Philippe de Bourbourg (mort vers 1292) est un seigneur noble flamand de France de la fin du . D'origine inconnue, sans doute natif de Bourbourg, Philippe de Bourbourg est un homme de confiance, un grand commis, de deux comtes de Flandre, Marguerite de Constantinople et Gui de Dampierre. Il multiplie les missions entre 1265 et 1278. Un temps bailli de la ville de Bruges, puis prévôt de la ville de Lille, il s'élève socialement en devenant seigneur de Verlinghem (dans la châtellenie de Lille) vers 1271. En outre, Gui de Dampierre l'anoblit : il le fait chevalier vers 1280 et lui confirme sa position de seigneur acquise sous Marguerite de Constantinople. Sa carrière est exemplaire des pratiques financières et des tensions politiques de son époque.

Biographie

On sait peu de choses sur les origines de Philippe de Bourbourg. Il semble qu'il n'ait pas de lien avec la première famille de Bourbourg, retrouvée entre 1072 et 1224, celle des châtelains de Bourbourg (châtellenie de Bourbourg). Il apparait également qu'il ne nait pas noble.

Il est retrouvé dans les textes dans la deuxième moitié du , dans l'entourage des comtes de Flandre, en tant que sergent chargé de missions de confiance. Le terme sergent n'a pas de signification militaire mais signifie plutôt représentant, chargé de mission voire bras droit, dans la mesure où aucune de ses missions n'a de finalité militaire et où il n'est pas signalé en train de combattre. Philippe exécute des actions très variées qui l'amènent à sillonner le pays jusqu'à Paris et à rencontrer de puissants personnages : saisie de marchandises, perception de sommes dues aux comtes de Flandre, arbitre dans des litiges concernant ses maîtres,...

Les services rendus lui valent de devenir seigneur possesseur du fief de Verlinghem, dans la châtellenie de Lille, puis anobli. Il remplit encore des missions après qu'il a atteint cette nouvelle situation.

Il épouse, avant 1288, une dénommée Marie, son fils aîné se prénomme également Philippe, majeur de droit en 1288. Ses enfants sont faits chevaliers Antoine Sérieys, Recherches historiques sur les dignités et leurs marques distinctives chez différents peuples, Paris, 1808, p. 93, lire en ligne..

Philippe de Bourbourg n'oublie pas de s'acheter des biens dans sa ville présumée d'origine : en 1282, il possède une maison sur le marché de Bourbourg. En 1298, il détient le manoir de Bourbourg, c'est-à dire le château de Bourbourg qui constitue alors un fief séparé de la châtellenie. Il est maître également du fief de la prison de Bourbourg Il a encore pris soin d'acquérir en Annales du Comité flamand de France, Tome XII, 1873-1874, p. 393, lire en ligne, un autre bien dans les environs, toujours en Flandre maritime, à Bambecque.

Philippe de Bourbourg meurt en ou vers 1292.

Au service de deux comtes de Flandre La carrière de Philippe de Bourbourg illustre les pratiques des grands seigneurs lorsqu'ils ne recourent pas à la force : gestion de leurs territoires, achat et vente de terres, négociation avec les abbayes,... Les transactions financières abondent, alimentées notamment par la fréquence des prêts d'argent. Celle-ci peut s'expliquer par une richesse fondée essentiellement sur la possession immobilière (terres, maisons, châteaux, moulins, ...) procurant revenus et rentes à dates ou moments fixés par les contrats ou les saisons et une relative pénurie momentanée de trésorerie ou d'espèces sonnantes et trébuchantes pour faire face à un besoin ou une opportunité immédiates : la monnaie est une denrée rareJacques Le Goff, Marchands et banquiers du Moyen-Âge, 2006.. On, y compris de riches personnages, prête et emprunte donc souvent. De ce fait, se multiplient les actes de prêts d'argent, de reconnaissance de dette, avec ou sans désignation de cautions, de certification de remboursement ou de procédures engagées pour obtenir ce dernier, via des intermédiaires, comme Philippe de Bourbourg, appelés à jouer un grand rôle.

Philippe de Bourbourg jouit de toute la confiance des grands personnages qu'il sert entre 1265 et 1278, pendant treize ans au moins. Il multiplie les missions. Fréquemment réemployé, ses propositions sont régulièrement entérinées. Il y acquiert une aisance matérielle certaine.

Il remplit essentiellement trois grands types de missions à leur service.

Encaissement de sommes dues ou destinées aux comtes Philippe de Bourbourg est dépêché ou désigné par les deux comtes de Flandre susnommés pour servir d'intermédiaire financier, y inclus pour des sommes importantes. De ce fait, le , un marchand de Florence va jusqu'à le mentionner en tant que receveur de Flandre, fonction qu'il n'occupe pourtant pas officiellement a prioriMémoire de la Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres et des arts, 1853-1854, p. 389-390, lire en ligne : cette appréciation montre le rôle notable qu'il a joué dans plusieurs transactions, même sans porter de titre officiel autre que d'être personnage de confiance de ses employeurs.

Il apparait dans les textes pour la première fois en 1265 : vers 1265, Marguerite de Constantinople fait saisir par son sergent Philippe de Bourbourg, assisté d'un bourgeois de Douai, dans les villes de Bruges et de Damme, des laines d'Angleterre et d'Irlande, jusqu'à ce que l'acheteur, un bourgeois de Bruges, lui verse mille deux cent soixante sept livres cinq sous cinq deniers sterling. Philippon de Bourbourg est de nouveau l'homme de confiance de Marguerite en 1270, pour recevoir une somme d'argent (deux cent soixante dix livres sterling) due par des bourgeois de Bruges à d'autres personnes. En , Alphonse Wauters dit , encore pour Marguerite, Philippe est une des quatre personnes, avec sa « chère fille sœur Marie de Dampierre », (en fait sa petite-fille?), son petit-fils et un ecclésiastique, désignées pour recevoir deux mille livres, monnaie de Flandre, par an provenant de divers biens, afin d'effectuer des restitutions jusqu'à exécution des restitutions et legs qu'elle a ordonnés par testament. Cet acte est renouvelé en quasiment dans les mêmes termes. En , Marguerite de Constantinople, son fils Gui de Dampierre, son autre fils Robert III de Flandre et l'épouse de celui ci Yolande de Bourgogne reconnaissent devoir à des marchands de Gênes huit mille livres tournois, reçues pour eux à Paris par Philippe de Bourbourg avec engagement d'une date de remboursement et d'octroi d'intérêts en cas de retard. En 1277, il verse à Jean de Mortagne, châtelain de Tournai, qui le qualifie de « son bon ami » les mille livres parisis, confiés par le comte de Flandre, pour rembourser le dit Jean de Mortagne. En 1278, nouvelle mission de confiance pour Philippe, chargé par Marguerite, de veiller à la transmission au fils de Marguerite, Guy de Dampierre, d'une maison qu'elle a acheté à Paris, hors de la porte de Saint-Eustache. En , il est cité dans des lettres évoquant un prêt de trois mille six cents livres puis un prêt de huit cents livres tournois, faits, par son entremise, au comte et à la comtesse de Flandre ainsi qu'à Robert leur fils aîné et à sa femme.

Prêt ou caution pour ses employeurs Philippe de Bourbourg dispose d'une surface financière importante, probablement encore accrue au fil des missions remplies, et des gages et récompenses reçues. Il peut ainsi prêter à ses maîtres ou leur servir de caution dans plusieurs actes d'emprunt d'argent.

En , Marguerite donne des lettres selon lesquelles elle a reçu un prêt de mille livres parisis accordé par Philippon de Bourbourg et d'autres. En , la même comtesse écrit des lettres pour un emprunt de deux mille livres parisis, à elle consenti, par trois bourgeois de Douai et Philippon de Bourbourg, son sergent. Philippe de Bourbourg, seigneur de Verlinghem, sergent de la comtesse, s'est porté caution avec des bourgeois de Douai pour la comtesse Marguerite et son fils Gui, pour un montant de trois mille six cent soixante quatre livres, monnaie de Flandre, envers des citoyens d'Arras. En , Marguerite et Gui promettent à « leurs chers amis » qui se sont portés cautions, qu'ils vont s'acquitter de la somme en question lors de la prochaine reddition des comptes en 1277. En 1278, Gui, comte de Flandre, demande à des marchands de Sienne, de prêter mille trois cents livres tournois au prévôt de Cassel, présent à la cour de Rome. Par acte passé à Paris en , il reconnait devoir cette somme, qu'il prévoit de rembourser par échéances successives. Philippe de Bourbourg, seigneur de Verlinghem, se porte caution pour son comte par la même charte. A cette date, Philippe dispose d'un sceau, en cire verte, présent sur l'acte à côté de celui du comte.

Arbitre lors de litiges Lors des situations de tensions où passer en force n'est pas envisageable, vis-à-vis de l'église ou des abbayes notamment, ou encore des villes, les révoltes en Flandre étant déjà fréquentes, (à titre d'illustration, révoltes de Gand tout au long du Moyen-Âge, révolte des Karls), les comtes de Flandre recourent à des procédures d'arbitrage, chaque partie désignant le ou les siens pour négocier un compromis acceptable pour tous. Philippe de Bourbourg se voit souvent confier ce genre de missions destinées à arrondir les angles sans violence. En avril-, Philippe est arbitre (nommé par la comtesse) avec le prieur des frères prêcheurs à Lille, (nommé par l'abbé de l'abbaye des Dunes), pour trancher des difficultés entre la dite abbaye et la comtesse au sujet de terres achetées par le monastère et des droits et taxes attachés à celles-ci. La comtesse et l'abbaye entérinent leur décision (l'abbaye doit verser deux mille trois cents livres monnaie de Flandre à la comtesse en trois termes) et Gui de Dampierre, fils de Marguerite et comte de Flandre, la confirme. En , dans la foulée et pour régler d'autres questions pendantes avec cette abbaye, Guy déclare que son « cher et féal sergent » Philippe de Bourbourg a été désigné pour faire le mesurage et mettre des bornes aux terrains ayant fait l'objet d'une donation à la même abbaye par la comtesse Jeanne de Constantinople en . Marguerite et Guy confirment le travail réalisé par Philippe. Philippe, décidément très utilisé par la comtesse, est en , une des quatre personnes désignées pour arbitrer les difficultés entre Marguerite et l'abbaye de Baudelo (commune actuelle de Saint-Nicolas (Flandre-Orientale) au sujet de la possession de terres, décision entérinée par Marguerite et son fils Guy. Philippe de Bourbourg, en , est arbitre nommé par Marguerite, au côté d'autres arbitres désignés par les parties adverses, pour régler le prix de vente de droits et terrains, appartenant à la comtesse, à la commune de Bruges qui souhaite les acquérir, et pour borner les terrains concernés. Philippe encaisse deux mille cinq cents livres monnaie de Flandre revenant à son employeur, et Marguerite et Gui confirment l'accord conclu.

Autres missions Philippe de Bourbourg remplit encore d'autres missions, moins fréquentes mais révélatrices de la confiance qu'on lui témoigne, allant jusqu'à supplanter des personnes désignées officiellement pour remplir des fonctions précises. En , il est mandaté par la comtesse pour tenir les plaids des renenghes (sessions de l'instance chargée de la reddition et du contrôle des revenus domaniaux de Flandre). Elle confirme un jugement rendu en la salle de Lille à la « semonce de son cher sergent et féal Philippon de Bourbourg, seigneur de Verlenghehem » : à défaut de paiement des rentes dues pendant trois ans, les terres concernées par ces rentes sont réunies au domaine des comtes de Flandre. Il est vrai qu'à cette date, étant seigneur de Verlinghem, Philippe dispose d'une situation sociale à même de lui permettre de remplir cette tâche.

Enjeux de pouvoirs