Le yéti, également appelé « abominable homme des neiges », est une créature anthropomorphe du folklore du Népal, de l'Inde, du Bhoutan et du Tibet. Du fait de l'absence de preuve matérielle de son existence, la communauté scientifique le considère comme un être légendaire, un cryptide peut-être né de l'observation de fossiles de gigantopithèque Eric Pettifor, From the Teeth of the Dragon: Gigantopithecus Blacki par des populations himalayennes dépourvues de connaissances scientifiques. Des créatures équivalentes, grands primates ou « hommes sauvages », existent dans le folklore de plusieurs régions du monde, comme le Bigfoot en Amérique du Nord, l'Almasty dans le Caucase ou Basajaun au pays basque.
Étymologie et noms alternatifs
Aussi désignée comme « abominable homme des neiges » depuis 1921, cette créature ne serait connue sous le nom de « yéti » que par les Sherpas du Nord-Est du Népal. Ce nom viendrait du tibétain གཡའ་དྲེད་ (en Wylie, g.ya’ dred), mot composé de གཡའ་ (en Wylie g.ya’, « rocheux ») et དྲེད་ (en Wylie dred « ours »)Stonor, Charles, 1954, The Statesman in Calcutta. Selon Pranavananda, les mots « ti », « te » et « teh » dérivent du mot du langage oral « tre » (écrit « dred ») qui signifie « ours » en tibétain, le « r » étant prononcé si doucement qu'il est quasiment inaudible.
Selon une autre version, le mot « yéti » viendrait du mot yeh-teh, qui signifierait « animal des rochers », et qui désignerait le « petit yéti ».
D'autres termes utilisés par les peuples de l'Himalaya n'ont pas exactement la même traduction mais font également référence à des espèces animales réelles ou légendaires de la région, dont la taille et l'apparence sont variables : meh-teh (en tibétain མི་དྲེད་, en Wylie mi dred) signifierait « homme-ours » ; dzu-teh, de « dzu », bovin, signifierait « ours-bovin » et désignerait l'ours IsabelleRev, Swami Pranavananda, 1955, Indian Geographical Journal , . ; migoï ou mi-go (en tibétain མི་རྒོད་, en Wylie mi rgod, prononcé « migou ») signifierait « homme sauvage » ; mirka, serait un autre mot pour « homme sauvage » et, selon une légende rapportée par les Sherpas de Frank Smythe en 1937, ; kang admi signifierait « homme des neiges »; jobran signifierait « mangeur d'homme ».
Bien que ces créatures humanoïdes des folklores Himalayens ne soient pas toutes identiques, le mot yéti, largement popularisé comme les mots « Bigfoot » et « Sasquatch », est généralement utilisé pour désigner tout cryptide humanoïde à travers le monde. Des confusions et amalgames entre différentes créatures mythiques en résultent.
L'expression « abominable homme des neiges » apparaît en 1921, année au cours de laquelle le lieutenant-colonel Charles Howard-Bury conduit une expédition conjointe entre le Club alpin et la Royal Geographical Society pour l'exploration de l'Everest, dont il relate les péripéties dans Mount Everest The Reconnaissance, 1921Charles Howard-Bury, 1921, Mount Everest The Reconnaissance, 1921, Edward Arnold, .
Dans ce livre, il décrit le col de Lhakpa-la à , où il observa des empreintes de pas qu'il considéra comme . Il ajoute que ses guides Sherpa . Metoh signifie « homme-ours » et Kang-mi « homme des neiges ».
Il existe une confusion entre l'expression metoh-kangmi employée par Howard-Bury et celle utilisée par Bill Tilman dans son ouvrage Mount Everest, 1938Tilman H.W, 1938, Mount Everest 1938, Pilgrim Publishing . Tilman utilise le mot metch, qui ne peut exister en tibétain, et kangmi quand il rapporte la création de l'expression « abominable homme des neiges ». D'autres éléments prouvent que metch est une appellation impropre : pour David Snellgrove, professeur à la School of Oriental and African Studies, University of London et spécialiste de la langue tibétaine, le mot metch ne peut pas exister car la consonne rendue par les lettres accolées « t-c-h » n'existe pas dans cette langue, où c'est la consonne (tibétain ཇོ) rendue par « j », « dj » ou « zh » qui existe. La documentation suggère que l'expression metch-kangmi dérive d'une unique source datant de 1921 et que le mot metch résulte d'une erreur de transcription de metoh.
L'expression « abominable homme des neiges » apparaît lorsque Henry Newman, un contributeur régulier du journal The Statesman de Calcutta, signant sous le pseudonyme de Kim, interroge les porteurs de l’Everest Reconnaissance expedition à leur retour à DarjeelingJohn Masters, The Abominable Snowman, , Harpers, vol. CCXVIII, , 1959.. Newman traduit par erreur le mot metoh par « répugnant », « abominable ». D'après Bill Tilman, « longtemps après [Newman] écrivit dans une lettre au Times : l'histoire semblait être une si heureuse création que je l'ai envoyée à un ou deux journaux ».
Historique des références Les « hommes sauvages » (Meteh) sont mentionnés dans des textes asiatiques anciens tels que le poème « Rama et Sita », datant du , ou le de Milarépa (1038 à 1122 )M. Aquaron, « Le Yeti », in: Du Bigfoot au Yeti, anthropologie de l'imaginaire, Boëtsch, G. et Gagnepain, J., (Éds.), Catalogue de l'exposition, Actes du colloque « L'Humain, entre réalité et imaginaire », Quinson, , 2008, ..
B.H. Hodgson est le premier Européen à faire référence explicitement au yéti, en évoquant des chasseurs népalais effrayés par un être sauvage et velu qualifié de « Rakshas » (démon)Hodgson, B.H. (1832) - « Rencontre avec le Yeti », Journal de la société asiatique du Bengale.. Les premières mentions d'empreintes évoquant des pieds humains par des Européens datent de 1899. D'autres sont signalées en 1905.
En novembre et décembre 1921, des journaux francophones utilisent l’expression abominable homme des neiges pour dire que le sujet est un singe...
En 1925, l’explorateur N. A. Tombazi, de la Royal Geographical Society anglaise, ainsi que John Hunt, rapportent avoir observé des empreintes de yéti sur le site du glacier de Zemu au SikkimHistorique du yeti. En 1936, le géologue suisse Augusto Gansser-Biaggi effectue un voyage d’exploration pendant au Garhwal, entre le Nanga Parbat et l’Everest, au cœur de l’Himalaya. Il a alors la révélation de cet être, mythique ou réel : le yéti.
En , Sławomir Rawicz, dans un récit dont certains passages sont très similaires à quelques étapes de la vie de Witold Gliński, raconte qu'il fait route vers les Indes septentrionales après s'être évadé du Goulag soviétique dix-huit mois plus tôt. Dans un passage invraisemblable pour tout connaisseur de l'Himalaya, il raconte avoir croisé deux créatures dont la silhouette rappelle . La version française de ce récit sera publiée en 1957Slavomir Rawicz, À marche forcée, Albin Michel 1957, , mis en scène dans le film Les Chemins de la liberté.. vignette|Empreintes attribuées au yéti photographiées en 1937. Si le yéti est mentionné en Europe dès le , ce sont les photos d'empreintes prises en 1951 par l'alpiniste Eric Shipton qui l'ont révélé au public occidental. Des traces ont aussi été photographiées en , lors de la première expédition française du Makalu. L'abbé Pierre Bordet, le géologue de l'expédition, a pu suivre ces traces sur plus d'un kilomètre et ainsi affirmer qu'elles avaient été produites par un animal bipède. Plusieurs de ces photographies ont été publiées dans l'édition de Paris Match du et peu après, elles ont été dessinées conformément à ces photos par l'auteur de bande dessinée Hergé dans son album Tintin au Tibet paru en 1960.
En , à d'altitude, dans le (Himalaya du Népal), René de Milleville photographie une trace de pas très distincte dans la neige. Il aura l'occasion de rapporter de nombreux récits de paysans népalais témoignant avoir vu le yéti. Par ailleurs, René de Milleville a mis à disposition du Muséum national d'histoire naturelle des poils attribués au yéti. Michel Tranier a étudié ces poils et conclu qu'ils appartiennent à ; cela peut aussi valoir pour le scalp du monastère de Khumjung, tandis que d'autres scalps ont révélé, par leur ADN, avoir appartenu à des caprins (voir plus bas). thumb|Dessin humoristique d'un yéti sur une émission philatélique du Kirghizistan.|gauche L'alpiniste Reinhold Messner entreprend une expédition sur les traces de l'animal à la fin des années 1980Reinhold Messner en quête du yéti, contre vents et moqueries sur Le Dahu libéré. Il aurait lui-même aperçu le yéti une nuit de alors qu'il recherchait un village pour s'abriter dans une (non nommée) de l’Himalaya. Messner conclut que la légende de « l'abominable homme des neiges » provient d'un véritable animal apparenté à l'Ours bleu du Tibet qui terrifierait les populations locales depuis des générations. Cet ours inconnu, appelé chemo par les sherpas, aurait la capacité de marcher sur ses pattes arrière et serait devenu dans le folklore local un Homme sauvageReinhold Messner : Yeti – Du mythe à la réalité, Glénat, 2000 .. Cette conclusion n'a pas convaincu la communauté cryptozoologique.
En 1997, comme d'autres Occidentaux avant eux, deux aventuriers français, Alexandre Poussin et Sylvain Tesson, découvrent, en franchissant le col de Bobang au Cachemire indien, des traces dans la neige qui ne seraient selon eux ni celles d'un homme, ni celles d'un ours. Elles montent droit dans la pente : La marche dans le ciel : à pied à travers l'Himalaya (1998), Alexandre Poussin et Sylvain Tesson, éditions Robert Laffont, pages 229 et 230. ».
En 2008, l'AFP a relayé l'information selon laquelle des aventuriers japonais partis à la recherche du yéti auraient photographié de Des Japonais affirment avoir trouvé des empreintes du yéti dans l'Himalaya.
Interprétations Existence légendaire Pour la plupart des scientifiques, anthropologues ou sociologues, le yéti est une créature légendaire relevant de la mythologie des groupes himalayens. Les arguments contre l'existence réelle du yéti, comme de la plupart des autres cryptides, sont nombreux : absence de fossile ou de pièce anatomique d'individu susceptible d'être étudié scientifiquement, et ce au bout de plusieurs décennies de recherches infructueusesSasquatch (et autres géants velus mythiques) ; impossibilité pour une population de se maintenir au cours du temps avec un effectif de moins de 200 à 500 individus ; impossibilité pour une créature d'une taille comparable à un homme ou un ours, de rester quasiment inaperçue y compris pour des expéditions parties à sa recherche, sans laisser ni fèces, ni restes de repas, ni traces sur le sol susceptibles d'être moulées, ni dépouilles susceptible d'être étudiées scientifiquement ; faible fiabilité de la plupart des témoignages et des observations (les témoins aperçoivent de façon fugitive des animaux mal identifiés, et, sous l'effet de leurs émotions ou du raksi, connaissant les récits sur le yéti, se persuadent d'en avoir vu un) ; cohérence entre les descriptions et les mythes liés aux hommes sauvages qui semblent constituer un universel chez les sociétés humaines montagnardes (Almasty, Basajaun)J.-P. Demoule, « Sciences de l'Homme : le retour de l'irrationnel ? », La Recherche, , 23, 1992, . ; caractère parfois vague voire confus des dénominations locales, servant à désigner autant des primates humanoïdes que des ethnies mal perçues ; témoignages hétéroclites mêlant parfois des descriptions extrêmement précises avec des éléments mythiques, fantastiques ou religieux ; récupération du yéti dans un but lucratif, certains locaux espérant être choisis comme guides, d'autres inventant des récits pour attirer les touristes.
L'essentiel de la communauté scientifique considère que les mythes liés à des humanoïdes sauvages et velus, peuvent être expliqués par l'observation d'ours ou d'autres animaux (petits pandas, langurs, macaques…), mêlés avec de nombreuses et complexes croyances locales. Selon Daniel Taylor, l'intérêt des chercheurs occidentaux pour le yéti et plus généralement pour les (apemen) a émergé à l'époque victorienne, lorsque les explorateurs parcouraient le monde à la recherche du « chaînon manquant » entre l'homme et les singes.
Ursidé