Les Beaucerons sont les habitants de la Beauce, une région naturelle de France qui couvre environ six cent mille hectares répartis sur cinq départements : l'Eure-et-Loir, le Loir-et-Cher, l'Essonne, le Loiret et les Yvelines. La population beauceronne représente une part du peuple français.

Ethnonymie L'ethnonyme Beaucerons, mentionné au minimum dès 1608Charles Estienne, L'agriculture et maison rustique, dernière édition, Rouen, 1608., est issu du nom de région Beauce, suivi du suffixe -eron.

D'autre part, les habitants de la Beauce québécoiseTerritoire originellement appelé Nouvelle-Beauce dans un recensement de 1739 ( Emile Salone, La colonisation de la Nouvelle-France). portent également le nom de Beaucerons, il ne faut donc pas les confondre avec ceux de France.

Anthropologie et ethnologie Certains Beaucerons ont pour ancêtres les CarnutesCharles Marcel-Robillard, Le folklore de la Beauce : travaux et métiers paysans, 1965..

vignette|Un Beauceron, dessin du . Extrait d'ouvrage :

Dans la première moitié du , les Beaucerons ne sont ni de petite ni de grande taille, mais ils se distinguent par des formes robustes, qu'on trouve jusque chez les femmes. Ils ont quelque chose de mâle dans l'expression de leurs traits et un teint que le soleil de leurs plaines découvertes a profondément bruni sans lui donner la chaude transparence des complexions méridionales. L'amour de l'argent, la pratique de l'hospitalité sont parmi eux en grand honneur. Bons, honnêtes, loyaux et froids, ils pèchent peut-être par l'excès de la raison ; mais l'imagination et la passion sont aussi étrangères à leur nature que la variété et la fantaisie à leur terre natale. Ils ont la régularité, l'uniformité et la monotonie de leurs plaines.

Les Beaucerons ont cette piété routinière dont l'exercice régulier tient aux habitudes traditionnelles des paysans : sans légendes et sans enthousiasme, ils sont religieux par raisonnement et par convenanceAristide Guilbert, Histoire des villes de France avec une introduction générale pour chaque province, Paris, 1845.. D'après Noël Parfait, le paysan beauceron est un homme simple qui ignore tout à fait ce qu'on appelle les bonnes manières. Il est autrement dit grossier, mais actif et laborieux comme l'abeille, ainsi qu'économe et prévoyant comme la fourmi. Il apprend assez tôt à guider la charrue et à tracer un sillon ; il acquiert ainsi, dans les rudes travaux des champs, de la vigueur et ses traits brunis par les rayons du soleil ont quelque chose de sévère et d'accentuéNoël Parfait, « Le Beauceron », in Les Français peints par eux-mêmes : province, tome 2, Paris, Curmer, 1841.Dans son descriptif de plusieurs pages sur les Beaucerons, Noël Parfait a repris plusieurs informations présentes dans l'ouvrage d'Abel Hugo intitulé France pittoresque et paru en 1835..

Les habitudes réglées des campagnards de la Beauce contribuent surtout à entretenir cette fleur de santé qui les distingue du citadin. Levés avec le jour, ils se couchent avec lui et n'étayent les longues veillées d'hiver, où les femmes se rassemblent et vont filer dans les étables, ils n'auraient jamais recours à d'autre lumière que celle du soleil, car après la grêle qui détruit sur pied leurs récoltes, ce qu'ils craignent le plus c'est le feu, qui consume le blé dans leurs granges. Chez eux, toute heure a son emploi, toute chose revient à son temps, chaque saison les retrouve préoccupés des mêmes soins, courbés sur l'aire ou penchés sur la glèbe et ce labeur méthodique et continuel rend leur existence uniforme comme la nature dont ils sont entourés. Maitres et domestiques s'asseyent patriarcalement à la même table et vivent entre eux sur le pied d'une parfaite égalité. Aussi, dans presque toutes les fermes, les principaux serviteurs vieillissent sous le harnais et se transmettent de père en fils comme de véritables immeubles. Il n'est pas rare de voir des garçons de labour attachés depuis cinquante ou soixante ans à la même exploitation en 1841.

Les fermiers, en qui le type beauceron se résume pour Noël Parfait, bien que les meuniers soient aussi très nombreux dans la Beauce, ont des façons moins abruptes et des manières plus rondes que les travailleurs qu'ils emploient. Mais ce sont des gens fort positifs et qui, franchement, ne prêtent guère aux pastorales. Leur esprit dominant est l'esprit de routine : ils préfèrent la pratique à la théorie et se roidissent contre toute espèce d'innovations. Aussi, les comices agricoles ont-ils une grande peine à se naturaliser chez eux, ce qui n'empêche pas cependant que la Beauce ne soit une des régions les mieux cultivées de la France vers 1841. Comme citoyen, le fermier remplit ses devoirs en tant qu'ils ne gênent pas la marche de ses travaux, car il subordonne tout à cet intérêt majeur, moins dans une pensée d'égoïsme que pour l'acquit de sa conscience. Par exemple, durant la moisson et jusqu'à la rentrée totale des grains, on l'appellerait vainement à siéger sur les bancs du jury et en dépit de l'amende, il n'y paraîtrait pas. Aussi les assises du département font-elles officieusement vacances tant que dure la récolte des blés. Un jury composé de paysans beaucerons use toujours largement des circonstances atténuantes. Il n'est qu'un crime pour lequel jamais on ne le voit en admettre : malheur aux incendiaires. Ils trouvent dans le cultivateur un juge impitoyable et qui se hâte de les punir aujourd'hui, pour ne pas être leur victime demain. Les incendies ne sont, en effet, que trop fréquents dans la Beauce vers 1841, c'est la vengeance de la région. Au lieu de s'attaquer à la vie de son ennemi, on s'en prend à ses granges ; on ne le tue pas, on le ruine.

Un riche laboureur est nécessairement le maire de sa localité et le chef d'une compagnie de garde nationale qu'il n'a pas souvent l'occasion de commander. À défaut de dignité, il montre au moins dans ses fonctions municipales du bon sens et de la bonne volonté. Le greffier de la mairie est presque toujours le maître d'école du village à cette époque, c'est une espèce de factotum ou de Michel Morin qu'il n'est pas rare de voir en même temps épicier, perruquier, chantre, et marchand de vin. De manière que la plupart du temps une simple cloison sépare la classe du cabaret : méthode renouvelée des Spartiates, qui exposaient des hommes ivres à la vue de leurs enfants, pour leur enseigner la tempérance. Mais s'ils ne cumulaient pas ainsi plusieurs professions, ces précepteurs villageois ne verraient pas souvent le vœu de Henri IV se réaliser pour eux. On n'envoie guère les jeunes garçons à l'école que pendant trois mois de l'année à cette époque, quand l'hiver interrompt les travaux de l'agriculture ; encore ces singuliers élèves payent-ils ordinairement le prix de leur pension en pommes de terre, haricots, lentilles, et autres légumes. Après avoir pendant trente ans conduit la charrue, après avoir marié leurs fils ou leurs filles, certains laboureurs viennent en ville jouir en paix de la fortune qu'ils ont si péniblement amassée. Ils achètent par exemple, dans un des faubourgs de Chartres, quelque petite maison.

Langage Sur le plan linguistique, ils parlent encore, en 1841, un langage qui est parfois semé de traits assez spécifiques et tout plein de vieilles locutions qui s'accordent bien avec leurs vieilles habitudes. Ils ont la voix haute et chantante, ainsi qu'un accent traînant, presque autant que celui des Normands et ils donnent aux syllabes finales des sons particuliers qui sont donc différents de ceux du français standard.

Alimentation Leur nourriture est plus que frugale à cette époque, elle se compose invariablement de pain bis, de légumes et de fromage, avec de l'eau à discrétion, mais cependant pas toujours, en été les mares se dessèchent vite et les puits se tarissent quelquefois. La viande n'entre dans leurs repas qu'aux fêtes carillonnées ou pendant la moisson, autrement leur sobriété se contente ordinairement du lard aux choux ou, autrement dit, des choux au lard. Le fermier lui-même, quelle que soit sa fortune, ne fait pas meilleure chère, point d'exception pour lui. Cette frugalité devenue proverbiale à fait dire à un caustique curé de Meudon que les gens de la Beauce .

Costumes vignette|Costumes de Chartres, dessin de 1835. Dans la première moitié du , la proximité de la capitale et les fréquents rapports du cultivateur avec les villes voisines, où il opère la vente de ses grains, tendent à faire disparaître chaque jour l'originalité de son costume. Toutefois sa tournure est encore assez caractéristique à cette époque pour qu'on n'ait pas à s'y méprendre. Noël Parfait décrit de la manière suivante un fermier beauceron : un homme au teint hâlé, coiffé d'un feutre à larges bords, dont le reflet rougeâtre atteste les services, couvert d'une blouse grossièrement brodée autour du col et trop courte pour cacher les vastes pans d'un habit de gros drap, qui tombe jusque sur les guêtres de toile blanche où ses jambes sont emprisonnées. Il tient un bâton noueux suspendu à son bras par un cordon de cuir et le talon de ses souliers ferrés presse le flanc de sa , qui porte en croupe le picotin d'avoine obligé. À la même époque, les oûtrons de la Beauce ont de grands chapeaux de paille brute et des sabots rouges garnis de foin.

Le costume des femmes des métayers, qui se distingue par des couleurs vives et variées, est assez semblable à celui des paysannes de la banlieue de Paris en 1841, il n'en diffère que par la coiffure. Néanmoins, cette disparité si légère en apparence, suffit pour donner à l'ensemble un caractère spécial et tout à fait distinct. En effet, le bonnet beauceron constitue à lui seul une originalité, c'est une personnification, c'est un type. Plus simple et plus gracieux que celui des Normandes, plus modeste surtout dans ses proportions, il laisse le front libre et découvert, tombe sur les tempes, où le brun des cheveux fait ressortir sa blancheur et va se nouer derrière la tête, en arrondissant autour du cou ses barbes tuyautées et transparentes. Il est parfois armé d'un large ruban de satin, fixé sur le devant par une épingle d'or ou tout uniment bouclé sous le chignon. D'autre part, leur petit bonnet, avec ses dentelles et ses broderies, coûte souvent plus cher que les chapeaux des grandes dames.

Politique Comme l'a dit un poète de la région, les opinions politiques du Beauceron sont éminemment voltairiennes. Il les retrempe dans le Glaneur (à prononcer Glanue), journal de la localité, qui lui parvient tous les mois en paquet, de sorte que à vingt ou trente lieues de Paris, il apprend ce qui s'y passe quand toute l'Europe le sait déjà depuis longtemps. Mais cela ne l'empêche pas de répéter dans son jargon, à l'arrivée de la feuille départementale : « Oyons ein brin quai qu'y a d'neu ani » (voyons un peu ce qu'il y a de nouveau à nuit)« à nuit » veut dire « aujourd'hui », c'est une expression qui remonte à la plus haute antiquité. Les Gaulois la tenaient des druides, qui comptaient par nuits et non par jours..

Lors des élections, le Beauceron ne se prononce ouvertement ni pour ni contre tel ou tel candidat au : il nage toujours entre deux eaux, tâchant de ménager les intérêts contradictoires, à l'instar de son voisin le Normand. De cette façon, l'individu rusé se trouve choyé par les uns et les autres. Il se laisse faire très volontiers et boit avec tous les partis, dont il se rit dans son jugement de la conscience. Après avoir passé par toutes les nuances du prisme politique, il redevient lui-même et vote selon sa guise, à la satisfaction universelle, double avantage du bulletin secret.

Citadins