol. Un personnage représenté en plus petit est sans doute le roi d'Ugarit.

Un groupe de textes mythologiques en ugaritique surnommé « Cycle de Ba'al » par les spécialistes modernes est dédié à sa gloire et à l'exaltation de la royauté. Le premier récit relate comment Ba'al a vaincu le dieu Yam, la Mer, ce qui le place dans le rôle de divinité protectrice contre les forces du chaos venues de la mer, également documenté par des mentions de ses combats contre d'autres monstres maritimes qui ont des échos dans la Bible (un équivalent de Tannin, des serpents tels que Litanu qui rappelle le Léviathan). Il accède alors au statut du dieu souverain, et un palais est érigé pour lui. Son affrontement suivant le met aux prises avec Mot, le dieu de la Mort, qui le fait venir aux Enfers où il le retient, causant une perte de la fertilité sur terre. Ba'al parvient à s'échapper, puis combat Mot, qui reconnaît sa suprématie bien que le duel n'ait pas eu de vainqueur. Ce récit présente donc Ba'al comme un dieu de la fertilité lié au cycle des saisons, tout en le reliant au monde infernal, ou peut-être encore à la figure du dieu qui meurt et qui renaît présent dans diverses traditions mythologiques, mais à Ugarit il n'y a aucun rituel qui conforterait cette interprétation.

Monde phénicien et punique

Il y a assez peu de mentions écrites d'un dieu Ba'al tout court dans les textes en phénicien du Il apparaît dans des expressions telles que « Main de Ba'al », « Béni de Ba'al », « par la grâce de Ba'al et des dieux », etc. Néanmoins on trouve de nombreux Ba'als dans cette documentation, qui ne sont pas forcément des dieux de l'Orage, le nom Ba'al étant souvent employé avec des épithètes pour désigner le « Seigneur »/« Maître », dieu principal de divers panthéons de cités (Sidon, Tyr, Byblos, etc.), des dieux associés à des montagnes (Saphon, Liban, Hermon) et d'autres divinités ou appellatifs divins (Ba'al shamem, Ba'al hammon, Ba'al addir). Le traité entre le roi Ba'al de Tyr et le roi assyrien Assarhaddon (v. 675 av. J.-C.) invoque ainsi trois Ba'als parmi les dieux garants de l'accord : Ba'al shamem, Ba'al malage (non attesté ailleurs) et Ba'al du Saphon.

En phénicien Hanni-baal est un nom théophore signifiant « qui a la faveur de Baal », et qui a été porté par Hannibal, le célèbre général carthaginois qui attaqua Rome.

Égypte

La culte de Ba'al est importé en Égypte depuis le Levant au moins à partir du par les Hyksôs qui implantent son culte à Avaris. Il semble surtout être reçu sous son aspect guerrier, puisqu'il est assimilé dans la mythologie égyptienne à Seth, par ailleurs une divinité des pays étrangers et qui présente aussi des traits des dieux de l'Orage. Ba'al tend à incarner en Égypte la royauté sous son jour belliqueux. Le papyrus d'Astarté semble contenir une version en égyptien du mythe du combat de Ba'al contre Yam, la Mer..

Israël et la Bible