vignette|Cinq sangoma au KwaZulu-Natal.
Sangoma est le nom donné aux tradipraticiens, hommes ou femmes, d'Afrique australe, particulièrement en Afrique du Sud. Ils tiennent différents rôles sociaux et politiques dans les communautés, tels que ceux de devins, de guérisseurs des maux physiques, psychiques et spirituels ; ils dirigent les rituels de naissance et de décès, aident à retrouver le bétail perdu, protègent les guerriers, pratiquent le désenvoûtement… Ils perpétuent aussi l'histoire, la cosmologie et les mythes liés à leurs traditions. Il y a deux principaux types de guérisseurs traditionnels parmi les Nguni, les Sotho-Tswana et les Tsonga : les devins, sangoma, et les herboristes, inyanga. Ces guérisseurs sont très respectés dans les sociétés où la maladie est considérée comme causée par la sorcellerie, le contact avec des objets ou des circonstances impures ou par le fait d'avoir négligé ses ancêtres. On estime leur nombre à en Afrique du Sud, à comparer aux médecins formés à l'occidentale. Les guérisseurs sont consultés par environ 60 % de la population sud-africaine, en général en même temps que les médecins à l'occidentale.
Afin d'avoir une vie exempte de troubles, les guérisseurs, et leurs patients, croient qu'il faut une harmonie entre les vivants et les morts ; cela s'obtient grâce à divers rituels incluant des sacrifices d'animaux. Ils pratiquent ainsi des invocations en brûlant des plantes telles que limphepho (Helichrysum petiolare), en dansant et chantant au rythme des tambours. Les guérisseurs prescrivent souvent à leurs patients des muti, médicaments à base de plantes et de produits animaux et minéraux, porteurs d'une signification spirituelle et d'un pouvoir symbolique ; la graisse de lion, par exemple, est utilisée pour accroître le courage des jeunes gens. Il existe des muti pour virtuellement toutes les maladies physiques ou mentales, et des potions de protection qui permettent de trouver l'amour ou d'avoir de la chance.
Quoique sangoma soit un terme zoulou communément utilisé pour désigner tous les tradipraticiens d'Afrique australe, il existe des différences parmi les pratiques. Un inyanga pratique essentiellement la médecine à base de produits végétaux et animaux tandis que le sangoma pratique la divination à des fins thérapeutiques et peut aussi être considéré comme un « voyant ». À l'époque actuelle, le colonialisme, l'urbanisation, l'apartheid et le transculturalisme ont brouillé les distinctions et les guérisseurs tendent à conjuguer les deux types de pratiques. Les guérisseurs alternent entre les deux rôles, diagnostiquant les maladies et pratiquant la divination pour déterminer les causes et les remèdes aux problématiques spirituelles ou sociales.
Chaque culture possède sa terminologie propre concernant les guérisseurs. Les Xhosa les appellent amaxwele (herboristes) ou amagqirha (devins). Ngaka et selaoli sont les termes utilisés respectivement en sotho du Nord et sotho du Sud, tandis que les Venda utilisent mungome. Les Tsonga nomment leurs guérisseurs nanga ou mungoma.
Croyances et traditions vignette|Sangoma se saluant.
Les sangoma, quoique tous ne suivent pas exactement les mêmes rituels ou croyances, sont des adeptes du ngoma, une philosophie basée sur le culte des ancêtres (en zoulou, amadlozi ; en sesotho, badimo ; en xhosa, izinyanya), et des praticiens de la médecine traditionnelle africaine, laquelle utilise des remèdes composites confectionnés à partir de plantes médicinales et de graisse ou de peaux d'animaux. Ils pratiquent une forme holistique et symbolique de guérison, fondée sur des croyances largement partagées par les peuples bantous d'Afrique australe, particulièrement la croyance en l'intercession des ancêtres qui, depuis le monde des esprits, guident et protègent les vivants. Les ancêtres séjournant dans le monde des esprits peuvent donner des instructions et des avis pour soigner les maladies, le déséquilibre social et les difficultés spirituelles, en utilisant le sangoma comme intermédiaire. Les sangomas sont possédés par les esprits des ancêtres, tels des médiums ; ils utilisent l'interprétation des os d'animaux, jetés tels des dés, ou l'interprétation des rêves. Le sangoma se met en transe à l'aide de tambours, de danses et de chants, ce qui permet à sa personnalité d'être aux côtés de celle d'un ancêtre qui prend possession du corps du sangoma et communique directement avec le patient, ou bien danse avec le patient. Le sangoma peut donner des informations précises au sujet du problème abordé. Certains s'expriment avec les patients sous forme d'une conversation « normale » tandis que d'autres s'expriment dans des langues inconnues du patient ; ces langues sont toutefois des langues d'Afrique australe et leur usage dépend de l'ancêtre qui a été invoqué. Les esprits ancestraux invoqués peuvent être ceux du sangoma, ou du patient, ou encore être liés à l'aire géographique de la communauté. La croyance est que les esprits ont le pouvoir d'intervenir dans la vie des gens et d'y créer des afflictions. Honorer ou, à l'inverse, blesser les esprits se retranscrit dans le corps humain, considéré comme le « champ de bataille » des esprits. Selon le ngoma, le sangoma apaise les esprits, ce qui diminue les souffrances du patient.
On peut utiliser un animal comme médiateur, par exemple un crabe, supposé être capable de se mouvoir entre le monde des humains et celui des esprits, par analogie avec sa capacité à passer du monde terrestre au monde aquatique. Le sangoma peut brûler l'équivalent d'encens (comme limphepho) et pratiquer des sacrifices d'animaux pour plaire aux esprits des ancêtres. Le tabac à priser est également utilisé pour communiquer avec les ancêtres au travers du praticien.
Les sangoma travaillent dans des huttes sacrées (indumba) où l'on croit que résident les ancêtres. Lorsqu'un indumba n'est pas disponible, un lieu sacré miniature, nommé imsamo, peut être utilisé.
Divination, diagnostic et pratiques de soins vignette|gauche|Sangoma pratiquant la divination en consultant des os.
Le but du sangoma, dans son action de guérir, est d'établir un équilibre entre le patient et les esprits qui lui causent la maladie ou la difficulté pour laquelle il consulte. Le guérisseur intercède entre le patient et le monde des morts afin d'établir cet équilibre. Cela se pratique donc au travers de la divination (jets des os ou invocation des ancêtres), des rituels de purification ou des sacrifices d'animaux afin d'apaiser les esprits ancestraux par l'expiation.
Jeter les os pour obtenir l'avis des ancêtres est une pratique alternative à l'épuisant rituel de possession. Typiquement, lorsqu'un patient visite un sangoma, ce dernier doit déterminer quelle est l'affliction pour laquelle le patient consulte. Avant le jet des os, le praticien doit d'abord demander les noms et prénoms du patient ; il invoque ensuite les ancêtres de ce dernier par leur nom. Le patient ou le sangoma jette les os sur le sol, mais ce peut être aussi des vertèbres, des dominos, des dés, des pièces de monnaie, des coquillages ou des pierres, chaque objet ayant une signification particulière. Par exemple, l'os de hyène est en rapport avec le vol et peut apporter des informations quant à un objet volé. Le sangoma interprète la disposition des objets en relation avec les souffrances du patient, détermine ce que veulent les ancêtres concernés et, ainsi, la manière de résoudre la disharmonie qui cause les troubles. De la même manière, il interprète les métaphores présentes dans les rêves, les siens ou ceux de ses patients.
Lorsque le devin arrive à une compréhension acceptable du problème et que le patient est d'accord, il jette à nouveau les os afin de demander aux ancêtres s'ils peuvent aider le patient. Selon la réponse, le sangoma est ainsi en mesure de prescrire un « parcours de soins » qui peut inclure de s'adresser à un herboriste (inyanga), si le sangoma ne possède pas lui-même les connaissances en la matière, ou bien de prescrire le recours à la médecine occidentale.
Remèdes et muti vignette|Séchage de muti fraîchement cueillis.
Les médicaments prescrits dans le cadre de la médecine traditionnelle africaine sont appelés muti. Le terme dérive d'un mot zoulou signifiant « arbre ». La médecine traditionnelle africaine fait un usage intensif de produits végétaux, mais les remèdes prescrits par un inyanga peuvent aussi comprendre des ingrédients animaux ou minéraux. Environ des espèces de plantes aériennes d'Afrique australe sont utilisées.
Lorsque les muti sont préparés, en fonction des maladies, ils sont associés à certaines pratiques de purification. Le jeûne est l'un des plus importants protocoles. Mais ces pratiques incluent aussi les bains, les vomitifs, les fumigations, l'ingestion nasale, les lavements et les entailles dermiques ; les bains utilisent une mixture d'herbes ajoutée à l'eau de baignade pour purifier le patient ; les vomitifs (phalaza) sont administrés typiquement sous forme d'une grande quantité, jusqu'à deux litres, d'une infusion ingérée tiède, provoquant le vomissement destiné à nettoyer et tonifier le corps ; les fumigations (futha) consistent en vapeurs d'herbes médicinales inhalées ; les herbes sont déposées dans un récipient d'eau bouillante. On utilise une couverture pour couvrir le patient et le récipient ; l'ingestion nasale utilise de nombreuses plantes qui peuvent être séchées et réduites en poudre afin d'être insufflées par voie nasale. Certaines préparations font éternuer, ce qui est censé aider à l'expulsion de la maladie. D'autres sont utilisées de manière plus habituelle pour les maux de tête, par exemple ; les lavements utilisent des infusions et décoctions. C'est le mode d'utilisation privilégié pour certaines plantes car il est considéré comme le plus efficace ; les entailles (ukugaba) sont des pratiques où des extraits ou des poudres sont directement appliqués sur de petites incisions superficielles faites à l'aide d'une lame de rasoir sur la peau du patient.
Un inyanga ou un sangoma expérimenté recherche généralement l'aide d'un esprit ancestral avant de s'engager dans la collecte et la confection d'un muti. Le guérisseur, par le biais de rêves ou de prières, pense être avisé des moments propices à la collecte des plantes. Dans certains cas, les symboles et les rêves sont interprétés afin de déterminer quelles plantes en particulier et à quels endroits elles doivent être ramassées pour un patient spécifique ; les guérisseurs n'ont pas toujours de stock de plantes dans leurs cases. Le guérisseur conjugue les conseils reçus des esprits ancestraux avec ses propres savoirs et son expérience.
Il est aussi possible de s'adresser directement à un sangoma ou à un inyanga pour se procurer des plantes.
Thwasa et initiation vignette|Une initiée (ithwasane) et la chèvre qui va être sacrifiée pour lui permettre de devenir sangoma.
Les sangoma peuvent être des hommes ou des femmes. Un sangoma est censé être « appelé » à guérir d'une maladie initiatique. Les symptômes comprennent la psychose, les maux de tête, les douleurs intestinales persistantes, les problèmes d'épaule et de nuque, les difficultés respiratoires, les pieds enflés et les problèmes de santé impossibles à soigner avec les méthodes classiques. Un futur sangoma doit reconnaître l'ensemble des symptômes comme un thwasa ou « appel des ancêtres ». Les sangoma pensent que le fait de ne pas répondre à l'appel entraînera une autre maladie jusqu'à ce que la personne cède et accepte d'être formée. Le mot thwasa signifie « lumière de la nouvelle lune » ou dérive de l'expression ku mu thwasisa qui signifie « conduit vers la lumière ».