vignette|Cystoseira granulata, algue brune de la famille des Sargassaceae, photogramme d'Anna Atkins, entre 1843 et 1853.

La présence des femmes dans la photographie démarre avec l'histoire de la photographie, remontant ainsi à ses débuts, au .

Histoire

Pionnières (1830) Le rôle joué par les femmes au début de la photographie est assez peu connu. Les premières femmes photographes ont souvent des liens familiaux avec les pionniers de cet art. Constance Fox Talbot, l'épouse de Henry Fox Talbot, est une figure clé du développement de la photographie dans les années 1830 et 1840. Elle entreprend elle-même des expérimentations dès 1839, ce qui conduit Richard Ovenden à lui attribuer une image floue contenant un court verset du poète irlandais Thomas Moore. Cela fait d'elle la plus ancienne photographe connue.

La botaniste Anna Atkins est aussi initiée à la photographie par Fox Talbot. Elle applique le procédé cyanotype de John Herschel pour produire des photogrammes d’algues séchées.. En 1843, elle publie Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions, qui serait le premier livre intégrant des illustrations photographiques.vignette|Portrait d’Ida Hultgren par la photographe suédoise Hilda Sjölin, en 1863.

Premières photographes professionnelles (1840) À partir des années 1840, dans le nord de l'Europe, les femmes entrent pour la première fois dans le métier de la photographie, ouvrant des studios au Danemark, en France, en Allemagne et en Suède. En Grande-Bretagne, les femmes issues de familles aisées développent la photographie comme un art vers la fin des années 1850.

En Suisse, vers 1842, Franziska Möllinger crée des daguerréotypes de paysages suisses dont elle publie des copies lithographiques en 1844. Elle réalise ses premiers portraits à partir de 1843.. Vingt ans plus tard, la Suissesse Alwina Gossauer devient l'une des premières femmes photographes professionnelles..

En France, Geneviève Élisabeth Disdéri est considérée comme l'une des premières professionnelles de la photographie. Avec son mari, Eugène Disdéri, elle crée un studio de daguerréotype à Brest à la fin des années 1840. Le couple divorce en 1847 et elle continue de gérer l'entreprise seule..

En Allemagne, en 1843, Bertha Beckmann et son mari ouvrent un studio de photographie à Leipzig. Après la mort de ce dernier en 1847, elle poursuit l'entreprise seule. En 1852, Emilie Bieber ouvre un studio de daguerréotype à Hambourg. Malgré un démarrage lent, les affaires perdurent jusqu'en 1885, date à laquelle son neveu reprend l'affaire..

Au Danemark, Thora Hallager, l'une des toutes premières photographes du pays, exerce à Copenhague dès le début des années 1850. Elle est surtout connue pour le portrait de Hans Christian Andersen qu'elle réalise en 1869. Un certain nombre de femmes danoises ont rapidement ouvert leurs propres studios. Frederikke Federspiel (1839-1913), qui a appris la photographie à Hambourg avec sa famille, ouvre un studio à Aalborg au milieu des années 1870. Mary Steen inaugure son studio à Copenhague en 1884. Elle devient la première photographe de la Cour du Danemark et réalise notamment les portraits de la princesse Alexandra de Danemark en 1888. Benedicte Wrensted (1859-1949) ouvre un studio à Horsens dans les années 1880, avant d'émigrer aux États-Unis où elle se consacre à la photographie des peuples amérindiens dans l'Idaho.vignette|Love finds the way, portrait de Mrs. Fiske, par la photographe Zaida Ben Yusuf, en 1896. En Suède, Brita Sofía Hesselius utilise le daguerréotype à Karlstad dès 1845 et Marie Kinnberg est l'une des toutes premières à utiliser cette nouvelle technique photographique à Göteborg de 1851 à 1952. Hilda Sjölin devient photographe professionnelle à Malmö en 1860. Elle y ouvre son studio photographique l'année suivante, tandis que Sofia Ahlbom inclut également la photographie parmi les arts qu'elle pratique dans les années 1860.. En 1864, Bertha Valerius devient la photographe officielle de la cour royale à Stockholm, suivie plus tard par son étudiante Selma Jacobsson. Au cours des années 1860, il y a au moins quinze femmes photographes confirmées en Suède, dont trois, Rosalie Sjöman, Caroline von Knorring et Bertha Valerius, appartiennent à l'élite de la profession. En 1888, Anna Hwass devient la première membre féminine du conseil d'administration de la Photographic Society.

A malte, dans les années 1860 et 1870, les photographes Sarah Ann Harrison et Adelaide Conroy sont à l'origine des deux premiers studios indépendants de l'île. Vers 1866, Shima Ryū et son mari, Shima Kakoku, ouvrent un studio à Tokyo. En Nouvelle-Zélande, Elizabeth Pulman travaille avec son époux George dans son studio d'Auckland à partir de 1867. Après sa mort en 1871, elle continue à diriger l'entreprise.

Au Royaume-Uni, après avoir étudié la photographie à l’École polytechnique de Londres, Alice Hughes (1857-1939) ouvre son studio à Gower Street, à Londres dès 1891, devenant rapidement une des photographes de premier plan de la royauté et de la mode britannique. Au plus fort de sa carrière, elle enchaîne jusqu'à 15 séances par jour.

Aux États-Unis, Sarah Louise Judd créé des daguerréotypes au Minnesota dès 1848. Alice Boughton, l'une des premières femmes photographes à ouvrir un studio à New York, étudie l'art et la photographie à la Pratt School of Art and Design. En 1890, elle ouvre un studio sur la , et devient l'une des portraitistes les plus distinguées de la ville.. Zaida Ben-Yusuf, d'origine allemande et algérienne, émigre d'Angleterre aux États-Unis en 1895. Elle installe son studio de portraits sur la Cinquième Avenue à New York en 1897, où elle photographie nombre de célébrités.

Premières femmes artistes photographes (1850) vignette|La comédienne anglaise Ellen Terry à l'âge de seize ans par la photographe Julia Margaret Cameron, en 1864. À la fin des années 1850, Lady Clementina Hawarden fait ses débuts dans la photographie. Elle réalise ses premiers clichés au domaine Hawarden à Dundrum, en Irlande. En 1862, sa famille déménage à Londres et elle convertit le premier étage de la maison de South Kensington en studio. Elle se spécialise dans les portraits, en particulier ceux de ses deux filles aînées. Son travail est primé par deux médailles d'argent aux expositions de la Photographic Society en 1863 et 1864..

Julia Margaret Cameron est reconnue pour son travail artistique pionnier. Bien que son intérêt pour la photographie commence en 1863 à l'âge de 48 ans, elle réalise des centaines de portraits d'enfants et de célébrités.. Son engagement, critiqué pour son manque de technique, est cependant à la base du mouvement pictorialiste du début du . vignette|Photographie du chef maori Rewi Manga Maniapoto, réalisée par Elizabeth Pulman en . Caroline Emily Nevill et ses deux sœurs exposent à la Royal Photographic Society en 1854 et présentent ensuite des vues architecturales du Kent avec des négatifs en papier ciré.. En Italie, Virginia Oldoini s'intéresse à la photographie dès 1856, enregistrant les moments marquants de sa vie dans des centaines d'autoportraits, et portant régulièrement des costumes de théâtre.En France, les premières femmes photographes sont Madame Breton et Louise Laffon.

Années folles (1920) Les années folles marquent l'émancipation des femmes dans le monde de la culture, et le nombre de femmes photographes augmente considérablement. La photographie permet alors aux femmes de faire valoir leur créativité. Des publications telles que American Amateur Photographer donnent aux photographes professionnelles ou amatrices, l'opportunité de mettre davantage en valeur leurs compétences, bien qu'elles restent encore en grande partie exclues des organisations de photographes...

Courants vignette|Miss N, portrait d'Evelyn Nesbit par la photographe Gertrude Käsebier, vers 1900.

Pictorialistes L’utilisation de la photographie comme forme artistique prend son essor à la fin du et au début du , sous l’influence de l’américain Alfred Stieglitz. Son potentiel artistique, appelé pictorialisme, est depuis largement reconnu.

Parmi les plus proches associés d'Alfred Stieglitz, figurent les photographes Gertrude Käsebier (1852-1934) et Eva Watson-Schütze (1867-1935). Toutes deux se sont tournées vers la photographie après avoir étudié les beaux-arts. Leur association avec Alfred Stieglitz conduit en 1902 à la fondation du mouvement Photo-Secession. Leurs séries de portraits romantiques ont été présentés lors d'expositions influentes.. En outre, on se souvient de Gertrude Käsebier pour ses portraits d'Amérindiens..

Alice Boughton, assistante de Gertrude Käsebier, et la photographe Anne Brigman (1869–1950), membre fondatrice du mouvement Photo-Secession, spécialisée dans les nus de femmes figurent parmi les autres pictorialistes de renom. (1857-1920) expérimente les techniques d'impression et devient membre de The Linked Ring qui précède le Photo-Secession, afin de promouvoir la photographie en tant qu'art. La Canadienne d'origine allemande Minna Keene (1861-1943) est également l'une des premières femmes membre du British Linked Ring..

Femmes photographes de Vienne Dans le Vienne d'avant-guerre, probablement plus que dans toute autre ville européenne, les studios de photo gérés par des femmes, en particulier des femmes juives, sont nettement plus nombreux que ceux dirigés par des hommes. Au total, une quarantaine de femmes possèdent des studios dans la ville, mais la plus célèbre d'entre elles se nomme Dora Kallmus (1881-1963).

Connue sous le nom de Madame d'Ora, elle est nommée membre de la Société photographique de Vienne en 1905. En 1907, elle inaugure son propre studio indépendant. Après avoir connu le succès auprès de l'aristocratie austro-hongroise, la photographe ouvre un second studio à Paris, en collaboration avec Arthur Benda. Elle domine ainsi l'univers de la photographie de mode dans les années 1930. En plus de leur rôle photographique, les studios de Dora Kallmus sont devenus des lieux de rencontre à la mode pour l'élite intellectuelle.

Trude Fleischmann (1895–1990), devenue célèbre avec une série de nues de la danseuse et Claire Beck Loos (1904-1942), tuée dans un camp de concentration nazi à Riga, ont également pris part à une carrière réussie à Vienne...

Margaret Michaelis (1902-1985) se lance également dans la photographie à Vienne, avant d'émigrer vers l’Australie. Elle est reconnue pour ses scènes du marché juif de Cracovie prises dans les années 1930.

Portraits, paysages et photographie de rue gauche|vignette|Femme photographe sur la plage du Havre, 1890-1910. vignette|Portrait du peintre Bernard Naudin photographié à l'abbaye de Varennes, dans le Berry, par Jenny de Vasson, 1909. vignette|Le Chef Iron Tail, Indien Sioux et membre du Wild West Show de Buffalo Bill. Photographié par Gertrude Kasebier, en 1898. Dès la fin du , Sarah Ladd (1860-1927) commence à photographier les paysages de l'Oregon. Ses images du fleuve Columbia qu'elle développe dans une chambre noire sur une péniche ont été exposées en 2008 au Portland Art Museum. (1868-1928), originaire de la Grande-Bretagne, est l'auteure d'une série complète d'images remarquablement nettes du Montana et de ses habitants à la fin du . Redécouvertes dans les années 1970, ces photographies ont été publiées sous la forme d'un ouvrage intitulé Photographing Montana 1894–1928: The Life and Work of Evelyn Cameron.