Les systèmes d'aide au vote (SAV) sont des outils en ligne interactifs conçus pour aider les électeurs à la décision lors d'élections politiques.

Ils aident les électeurs à trouver un candidat ou un parti proche de leurs préférences, en faisant correspondre les préférences des utilisateurs aux positions des partis ou des candidats. Ils permettent de comparer les préférences politiques d’un électeur avec la position des partis politiques et candidats, en fonction de la manière dont chacun répond à un certain nombre de déclarations et de principes.

Les SAV utilisent le principe d'un algorithme d'appariement. Les candidats ou les partis doivent remplir le questionnaire permettant la construction d’un SAV pour une précision optimale. Mais il arrive que des SAV soient mis en place par des journalistes, à l'aide des positions supposées tirées des programmes et des débats des partis et des candidats. Les SAV sont un phénomène relativement nouveau dans les campagnes électorales modernes. Lors de la campagne électorale pour les élections européennes de 2014, ce type d'application a été introduit dans 14 États de l'Union européenne. Se trouvent également des SAV dans d'autres pays : Election Compass aux États-UnisElection Compass USA, développé en coopération avec le Wall Street Journal, a été présenté le . Election Compass USA fournit des informations sur les élections présidentielles américaines de 2008. En l'espace de trois semaines, 1 million de personnes ont visité Election Compass USA. À la fin de la campagne, près de 3,8 millions de personnes ont utilisé le site internet pour obtenir des informations sur les candidats. ou Election Compass en IsraëlEn collaboration avec l'Institut de la démocratie israélienne, une VAA a été mise au point pour les élections à la Knesset israéliennes de 2009. Plus de ont visité le site Web au cours de la seule heure qui a suivi son lancement. Aux alentours du jour des élections, l'ont visité. En 2007, sur 22 pays européens, 15 avaient au moins un VAA.. Étant utilisés de manière intensiveAux Pays-Bas : Stemwijzer (4,7 millions de consultations en 2006 (40 % de l'électorat)) ; en Allemagne : (6,7 millions de consultations en 2009 (12 % de l'électorat) ; en Finlande, sur un total de 4,3 millions d'électeurs, plus de 20 % d'entre eux ont trouvé des conseils de vote sur le VAA le plus populaire, lancé par MTV3. par les électeurs, les SAV ont commencé à constituer un sous-domaine de la recherche en sciences politiques, donnant lieu à plusieurs projets de recherche et publications. Les recherches ont montré que l'utilisation en était plus élevée dans les pays dotés de systèmes électoraux proportionnels et dans lesquels il existe un plus grand nombre de partis politiques parlementaires, notamment la Belgique, la Finlande, les Pays-Bas et la Suisse. Les recherchesUne enquête réalisée en 2005 en Allemagne a révélé que plus de la moitié des utilisateurs de VAA avaient déclaré être plus motivés à poursuivre leurs recherches après le test. Plusieurs enquêtes ont confirmé l’effet de la motivation de la participation, qui a été estimé à 22 % lors des élections de 2003 en Finlande, 8 % et 12 % aux élections de 2003 aux Pays-Bas. La proportion d'électeurs déclarant avoir modifié leurs préférences à la suite de la VAA a été de 3 % en Finlande, 6 % en Allemagne et 10 % aux Pays-Bas. Toutefois, une enquête post-électorale menée en Belgique n'a révélé que 1 % de changements effectifs. Dans une étude menée en Finlande, trois électeurs sur quatre déclarent que la VAA a un effet sur leur décision de vote. Au total les VAA aide une personne sur quatre à prendre une décision éclairée sur la base de leurs résultats., montrent également que les SAV influencent le comportement de vote de trois manières : en incitant les utilisateurs à approfondir leurs recherches sur les politiques des partis, en motivant leur participation aux élections et en influant sur les intentions de vote. Les électeurs flottants et indécis ressentent plus l’aide des SAV. L'utilisation de ces aides fait débat. Certains soutiennent que ces aides ne pourraient jamais donner un avis de vote correct et neutre. D'autres soutiennent que ces applications doivent être saluées, car elles permettent d’attirer l’attention des électeurs sur les programmes des partis, et sur les questions de politique générale pouvant les intéresser, obligeant les partis à discuter de la substance plutôt que des personnalités, des images et des événements de campagne....

Origine du développement des systèmes d'aide au vote

Lors d'une campagne électorale les citoyens par manque de temps ou de moyens ne vont pas pouvoir accéder à une information complète sur l’ensemble des candidats d’une élection. Ainsi, pour effectuer leur choix ils vont effectuer ce que l’on appelle des « raccourcis cognitifs ». Ces stratégies des citoyens consistent à faire leur choix selon des valeurs ou idées attribuées à des partis et candidats. Les systèmes d’aide au vote consistent à interroger les électeurs via une plateforme internet sur des questions concrètes. Ce qui peut être considéré comme l'ancêtre des systèmes d’aide au vote, c'est le Stemwijzer, un système développé par la Fondation des Citoyens des Pays-Bas (Dutch Stichting Burgerschapskunde) en collaboration avec le Centre de Documentation des Partis Politiques Néerlandais (Documentatiecentrum Nederlanse Politieke Partijen) en 1989. Le StemWijzer était, à l’origine, une brochure contenant environ 60 déclarations tirées des différents programmes des partis politiques néerlandais. Ces déclarations étaient relativement simples, originellement destinées à des élèves du lycée, donc facilement compréhensibles. La brochure a été assez populaire, surtout dans le domaine de l'éducation. Cependant, pas assez populaire pour faire l’unanimité et devenir une pratique courante. Les créateurs du StemWijzer ont commencé à considérer la possibilité d’exploiter le potentiel des nouvelles technologies à l'époque (notamment le développement de l'ordinateur) pour développer le StemWijzer. Quelques années plus tard (en 1998), le premier StemWizjer sur internet a été utilisé lors des élections parlementaires néerlandaises. Malgré la grande publicité que le système a reçu, il a été relativement peu utilisé par les électeurs néerlandais (seulement ont utilisé le nouveau SAV sur internet). Les créateurs du système n’ont pas abandonné leurs efforts et ont continué à développer leur projet – en parallèle avec le développement et la propagation d’internet. Aux prochaines élections de 2002 et 2003, le Stemwijzer (ou SAV) est devenu l'application la plus utilisée par les électeurs néerlandais avec 2 millions d'utilisateurs. De 50 brochures vendues en 1989, puis en 1998, le nombre d'utilisateurs a atteint plus de cinq millions aux élections de 2006. Après les premiers succès du StemWijzer néerlandais, le système s'est répandu partout dans le monde, et est devenu de plus en plus utilisé. En 2002, le système a été utilisé par plus de 30 millions de personnes à travers l'Europe. D'autres systèmes de SAV ont également été développés assez tôt en Bulgarie (Glasovoditel) et en Suisse (Politarena), mais n'ont pas eu autant de succès que la version Néerlandaise (Voting Advice Applications History, 2018).

Avantages

Cet instrument d’e-démocratie présente des avantages divers : Une diminution du coût d’investissement pour les citoyens dans la prise de connaissance des différents programmes politiques de chaque candidat ; Permet une comparaison plus large et plus égalitaire de l'offre politique de l'élection car l'accès des électeurs aux différents candidats n’est pas conditionné à la communication politique des candidats les plus médiatiques ; Un accès à l’information facilité par l’intermédiaire de plateformes simples d’utilisation ; Des conseils de vote aux électeurs plus approfondis que les raccourcis cognitifs qu’ils opèrent dans leur majorité. Une collecte des données apportées par les utilisateurs de manière anonyme, pour la rédaction de rapports qui montrent les tendances générales de l’opinion publique dans un pays. Certains SAV sont plus sophistiqués que d’autres et peuvent générer automatiquement des rapports, comme les moyennes de distribution ou les préférences entre candidats ou partis. Transparence accrue des politiques de chaque parti ou candidat dans les SAV les plus développés. Les partis politiques ont davantage de pression et ont moins l’occasion de changer leurs positions sur certaines politiques, car celles-ci sont enregistrées officiellement sur les SAV et donc visibles publiquement.

Fluidification de l'identification politique Parmi les effets plus subtils de l'utilisation des SAV, D. Garzia et A. Trechsel avancent également une certaine fluidification de l’identification politique. Inciter l'électeur à réfléchir à son vote en fonction des politiques et idées proposées plutôt que des partis ou personnalités politiques pourrait conduire le votant à se tourner vers un autre parti que celui auquel il s’identifie habituellement. Ainsi, ces systèmes faciliteraient le changement de choix et permettraient d’attirer l’attention du citoyen vers un autre parti que celui qui a d’ordinaire sa préférence ou sur les « petits » partis, plus rapidement écartés des calculs électoraux autrement. Cette fluidification pose, à terme, des questions concernant la représentation et la participation électorale, dans la mesure où elle pourrait avoir des conséquences majeures sur la manière dont fonctionne la démocratie représentative. Si le fait de participer à des élections dépend du recoupement entre les préférences et valeurs personnelles des électeurs et l'offre politique, Garzia et Trechsel envisagent alors l’émergence d’un système dans lequel seuls les mieux représentés participent. Toutefois, il reste à voir si cette tendance se vérifie et se répand. De plus, on peut supposer à l’inverse une représentation plus fidèle puisque reposant sur des idées partagées et non sur l’adhésion ou l’identification à un groupe. Si l’on pousse encore ce raisonnement, on peut imaginer une offre politique transformée.

Vers une démocratie transnationale ?