Gavroche (en arménien ) est un journal satirique de langue arménienne fondé en 1908 par Yervant Tolayan (1883-1937), Krikor Torossian et Aram Andonian (1875-1951) à Constantinople. Yervant Tolayan, son animateur principal et rédacteur en chef, s'installe en France en 1925 et y reprend la publication de son journal entre 1926 et 1936.
Historique Dans l'Empire ottoman Gavroche est fondé en 1908 par Yervant Tolayan (dont le pseudonyme est d'ailleurs Gavroche), Krikor Torossian et le dessinateur Aram Andonian, mais c'est surtout le premier qui tient la barre. Le premier numéro paraît le , seulement deux semaines après le coup d’État militaire forçant le sultan Abdülhamid II à restaurer la constitution ottomane, qui garantit plus de libertés.
Avec ce titre, le nouveau journal entend et donc, comme le note l'historienne Anahide Ter Minassian, il .
Gavroche connaît des variations de format et de périodicité : 1908-1910 : tri-hebdomadaire de 1908 à 1910, grand format (28 cm x 40 cm) de quatre pages ; 1911-1912 : hebdomadaire, format réduit de revue littéraire allant de 20 à 32 pages ; Pendant quelques mois en 1912 : tri-hebdomadaire ; 1913-1914 : hebdomadaire. gauche|vignette|Yervant Toloyan vers 1911. À partir de 1909, Yervant Toloyan publie pratiquement seul son journal avec la collaboration de journalistes-dessinateurs (mal connus pour la plupart) qui travaillent alors aussi pour d'autres journaux arméniens, grecs et turcs stambouliotes : parmi eux, Anahide Ter Minassian nomme Aram Andonian, M. Tachjian, Kr. Mekhitarian, Max., Nub., Antoniadès, Armenak Der Hagopian, Zareh Kalfayan, etc..
De 1908 à 1914, Anahide Ter Minassian relève la publication de par Gavroche.
La satire du journal a de nombreuses cibles, dénonçant principalement les travers et mœurs de la communauté arménienne. Gavroche se caractérise par son anticléricalisme, critiquant ainsi l’Église apostolique arménienne (notamment Malakia Ormanian, patriarche de Constantinople de 1896 à 1908, renversé au moment de la révolution de juillet) et son pouvoir sur l'Ermeni Millet (la nation arménienne), mais aussi les Arméniens catholiques et protestants. De même, les partis politiques arméniens comme la Fédération révolutionnaire arménienne (aussi appelé parti Tachnak), ou le Parti social-démocrate Hentchak, sont critiqués. L'alliance entre les Tachnaks et le Comité Union et Progrès est par exemple particulièrement dénoncée. Les instances politiques arméniennes, d'ailleurs souvent aussi religieuses, sont raillées : Gavroche se moque pêle-mêle des élections ecclésiastiques destinées à élire patriarches et catholicos, du fonctionnement de l'Assemblée nationale arménienne de Constantinople, du comportement des rares députés arméniens à la fois membres de l'Assemblée nationale et du Parlement ottoman, etc..
Comme le note Anahide Ter Minassian, si l'autodérision communautaire est le thème qui revient le plus souvent dans Gavroche, le journal s'en prend aussi à des cibles non arméniennes : l'impérialisme occidental, notamment en Afrique, est par exemple dénoncé. Mais le journal reste prudent vis-à-vis de l'Islam, de la société turque ou encore des relations intercommunautaires, craignant la censure du pouvoir ottoman.
Gavroche continue à paraître à Constantinople durant la Première Guerre mondiale, en dépit de plusieurs suspensions et, à partir de , son édition retrouve un cours normal.
Toutefois, les évènements politiques qui secouent le pays (guerre d'indépendance, instauration de la République de Turquie, durcissement du régime kémaliste) et l'extermination de la minorité arménienne lors du génocide arménien font que le journal décline progressivement jusqu'à ce que Yervant Tolayan décide de saborder son journal en 1925. Ainsi, seul un seul numéro est publié début novembre, et il faut attendre le pour que la publication reprenne.
En France vignette|La manchette de Gavroche du 3 mai 1936. Comme beaucoup d'Arméniens, notamment écrivains et intellectuels, Yervant Tolayan s'installe en France en et y fait immédiatement renaître Gavroche. Dans le numéro du , il écrit ainsi : .
Le journal est alors lu par la diaspora arménienne de France. Comme le note Anahide Ter Minassian, .
Le journal disparaît en 1936. Comme une large partie des réfugiés arméniens rescapés du génocide, Yervant Tolayan pense l'exil temporaire et, poussé par le mal du pays et les difficultés financières, il décide d'émigrer en Arménie soviétique. Quelques mois après son arrivée, il est arrêté et perd la vie en 1937 dans des circonstances inconnues.
Almanachs Gavroche publie aussi des almanachs, dont certains sont consultables en ligne :
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Histoire des Arméniens dans l'Empire ottoman Diaspora arménienne en France Presse arménienne de France Presse satirique Yervant Tolayan
Bibliographie
Liens externes
Une partie des numéros numérisés est consultable sur le site de l'Union Catalog of Armenian Continuing Resources :
Catégorie:Presse arménienne de France Catégorie:Titre de presse créé en 1908 Catégorie:Titre de presse disparu en 1936 Catégorie:Presse écrite en arménien Catégorie:Presse écrite française non francophone Catégorie:Diaspora arménienne en France Catégorie:Presse satirique en Turquie Catégorie:Presse satirique en France