Le vol TWA 841 était un vol national régulier reliant l'aéroport international de New York - John-F.-Kennedy, dans l'État de New York, à l'aéroport international de Minneapolis-Saint-Paul, dans le Minnesota, aux États-Unis. Le , vers EST, alors qu'il survolait la ville de Saginaw, près de Détroit, dans le Michigan, le Boeing de la Trans World Airlines (TWA) entama un brusque tonneau vers la droite et entra ensuite dans un plongeon en spirale vers le sol .. Les pilotes parvinrent toutefois à reprendre le contrôle de l'avion et réalisèrent un atterrissage d'urgence réussi sur l'aéroport métropolitain de Détroit.

Il n'y eut que quelques blessés légers parmi les 89 personnes à bord et l'avion put être réparé et reprendre du service un mois plus tard. Sa nature et ses causes font du cas du vol 841 un évènement très particulier dans l'histoire de l'aéronautique civile...

Contexte vignette|gauche|Le Boeing 727 impliqué (N840TW), photographié à l'aéroport international de Lambert-Saint-Louis en août 1984. L'avion impliqué dans l'incident était un Boeing , immatriculé N840TW., appartenant à la compagnie aérienne (TWA) et opéré par celle-ci. Acheté auprès de Boeing le , il avait été certifié et entretenu en accord avec les règlementations aéronautiques et totalisait de vol au moment de l'incident .. Il avait reçu une visite de maintenance de type C le et avait effectué de vol depuis cette maintenance programmée. Lors de celle-ci, des fuites hydrauliques suspectées au niveau des différents becs de bord d'attaque avaient été invalidées ou réparées. Le carénage du rail de guidage du bec avait également été réparé. Le rapport final des opérations de maintenance ne mentionnait rien de particulier et l'avion put reprendre son service normalement.

La météo dans la zone de l'incident le soir du était calme et assez dégagée, avec seulement quelques nuages épars et une neige légère à basse altitude, tandis que le vent mesuré par le était faible, avec des vitesses de l'ordre des provenant du nord dans la zone de Saginaw ..

L'équipage aux commandes de l'avion était qualifié et certifié pour le vol et avait reçu l'entraînement prévu par la règlementation. Le jour de l'incident, les pilotes avaient commencé leur service à par un vol vers New York, avec une escale à Philadelphie, en Pennsylvanie, puis étaient arrivés à l'aéroport JFK vers . Tous les membres d'équipage avaient déclaré ne pas être fatigués le jour du . Le commandant du vol 841, le capitaine Harvey « Hoot » Gibson, avait obtenu sa première qualification de commandant de bord sur 727 le . Ensuite, il avait officié comme copilote sur de nombreux types d'appareils variés, incluant le Boeing 747 de à . Il fut ensuite placé en arrêt maladie de fin jusqu'au en raison d'une fracture à la cheville. Les 15 et , il effectua un stage de recyclage sur le 727 au sol, puis effectua quatre heures sur simulateur de 727 les 19 et . Après plusieurs tests et vols de validation, il reçut l'autorisation de reprendre du service en tant que commandant de bord sur le 727, effectuant son premier vol de ligne complet depuis son retour de maladie le . Sur la période de précédant l'incident du , le pilote n'avait réalisé qu'un total de de vol sur le Boeing 727.

Incident À EST, le Boeing 727 du vol 841 TWA décolla de l'aéroport international JFK, après un retard de dû à une congestion du trafic aérien. Après avoir couvert une distance de , l'appareil volait en régime de croisière à une altitude de près de la ville de Saginaw, dans le Michigan. Le 727 était en pilotage automatique, en mode « » (maintien d'altitude), lorsque l'appareil entama un brusque départ en roulis vers la droite .. L'équipage désactiva immédiatement le pilote automatique et tenta de remettre l'avion à plat en palier .. Malgré les meilleurs efforts de l'équipage, notamment en jouant des ailerons puis du palonnier et en sortant les aérofreins, l'avion se mit en spirale à la verticale et perdit environ d'altitude en seulement . Pendant le plongeon, l'avion effectua deux tonneaux complets et dépassa le nombre de Mach limite admissible par la structure du 727, avec une vitesse maximale de .

L'équipage ne parvint à récupérer l'avion qu'à une altitude de , après avoir sorti le train d'atterrissage pour créer de la traînée et ainsi tenter de ralentir l'avion. The Post-Standard, 10 juin 1981, ... Comme les pilotes avaient fortement tiré sur les commandes pour redresser l'avion, celui-ci effectua une brutale remontée à un angle de jusqu'à une altitude de , à laquelle les pilotes repoussèrent les commandes et parvinrent à stabiliser l'appareil. Après avoir encaissé des accélérations de et un plongeon à des vitesses presque supersoniques, l'avion fut fortement endommagé mais il parvint à effectuer un atterrissage d'urgence sans encombre supplémentaire à l'aéroport de Détroit, à EST. À son arrivée, les becs étaient bloqués, les volets pendaient sous les ailes, encore tenus par leurs circuits hydrauliques, les portes des logements du train d'atterrissage avaient été arrachées, l'extrémité de l'aile gauche avait disparu et il y avait une fuite de carburant et de liquide hydraulique .. En raison de l'état de l'avion, l'atterrissage dut être effectué à grande vitesse, les volets et becs ne pouvant plus être déployés pour abaisser la vitesse d'approche.

Il n'y eut aucun mort parmi les et les sept membres d'équipage. Huit passagers eurent des blessures mineures liées aux fortes accélérations subies, mais la plupart refusèrent d'aller à l’hôpital et rejoignirent leur destination plus tard dans la nuit via un autre vol.

Enquête Le Conseil national de la sécurité des transports américain (NTSB, ) mena l'enquête sur l'accident. Dans son rapport final, publié en , le NTSB conclut que la cause probable de l'incident était une erreur de pilotage ..

Parmi les dégâts découverts après l'incident, les enquêteurs constatèrent que le bec de bord d'attaque avait disparu du bord d'attaque de l'aile droite du 727. Les enquêteurs du NTSB demandèrent à Boeing, constructeur de l'appareil, d'inspecter les restes du mécanisme de déploiement des becs (en ), incluant une partie du « cylindre d'actionneur de bec » (en ), le nom donné au moteur qui déplace le bec et le maintient ensuite en position. Boeing détermina que le bec avait cédé parce que les becs avaient été déployés alors que l'avion volait à la vitesse de croisière. Le constructeur détermina également qu'il était tout simplement « impossible » que les becs sortent sans une manipulation de leur dispositif de commande.

Après avoir éliminé toutes les sources individuelles et combinées pouvant expliquer une défaillance mécanique, le NTSB détermina que le déploiement des becs avait été la conséquence d'une manipulation inappropriée des commandes des becs/volets par l'équipage de l'avion.. Les enquêteurs ont acquis la certitude que les pilotes de 727 avaient la mauvaise habitude de déployer les volets à un angle de pendant les phases de vol de croisière à haute altitude, tandis qu'ils tiraient en même temps les boutons des disjoncteurs du circuit de commande des becs afin de les empêcher de se déployer. Une idée reçue voulait que cette configuration totalement improvisée soit censée produire une portance plus importante sans toutefois produire plus de traînées, donc devant logiquement permettre d'atteindre des altitudes plus élevées et ainsi voler plus vite ou diminuer sa consommation de carburant. Les volets et les becs étaient toutefois conçus à la base pour être seulement déployés à des vitesses relativement faibles, lors des phases de décollage ou d'atterrissage, au cours desquelles ils permettaient de gagner de la portance.

L'équipage de l'avion, constitué du capitaine Harvey « Hoot » Gibson, du premier officier Scott Kennedy et de l'officier mécanicien navigant Garry Banks, refusa de reconnaître que ses actions avaient été la cause du déploiement des volets de l'avion :

L'équipage suggéra à la place qu'un actionneur sur le bec avait connu une défaillance, causant son déploiement involontaire.. Le NTSB rejeta cette affirmation, la considérant improbable, et attribua le déploiement des volets aux actions délibérées de l'équipage. L'équipage affirma que de telles défaillances étaient déjà arrivées sur d'autres 727, avant et après l'incident , OMB 75-7, chapitre : « », .. Le rapport du NTSB nota que, entre 1970 et 1973, sept cas séparés impliquant le déploiement d'un seul bec de bord d'attaque furent rapportés, mais qu'aucun de ces rapports ne précisait si le déploiement des becs avait été dû à une action de l'équipage .. Les rapports après 1974 incluaient cette information et, à l'exception du vol 174, seuls deux cas de problèmes de déploiement des becs furent rapportés entre l'année 1974 et la clôture de l'enquête du NTSB en 1981, un de ces deux cas étant la conséquence d'une manipulation involontaire de l'équipage ..

L'équipage affirma qu'il n'avait pas engagé les volets, et le NTSB conclut que « si les témoignages de l'équipage étaient corrects », le déploiement des volets avait dû être causé par une défaillance ou un défaut mécanique. Toutefois, le NTSB conclut finalement que l'équipage avait probablement tenté d'utiliser de volets à la vitesse de croisière :

Lorsque la rétraction des volets fut ordonnée, le bec ne parvint pas à se rétracter, causant le mouvement de roulis incontrôlable vers la droite de l'avion :

Le commandant de bord Gibson fit appel des conclusions du NTSB, d'abord auprès du NTSB, puis auprès de la cour d'appel des États-Unis pour le neuvième circuit... Les deux pétitions furent rejetées : la première en raison d'un manque de preuves et la deuxième en raison d'un manque de juridiction due à la « discrétion incontrôlable » du NTSB.

L'avion fut réparé et reprit du service à la fin du mois de .

Analyse des enregistreurs de vol

Si l'analyse de l'enregistreur de paramètres (ou FDR, pour ) fut relativement aisée, la boîte noire étant en parfait état lors de l'arrivée de l'avion au sol, il n'en fut pas de même pour l'enregistreur de voix du cockpit (ou CVR, pour ) :

L'avion était équipé d'un CVR . Toutefois, sur les que peut enregistrer la bande magnétique étaient vides .. Les tests du CVR de l'avion ne révélèrent aucun défaut dans ses systèmes électrique et d'enregistrement. La bande magnétique contenant l'enregistrement peut être effacée par l'utilisation du bouton « effacement de masse » (), présent sur le panneau de contrôle du CVR à l'intérieur du cockpit. Ce système ne peut toutefois être activé que lorsque l'avion est au sol, avec les freins de parc engagés. Dans une déposition prise par le NTSB, le commandant de bord affirma qu'il activait habituellement l'effacement de masse du CVR à la fin de chaque vol, afin d'empêcher l'utilisation inappropriée des conversations enregistrées. Toutefois, dans ce cas précis, il ne parvenait pas à se rappeler s'il l'avait fait. Le NTSB publia la déclaration suivante dans son rapport :

Explications techniques vignette|redresse=1.25|Schéma représentant la disposition des becs de bord d'attaque sur l'aile droite d'un Boeing 727. En rouge, le bec . Comme la majorité des autres avions de ligne, le Boeing 727 dispose de dispositifs hypersustentateurs, les becs de bord d'attaque et les volets de bord de fuite, pour augmenter la cambrure de ses ailes et augmenter sa portance à basse vitesse. Les becs sont séparés en deux groupes et numérotés comme suit. :