L'étude des catéchismes protestants en usage en Alsace et en Moselle à travers les siècles illustre l'histoire du christianisme dans une région marquée par une forte identité.
À travers les siècles, les Églises et les familles chrétiennes se sont efforcées, avec plus ou moins d’intensité et de succès, d’instruire les enfants dans la foiCharles Wackenheim, La Catéchèse, Presses universitaires de France, Paris, 1983, 127 p. . Au Moyen Âge, l’Église s’en remettait souvent aux parents pour apprendre aux enfants à réciter le Credo apostolique, le Notre Père et l’Ave Maria, et, si possible, le Décalogue. Pour certains, des écoles monastiques et des écoles latines approfondissaient l’instruction religieuse. Par ailleurs, le Credo et les autres textes étaient lus au cours de la messe. Jeunes et vieux, les fidèles devaient les apprendre par cœur, et la confession auriculaire permettait de contrôler leurs connaissances. Grâce à l’imprimerie, divers écrits de type catéchétique voient le jour au début du en AlsacePar exemple le Hortulus Animæ, imprimé quarante fois à Strasbourg entre 1501 et 1519.
Au cœur des divers catéchismes luthériens d'Alsace, se trouvent l’explication de la foi chrétienne, celle du Notre Père et des Dix commandements. Mais le baptême et la Cène y ont leur place. La Bible est présente sous la forme de brèves citations. L’utilisation des récits bibliques est plus rare. L’enseignement est dispensé sous la forme de questions-réponses et l’appropriation se fait par mémorisation. Des examens réguliers, souvent quatre fois par an, vérifient l’acquisition des connaissances, nécessaire avant la première communion. L’instruction ne s’adresse pas seulement aux enfants, mais aussi, d’une manière ou d’une autre, aux adultes. Elle est dispensée aussi bien dans les écoles que le dimanche dans les églises. Certains catéchismes ont été traduits en latin pour un usage à la Haute École de Strasbourg.
Les catéchismes strasbourgeois La catéchèse luthérienne L’humanisme et la Réforme protestante stigmatisent l’ignorance religieuse et conjuguent leurs efforts pour pallier cela et pour combattre les superstitions. L’affrontement entre les confessions contribue à préciser les croyances en les opposant à celles de l’Église rivale. Divers écrits imprimés à Strasbourg attestent l’intérêt porté par les fidèles à ce qui pouvait approfondir leurs connaissances religieuses. On ne sait pas toujours dans quelle mesure ces écrits ont aussi été utilisés par les clercs préposés à l’instruction. Des textes de Luther relatifs au baptême, à la Cène, à la confession et aux Dix commandements sont réimprimés à Strasbourg entre 1520 et 1522 , Lutherbibliographie, Baden-Baden, 1966, . Un catéchisme originaire de Bohême est publié à Strasbourg en 1523 Ein schön Frag und Antwort den jungen Kindern, zu unterweisen, Gott zu erkennen, auch ihn anzurufen als einen Vater. Un opuscule dû à Eustasius Kannel propose de mieux faire connaître les préceptes du Sermon sur la montagne Evangelisch gesatz. . .concordiert durch Eustasius Kannel. Une explication des Dix commandements, sous la forme d’une planche à fixer au mur, est imprimée entre 1524 et 1526. Elle est due probablement au prédicateur de la cathédrale de Strasbourg, Matthieu Zell August Ernst et Johann Adam, Katechetische Geschichte des Elsasses bis zur Revolution, Strasbourg, 1922, ; Ernst relève les survivances de la foi catholique telles que le maintien du jeûne, de la confession, la valorisation du prêtre et la mention des péchés mortels..
Une sorte d’abécédaire de Melanchthon Ein büchlein für die leyen und kinder. Philip Melanchthons Handbüchlin wie man die kinder zu der schrifft und lere halten sol. pour les laïcs et les enfants, traitant du décalogue, de la foi, du Notre Père, du baptême et de la Cène est réimprimé à Strasbourg en 1526 ou 1527. Il incite à respecter l’Écriture sainte et à prier, y compris l’Ave Maria. En 1526, une instruction catéchétique est mise en place dans plusieurs églises strasbourgeoises. L’année suivante paraît le premier catéchisme strasbourgeois Die Evangelischen Kirchenordnungen des XVI. Jahrhunderts, Elsass, t.20,1: Straßburg, p.170-217., élaboré par Wolfgang Capiton, pasteur à Saint-Pierre-le-Jeune (dont le nom n’est pas cité). Ce catéchisme aborde successivement la doctrine du baptême, celle de la Cène et la vie chrétienne. Enrichi par de nombreuses citations bibliques, il procède, comme la plupart des catéchismes de l’époque, par questions-réponses. Souvent longues, ces dernières précisent ce qu’est un chrétien. La foi est définie comme confiance en Dieu. Le baptême marque l’entrée dans l’Église. La Cène est définie comme un repas du souvenir, excluant une présence corporelle du Christ. Les Dix commandements, qui sont chantés pendant le culte, permettent au fidèle de reconnaître ses péchés. L’accent est mis sur la vie active et sur l’amour.
Une seconde édition de ce catéchisme est publiée en 1529Les modifications sont indiquées dans l’édition citée en note 8.. Tout en reprenant largement le contenu de la première édition, celle-ci comporte une série d’ajouts. Une lettre au lecteur met en garde contre les divisions. Le catéchisme souligne l’importance de l’autorité temporelle. Il rejette le monachisme et développe le thème de la conception virginale de Marie. En affirmant que l’Église de Jésus Christ est invisible, que Jésus Christ en est la seule tête, Capiton écarte le règne du pape et des évêques, mais évite de longues polémiques. Il souligne que ce n’est pas le baptême qui fait le chrétien, mais la foi. À plusieurs reprises il est question des « élus ». Le baptême est traité plus largement que dans la première édition. Il est question aussi de l’Antéchrist. Dans la troisième partie d’un catéchisme qu’il publie en 1529, Othon BrunfelsCatechesis Puerorum, In Fide, in literis et in moribus, Ernst/Adam, ., directeur d’une des écoles latines de Strasbourg, propose aux enseignants des explications en latin sur le symbole des apôtres, les mystères des « signes » (c’est-à-dire des sacrements), les Dix commandements ainsi qu’une paraphrase du Notre Père. Concis et sans polémique, l’exposé, enrichi de citations bibliques, veut faire comprendre les vérités chrétiennes et en dégager les « fruits » pour la vie chrétienne. À la différence d’autres catéchismes, il fait place aussi aux récits bibliques, mais se limite à l’Ancien Testament. Kat
Les catéchismes de Bucer et de Zell
À la suite du synode de 1533, qui combattait en particulier les anabaptistes, les prédicateurs de Strasbourg jugent nécessaire de publier un catéchisme pour exprimer de manière unificatrice la doctrine de l’Église de Strasbourg, édifier et améliorer la vie de la communauté et prendre leurs distances à l’égard des dissidents. Tel est l’objet du catéchisme publié en 1534 Robert Stupperich (dir.), Martin Bucers Deutsche Schriften, tome 6, 3, Gütersloher Verlagshaus, Gütersloh, 1987, , préfacé par Zell et élaboré par Bucer, mais dont le nom n’apparaît pas. Avec ses 120 feuillets, c’est l’un des catéchismes les plus longs du . Comme pour d’autres catéchismes de l’époque, la frontière entre un précis dogmatique et un manuel pour l’instruction des jeunes est floue. Le catéchisme traite du Credo apostolique, du baptême et de la Cène, inclus dans l’exposé sur le Saint-Esprit, des Dix commandements et du Notre Père. Alors que le Petit Catéchisme de Luther commence par la loi qui révèle le péché de l’homme, Bucer place la loi après l’exposé sur la foi, en soulignant ainsi que la foi est un guide de la vie du chrétien régénéré. Alors que Luther, comme saint Augustin, inclut la défense de se faire des images dans le premier commandement, Bucer considère cette interdiction des images comme le deuxième commandement. La foi n’est pas seulement confiance, mais aussi connaissance. L’exposé de Bucer est toujours attentif aux conséquences éthiques des affirmations de la foi. La Cène n’est pas considérée comme un symbole. Dans la célébration, le corps et le sang du Christ sont donnés au croyant avec le pain et le vin. Une présence locale du corps et du sang du Christ dans les éléments est écartée.
Trop long pour l’instruction des enfants, le catéchisme de 1534 est remplacé en 1537 par une version abrégée Martin Bucers Deutsche Schriften, op. cit., , elle aussi publiée par Bucer au nom des prédicateurs. Ce n’est que maintenant que le mot « catéchisme » apparaît. Plusieurs fois réédité, cet écrit de 1537 est muni de 24 gravures sur bois qui illustrent l’histoire de la création, le baptême, la Cène et l’absolution, le Notre Père ainsi que les commandements. Il comporte aussi des prières et des citations bibliques relatives à quelques aspects de la vie chrétienne. Une troisième version du catéchisme de Bucer paraît en 1543 Martin Bucers Deutsche Schriften, op. cit., . Après les textes de base de la foi, il reprend les prières de l’édition de 1537. Une nouveauté frappante : une place est faite au Kirchendienst (service dans l’Église), c’est-à-dire aux ministères et à leur installation, à la confirmation, à la discipline, à la célébration du mariage, aux célébrations cultuelles et au chant.
Pasteur à la cathédrale de Strasbourg, Matthieu Zell a publié deux catéchismes. Le premier, édité deux fois, paraît sans indication de date, probablement dans les années 1535 à 1540 Frag und Antwort uff die artikel des Christlichen glaubens, in J.M. Reu, Quellen zur Geschichte des Katechismus, I, Süddeutsche Katechismen, Gütersloh, 1904, . Sous la forme de questions-réponses, il traite des Dix commandements, de la foi chrétienne, du Notre Père, des sacrements, des clefs, du Royaume et, en lien avec l’Ave Maria, de l’incarnation. Il souligne que tout ce qu’il y a dans le symbole apostolique doit être cru. La foi est au-dessus de la raison et le croyant met sa confiance en la toute-puissance de Dieu. Il s’en remet à l’autorité de l’Écriture sainte. Quant à l’Église, elle est une réunion des croyants à travers les temps ; cependant le croyant ne met pas sa confiance en l’Église, mais seulement en Dieu. Zell rejette le recours de certains mouvements dissidents à la lumière intérieure, mais fait place à l’expérience personnelle du croyant. Soucieux de simplicité, le catéchisme insiste sur l’aspect consolant de la foi et sur le sentiment. Les disputes sur la damnation ou le salut sont jugées oiseuses. On peut relever une certaine proximité avec Luther. Le second catéchisme publié en 1537 Gekürzt Fragbüchlin auff die zehen gebott und uff das Vater Unser, ibid., p. 123-155., plus bref que le précédent, commence par des questions-réponses sur le décalogue. Les explications de chaque commandement (2-3 pages) s’enracinent de manière pertinente dans le quotidien et sont en général originales.
L’introduction du Petit Catéchisme de Luther à Strasbourg