La Compagnie d'arc d'Amiens, anciennement Compagnie fondamentale des chevaliers et archers d'Amiens, est un club amiénois de tir à l'arc fondé le , affilié à la Fédération française de tir à l'arc et à la Fédération française handisport.
Bien que l'association ne soit créée qu'en , son histoire remonte aux milices urbaines du Moyen Âge appelées « Grand serment » et « Petit serment », qui évoluent par la suite en « compagnie privilégiée ». Celle-ci est dissoute lors de la Révolution française de . Les descendants des archers de l'époque reforment alors la Compagnie telle qu'elle est aujourd'hui.
La Compagnie est maintenant désignée en tant que club sportif et non plus en tant que compagnie militaire, bien que l'aspect historique soit conservé via les traditions qui sont toujours pratiquées et transmises, notamment le tir Beursault, le tir du Roy ou les titres militaires pour les dirigeants.
Histoire Milice urbaine du Rôle militaire La ville d'Amiens propose, vers , une ébauche d'organisation municipale au comte d’Amiens, Enguerrand de Boves et à son fils Thomas de Marle qui refusent de reconnaître la commune. Les amiénois se révoltent alors contre la tyrannie seigneuriale. En 1115, le roi Louis VI le Gros vient en personne appuyer la rébellion des bourgeois soutenus par l'évêque Geoffroy, contre leurs seigneurs.. À la suite de la victoire des amiénois en , la nouvelle commune institue des troupes armées pour la défense et la police de la ville d'Amiens..
Les archers de la milice urbaine d'Amiens sont regroupés dans un collectif appelé le « Grand serment », formé de recrutés dans les familles les plus notables de la bourgeoisie locale.. À une date ignorée est institué un « Petit serment », composé de . Les membres des « Serments » doivent jurer, lors de leur admission, de respecter les statuts du groupe, l'autorité du capitaine et celle du maïeur de la ville.
Ces 150 archers forment, avec 60 arbalétriers, les troupes spécialisées de la petite armée municipale. Avec l'avènement des armes à feu à la fin du , 60 arquebusiers et 80 couleuvriniers viennent s'ajouter à leurs rangs.
Les archers de la ville sont déployés au service du roi à maintes reprises, notamment à la bataille de Bouvines en . Pendant la guerre de Cent Ans, ils sont opposés, plusieurs fois, aux archers anglais, mieux armés, leurs arcs étant hauts de deux mètres et permettant d'envoyer leurs flèches à plus de deux cents mètres.
Les archers obtiennent donc certains avantages : exemption d'impôts et de charges, guet au rempart, logement des gens de guerre. Les archers bénéficient notamment du « franc salé » : ils ne payent pas, sur le sel qu'ils achètent, le lourd impôt de la gabelle. Ces avantages les font appeler les francs-archers.
Leurs privilèges sont confirmés successivement par tous les rois de France dont Charles VIII en , Louis XII en et par en . Le , François ratifie une ordonnance interdisant aux grenetiers et contrôleurs des greniers de délivrer du sel aux archers, arbalétriers ou couleuvriniers, sans que ceux-ci ne payent la gabelle.. François étant de passage à Amiens en , les archers de la ville en profitent pour lui réclamer une exception en leur faveur. Le , le roi publie une ordonnance rétablissant leurs privilèges aux archers d'Amiens, comme récompense pour les services rendus à la couronne. Ces privilèges sont de nouveau confirmés par le monarque le , puis par Henri II en , par François II en , et par Louis XIII en . Les lettres tombant une première fois en surannation, de nouvelles lettres sont accordées le . Cependant, soit par oubli, soit par volonté de ne pas payer les droits d'inscription, les compagnies privilégiées d'Amiens laissent, une fois de plus, tomber en surannation les lettres de confirmation, ainsi que celles accordées par Louis XIV le . Le roi est donc obligé de rédiger de nouvelles lettres le , pour inviter la Cour des aides à enregistrer leurs titres sans se préoccuper du dépassement de délai. Le , les compagnies ne s'étant toujours pas inscrites, le roi doit rendre une énième ordonnance. Leurs privilèges sont de nouveau confirmés en par Louis XV. Ces privilèges prennent fin après la Révolution, à la suite du décret de l'Assemblée nationale constituante du .
Les progrès de l'armement entraînent la disparition de l'arc au profit de l'arquebuse. Les archers sont toujours mandés à l'époque de Louis XIV, notamment aux sièges de Saint-Omer, en , ou celui de Dunkerque, mais pour des missions d'escorte de prisonniers ou de convoi de munitions.
En et , les archers d'Amiens prennent les armes pour apaiser les troubles publics causés par les tensions religieuses et notamment le pillage de la maison Marcet, famille protestante d'Amiens..
En , sous les ordres du maréchal de Cossé-Brissac, ils reprennent Saint-Valery-sur-Somme des mains du calviniste François de Cocqueville, lors de la bataille du 18 juillet.
Puis, en , ils répriment l'émeute causée par la présence du conseiller d'État de Pommereux.
En , ils répriment l'émeute causée par la création de l'impôt sur la sayetterie. Puis, le de la même année, ils gardent le passage de la Somme à Picquigny en surveillant la porte Saint-Pierre.
En , lors du siège d'Arras, ils sont chargés de conduire les munitions et les canons devant la ville. La même année, ils ont pour mission de garder les prisonniers faits à la bataille de Lens. En , le roi Louis XIV les envoie en garnison à Béthune.
De nouvelles missions de surveillance de prisonniers leur sont confiées en et , consistant à surveiller les prisonniers de la campagne de Flandres enfermés au bastion de Guyencourt. Ils ont également la charge, en , de surveiller ceux du bastion de Longueville.
Aspect religieux vignette|Le Pérugin, représentation de saint Sébastien (vers 1500), Paris, musée du Louvre.|alt=Tableau montrant un homme habillé d'un pagne attaché à une colonne et percé de deux flèches, une auréole est au-dessus de sa tête. Les serments sont des associations croyantes placées sous le patronage de saint Sébastien pour le Grand serment et sainte Christine pour le Petit serment, tous deux tués en étant criblés de flèches.
Le Grand serment célèbre une messe solennelle le jour de la fête de son saint patron, le , dans un premier temps à la chapelle de l'Hôtel-Dieu d'Amiens, puis sur l'autel latéral gauche de l'église Saint-Leu et enfin, quelques années avant la Révolution, à l'Église Saint-Sulpice.
Les deux serments ne se rendent à la cathédrale que pour les grandes processions, le dimanche le plus près du et le dimanche précédant le premier mardi d'août. Ces deux processions auraient été initiées par l'évêque Ferry de Beauvoir pendant la seconde moitié du . Le parcours des processions étant prédéfini, elles doivent passer par : la pierre Saint-Firmin, le chapitre de Notre-Dame, les collégiales, le clergé des paroisses, les religieux mendiants, le Présidial, le Corps de ville et, plus tard, l'état-major de la citadelle. Les archers défilent deux par deux, avec leur épée au côté, avec en tête le capitaine, le lieutenant, l'enseigne (avec étendard déployé), les deux sergents et les deux tambours battant la marche cadencée par les accents du fifre.
Aux , l'étendard est celui de la ville, une bannière de taffetas pers et azur, armorié des armes de la ville. Une relique de saint Sébastien accompagne les archers tout au long du parcours, puis reste présentée devant l'autel de la confrérie le reste de la journée, après la messe célébrée au retour du cortège. Toutes les personnes assistant à la cérémonie doivent tenir un cierge, les restes des flambeaux sont ensuite transformés en une longue bougie filée qui brûle devant le crucifix de Jubé. La bougie est ensuite placée dans une lanterne à l'une des portes de la ville, surmontée d'un bas-relief représentant saint Sébastien.
Cette pratique perdure jusqu'en , quand le Chapitre, responsable de l'application de cette tradition, décide d'y mettre un terme.
Jardin d'arc Le Jardin du Grand serment est resté situé contre les remparts du jusqu'en , allant aujourd'hui du pont Baraban au pont des Célestins.
Initialement localisé dans la rue du grand Varlet, celle-ci est devenue successivement rue du Varlet, puis rue du gros Varlet, puis, en hommage au serment, rue du Grand serment.. Elle est par la suite renommée en rue des Grands archers et prend finalement le nom actuel de la rue des Archers..
vignette|left|Oiseau en bois utilisé pour le tir à l'oiseau.|alt=Photo en gros plan d'un objet en forme d'oiseau de couleur bleu et jaune. Dans ce lieu, la milice organise, une fois par an, un concours dont le but est de planter sa flèche dans une représentation en 3 dimensions d'un oiseau, le tir à l'oiseau, traditionnellement le premier dimanche du mois de mai.
Le premier archer à réussir est nommé « Roy » pour l'année. Si un archer y parvient trois années de suite, il devient « Empereur ». Ces titres donnent lieu à des honneurs et bénéficient de privilèges. Le Roy peut notamment emprunter l'allée centrale du jeu d'arc, donner son avis en premier, lors des assemblées et, en cas d'égalité lors d'un vote, départager les ex æquo, il est également prioritaire lors de tous les tirs. Le Roy partage le droit avec le capitaine et le lieutenant de ne pas être soumis à l'obligation d'effectuer des gardes de surveillance. Le Roy est également dispensé de service ordinaire. L'Empereur partage les mêmes privilèges que le Roy mais est, quant à lui, prioritaire sur le Roy actuel, et ce privilège est acquis à vie. L'Empereur peut également, pendant les cérémonies, porter une écharpe en sautoir comme insigne de sa dignité. Cette discipline est toujours pratiquée à l'heure actuelle, un titre de « Roitelet » est même ajouté pour les jeunes..
Au , le « tir au berceau », également appelé tir Beursault, commence à être pratiqué tout au long de l'année par les archers, en plus du tir à l'oiseau..
Le Jardin du Petit serment occupe l'espace entre les rues de la Queue de Vache, de la Dodane, Dame Jeanne et le boulevard du Cange.
Des rencontres pacifiques ont lieu entre serments de différentes villes, même éloignées. Ces joutes sont appelées les « nobles jours ». Le messager apportant l'invitation recevant de la municipalité, des cadeaux, de l'argent ou des joyaux.
Compagnie privilégiée du vignette|Henri-Charles Arnauld de Pomponne, abbé de Saint-Médard de Soissons, auteur du Règlement Général.|alt=Image en noir et blanc montrant un homme portant une perruque en tenue d'apparat, une croix en forme d'étoile est présente sur son torse. Le Petit serment cesse d'exister dans le courant du . L'une des rares reliques restantes est un méreau de plomb représentant sainte Christine, le corps percé de plusieurs flèches, conservé au Musée de Picardie.
Le Grand serment perd son statut de milice et devient une compagnie privilégiée vers la fin du , les archers conservant cependant les différents avantages qu'ils avaient en tant que milice.
En retour de ces privilèges, la ville ne leur demande plus que des services assez espacés, de police ou d'apparat. Ils doivent notamment se mettre à la disposition de l'autorité en cas d'alarmes, incendies ou émeutes. Le règlement, dressé le par les officiers municipaux et approuvé par le conseil d'État, stipule qu'au son de la cloche du beffroi, les membres des quatre compagnies doivent se rendre sur les lieux du sinistre, vêtus de leurs chapeaux uniformes et de leur giberne. Ils veillent alors au maintien de l'ordre sous la direction de leurs officiers municipaux et du commandant de place.