Le Rallye Sanremo 1979 (21. Rallye San Remo), disputé du au , est la soixante-douzième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la neuvième manche du championnat du monde des rallyes 1979.
Contexte avant la course Le championnat du monde
Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes s'appuie sur les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Parallèlement au championnat des constructeurs, la Commission Sportive Internationale (CSI) a cette année introduit un championnat des pilotes qui remplace la controversée Coupe des conducteurs qui incluait aussi des épreuves de second plan. Le calendrier 1979 comprend douze manches (dont huit européennes), réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
thumb|left|alt=Ford Escort RS1800|Pratiquement assuré du titre, Ford a renoncé à sa participation officielle au Sanremo. Fiat ayant considérablement réduit son programme sportif et renoncé à défendre son titre mondial, Ford a rencontré une opposition limitée cette saison, Datsun, seul autre constructeur régulièrement engagé, s’appuyant sur des modèles groupe 2 nettement moins puissants que les Escort RS groupe 4. À quatre manches de la fin, comptant quatre victoires et trois secondes places alors que seuls les sept meilleurs résultats sont retenus pour le classement, Ford, proche du score maximal possible, ne peut raisonnablement être inquiété et a annulé sa participation au rallye Sanremo. L'épreuve italienne, que Fiat va tenter d'inscrire une nouvelle fois à son palmarès, n'aura donc qu'une incidence minime sur l'issue du championnat des constructeurs, ni sur celui des pilotes, le forfait de Ford entraînant celui des deux favoris Björn Waldegård et Hannu Mikkola.
L'épreuve
Si la première édition eut lieu en 1928, l’épreuve italienne ne fut régulièrement disputée qu’à partir de 1961. L’appellation « Rally dei Fiori » fut remplacée en 1968 par celle de « Rally Sanremo ». Jusqu’en 1976, le parcours alternait goudron et terre. Les éditions 1977 et 1978, entièrement disputées sur asphalte, se révélèrent moins sélectives et conséquemment moins attractives. Menacés de voir leur rallye exclu du championnat du monde, les organisateurs ont rétabli le parcours mixte, et augmenté distance et durée en étendant l’itinéraire jusque Saint-MarinRevue Auto hebdo - 4 octobre 1979. Les Lancia Stratos y ont dominé ces dernières années, victorieuses à quatre reprises entre 1974 et 1978.
Le parcours thumb|upright=2|right|alt=Saint-Marin|Saint-Marin, nouvelle ville-étape du rallye Sanremo. départ : de San Remo arrivée : à San Remo remise des prix : à San Remo distance : 3353 km dont 962 km sur 66 épreuves spéciales (74 épreuves initialement prévues, pour un total de 1078,85 km chronométrés) surface : asphalte (environ 40%) & terre (environ 60%) Parcours divisé en quatre étapesRevue Sport Auto n°214 - novembre 1979
Première étape San Remo - Saint-Marin, du au distance : prévus sur 39 épreuves spéciales (16 sur asphalte et 23 sur terre), dont 38 disputées et 37 comptabilisées
Deuxième étape Saint-Marin - Saint-Marin, le distance : sur 10 épreuves spéciales (terre)
Troisième étape Saint-Marin - San Remo, du 4 au distance : prévus sur 16 épreuves spéciales (8 sur asphalte et 8 sur terre), dont 10 disputées (6 spéciales sur terre annulées)
Quatrième étape San Remo - San Remo, du 5 au distance : sur 9 épreuves spéciales (asphalte)
Les forces en présence Fiat thumb|left|alt=Fiat 131 Abarth|Les Fiat 131 Abarth, parmi les favorites sur leurs terres. Soucieux de briller sur ses terres, le grand constructeur turinois a soigné la préparation du Sanremo et, après quinze jours de reconnaissance, aligne quatre voitures officielles, aux couleurs Alitalia : trois 131 Abarth groupe 4 (1000 kg, moteur deux litres seize soupapes à injection Kugelfischer développant 235 chevaux à 7200 tr/min) pour Markku Alén, Walter Röhrl et Attilio Bettega, ainsi qu'une Fiat Ritmo groupe 2 (840 kg, moteur 1500 cm3 huit soupapes à injection Kugelfischer développant 165 chevaux à 7600 tr/min) pour Vanni Fusaro. Toutes sont équipées de pneus Pirelli (P7 pour asphalte et M+S pour la terre). En outre, les montures d'Alén et Röhrl disposent de suspensions adaptables, pouvant recevoir les amortisseurs courts pour les secteurs sur asphalte et les longs pour les parties sur terre. De son côté, l'équipe du Jolly Club a engagé une 131 Abarth groupe 4 pour Adartico Vudafieri, un des principaux animateurs du championnat d'Italie.
Lancia La Scuderia Lancia a mis fin à son programme rallye depuis un an, mais la marque est toujours remarquablement représentée par les structures privées. Principal adversaire de Vudafieri pour le titre national, 'Tony' pilote la Stratos HF groupe 4 du Jolly Club. Forte des 275 chevaux de son moteur V6 placé en position centrale arrière, cette voiture de 970 kg constitue une sérieuse menace pour l'équipe officielle FiatRevue L'Automobile n°401 - novembre 1979. Tony utilise des pneus Michelin. Parmi les autres Stratos présentes, on retient la présence de celle engagée par l'écurie Grifone, chaussée de pneus Pirelli, confiée à l'espoir italien Fabrizio TabatonRevue Auto hebdo - 11 octobre 1979.
Datsun thumb|right|alt=Datsun 160J|La Datsun 160J de Timo Salonen fait ses débuts sur asphalte. La marque japonaise a encore une petite chance de pouvoir décrocher le titre constructeurs, aussi son directeur sportif Andy Dawson a-t-il rajouté la manche italienne à son agenda, alignant une berline 160J PA10 groupe 2 pour Timo Salonen. Cette voiture de 965 kg s'avère généralement très à l'aise sur piste, mais les tronçons sur goudron seront une première pour elle. En raison de la longueur de l'épreuve, le moteur quatre cylindres a été légèrement dégonflé (puissance réduite de 200 à 190 chevaux), au profit d'une meilleure fiabilité. La Datsun est équipée de pneus Dunlop et, comme les Fiat d'Alén et Röhrl, dispose de suspensions adaptables.
Talbot La marque fait débuter en championnat sa Sunbeam Lotus, homologuée en groupe 4 en attendant le nombre d'exemplaires nécessaire pour une homologation en groupe 2. Ce modèle d'environ une tonne dispose d'un moteur quatre cylindres de 2217 cm3 dérivé de celui équipant les Lotus Elite. Alimenté par deux carburateurs double-corps et bénéficiant d'une distribution à seize soupapes, il développe pour l'heure 220 chevaux, le constructeur attendant 240 à 250 chevaux de ses prochaines évolutions. Deux voitures ont été engagées pour Jean-Pierre Nicolas (conduite à gauche, pneus Michelin) et Tony Pond (conduite à droite, pneus Dunlop).
Triumph La marque britannique a engagé deux Triumph TR7 V8 groupe 4 pour Per Eklund et Simo Lampinen. Ces voitures pèsent environ 1150 kg et sont équipées d'un moteur V8 de 3500 cm3. La version à injection, essayée au rallye des 1000 lacs, n'ayant pas donné satisfaction, l'équipe n'utilise plus que les versions à deux carburateurs double corps (285 chevaux à 7500 tr/min). Les Triumph utilisent des pneus Dunlop.
Vauxhall Le Dealer Team Vauxhall Belgique a engagé une Chevette HSR groupe 4 pour son pilote Jean-Louis Dumont. La voiture est neuve, Dumont disposant pour la première fois d'une version conduite à gauche. Pesant un peu plus d'une tonne, la Chevette HSR est équipée d'un moteur quatre cylindres de 2300 cm3 à double arbre à cames en tête, alimenté par injection, développant environ 230 chevaux.
Ford Le constructeur avait initialement engagé deux Escort RS1800 groupe 4 (1000 kg, près de 270 chevaux) pour Bjorn Waldegard et Hannu Mikkola, mais le dernier succès au Québec ayant pratiquement assuré le titre 1979, l'équipe a fait l'économie du déplacement sur un terrain généralement chasse gardée des Fiat et des Lancia. Grâce à l'engagement privé d'Angelo Presotto sur une Escort RS2000 de série, la marque peut néanmoins viser la victoire en groupe 1.
Opel Grâce aux nombreux engagements privés, la marque allemande est largement présente dans les groupes 1 et 2. Parmi les équipages les plus en vue, on note la présence de deux Ascona SR groupe 2 préparées par Conrero, aux mains de Maurizio Verini et de Dario Cerrato, équipées d'un moteur deux litres alimenté par carburateurs, d'une puissance frisant les 200 chevaux. Disposant d'une Kadett GT/E de série, Antonio Tognana est l’un des principaux adversaires de Presotto en groupe 1.
Porsche Les quatre Porsche 911 engagées, toutes aux mains de pilotes locaux indépendants (Pasutti, Torchio, Sassone et Ontano) sont les seules représentantes du groupe 3.
Déroulement de la course Première étape Les concurrents partent de San Remo le lundi matin, pour une longue étape de trente-six heures les conduisant à Saint-Marin. La première partie du parcours se déroule sur asphalte, et Fabrizio Tabaton se met en évidence en remportant la première épreuve spéciale au volant de la Lancia Stratos de l'écurie Grifone, devançant de quelques secondes les trois Fiat officielles de Walter Röhrl, Attilio Bettega et Markku Alén. Dans le secteur suivant, c'est cette fois la Stratos du Jolly Club, pilotée par 'Tony', qui est la plus rapide et prend la tête. Les puissantes Lancia sont visiblement plus rapides sur les routes bitumées, et Tony se construit rapidement une marge d'une trentaine de secondes sur Röhrl et Bettega, alors que Tabaton est sorti de la route dans le secteur de Carpasio. Alén, quatrième, a quant à lui été légèrement retardé par des problèmes de freins. Soucieux de ne pas se faire trop distancer avant d'aborder les tronçons sur terre, Röhrl accélère la cadence et stabilise l'écart sur la Lancia de tête, avant de porter une première estocade dans la spéciale de Plodio, où il reprend une quinzaine de secondes à son adversaire. Mais celui-ci réagit aussitôt et remporte les huit autres spéciales goudronnées, prenant deux minutes d'avance sur Röhrl et Bettega qui ont échangé leurs positions à plusieurs reprises. Un moment sixième au volant de la nouvelle Talbot Sunbeam Lotus, Jean-Pierre Nicolas a été ralenti par des problèmes d'allumage et a perdu plus de dix minutes. C'est désormais son coéquipier Tony Pond qui occupe la sixième place, juste derrière l'Opel de Maurizio Verini, qui domine le groupe 2.
thumb|right|alt=Riparbella|Les erreurs de chronométrage lors de l'épreuve spéciale de Riparbella vont provisoirement perturber le déroulement de la course. Les épreuves sur terre ne changent pas la physionomie de la course, Tony continuant à imposer son rythme. Alén a perdu du temps à cause tout d'abord d'un échappement cassé, ensuite de problèmes de boîte de vitesses ; le remplacement de celle-ci va lui coûter seize minutes de pénalisation routière et tout espoir de bien figurer. C'est désormais Verini qui occupe la quatrième place, derrière Tony, Röhrl et Bettega. Très performant sur les pistes, Salonen effectue une belle remontée jusqu'à la cinquième place. Il réalise même le meilleur temps dans le secteur de Riparbella, où Tony est victime d'une erreur de chronométrage de près de deux minutes et demie qui le dépossède provisoirement sa première place au profit de Röhrl ! Malgré les protestations de l’équipage, aucune correction n’est apportée dans l’immédiat. Christian Geistdörfer, le copilote de Röhrl, est d’ailleurs persuadé de l’erreur des organisateurs et l’équipage continue à se battre pour tenter de reprendre du terrain à la Lancia. Mais la journée du mardi n’apporte pas de changement significatif, hormis les abandons de Nicolas et de Salonen, tous deux sur casse mécanique.