Les Mainiots sont les habitants du Maine, une ancienne province de France disparue en 1790 qui continue d'exister après cette date en tant que région culturelle. La population mainiote, qui représente une part du peuple français, est d'environ au début du et se divise géographiquement en deux : les Hauts-Mainiots et les Bas-Mainiots. À la suite de la création des départements, la plupart des premiers sont devenus Sarthois et la plupart des seconds sont devenus Mayennais.
Ethnonymie Historiquement, les Mainiots sont également connus sous le nom de Manceaux. De par le fait, les Hauts-Mainiots et les Bas-Mainiots sont autrement appelés Hauts-ManceauxJ. B. Guyard de la Fosse, Histoire des seigneurs de Mayenne, le Mans, 1850. et Bas-Manceaux.
Par ailleurs, Manceaux est aussi le nom des habitants du MansLe Mans (72000) sur habitants.fr, qui est la capitale historique du Maine. De plus, il ne faut pas confondre les habitants du Maine français avec ceux du Maine américain ni avec ceux du département français de Maine-et-Loire qui correspond à l'ancien territoire de l'Anjou.
Anthropologie et ethnologie Le Maine était jadis habité par les Aulerques Cénomans et les Aulerques Diablintes. La population mainiote passe sous souveraineté française en 1481Pesche et Desportes, Biographie et bibliographie du Maine et du département de la Sarthe, Paris, 1828.. À la fin du , un certain nombre de Mainiots ont rejoint les insurgés royalistes appelés les ChouansRoger Dupuy, Les Chouans, Paris, Hachette Littérature, coll. « La Vie Quotidienne », 1997..
Au , selon Almire Lepelletier, l'étude sérieuse et comparative du caractère des habitants des anciennes provinces de France, autorise à placer les Mainiots en première ligne ; surtout au point de vue du courage, de l'énergie, de la constance à défendre leurs droits ; de l'amour du travail, de l'ordre et de l'indépendance ; de l'esprit d'économie, de conduite et de prévoyance pour l'avenir ; de l'attachement à leurs croyances, à leurs opinions et à leurs habitudes ; enfin, de leur respect de la religion, des lois et de l'autorité légitime. Aussi, l'esprit d'ordre, d'économie et de prévoyance, les rend quelquefois intéressés et parcimonieux, presque jusqu'à l'avarice. L'attachement à leurs habitudes et leur défiance de la nouveauté, les placent dans une opposition manifeste au progrès et ne leur permettent d'accepter que tardivement les améliorations même les moins contestables.
Hauts-Mainiots Au début du , d'après Louis-Marie Auvray, les Sarthois sont laborieux, un peu intéressés, lents, routiniers et ennemis des nouveautés comme toutes les populations agricoles qui ne doivent leur existence et leur aisance qu'au travail assidu et monotone de la terre, surtout quand la culture s'y fait comme dans la Sarthe, en grande partie non pas avec la charrue, mais à la bêche et au croc, travail lent et pénibleLouis-Marie Auvray, Statistique du département de la Sarthe, Paris, an X..
En possession d'un sol fécond, les habitants du Haut-Maine sont en général plutôt agriculteurs que véritablement industriels et commerçants en 1861. À cette époque, on trouve spécialement chez eux une indifférence ordinaire et même un éloignement pour les gens de leur région, ainsi qu'un empressement obséquieux et souvent irréfléchi pour les étrangers. Contresens qui force les autochtones à s'expatrier et à chercher fortune ailleurs, tandis qu'il attire et fixe les étrangers. Sous la double et continuelle alternative de cette « exportation des naturels » et de cette « importation des étrangers », la population du Haut-Maine devient mobile et flottante en 1861, à tel point que l'observateur attentif, de retour au Mans par exemple, après douze à quinze ans d'absence, y trouve la moitié des habitants qui lui sont absolument inconnus.
Quant à cette « finesse astucieuse » que l'habitant du Haut-Maine aurait empruntée de ses proches voisins les Normands et dont on l'a gratifié, Lepelletier la croit beaucoup plus apparente que réelle, surtout en la comparant à celle de ses voisins. Toutefois, si le Haut-Mainiot n'est que « finasseur » et donc pas littéralement fin, il se montre du moins assez rusé dans les transactions au , il est difficile à séduire et à tromper, surtout par les gens de sa région. Ainsi, quand il fait un marché, sans blesser essentiellement les règles de la droiture, il procède un peu comme l'enfant avisé, qui faisant échange avec un camarade moins malin que lui, ne lâche son objet qu'après avoir pris possession de l'autre et même, en le cédant, voudrait bien pouvoir en retenir quelque chose. C'est presque toujours dans les plus petits magasins qu'il fait ses emplettes à cette époque, espérant obtenir les mêmes objets avec moins d'argent, d'un industriel qui fait moins de frais d'étalage. Concernant les mœurs et la bonne conduite, les populations du Haut-Maine offrent au assez de modestie pour ne pas revendiquer un prix de sagesse.
Un autre auteur (qui est apparemment Paul Scarron) fait le descriptif suivant : le peuple du Haut-Maine est « rouge d'opinion » ; mais poli, prévenant ; il vous donne vos titres, vous salue même avec affectation ; est indulgent pour vos vices, vos prétentions et vos travers ; il est corrompu de mœurs, se laisse séduire facilement par les nouveautés ; les hautes classes sont légitimistes, parce-que c'est de bon goût, etc. Pour Lepelletier, ce descriptif concerne une partie de la population composée d'escrocs, de hâbleurs, de vagabonds et autres Roberts Macaires, que l'auteur paraît avoir observés, suivis et étudiés d'une manière exclusive.
Bas-Mainiots Dans la première moitié du , les habitants de la partie du département de la Mayenne qui dépendait de l'ancienne province du Maine, ont conservé un caractère et des mœurs auxquels la solitude et l'isolement ont imprimé une physionomie particulière, que Duchemin-Descepeaux a étudiéAbel Hugo, France pittoresque, ou description pittoresque, topographique et statistique des départements et colonies de la France, Paris, Delloye, 1835.. Dans le Bas-Maine, dit-il, les maisons des cultivateurs sont disséminées dans les champs, au milieu des haies épaisses qui environnent et séparent les propriétés. Aussi, excepté les jours des grands travaux, le temps des foins et de la moisson, chaque ménage reste isolé. Le paysan qui est père de famille, entouré de sa femme, de ses enfants, de ses domestiques et de ses troupeaux, dirige tout à sa volonté sans avoir à craindre la critique ou la curiosité du voisinage. Sa ferme lui fournit d'ailleurs à peu près tout ce qui est nécessaire à la vie, il ne va presque rien chercher au dehors, il a le grain que produit son champ, les légumes de son jardin, le cidre de ses pommiers. Il nourrit des vaches, des cochons, des poules, qui lui fournissent le lait, le beurre, le lard, les œufs. Sa femme et ses filles filent, pour ses vêtements, la laine de ses brebis et le lin qu'il a recueilli.
Vivant ainsi presque toujours seul, n'ayant point avec les autres hommes de ces relations journalières qui modifient et adoucissent le caractère, le paysan bas-mainiot montre dans toutes ses manières une véritable « sauvagerie ». Il tient obstinément à ses usages et prend d'avance en aversion tout ce qui est inusité. Son premier abord ne prévient pas en sa faveur, mais il ne faut pas croire que ces habitudes d'une existence isolée et indépendante aient endurci son cœur. Il est soumis à de vives croyances religieuses et si sa piété dégénère parfois en superstition, il faut reconnaitre aussi qu'elle se manifeste plus fréquemment par la charité ; il est par ailleurs bienfaisant et hospitalier. Les bourgs et les villages sont exclusivement habités par des ouvriers ou des marchands, qui n'ont ni les mœurs, ni les usages, ni le costume des paysans ; ces derniers s'allient même rarement avec eux. Avant la Révolution surtout, les laboureurs auraient cru en quelque sorte déroger à la règle s'ils avaient pris une femme hors de leur classe.
La manière de vivre de ces paysans est rude et laborieuse au et leurs mœurs sont sévères. Les relations de travail entre les deux sexes n'engendrent point ces abus et ce relâchement qu'on remarque ailleurs, mais les femmes y sont tenues dans une infériorité qui rend souvent leur condition difficile. La femme d'un maître-fermier ne se croit pas le droit de donner des ordres aux garçons laboureurs, pas même à ses fils quand ils sont sortis de l'enfance. Si elle devient veuve, bien rarement elle reste à la tête des affaires, ou elle se remarie, ou encore elle quitte sa ferme, à moins qu'un de ses enfants ne soit d'âge à prendre la direction des travaux du dehors. Ainsi, dans toutes les habitudes de la vie, les femmes ne tiennent qu'une place subordonnée à cette époque ; durant le repas, elles ne prennent point place à table à côté des hommes, excepté dans les jours où elles partagent leurs fatigues, comme au temps de la moisson, ou bien dans les occasions solennelles, les jours de noces, de baptême, etc. Mais d'ordinaire, elles mangent debout ou assises dans un coin à l'écart, s'interrompant sans cesse pour servir les hommes.
Jusque dans les soins que le jeune homme rend à sa fiancée, on voit un protecteur plutôt qu'un amant soumis et, dans les fêtes, les autres jeunes gens ne dansent avec sa prétendue qu'après lui en avoir demandé la permission. Le matin de la noce, quand accompagné de son père, il va au lever du soleil chercher la mariée, il la trouve toujours dans ses habits de travail, occupée des soins de tous les jours et alors elle va faire sa toilette pour ensuite suivre son prétendu. La noce se célèbre toujours à l'endroit ou l'homme établit son ménage. Les femmes des paysans du , vivant ainsi dans une grande dépendance et ne sortant jamais du cercle de leurs occupations casanières, contractent une sorte de sauvagerie et de timidité qu'elles ne cherchent même pas à surmonter. Selon Duchemin-Descepeaux, elles sont cependant bonnes, douces, charitables, intelligentes et, dans les guerres civiles qui ont désolé le département, elles ont souvent fait preuve de courage, de dévouement et de vertu.
Les habitants du Bas-Maine, moins communément favorisés sous le rapport des qualités fondamentales et naturelles du sol en général, sont moins agriculteurs qu'industriels et commerçants en 1861. Presque toujours artisans de leur fortune, ils sont habitués dès l'enfance aux conditions du travail, de l'ordre et de l'économie ; leur caractère devient positif et sérieux. Leurs goûts sont sages et bornés ; leur prévoyance de l'avenir est très naturelle, quelquefois même exagérée. C'est alors qu'ils craignent d'exciter l'envie, qu'ils abaissent le chiffre de leur véritable richesse et redoutent surtout de la voir se dissiper en vaines prodigalités ; c'est alors qu'ils deviennent quelquefois, par un entraînement regrettable mais facile à comprendre, égoïstes, intéressés et « lésiniers ». Toutefois, ces défauts ne s'établissent chez les habitants du Bas-Maine que pour une minorité bien faible.
Au , dans plusieurs localités contiguës à la Bretagne, un certain nombre d'habitants s'abandonnent quelquefois par ennui ou par entraînement dans les lieux publics à l'abus des liqueurs fortes, du vin, etc., sachant que cela a aussi été observé dans les environs de Craon, de Loiron et d'Ernée. Concernant les relations avec les personnes étrangères à la région, le Bas-Maine offre des dispositions opposées à celles du Haut-Maine. Ainsi, à Laval par exemple, on leur fait un premier accueil en général froid, cérémonieux, peu sympathique et, par une habitude contraire à celle qu'on observe au Mans, ces étrangers n'y sont pas acceptés sans examen.