thumb|Un bébé né à domicile.
L' (AAD), parfois raccourci au terme accouchement à domicile, est un accouchement ayant lieu au domicile de la femme enceinte. Il se démarque des accouchements en maison de naissance et en plateau technique (maternité) par le fait que la mère garde sa mobilité. Elle accouche dans un environnement matériel et humain qui lui est familier, ce qui joue pour certaines femmes le rôle rassurant que la médicalisation peut jouer pour d'autres. Un accouchement accompagné à domicile est le plus souvent accompagné par une sage-femme, parfois par un médecin. Il existe aussi des accouchements à domicile planifiés sans aucune assistance médicale, les accouchements non-assistés (ANA), et il arrive que des femmes qui n'y sont pas préparées fassent un accouchement non assisté inopiné lorsqu'elles n'ont pu contacter à temps un praticien médical.
L'accouchement à domicile concerne 90 % des naissances dans le monde. Dans les pays développés, l'accouchement à domicile a reculé au cours du , et en particulier après la Seconde Guerre mondiale, car l'accouchement à l'hôpital s'est généralisé sous l'influence des progrès techniques et des transformations sociales. Alors que l'accouchement accompagné à domicile est relativement répandu dans les pays d'Europe du Nord, dans les pays latins du Sud de l'Europe, et en particulier en France, cette pratique est souvent considérée comme archaïque et parfois dangereuse alors même que ce point n'est pas clairement mis en évidence par les études. On constate néanmoins, y compris dans ces pays, un regain d'intérêt pour une moindre médicalisation dans le cadre de ce qu'on appelle l'accouchement naturel, témoignant du fait que cet événement est envisagé comme un événement familial et intime qu'il convient de préserver plutôt que comme l'objet d'une intervention médicale à haut risque.
Histoire vignette|Une femme accouchant à domicile sur une chaise, illustration sur un livre de Eucharius Rösslin datant de 1515 environ vignette|Femme ayant accouché à domicile par Sonnini de Manoncourt dans son ouvrage Voyage en Grèce et en Turquie…, Paris 1801
Les accouchements accompagnés à domicile modernes n'ont rien à voir avec ceux pratiqués avant l'apparition de la pénicilline, des ocytociques et des techniques obstétricales modernes. Jusqu'au les risques liés à l'accouchement sont élevés : les conditions d'hygiène étaient sommaires, les grossesses étaient nombreuses, peu surveillées, mal respectées, et les femmes peu ou mal informées sur la grossesse et l'accouchement [Réf. nécessaire]. D'après plusieurs recherches, le taux de mortalité maternelle variait entre 8 et 17 %, et pouvait atteindre 20 %Gilles Boëtsch, Emma Rabino-Massa, Silvia Bello, « Accouchements et mortalité maternelle à l'Hôtel-Dieu de Marseille au milieu du », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 1998, Volume 10, Numéro 10-3-4 .. Pendant longtemps, l'accouchement ne fut pas considéré comme étant du ressort du médecin mais de l'accoucheuse, de la matrone ou de la sage-femme. La sage-femme ou le médecin (quand ils étaient présents) ne disposaient pas de moyens efficaces de surveillance avant et pendant le travail. L'absence de recours à l'échographie rendait plus aléatoires les diagnostics de grossesse gémellaire, de présentation dystocique, de procidence du cordon ou de placenta praevia.
Par ailleurs, l'hôpital a longtemps été un lieu à haut risque en raison des infections nosocomiales qui pouvaient toucher les parturientes et les nouveau-nés. La situation évolue au cours du avec les découvertes des microbes et de l'antisepsie. Ainsi c'est en constatant que les femmes accouchées par les sages-femmes meurent trois fois moins que celles accouchées par les médecins que le hongrois Ignace Semmelweis établit en 1847 que la fièvre puerpérale est transmise depuis les salles d'autopsies par les mains des médecins. Cette observation conduira à la mise en place de règles d'hygiène qui transforment profondément l'image de l'hôpital non plus comme lieu de dernier recours mais comme véritable structure de soins organisée « cliniques ». Par ailleurs, les progrès des techniques médicales et l'invention de nombreux instruments assoient le statut de la médecine hospitalière qui s'organise en spécialités médicales, dont l'obstétrique.
Au cours de la première moitié du , les « maisons d'accouchement » des hôpitaux accueillent de plus en plus de femmes et non plus seulement les indigentes. Les techniques de césarienne gagnent en notoriété grâce aux antibiotiques et aux anesthésiques. Dans les années 1930, la profession des sages-femmes traverse une « crise identitaire » avant de s'institutionnaliser et d'intégrer majoritairement le corps hospitalier. En 1950, 45 % des accouchements se font encore à domicileDe la matrone à l'obstétricien : quel partage des rôles pour les professionnels ? Béatrice Jacques. La Santé de l'homme, 391, sept-oct 2007, .
À partir des années 1960 en France, l'immense majorité des femmes des pays développés sont encouragées à accoucher à l'hôpital. Les raisons de cette campagne de santé publique sont diverses et pas toutes d'ordre strictement médical : aux réticences du personnel médical à pratiquer au domicile s'ajoutent les craintes liées aux transferts en urgence à l'hôpital. D'autres raisons plus sociales ont aussi eu leur rôle : la transformation du mode de vie et de l'habitat exaltent la modernité et certains courants féministes défendent cette médicalisation de l'accouchement vue comme une « prise de contrôle » par la femme de son corps au moyen de la technique .
L'accouchement assisté à domicile dans le monde Pays-Bas 200px|thumb|Une femme et son nouveau-né. Accouchement à domicile en 2005 à Londres Les Pays-Bas ont une assez forte tradition d'accouchements à domicile avec presque 30% des naissances à la maison : En 2002, 29,4 % des naissances qui ont eu lieu à domicile, dont 23,1 % sous la responsabilité de sages-femmes et 6,3 % sous la responsabilité de médecins généralistes. La densité urbaine du pays fait qu'en cas de nécessité, l'accès à une maternité est rapide. De plus la sage-femme présente est toujours accompagnée d’une assistante - la « kraamverzorgster »La kraamverzorgster est une assistante qui assiste à l'accouchement et revient dans les jours suivants pour aider la femme dans les tâches matérielles, la conseiller pour l'allaitement, voire pour les soins au bébé. Elle a suivi une formation professionnelle de trois ans - qui assiste à l'accouchement et revient dans les jours suivants. L'accouchement à domicile est un choix politique soutenu par le système de santé et soumis à des critères médicauxL'accouchement à domicile aux Pays-Bas, Thea van Tuyl, European Network of Childbirth Associations (de bon sens).
Grande-Bretagne La Grande-Bretagne (à la suite, notamment, du rapport de la Commission parlementaire permanente sur la maternité, en 1993) inscrit au centre de son système de soins la liberté de choix d'un accouchement à domicile et l'obligation légale pour les hôpitaux de pourvoir à leur accompagnement par des sages-femmes de leurs servicesDeux articles datant de 2007 (de BBC News et du Daily Mail) donnent plus de précisions sur la situation au Royaume-Uni. Consulter aussi le rapport annuel de l'AIMS à l'ENCA (juin 2007) pour un exposé des dysfonctionnements de ce système, principalement liées aux restrictions budgétaires..
Allemagne En Allemagne, l'accent est mis sur le caractère naturel de l'accouchement, l'anesthésie péridurale reste très minoritaire lors des accouchements en maternité, et l'accouchement en maison de naissance est une alternative très développée, qui séduit de nombreux parents tentés par un accouchement peu médicalisé.
Belgique En Belgique, selon un rapport du Centre d'informations et de recherches des organisations de consommateurs (CRIOC), environ 4 % des naissances se déroulent au domicilehttp://www.oivo-crioc.org/files/fr/3161fra.pdf. 0,4% d'accouchement à domicile selon le CEPIP en 2021.
France L'accouchement accompagné à domicile reste minoritaire en France (comme dans les pays du Sud de l'Europe), où les freins mis au développement des maisons de naissance font souvent de l'accouchement à domicile la seule alternative à l'accouchement en maternité. Cette pratique concernerait entre et chaque année dans le pays...
Les sages-femmes françaises voulant pratiquer l'accouchement à domicile sont confrontées à des difficultés administratives et légales : les sociétés d'assurance refusent de leur garantir une responsabilité civile professionnelle à un coût abordable, condition nécessaire à l'exercice médical, et elles sont parfois confrontées au manque de coopérativité, voire à l'hostilité, des établissements hospitaliers en cas de transfert en urgence. Néanmoins, le nombre de celles/ceux qui accompagnent des accouchement à domicile continue de croître. Jacqueline Lavillonière, pionnière ardéchoise militante, devenue experte auprès de l'Etat français, en a fait la promotion en France et dans les pays limitrophes lors de conférences, expliquant notamment comment faire lever la réticence institutionnelle. De plus, des sages-femmes suisses, belges ou allemandes pratiquent en toute légalité sur le sol français dans les régions frontalières. Par ailleurs, le suivi et les actes lors d'accouchement accompagné à domicile sont totalement remboursés par la sécurité sociale en France.. États-Unis Le pédiatre Mayer Eisenstein a popularisé cette pratique dès 1973 dans la région de Chicago.
Raisons du choix de l'accouchement à domicile thumb|Le nouveau-né directement mis au sein Les motivations des couples qui choisissent l'accouchement à domicile moderne sont multiples. Parmi elles, on peut citer : la volonté de se réapproprier la naissance de leur enfant, d'être respectés en tant que parents responsables. le désir d'impliquer le père, matériellement et émotionnellement, dans l'accouchement et dans la préparation de celui-ci. le besoin pour les femmes de se sentir en confiance et dans l'intimité pour « travailler » en paix, de pouvoir se déplacer, s'alimenter et choisir les positions d'accouchement qui leur conviennent, éventuellement dans l'eau. l'absence quasi systématique d'interventions de type touchers vaginaux répétés, perçage de la poche des eaux, épisiotomie, perfusion d'ocytociques, monitoring en continu ou intermittent mais trop long et fréquent, ou expression abdominale. Chaque geste étant discuté avant l'accouchement (avantages, risques - on ne parle pas des inconvénients). Pendant l'accouchement, les gestes proposés sont justifiés selon les circonstances et approuvés par la femme. une naissance non-violente pour l'enfant, selon les critères établis par les parents : la lumière est tamisée, le cordon est coupé lorsqu'il ne bat plus, l'enfant est maintenu contre sa mère en peau à peau, il n'est pas immédiatement lavé ni aspiré, il est mis au sein à volonté. un suivi post-partum à domicile en famille favorisant le repos, le bien-être des autres enfants, la participation du père, et une plus faible occurrence de la dépression post-partum, le lien mère-enfant ayant été préservé et encouragé au maximum.
L'accouchement à domicile est accompagné majoritairement par des sages-femmes, parfois par des médecins. Le praticien apporte un kit de réanimation pour la mère et pour l'enfant, des produits de perfusion permettant de faire face à la majorité des complications. Il dispose d'un monitoring portatif permettant des enregistrements de l'activité cardiaque du fœtus.
Sécurité médicale de l'accouchement à domicile