vignette|Genoux dans la construction de bateaux

Un bois tors ou bois courbe est un bois de construction (bois d’œuvre ou un bois de marine) issu d'un arbre qui n'est pas droit ou qui n'est pas droit de fil.

Avant qu'elle ne disparaisse presque complètement, ces bois vont être un matériau essentiel de la construction navale en bois. Par extension la carcasse d'un navire était aussi appelée « bois tors ». Les bois tors étaient rarement employés comme bois d’œuvre pour la charpente des bâtiments, si ce n'est dans la construction de dômes, de combles cintrés, de voûtes et de cintres ; la courbure des bois était un obstacle à l’équarrissage des bois et y était généralement vue comme un vice : les bois tors (qui ne sont pas droits de fil) ne fournissent pas de pièces droites de qualité puisque le fil du bois y est toujours tranché, et la résistance mécanique du bois détruite au moins dans une certaine mesure. Le Twig work aux États-Unis a su faire usage de bois courbes. En construction on parle simplement de bois courbe. La terminologie technique moderne ne retient pour « bois courbe » que des bois cintrés par des procédés industriels avec emploi de la chaleur et de l'humidité.

Bois tors, arbres tordus On établissait pour les bois de chêne qui servent à la construction des vaisseaux de marine, une distinction entre « bois droits » – ou plus exactement en « bois longs », parce qu’une partie des bois que l’on comprenait dans cette classe, étaient un peu courbes – et en bois tors. La classe des bois longs comprend les pièces dont on fait les quilles, les baux ou barrots, les étambots, les serre-banquières, les hiloires, les bordages, les vaigres.

Henri Louis Duhamel du Monceau appelle les bois tors, « courbants », « bois courbes », ou « bois tord », ou « bois de gabarit », « ces termes sont tous synonymes ». Antoine Joseph de Fréminville distingue « droits » (de « haute futaie » ou simplement « de futaie »), « tors » et « courbe »; les tors et les courbes prennent la dénomination générale de bois courbants; chacune de ces classes se subdivise en cinq catégories, selon les constructions auxquelles on peut les destiner; la première est celle qui est propre aux plus forts vaisseaux; la cinquième sert aux embarcations. On trouve aussi le terme de « vissageRevue forestière française, Volume 8. L'École nationale du génie rural, des eaux et des forêts., 1956. ». En anglais on les appelle compass ou curved timber.

Des bois fonctions des régimes forestiers Différents bois de marine peuvent être obtenus en fonction des différents régimes forestiers:

Les arbres en pleine futaie fournissent de belles et longues pièces de bois bien droites, les arbres de futaie régulière, surtout les futaies en massif traitées par éclaircies; seules celle-ci pouvaient donner des bois droits de grande dimension, en quantité suffisante, et de bonne qualité; mais on y trouvait peu de courbes à cause de la nécessité d'ébrancher les arbres sur les lisières et aux bords des routes; dans les très bons terrains, car dans les terres médiocres comme celles de la forêt de Rennes « on peut avoir de beaux chênes en massifs mais on n'aura jamais de beaux baliveaux isolés; L'isolement fait couronner un chêne en peu d'années ».

Les arbres isolés, les arbres de pleine lumière, fournissent des bois tors, « qui résistent longtemps aux injures de l'air ». Ces arbres étant surtout frappés par le vent de tous côtés, leur bois est néanmoins ferme, de bonne qualité, excellent pour quantité d'ouvrages qui exigent de la force. Ils sont toutefois sujets à être tranchés, chevillés et roulés, parce qu'ils s'étendent beaucoup en branches, dont l'insertion est quelquefois très-avant dans le tronc.Certains bois fortement anémomorphosés, qui ont grandi sur des sols exposés à un vent dominant, sur des terres littorales ou sur des crêtes, caractérisés par leur port en drapeau, sont appelés à l'international selon l'expression allemande krummholz (bois coudé), expression qui découle de l'usage en marine qu'on en a fait pour la fabrication des courbes, elles prennent aussi en allemand le nom de knieholz (bois de genou) qui est vu comme un synonyme de krummholz, les courbes sont en appelée en anglais (genou) Johann Gottfried Flügel. A Practical Dictionary of the English and German Languages, volume 1. Julius E. Richter. Hamburg: John Augustus Meissner, 1847.. En français le port de ces arbres est dit « en drapeau ». En néerlandais on rencontre l'expression krommer.

Les arbres de lisière ont souvent un tronc incliné et un houppier dissymétrique. Les arbres de lisière et du bord des forêts approchant plus que ceux de l'intérieur, de la situation des arbres isolés, sont ordinairement plus durs que ceux des futaies. Ils ne fournissent pas ordinairement de grandes pièces droites, mais ils donnent de bonnes pièces courbes.

Les bois de compression, qui se forment typiquement dans les portions de tiges penchées ou courbées dans les branches des conifères donnent aussi des courbes pour la marine: le végétal s'efforce de reprendre une position normale et réagit (bois de réaction). Preobrazhensky dans son Dictionnaire étymologique de la langue russe note la similitude du mot russe (kren'), pour bois de compression, avec le français carèneВакин А. Т., Полубояринов О. И., Соловьёв В. А. Альбом пороков древесины : [текст, изоматериал]. — М. : Лесн. пром-сть, 1969. Dans le dialecte de la province d'Arkhangelsk la signification supplémentaire suivante du mot « крень » est donnée : sorte de contre-quille en bois de conifère, un patin permettant à un bateau de glisser sur la glace. Le mot russe (kren') désigne aussi l'abattage du navire ( ou , krengovanie, voir aussi le lexique de la marine sur Wikipedia en russe), soit l'inclinaison que l'on donne à un navire sur son bord pour travailler sur sa partie sous-marine sans sortir la quille de l'eau, dans certaines opérations de carénage.

Les courbes très rares se trouvent aussi sur les fossés qui entourent les terres cultivées, partout où l'habitude n'est pas d'émonder les chênes, et dans les forêts les mieux traitées en taillis sous futaie. En Angleterre de la même façon, la préférence allait aux chênes rudes poussant dans les haies vives, qui ont suffisamment de place pour développer leurs branchesRobert G. Albion. "Trees and Ships Timber", cité dans . Ce bois y est finalement devenu très rare à cause de la démolition généralisée des haies vives lorsque le maïs a commencé à être cultivé de manière extensive fin ; on a alors recommandé l'usage du mélèze comme arbre de substitution, afin de produire un approvisionnement suffisant en bois en un minimum de temps, et des millions de mélèzes sont ainsi plantés.

Et les taillis Les taillis ne fournissaient pas de bois de marine. Milieu , beaucoup de taillis en France sont aménagés dans l'intérêt des nombreuses usines à fer et les verreries de la Marne, de la Haute-Marne, de l'Yonne et de la Côte d'Or. Les particuliers détruisant leurs futaies les remplacent par des taillis de 6 à , quand ils ne défrichent pas tout de suite; mais après quelques exploitations les souches étant usées les propriétaires préfèrent défricher que de repeupler en bois; la plupart des forêts sont dans un état de délabrement avancé.

Il n'y a que l’État, éventuellement les communes et quelques riches propriétaires qui puissent entretenir des hautes futaies, exploiter des forêts de manière à élever des arbres de dimensions assez fortes pour les grandes constructions civiles et navales. Un siècle est à peine suffisant pour produire du chêne en grosseur ordinaire, et il faut quelquefois deux siècles pour en avoir en certains échantillons pour les plus grands navires. Pendant ce temps, six à huit générations de propriétaires se sont succédé, la presque totalité des propriétés passées dans d’autres mains après vingt-cinq ans. La plupart des propriétaires empressés ou pressés de jouir de leur stock de capital, font abattre leurs arbres avant terme ; quelquefois même ils ne peuvent attendre vingt à vingt-cinq ans pour abattre leurs taillis, âge où il est possible de réserver les baliveaux qui pourront devenir les arbres de proportion considérable nécessaires aux belles charpentes ; à dix ans, terme ordinaire des exploitations de bois particuliers, les taillis sont peu élevés, les brins en sont encore faibles. Ceux qu'on laisse pour baliveaux, lorsqu'ils sont seuls et isolés, sont tourmentés, fatigués par les vents ; leurs tiges ne s'élèvent plus, les branches s'allongent et grossissent au détriment du corps; ils ne donnent que des arbres bas et sans importance, presque sans utilité pour les constructions (on les nomme en terme forestier « pommiers », parce qu’ils en ont la forme). Les forêts les plus aptes à fournir les bois de marine sont donc les forêts royales ou les forêts d’État, les seules dans lesquelles on puisse exploiter d’une manière régulière, adopter les révolutions assez longues pour fournir à la marine des bois de fortes dimensions.

Bois des racines Les racines sont une source particulièrement utile, car la structure racinaire de nombreuses espèces d'arbres se déploie naturellement latéralement, juste sous le sol, afin de faciliter l'ancrage de l'arbre. Les racines fournissent une source assez fiable de coudes à environ 90°, qu'il est peut-être impossible de trouver dans d'autres parties de l'arbre. Afin d'obtenir cette matière première pour les coudes, les constructeurs peuvent déterrer une souche dans son intégralité, car contrairement à d'autres parties de l'arbre, il est impossible de juger de la qualité et de la quantité de matière disponible dans les racines, parce qu'elles sont souterraines. Une fois la souche déterrée, les coudes peuvent être sciés ou fendus à partir de coudes naturels appropriés. Cependant, les coudes sciés hors d'une souche peuvent rapidement émousser les outils utilisés pour les façonner et les finir; à mesure que les racines poussent, elles enveloppent de petites particules de sol et de roche, qui agissent comme un abrasif incorporé et accélèrent l'usure des outils tranchants. Pour les essences de bois présentant les caractéristiques de fendage appropriées, telles que le chêne, la souche peut être scindée en coins, avec une grande racine sur chaque coin; chaque coin est ensuite façonné en une membrure pour un petit bateau.

Témoignage anciens de l'utilisation de bois tors Les Romains connaissaient déjà la qualité supérieure, aux fins de résistance mécanique, des bois déjà façonnés dans la nature par rapport à ceux produits par les charpentiers de marine. Différentes épaves témoignent de l’usage assumé de bois naturellement courbes: navires de Nemi (), l'épave de County Hall(vers 300), l'épave du Musée des docks romains, l'épave de la baie de Cavalaire .

Un « compte inédit de construction de galères à Narbonne (1318-1320) » relate l'utilisation de gabarits (modulis madaire)Dans Jean-Louis Miège. Navigation et migrations en Méditerranée : de la préhistoire à nos jours. À l'Arsenal de Venise, qui offre une première industrie au Moyen-Âge, ils étaient définis de manière générique par les termes « », mais avaient d'autres noms tels que « » et « ». En Ligurie, les charpentiers de l'arsenal étaient appelés « », terme d'origine arabe avec le sens d'arc ou de courbe; et les formes en bois utilisées pour identifier les arbres à abattre dans les bois étaient appelées avec ce nom. C'est une origine possible du mot « gabarit » en français.