Carltheo Zeitschel (également Carl Theo ; né le à Augsbourg, et éventuellement mort en dans un bombardement aérien à Berlin ou lors de la prise de la ville de Schmölln) était un médecin allemand, un diplomate et un fonctionnaire nazi.

Il a notamment joué un rôle déterminant dans l’Holocauste en France. En tant que conseiller aux affaires juives (Judenreferent) à l'ambassade d'Allemagne en France, il organisa la déportation de Juifs de la France occupée.

Enfance et scolarité Il était le fils d'un pharmacien, Franz Zeitschel, et de son épouse, Ella van Hees. À partir de 1911, il étudie la médecine à l'université de Fribourg et travaille comme médecin assistant dans un hôpital militaire de Fribourg pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918).

Carrière

Médecin Après avoir obtenu son diplôme en 1918, il est libéré du service militaire, de 1919 à 1920, il a été membre du à Berlin, en même temps qu'il était assistant médical à la clinique de Friedrichshain avant de devenir ensuite médecin dans les sanatoriums de la Forêt-Noire.

Après avoir découvert le parti nazi, il en devint membre le . De 1925 à 1935, il travailla comme médecin et de 1930 à 1931 en tant que médecin personnel auprès de l'empereur allemand Guillaume II à Doorn. En 1933, il devint membre du Cabinet du Reich.

Avant la guerre : diplomatie et armée De 1935 à 1937, il fut le chef d'une unité chargée des questions coloniales et de l'Extrême-Orient au sein du ministère de la Propagande du Reich. Après 1936, il a été le chef du bureau de la politique coloniale du NSDAP.

En , il entra au ministère des Affaires étrangères (Auswärtiges Amt ou AA), avant même le remaniement par Hitler du gouvernement, du commandement des forces armées et la nomination de Joachim von Ribbentrop au poste de ministre des Affaires étrangères le . Au sein de ce ministère, il y est conseiller de légation au département des colonies. En , il fut brièvement consul allemand à Lagos, dans la colonie britannique du Nigéria.

Le , il rejoignit la SS en tant que Hauptsturmführer (capitaine) en même temps que sa nomination comme officier SS au sein de l'Office central de la sécurité du Reich. Le premier , l'Allemagne envahit la Pologne qui capitule en octobre. À partir de , Zeitschel est représentant du ministère des Affaires étrangères auprès du commandant de l'armée à Warschau (Varsovie) et représentant spécial de ce bureau chargé de l'établissement du corps diplomatique de Warschau. En 1940, il était membre du Sonderkommando Künsberg, qui a organisé le vol des œuvres d'art par les troupes allemandes à Bruxelles.

Seconde Guerre mondiale

Référent juif à Paris Dès , Zeitschel a été nommé à Paris, d'abord dans le bureau du représentant du ministère des Affaires étrangères auprès du commandant militaire en France, puis chargé par l'ambassadeur allemand Otto Abetz de continuer à s'impliquer, comme à Warschau, dans le règlement des missions étrangères du vol de collections d'art juives, "sous la garde de l'ambassade allemande".

Le , Laval, premier ministre français à traverser la ligne de démarcation, est accueilli à Moulins par Zeitschel, collaborateur d’Abetz, afin d’être escorté à Paris où l’attend l’ambassadeur pour un dîner tardif.

À partir de , Zeitschel est promu SS-Sturmbannführer (commandant) parallèlement à sa carrière dans le service diplomatique et est nommé commissaire aux affaires juives et maçonniques auprès du commandant du BdS (Befehlshaber der SiPo-SD : Sicherheitspolizei (SiPo) und des Sicherheitsdienstes (SD) - service de renseignement allemand en France), Helmut Knochen qui est assisté par Kurt Lischka, dirigeant du bureau II (organisation, administration).

Le chef de la de la Gestapo, chargée de la « question juive » à l'antenne du SD est alors Theodor Dannecker, assistant de Kurt Lischka.

Le , les Nazis promulguent une première ordonnance en zone occupée qui oblige les Juifs à se déclarer entre le 3 et le Éric Conan, « Les fichiers de la honte », L'Express, 4 juillet 1996 dans les commissariats de police et sous-préfectures .

En , un collaborateur de la de la Gestapo, chargée de la « question juive » a été délégué à la préfecture de police de Paris. Un fichier juif, dit fichier Tulard, est constamment tenu à jour.

Le commandant du BdS Helmut Knochen était en étroite relation avec l'Ambassade d'Allemagne. La participation de l'ambassadeur allemand Otto Abetz aux mesures juives était nécessaire, tant dans la France occupée que la France non occupée sous le gouvernement de Vichy.

Le , une réunion sur la question juive est organisée à Paris et présidée par le SS Sturmbanhfuhrer Kurt Lischka : « afin de résoudre le problème juif en France, nous devons appliquer les mêmes mesures que celles mises en pratique dans le Reich. À cet effet, je demande la création en France d'un office central juif. Il faut confier aux Français le soin de régler ces problèmes ».

Le , Vichy nomme Xavier Vallat « commissaire général » du Commissariat général aux questions juives.

Le , une réunion a eu lieu entre Otto Abetz, Zeitschel, Dannecker et Schilling : ils souhaitent que l’expulsion des juifs étrangers de la zone occupée, soit pris en charge par Vichy et pas par les Allemands, ce que Xavier Vallat refuse « absolument » le .

Le , l’ambassade a demandé au gouvernement français de centraliser les pleins pouvoirs entre les mains de Xavier Vallat. C’est chose faite avec la loi du . À chaque passage à Paris, Xavier Vallat doit s’adresser à un comité composé de Dannecker, Blancke, Zeitschel et un représentant des services de Werner Best, chef de la section Administration (Verwaltungsabteilung) du MBF.

Le , la police française a procédé à la première rafle : , majoritairement apatrides (Polonais, Tchécoslovaques et Autrichiens) sont internés dans les deux nouveaux camps ouverts à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, près d’Orléans. Le , une seconde rafle arrête , auxquels s’ajoutent 200 avocats notamment de la Cour d’appel ou du Conseil d’État, qui sont transférés au camp de Drancy.

Les camps de la zone occupée sont alors complets et ne permettent plus de nouvelles rafles. Le chargé des questions juives à l’ambassade, Zeitschel souhaite déporter les internés vers l’Est, mais l'opération Barbarossa lancée le mobilise tout le matériel ferroviaire sur le front russe.

L'ambassadeur Otto Abetz comptant se rendre au quartier général de Hitler à Berlin, Zeitschel lui demanda le , d'obtenir "personnellement" de Heinrich Himmler la promesse "que les Juifs dans les camps de concentration [français] peuvent être déportés à l'Est dès que les moyens de transport le permettent".

À son supérieur, Zeitschel affirme travailler « en toute intensité pour un prochain règlement de la question juive », mais que l’action souffre du nombre insuffisant de camps et qu’on « doit se débrouiller avec toutes sortes de lois et autres ordonnances ». Il suggère à Abetz de s’adresser également à Göring, « très accessible en ce qui concerne le problème juif » et pouvant être d’un « appui extraordinaire ».

Zeitschel a proposé de procéder à la destruction ou à la stérilisation des Juifs d'Europe, dans le but d'en détruire plus de 33 %.

Aux suggestions de son subordonné, l’ambassadeur lui demande des précisions sur les juifs internés, leur nombre exact et les nationalités concernées. Zeitschel transmet la question à Theodor Dannecker le . Faute d’une réponse à l’approche du départ d’Abetz, Zeitschel donne le chiffre de . À Berlin, Abetz rencontra Ribbentrop et Hitler.

Le , avec Dannecker, Zeitschel a ouvert à Paris l'exposition Le Juif et la France.

Le , Zeitschel a rassuré Dannecker que dès que la situation se détendra sur le front russe, les déportations vers l’Est pourront être envisagés à partir de la France. Au cours des mêmes jours, Himmler a proclamé le souhait de Hitler de vider le Reich et le protectorat de Bohême-Moravie le plus rapidement possible de sa population juive.

Devant l'ampleur de la résistance notamment française, belge et hollandaise, le Reich publie le décret Nacht und Nebel (Nuit et brouillard - ). Werner Best fait alors arrêter massivement tous les ennemis ou opposants.

Le , une grande rafle arrête 743 hommes, majoritairement français, dits « juifs d’influence » qui sont internés dans le nouveau camp de Compiègne.

Le , la conférence de Wannsee près de Berlin a lancé la « solution générale de la question juive ». Trente exemplaires en furent tirés pour des responsables. L'Auswartiges Amt Franz Rademacher assista à la réunion de suivi de la conférence de Wannsee, qui eut lieu dans les bureaux d'Eichmann le . Le lendemain, il envoya plusieurs exemplaires de son rapport notamment à , qui était à la tête du département politique. Zeitschel en entendit parler et le il écrivit à ses supérieurs au ministère des Affaires étrangères pour les informer qu’il avait entendu dire qu’une réunion de Staatssekretäre avait eu lieu et qu’il demandait un exemplaire du procès-verbal. Il essaya d'obtenir le protocole auprès du secrétaire d'État adjoint Ernst Woermann afin d'organiser la déportation des Juifs français.

En tant que Référent juif (Judenberater), Zeitschel était l’un des moteurs de la solution finale en France, c'est-à-dire l'extermination des Juifs par la déportation et le gazage.

Le , le premier convoi a quitté Compiègne pour Auschwitz.

Après avoir refusé la demande de Theodor Dannecker chef de la d'ordonner l’introduction de l’étoile jaune en zone occupée, l’ambassadeur Abetz s'est ravisé et a promulgué le la mesure en annonçant le remplacement du trop modéré Vallat par Louis Darquier de PellepoixLa Persécution nazie et l’Attitude de Vichy, par François Delpech.. Comme cette mesure nécessitait une ordonnance du BMF, Zeitschel s'est chargé d’informer Best le : la mesure doit être imposée en zone occupée « indépendamment » de Vichy qui est libre de l’appliquer en zone Sud non occupée.

Le , lors de la venue à Paris de Reinhard Heydrich, l'adjoint de Himmler à la tête des SS, une réunion avec Dannecker, Otto Abetz et Carl-Theo Zeitschel précisera la formulation du texte de la huitième ordonnance allemande en cours d’élaboration et promulguée le . L'Étoile jaune sera imposée à tous les Juifs de plus de six ans de la zone occupée avec dérogation possibleCDJC--82 Texte de la ordonnance du 29 mai 1942. Les dispositions d'application relatives au précisent que :Serge Klarsfeld rappelle (La Shoah en France ) l’existence de l’additif à l’ de l’ordonnance, qui figure dans la lettre du 29 mai 1942 du général Oberg. Elle précise à l’ambassadeur de Brinon les pays dont les ressortissants, en plus des Français, auront à porter l’étoile : : l'ambassadeur Abetz, avec Oberg, Rudolf Rahn, Zeitschel, Knochen et Hagen, discuteront des demandes d'exemption comme pour Louise Neuburger, veuve du philosophe Henri Bergson, ainsi que pour Maurice Goudeket, marié en 1935 à la célèbre écrivaine Colette ;

Le , Zeitchel, chargé des Questions Juives à l’ambassade d’Allemagne, s’est adressé en ces termes à Dannecker : . En marge la mention « À Drancy ! » sera rajoutée à la mainCDJC-a-110 : cette note évoquait aussi le contrôle de juifs et la manifestation prévue le en réaction à l'introduction de l'étoile.Centre de documentation juive contemporaine - a-110..

Le , le a envoyé une lettre à la suite de sa rencontre avec Dannecker le même jour, qui l'a informé de la présence de 50.000 Juifs sur le territoire non occupé et qui devaient être le plus tôt possible déporté vers l'Est, en attendant, il en a informé le conseiller diplomatique Rudolf Rahn qui rencontrera le président Pierre Laval plus tard cet après-midi puis Dannecker le lundi 29 ou le mardi pour connaître la réponse de Laval, notamment si Louis Darquier de Pellepoix pourra bénéficier d'une totale liberté d'action.