L’abbaye de Saint-Jean de Bonneval-lès-Thouars (également connue sous les noms de abbaye de Saint-Jean de Bonneval-lez-Thouars et abbaye royale de Saint-Jean de Bonneval-lez-Touars ou bien encore Bona Vallis prope Thoarcium en latin) était une abbaye de religieuses bénédictines située à Saint-Jean-de-Thouars dans les Deux-Sèvres en région Nouvelle-Aquitaine.
Au fil des siècles, plusieurs grandes familles françaises lui ont fourni des abbesses, notamment la maison de Thouars, la famille de Brézé, la maison de Maillé, la famille de Chasteigner ou bien encore la maison de Châtillon.
L’importance historique de l’abbaye se reflète encore dans la toponymie de la commune : plusieurs voies et espaces publics portent des noms qui s’y rapportent, notamment la place de l’Abbaye, la rue Bonneval, la rue Isabelle de Vivonne, le clos Louise de This ou encore la rue Philippe Chasteigner.
Toponymie Du latin Bonæ vallis, le nom « de Bonneval » vient du fait que le monastère était situé en haut d'une vallée fertile arrosée par un ruisseau.
Histoire La fondation Cette abbaye de l'ordre de Saint-Benoît aurait été fondée vers l'an 900, voire au lorsque Louis le Pieux était encore roi d'Aquitaine.
De façon certaine, l'abbaye a reçu des terres en donation en 955 par le vicomte Aimery II et sa femme Aliénor. Parmi les domaines donnés, figurent notamment le village de Faye-l'Abbesse ainsi que les chapelles de Saint-Hilaire, de Saint-Pierre de Missé et de Saint-Saturnin de Niort.
La charte du 17 juin 973 attribuée au roi Lothaire donne l'usufruit de ces mêmes domaines à Herbert (fils d’Aimery II) et à son épouse Aldéarde jusqu'à leur mort. Cette charte est parfois considérée comme douteuse par l'historiographie en raison de sa transmission tardive et des incertitudes sur son authenticité.
Le Moyen Âge Durant le Moyen Âge, l'abbaye s'enrichit grâce à ses possessions : vignes, moulins, champs céréaliers mais aussi chapelles et églises (comme celle de Saint-Médard de Thouars).. De plus, l'abbaye détient le village de Faye-l'Abbesse depuis 973..
En 1169, une bulle du pape Alexandre III confirme toutes les possessions de l'abbaye et la place sous la protection du Saint-Siège.
En mars 1305, Bertrand de Got (futur pape Clément V) séjourne à l'abbaye après avoir visité celle de Saint-Laon de Thouars.
La famille de Brézé et la maison de Maillé fournissent pas moins de huit abbesses à l'abbaye au cours du .
La tentative de réforme Louise de Chasteigner est nommée abbesse en 1531 par François . Aux environs de l'année 1533, elle tente d'instaurer la Réforme catholique au sein de l'abbaye mais sans succès. Elle meurt en 1543 et est remplacée par sa nièce PhilippePhilippe est un prénom épicène..
Le déclin
Philippe de Chasteigner succède à sa tante en 1543. Le , avant qu'elle n'obtienne ses bulles de Rome, le roi François ordonne que les biens meubles de l'abbaye soient saisis.
Le , le roi Henri II lui accorde la permission de démissionner au profit de sa sœur Françoise mais elle ne le fait pas.
Finalement, Philippe de Chasteigner se retire à Genève en 1557 avec huit religieuses, toutes converties au protestantisme, pour rejoindre Jean Calvin, ne laissant qu'une seule religieuse au sein de l'abbaye (les autres ayant probablement désertées).
Après cet épisode, l'abbaye fut pillée (par des hérétiques et des huguenots selon l'historien Hugues Imbert).
Le renouveau Vers 1560, le roi nomme Gasparde de Clermont-Tonnerre comme abbesse. Puis, au début du , l'abbaye et l'église sont rebâties sous l'impulsion d'Isabelle de Vivonne qui est abbesse de 1590 à 1632.
Les procès À compter de 1614, les abbesses successives essayent de recouvrer des terres et des droits perdus en intentant plusieurs procès aux ducs de La Trémoille, comme en lorsque Louise de Chastillon doit défendre les droits de l'abbaye sur le moulin des Roches (dit le « moulin de l'abbesse ») à la suite de l'agression et de l'emprisonnement des meuniers par les officiers du duc Henri Ier de La Trémoille.
Le procès le plus retentissant est l'affaire du « poteau de Faye-l'Abbesse » qui dure près de 17 ans.
Malgré cela, en 1666, après avoir obtenu la permission du grand vicaire de Poitiers, Henri Ier de La Trémoille offre un morceau de bois issu de la « vraie croix » de l'église collégiale Notre-Dame du château des ducs de La Trémoille à l'abbesse Elisabeth de Chastillon.
La Révolution française En 1790, l'abbaye était composée de l'abbesse, de 10 sœurs et de 20 religieuses..
Après avoir été vendu comme bien national en 1791, le domaine de l'abbaye a été presque entièrement rasé durant la Révolution. Le nouveau propriétaire a en effet démoli les bâtiments pour revendre au détail les matériaux exploitables et les pierres ont été converties en chaux.
La Seconde Guerre mondiale Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs habitants de la commune se sont cachés dans les caves souterraines de l'abbaye à l'arrivée des troupes allemandes..
La période contemporaine Après avoir appartenu à la même famille de 1794 à 2016, une partie du domaine est acquise par la commune en 2016 pour transformer le clos de l'abbaye en parc paysager. En 2019, ce qui restait encore dans les mains des descendants des propriétaires depuis le début du , soit le tiers du parc d'origine et les bâtiments (les communs de l'ancienne abbaye, des souterrains et la maison construite après la Révolution), a été cédé et reste propriété privée.
Très occasionnellement, des messes continuent d'être célébrées dans l'église de la commune.
Depuis 2015, les bénévoles de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine de Saint-Jean-de-Thouars réalisent des travaux de rénovation au sein du parc de l'abbaye.
Propriétés et revenus La Déclaration des biens de l'abbaye royale de Saint-Jean de Bonneval-lès-Thouars établie le 25 février 1790 permet de lister l'ensemble des possessions de l'abbaye à cette date.
Propriétés
Église Saint-Pierre de Missé Moulin des Roches Village de Faye-l'Abbesse
Biens meubles Aucun des biens meubles recensés dans l'inventaire de 1790 n'a été retrouvé sur le site même de l'abbaye. Cependant, plusieurs possessions sont connues et documentées :
La Cène d'Isaac de Lermont Le tableau La Cène a été peint par le peintre Isaac de Lermont et offert à l'abbesse Élisabeth de Châtillon en 1665. Cette œuvre de 2,98 mètres de large et d'1,66 mètre de haut est aujourd'hui une possession de l'église Saint-Médard de Thouars qui a redécouvert cette toile à la fin du avant de la faire restaurer entre 2020 et 2022.
Missel MS. Douce 313 Écrit au milieu du , un missel romain franciscain a été conservé pendant au moins deux siècles à l'abbaye. Ce missel était utilisé comme livre de messe au sein du couvent en 1606..
À l'intérieur, on y trouve une inscription manuscrite : « Ce missel m'a esté donné par mad°. de Chatillon abesse de St Jean de Bonneval le 10° aoust 1703. Foucault ».. Même si on ignore pourquoi Magdelaine-Angélique-Marie de Châtillon a décidé de s'en séparer, nous savons qu'elle l'a offert au bibliophile Nicolas-Joseph Foucault en 1703 (soit quelques années après qu'Henriette, la fille de ce dernier, ne prenne l'habit) puis qu'il s'est retrouvé en Angleterre après la Révolution française avant d'être acquis par Francis Douce vers 1828.
Depuis 1834, ce livre liturgique fait partie des possessions de la bibliothèque Bodléienne sous le nom « MS. Douce 313 ».
Objets attribués ou d’origine supposée Parmi les objets ayant supposément appartenu à l’abbaye, on peut citer deux figurines en émail blanc opaque du (une figurine représentant l’Été, l’autre l’Hiver) ainsi qu’une aiguière en verre également datée du . Ces pièces sont conservées au musée Henri-Barré de Thouars.
De plus, vers 1550, un calice au pied de forme polygonale et avec des lobes arrondis aurait été donné par une abbesse à l'église de Faye-l'Abbesse.
Revenus Selon le rapport de Charles Colbert de Croissy établi en 1664, et alors que l'abbesse est Elisabeth de Chatillon, l'abbaye dispose de livres de rente de revenu, sans compter les pensions des religieuses.
À la fin du , le revenu est estimé à livres.
Description L'abbaye comprenait une chapelle, le logis de l'abbesse, un dortoir, un réfectoire, une bibliothèque, une apothicairerie, des cuisines, un hospice, des écuries, un lavoir, une petite fontaine, un verger et un potager.
Les bâtiments toujours existants aujourd'hui sont les suivants : l'église paroissiale du village (la chapelle abbatiale, qui était contiguë, a été totalement démantelée sous la Révolution française) deux lavoirs un lavoir-séchoir (daté du ) un pigeonnier du (celui de l'abbaye a disparu lors du démantèlement post-révolutionnaire) un petit pont la fontaine des trois-Marie le porche du pavillon de l’abbesse (daté du ) les souterrains les anciens communs (four à pain, pressoir, étables)
La fontaine des trois-Marie Cette fontaine, datée du ou du , a été construite en pierres de taille à proximité immédiate d'un bassin avec un système de relevage des eaux, lui-même situé près du ru qui traverse le parc. La fontaine rend hommage à trois saintes (Marie Madeleine, Marie Salomé et Marie Cléophas) représentées par des statuettes logées dans des niches.
Héraldique et sigillographie Blason vignette|gauche|150px|Blason (moderne) situé au-dessus de la porte de l'église paroissiale de Saint-Jean-de-Thouars. Un blason, reproduisant les armes des abbesses de jadis, est situé au-dessus de la porte de l'église paroissiale de la commune. Il est marqué des armes de la famille de France afin d’affirmer la fondation et/ou la protection royale de l’abbaye. Ces fleurs de lys sont associées à une crosse en dedans ornée de feuilles, peut-être de houx ou de chêne vert... vignette|droite|100px|Blason de la maison de Châtillon. Le blason originel a été retrouvé sur une pierre de chaînage d’un bâtiment de ferme et a été reproduit sur la façade de l’église lors des travaux de réhabilitation de la fin des années 1990. Ce blason a également été reproduit de chaque côté du pont séparant les deux bassins lors de sa rénovation débutée en 2025 .
En 1696, dans l’Armorial général du Poitou écrit par Charles René d'Hozier, le blason de l’abbaye est décrit comme tel : « De gueules, à trois pals de vair et un chef d’or » . Ce blason est en réalité celui de la Maison de Châtillon que l’on retrouve d’ailleurs en haut à droite de l’estampe réalisée en 1699 par Louis Boudan.
Sceau de l’abbaye Le seul sceau connu de l’abbaye est daté du . Il représente saint Jean Baptiste, debout et de face dans une niche gothique, vêtu d’un manteau et tenant dans ses bras l’agneau pascal.. Ce sceau porte la mention de l’abbaye en latin : S(igillum) Abbatisse Cove(n)tus S(an)cti Johannis Bonnevallis..
Sceau des abbesses Jehanne III de Maillé (abbesse de 1475 à 1488) : « écu fascé, ondé et adossé à une crosse ».
Abbesses Au moins quarante-neuf abbesses se succèdent à la tête de l'abbaye :
Personnalités liées Aimery II, vicomte de Thouars, qui fit un don de terres à l'abbaye en 955. La famille de Brézé et la maison de Maillé qui fournissent pas moins de huit abbesses à l'abbaye au cours du . Louise et Philippe de Chasteigner, abbesses du issues de la famille de Chasteigner. La maison de Châtillon dont cinq membres occupent successivement des charges au sein de l'abbaye entre 1625 et 1719 : Louise de Châtillon, Elisabeth de Châtillon, Marie-Françoise-Yolande de Châtillon, Magdelaine-Angélique-Marie de Châtillon puis Françoise-Marie-Anne de Châtillon. Henriette Foucault, née à Pau le , fille de Nicolas-Joseph Foucault et de Marie de Jassaud, elle est la nièce de Claude Foucault abbesse de l'abbaye Notre-Dame de Gercy. En 1699, à l'âge de et demi, elle prend l'habit en apportant au monastère une dot de et reçoit pour elle une pension viagère de . Elle prend la tête de l'abbaye de 1734 à 1750.
Représentation