vignette|Grace Hopper et l'UNIVAC I, vers 1960. Les femmes ont eu une place importante dans le développement de l'informatique. Elles ont façonné l'évolution des technologies de l'information. Elles sont les premières programmeuses des débuts du et ont apporté des contributions majeures à cette industrie. Avec le changement des technologies et des pratiques, le rôle des femmes en tant que programmeuses se modifie et l'histoire officielle de l'informatique tend à faire disparaître leur rôle et leurs innovations dans ce domaine.
Depuis le , des femmes développent des techniques de calcul sophistiquées, comme Nicole-Reine Lepaute, qui aida Lalande à calculer la trajectoire de la comète de Halley, et Maria Mitchell, qui travailla à l'observatoire naval des États-Unis, sur les tables de positions de la planète Vénus. Le premier algorithme pouvant être exécuté par un ordinateur est créé par Ada Lovelace (1815-1852), une pionnière de l'informatique. Grace Hopper est la première personne à concevoir un compilateur pour la programmation d'un langage. Du jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, la programmation est essentiellement effectuée par des femmes. Des exemples significatifs en sont les Harvard Computers, les activités de cryptanalyse à Bletchley Park et les activités des ingénieures de la NASA.
Après les années 1960, le travail des calculatrices étiqueté à l'origine comme « soft », qui donne son nom au en anglais (logiciel en français), évolue et voit l'importance des femmes décroître, leur rôle étant relégué au second plan. La disparité en matière de genre et l'absence des femmes dans l'informatique a été à maintes reprises étudiée, aucune explication définitive ne semblant formulée. Les femmes ont néanmoins continué à produire des avancées majeures dans le domaine de l'informatique, et des tentatives pour réduire les disparités de genre sont introduites. Au , nombre de femmes ont des rôles clés dans l'industrie de l'informatique, comme Meg Whitman, présidente et CEO de Hewlett Packard Enterprise, et Marissa Mayer, présidente et CEO de Yahoo!.
Histoire
Nicole-Reine Étable de la Brière Lepaute est l'une des membres d'un groupe de calculatrices humaines qui travaillent avec Alexis Claude Clairaut et Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande afin de prédire la date de retour de la comète de Halley. Le groupe commence son travail en 1757, travaillant toute la journée et parfois même durant les repas. Leurs méthodes sont appliquées par des calculateurs et calculatrices humaines par la suite. Elle consiste à diviser les calculs complexes en une série de morceaux de « calculs indépendants, pour assembler les résultats de chaque groupe dans un résultat final » et ensuite mettre en œuvre les vérifications pour corriger les erreurs. Lepaute continue son travail de calculatrice durant le restant de sa vie, travaillant pour Connaissance des temps et publiant des prédictions des éclipses solaires.
vignette|Portrait de l'astronome Maria Mitchell par H. Dassell, en 1851. Une des premières calculatrices humaines en Amérique est Maria Mitchell. Son travail consiste à calculer la trajectoire de la planète Vénus pour le Nautical Almanac. L'Almanac ne vit jamais le jour, mais Mitchell devint la première professeure d'astronomie du Vassar College.
Ada Lovelace est la première à publier un algorithme, une boucle de code pouvant être exécutée par le premier ordinateur moderne, la machine analytique créée par Charles Babbage. Elle est ainsi considérée comme la première développeuse.... Lovelace prend connaissance de la machine différentielle de Babbage à . En 1840, elle écrit à Babbage et lui demande de travailler avec lui sur sa première machine. À ce moment, Babbage a déjà changé son concept pour travailler sur sa machine analytique. Un article décrivant la machine intitulé « Notions sur la machine analytique », publié par L. F. Menabrea, attire l'attention de Lovelace qui non seulement le traduit en anglais, mais en corrige les erreurs. Babbage suggère qu'elle ajoute ses propres idées à la traduction, ce qu'elle fait en signant avec ses initiales seulement « AAL », et, ce faisant, « synthétisant le champ de la vision de Babbage ». Lovelace imagine le type d'impact que pourrait avoir une telle machine analytique sur la société. Elle explique comment la machine pourrait traiter les données entrantes et sortantes, leur traitement et leur stockage. Elle créé également des démonstrations mathématiques pour montrer comment la machine pourrait traiter des nombres de Bernoulli en toute autonomie. Ces preuves sont considérées comme les premiers exemples de preuve d'un programme informatique. Lovelace cherche constamment l'ombre, par exemple en ne signant qu'à l'aide de ses initiales AAL, afin de ne pas être accusée de vantardise.
Après la guerre de Sécession aux États-Unis, davantage de femmes sont employées comme calculatrices humaines. Beaucoup sont des veuves recherchant ainsi des moyens de subsistance. D'autres sont engagées quand le gouvernement ouvre les postes aux femmes en raison de la pénurie de main-d'œuvre constituée par les seuls hommes. gauche|vignette|Les calculatrices humaines de l'astronome Edward Charles Pickering à Harvard.
Anna Winlock demande à rejoindre l'observatoire de Harvard en 1875 et est engagée pour travailler au tarif de 25 cents de l'heure. Au tournant de 1880, Edward Charles Pickering engage plusieurs femmes à l'université Harvard, parce qu'il sait qu'elles sont tout aussi compétentes que les hommes dans ce travail et aussi parce qu'il les paie moins et peut leur demander de faire davantage de travail bénévole. Ces femmes décrites comme le « harem de Pickering » ou encore les « Harvard Computers » réalisaient également un travail de clerc que les hommes employés considéraient rébarbatif pour seulement une fraction du coût qu'aurait représenté l'embauche d'une homme pour le même poste..vignette|Annie Jump Cannon à HarvardLes calculatrices travaillant sous la direction de Pickering ont répertorié plus de étoiles, découvrant au passage la nébuleuse de la Tête de Cheval et développé un système pour décrire les étoiles. Une des calculatrices, Annie Jump Cannon, pouvait classifier trois étoiles par minute. Les emplois de Pickering deviennent si populaires que les femmes se portent volontaires pour travailler, même gratuitement. Même si elles ont joué un rôle important, les Harvard Computers étaient payées moins qu'un ouvrier d'usine.
Dans les années 1890, les calculatrices sont des diplômées universitaires cherchant des emplois qui leur permettent d'utiliser les connaissances acquises. Florence Tebb Weldon est l'une d'entre elles. Elle produit des calculs relatifs à la biologie, et notamment des démonstrations de l'évolution, en travaillant avec son mari W. F. Raphael Weldon. Les calculs de Florence Weldon démontrent que les statistiques peuvent soutenir la théorie de l'évolution de Charles Darwin. Une autre calculatrice dans le domaine de la biologie est Alice Lee, qui a travaillé avec Karl Pearson. Pearson engagea aussi deux sœurs pour travailler à temps partiel comme calculatrices dans son laboratoire Biometrics Lab, Beatrice Mabel Cave-Browne-Cave et Frances Cave-Browne-Cave.
Années 1910 Pendant la Première Guerre mondiale, Karl Pearson et son équipe du Biometrics Lab contribuent à la production des calculs de balistique pour le ministère de l'Armement. Beatrice Cave-Brown-Cave participe au calcul des trajectoires des obus. En 1916, Cave-Brown-Cave quitte le service de Pearson et commence à travailler pour le ministère à temps plein. Aux États-Unis, des femmes sont embauchées en 1918 en tant que calculatrices pour effectuer des calculs balistiques dans les locaux du . L'une de ces femmes, Elizabeth Webb Wilson, accède au titre de calculatrice en chef. Après la guerre, les femmes qui avaient travaillé aux calculs balistiques pour le gouvernement des États-Unis rencontrent des difficultés à trouver du travail dans le secteur du calcul. Elizabeth Webb Wilson finit par enseigner les mathématiques en lycée.
Années 1920 vignette|Un groupe d'opératrices travaillant sur un standard téléphonique de la compagnie AT&T. Dans les années 1920, le professeur George Snedecor utilise des cartes perforées et des calculateurs afin d'améliorer le fonctionnement des départements des sciences et de l'ingénierie à l'université d'État de l'Iowa où il enseigne et où il a fondé le premier département universitaire de statistiques des États-Unis. Snedecor emploie des personnes en tant que calculateurs, dont beaucoup sont des femmes. Parmi elles, Mary Clem est celle à qui on doit l'invention de l'expression « zero check » qu'on utilise dans le cadre de l'identification d'erreurs de calcul. Le département du calcul dirigé par Clem devient à son époque un des lieux les plus importants dans le domaine du calcul.
Des calculatrices femmes travaillent aussi à l'American Telephone & Telegraph Company (A.T.T.). Ces calculateurs humains travaillent avec des ingénieurs en génie électrique afin d'imaginer la façon d'amplifier les signaux grâce à des tubes à vide. La calculatrice Clara Froelich et ses collègues calculatrices d'A.T.T. sont finalement transférées à un nouveau secteur spécialement créé où elles travaillent avec un mathématicien, , pour créer leurs propres méthodes computationnelles. Froelich étudie la tabulatrice d'IBM et les machines à calculer de bureau afin d'imaginer des façons de les adapter.
Edith Clarke est la première femme aux États-Unis à obtenir un diplôme en génie électrique. et à travailler en tant qu'ingénieure dans ce secteur. Elle est embauchée en 1923 par General Electric. Clarke dépose aussi un brevet en 1921 pour un calculateur graphique conçu pour être utilisé dans la résolution de problèmes concernant les lignes électriques. Le brevet est officiellement enregistré en 1925..
Années 1930 Le National Advisory Committee for Aeronautics (NACA), ancêtre de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) a recruté un groupe de cinq femmes en 1935 pour travailler comme calculatrices.. Ces femmes ont travaillé sur des données provenant de souffleries et de vols d'essais.
Années 1940 alt=Woman working on a Bombe computing device.|gauche|vignette|Une femme travaillant sur un dispositif informatique Bombe. L'informatique et les calculs « fastidieux » sont vus comme du travail de femmes durant les années 1940, ce qui a donné le terme de « kilogirl », inventé par un membre du au début des années 1940 : un kilogirl d'énergie est « équivalent à environ mille heures de calculs ». Alors que la contribution des femmes à l'effort de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis est encensée par les médias, leurs rôles et leurs efforts sont minimisés. Sont notamment minimisées la complexité, la compétence et la connaissance nécessaires pour travailler sur les calculateurs ou travailler comme calculatrices humaines. Durant la Seconde Guerre mondiale, les femmes effectuent la plupart des calculs balistiques, que les ingénieurs masculins considèrent comme inférieurs à leur niveau d'expertise. Les calculatrices noires travaillent autant (voire souvent deux fois plus) que leurs collègues blanches, dans des situations de ségrégation. En 1943, presque toutes les personnes employées comme calculateurs sont des femmes.
Le NACA étend son équipe de calculatrices dans les années 1940. Le NACA déclare en 1942 que « les ingénieurs reconnaissent que les calculatrices effectuent le travail plus rapidement et plus précisément qu'ils ne pourraient le faire ». En 1943, les deux groupes ségrégués travaillent dans la partie est et la partie ouest de la Langley Air Force Base. Les femmes noires sont ainsi les « West Area Computers », les « calculatrices de la zone ouest ». Contrairement à leurs homologues blanches, elles sont contraintes par le NACA de reprendre des cours universitaires qu'elles ont déjà validés ; beaucoup d'entre elles ne recevront jamais aucune promotion..