En grammaire traditionnelle, la rection est, dans certaines langues, un processus par lequel, dans un rapport syntaxique de subordination, un mot (le régissant) impose à un autre mot (le régi) un certain moyen de réalisation du rapport. Ce moyen dépend de la langue en question et du sens du régissant, pouvant être de nature seulement analytique (une adposition), seulement synthétique (une certaine désinence casuelle), ou analytique et synthétique à la fois. Le régissant est en général un mot subordonnant à sens lexical (verbe, nom, adjectif ou adverbe), et le régi, un nom ou un pronom. On considère aussi comme des régissants les adpositions, bien qu’elles soient des mots-outils, donc non subordonnants par eux-mêmes, parce que, dans les langues à déclinaison, elles peuvent imposer une certaine forme casuelle au mot avec lequel elles constituent un élément à fonction syntaxiqueCrystal 2008, .Bussmann 1998, Bidu-Vrănceanu 1997, .Constantinescu-Dobridor 1998, article recțiune..
On utilise parfois le terme « régime » au lieu de « rection »Constantinescu-Dobridor 1998, article regim.. Ainsi, on parle de « régime casuel » des prépositionsPar exemple dans Vavula 2012 (). et des verbesPar exemple dans Munteanu 2001 ()., ou de « régime prépositionnel » des verbes et des autres subordonnantsPar exemple dans Huot 1981 ()., mais « régime » a un autre sens aussi, dénommant ce qu’on appelle « régi » plus hautDubois 2002, ..
Dans l’interprétation ci-dessus, la rection concerne le moyen de réalisation du rapport syntaxique, et le régi est un complément d'objet du verbe ou un complément du nom, de l’adjectif ou de l’adverbe, analogue au complément d’objet, ainsi que le mot dont la forme est déterminée par l’adposition. Selon une interprétation plus large, la rection concerne n’importe quel élément de phrase, soit parce que sa forme est imposée par un autre élément, soit parce que sa présence est obligatoire en association avec un autre élément, soit parce qu’il change de façon significative le sens d’un autre élémentKálmán et Trón 2007, ..
Dans l’idée du caractère obligatoire d’un élément de phrase, la rection concerne également le prédicat en rapport avec le sujet. Cela concorde avec la notion de valence du verbe. De ce point de vue, seuls les verbes avalents peuvent fonctionner sans sujet (ex. pleuvoir) ; les autres sont au moins monovalents, c’est-à-dire qu’ils ont obligatoirement un sujet. Les verbes bivalents peuvent régir un complément d’objet et les trivalents, deux compléments d’objet, au moins l’un de ceux-ci étant obligatoire pour certains verbes.
Rection du verbe
Rection directe
Dans ce type de rection, le complément d’objet est lié au verbe sans adposition. On trouve cette situation pour le complément d'objet direct dans des langues sans déclinaison, régi par les verbes transitifs directs, en français et en anglais, par exemple : Pierre lit le journalDubois 2002, . ; The man kicked the ball « L’homme a frappé le ballon ».
Dans d’autres langues, celles qui ont une déclinaison relativement développée, le complément d’objet direct est dépourvu d’adposition, mais il doit être à un certain cas grammatical, le plus souvent à l’accusatif, exprimé, en fonction de la langue, plus ou moins souvent par une forme spécifique, donnée d’ordinaire par une désinence. Exemples : Claudius Claudiam amat « Claudius aime Claudia » ; Szeretem a süteményeket « J’aime les gâteaux »Szende et Kassai 2007, . ; Platit ću štetu « Je vais payer les dommages »Barić 1997, (grammaire croate)..
Des vestiges de ce moyen se conservent en français ou en anglais quand le COD est exprimé par certains pronoms personnels conjoints dont la forme est différente de celle qu’ils ont en fonction de sujet : Est-ce que tu me reconnais ?Delatour 2004, . ; Describe him to me « Décris/Décrivez-le-moi »Eastwood 1994, ..
Dans d’autres langues, divers autres types de compléments, régis par un verbe transitif indirect et correspondant aux compléments d'objet indirect des grammaires du français, sont liés directement au verbe. C’est le cas du COI d’attribution, le verbe lui imposant le datif : Scriu părinților « J’écris à mes parents » ; Adtam Gábornak egy könyvet « J’ai donné un livre à Gábor »Szende et Kassai 2007, . ; Izdala je sobu dvjema studentkinjama « Elle a loué la chambre à deux étudiantes »Čirgić 2010, (grammaire monténégrine)..
Dans ces langues, pour d’autres types de COI que celui d’attribution, le verbe peut exiger d’autres cas, et ils peuvent correspondre à un COD en français : Seti se obećanja (cas génitif) « Il/Elle se souvient de sa promesse », Vladao je ogromnim carstvom (cas instrumental) « Il régnait sur un empire énorme »Klajn 2005, (grammaire serbe). ; Min gondolkodsz? (cas superessif) « À quoi réfléchis-tu ? », Kire vártok? (cas sublatif) « Qui attendez-vous ? »Erdős 2001, page D. Az egyszerű mondat (D. La phrase simple)..
Rection indirecte
Il s’agit de rection indirecte du verbe lorsque son complément y est lié par une adpositon : préposition dans certaines langues, postposition dans d’autres, par exemple en hongrois. C’est le cas, dans plusieurs langues, du COI exprimé par un nom ou par un pronom, disjoint s’il est personnel. Le choix de l’adposition est imposé par le sens du verbe. Dans les langues à déclinaison, le mot noyau du complément est, de plus, à un certain cas grammatical : Pierre obéit à ses parents ; He believes in ghosts « Il croit aux fantômes »Bussmann 1998, . ; Depinde de tine (accusatif) « Ça dépend de toi » ; Nisam mislio na vas (accusatif) « Je n’ai pas pensé à vous » ; A gyanúsítottat felmentették a vád alól (nominatif) « Le suspect a été acquitté de l’accusation »Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, ..
Rection du nom
Concernant la rection du nom, il s’agit tout d’abord de celle des noms dérivés de verbes. Ces noms régissent en général des compléments du nom de la même forme que le COI des verbes correspondants. En fonction de la langue en cause, cette rection peut être directe ou indirecte. Exemples : rection indirecte : Il démontra la liaison du théâtre aux mœursGrevisse et Goosse 2007, . ; rection indirecte, complément au génitif : mers contra vântului « marche contre le vent »Bărbuță 2000, . ; rection indirecte, complément à l’accusatif : vjera u uspjeh « croyance au succès »Čirgić 2010, . ; rection directe, complément au superessif : hivatkozás valamire « référence à quelque chose »Szende et Kassai 2007, ..
D’autres noms exercent leur rection lorsqu’ils font partie de locutions verbales : rection indirecte : tomber d’accord sur quelque chose, faire connaissance avec quelqu’unGrevisse et Goosse 2007, . ; rection indirecte : Un singur caz face excepție de la regulă « Un seul cas fait exception à la règle »Moldovan et al. 2001, . ; rection indirecte : ellentétben áll valamivel (complément à l’instrumental) « être en contradiction avec quelque chose », előnyben van valakivel szemben (complément à l’instrumental) « avoir l’avantage sur quelqu’un »Szende et Kassai 2007, ..
Rection de l’adjectif
L’adjectif aussi peut régir un complément analogue au COI du verbe : rection indirecte : un homme bon pour le serviceGrevisse et Goosse 2007, . ; rection directe, complément au datif : acțiune favorabilă cuiva « action favorable à quelqu’un »Avram 1997, .; rection directe, complément au datif : dem Vater ähnlich « comme le père » (littéralement « semblable au père ») ;
rection directe : allergiás valamire (complément au superessif) « allergique à quelque chose », biztos valamiben (complément au cas inessif) « sûr(e) de quelque chose »Szende et Kassai 2007, . ; rection indirecte : ellenséges valakivel szemben « hostile à quelqu’un » (complément à l’instrumental)Szende et Kassai 2007, ..
Rection de l’adverbe
Certains adverbes aussi peuvent régir un complément : rection indirecte : Il agit conformément à ses principesGrevisse et Goosse 2007, . ; rection indirecte : Lucrează independent de mine « Il/Elle travaille indépendamment de moi » ; rection directe : hasonlóan valamihez (complément au cas allatif) « à l’instar de quelque chose », jobbra valamitől (complément au cas ablatif) « à droite de quelque chose »Szende et Kassai 2007, ..
Rection de l’adposition
La question de la rection de ces mots ne se pose que pour les langues à déclinaison. Les adpositions exigent que le régi soit à un certain cas ou, parfois, plusieurs cas sont possibles, y compris si le cas en cause est exprimé par la désinence ∅ (zéro), et tous les types de compléments exprimés par un nom ou un pronom sont concernés.
Ces mots présentent de grandes différences sémantiques. Certains ont un sens abstrait, qui ne permet pas leur représentation sensorielle, par exemple les prépositions contre, de, pour. D’autres, ayant un degré d’abstractisation moindre, permettent une représentation sensorielle limitée, surtout ceux qui ont un sens spatial, comme les prépositions entre, vers, sous, etc.Constantinescu-Dobridor 1998, article prepoziție.. L’emploi de tels mots a été étendu à l’expression d’autres rapports aussi (de cause, de but, etc.). Ainsi, surtout les prépositions primaires peuvent avoir des sens plus concrets ou plus abstraits en fonction des mots à sens notionnel qu’elles relient entre eux. Les adpositions dites secondaires, provenant par conversion de mots d’une autre nature, et les locutions équivalentes à des adjonctions ont des sens plus précis, concrets ou abstraitsBărbuță 2000, ..
Les cas exigés par les adpositions primaires et à sens abstrait ne sont en général pas motivés, mais il y a des adpositions secondaires et des locutions qui exigent le même cas que lorsqu’elles étaient ou sont des mots à sens lexical. Par exemple, la préposition du groupe împrejurul pădurii « autour de la forêt », comme son équivalent français, garde le sens du nom correspondant à « tour », qu’il contient, et le rapport initial de possession qu’il entretient avec le mot correspondant à « forêt », c’est pourquoi elle exige le cas génitif pour ce dernier. De même, dans la locution du groupe în fața casei « en face de la maison », le nom fața n’est pas analysé en tant que tel, mais exige le cas génitif pour le noyau du complément, parce que celui-ci serait le possesseur de fața si ce mot-ci exprimait l’objet possédéBărbuță 2000, ..
Rection de l’adposition dans quelques langues
En roumain, la plupart des prépositions régissent un complément à l’accusatif, dont la forme ne diffère pas dans cette langue de celle du cas nominatif (ex. lângă foc « près du feu »), sauf de rares exceptions (ex. pentru tine « pour toi »). Il y a quelques prépositions utilisées avec le génitif (contra inundațiilor « contre les inondations », împrejurul turnului « autour de la tour », etc.) et quelques autres avec le datif : datorită / grație / mulțumită ajutorului « grâce à l’aide »Bărbuță 2000, ..
Dans des langues comme BCMS, dont la déclinaison est plus développée qu’en roumain, la rection des prépositions est plus complexe. La plupart sont utilisées avec un seul cas, mais il y en a qui le sont avec deux, certaines même avec trois. Le choix du cas est le plus souvent déterminé par le sens de la préposition, mais il y en a qui sont utilisées avec deux cas tout en gardant le même sens, le cas étant dicté par le sens du verbe.
Exemples de prépositions utilisées avec un seul casČirgić 2010, . : avec le génitif : Sve će biti gotovo do jeseni « Tout sera prêt jusqu’à l’automne » ; avec le datif : Tako se on ponaša prema svim gostima « Il se comporte ainsi envers tous les invités » ; avec l’accusatif : Viđeli smo kroz prozor što se događa « Nous avons vu par la fenêtre ce qui se passait » ; avec l’instrumental : Stalno se svađa s komšijama « Il/Elle se dispute tout le temps avec ses voisins » ; avec le locatif : Postupite po zakonu! « Procédez conformément à la loi ! ».
Un exemple de préposition qui exige deux cas selon ses sens est sBarić 1997, . :