vignette|Dante et Virgile en enfer (œuvre de William Bouguereau, 1850). L'Enfer, du latin , est, selon de nombreuses religions, un état de souffrance extrême , douleur expérimentée après la mort par ceux qui ont commis des crimes et des péchés dans leur vie terrestre.
La définition de l'enfer et ses caractéristiques sont variables d'une religion à l'autre et sont parfois sujettes à différentes interprétations au sein d'une même religion. Ainsi, selon le bouddhisme, l'enfer est avant tout un état d'esprit de l'individu soumis aux désirs et passions tandis que l'enfer (ou les enfers) désigne aussi simplement le séjour des morts ou d'une partie d'entre eux, pour d'autres. Cependant, toutes évoquent un endroit terrible, et selon certaines, qui réside sous terre.
Origines mésopotamiennes
Les premières traces des Enfers sont mésopotamiennes (environ ).. Selon les Mésopotamiens, le monde est divisé en deux parties : l'« En-Haut », dirigé par les dieux des vivants, et l'« En-Bas », dirigé par les dieux des morts. Entre les deux, le monde des vivants flotte sur l'Apsû, le lac d'eau douce. Pour les Sumériens et les Akkadiens, les Enfers est l'« En-Bas », le « Pays sans retour », le « Kur » (ou « Ki ») en sumérien, la « Terre » ou la « Montagne », l'« Arallû », le « Grand En-bas », l'« Irkalla », la « Grande Cité » ou la « Grande Terre », le lieu où se retrouvent les morts.
Les documents écrits rassemblant le plus d'informations sur les Enfers mésopotamiens sont des récits comme lÉpopée de Gilgamesh, les différentes versions de la Descente d'Inanna aux Enfers (et les récits ou lamentations annexes) et le mythe de Nergal et Ereshkigal. Des informations précieuses sont également issues de la compilation de textes funéraires, de lamentations et de descriptions d'exorcismes visant à renvoyer les morts à leur place.
Le mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers et sa version akkadienne présentent tous deux une longue description des Enfers. À la lecture des deux œuvres, l'entrée du monde des morts, lieu de damnation éternelle, se trouve au palais du Ganzer que l'on atteint après une longue marche vers l'Ouest à travers une large steppe et de nombreuses montagnes par . Derrière le palais, se trouvent sept murailles percées de sept portes successives qui mènent au cœur des Enfers. D'après d'autres sources cunéiformes, on accède aux Enfers par les anfractuosités des rochers ou les fissures sur le sol. Les morts, dont le corps est enterré dans une sépulture souterraine (parfois sous la maison familiale), peuvent trouver leur propre chemin pour l'« En-bas ».
Avant de descendre dans les Enfers, le mort se transforme en « Etemmu » (« Gedim » en sumérien). Les Mésopotamiens ne cultivent pas encore l'idée de l'âme qui habite et anime le corps. Selon Jean Bottéro, l'Etemmu est une sorte de réponse à l'incompréhension du néant, du vide que laisse la personne disparue. L'Etemnu est une sorte de fantôme basé sur le souvenir que les vivants ont du défunt. Il apparaît sous forme d'ombres ou d'apparitions fugaces. Par ailleurs, ce fantôme qui se trouve dans les Enfers peut être rappelé par certaines personnes afin d'être interrogé par les vivants et, s'il devient indésirable, son renvoi vers le « Grand En-bas », devient également l'occasion d'un rite d'exorcisme où l'Etemmu qui hante les vivants est confié au dieu Tammuz, lors de sa redescente annuelle, afin qu'il les guide, en bon berger, vers l'endroit d'où ils ne devraient plus revenir.
alt=Bas-relief en argile représentant une femme ailée nue avec deux hiboux et deux lions à ses pieds. |vignette|La plaque Burney, également appelée , représente fort probablement la déesse Ereshkigal.. , Londres.
Déesse des Enfers, Ereshkigal est la ., la ou .. Elle représente la mort, mais, contrairement à sa sœur Inanna, elle donne naissance à des enfants : les jeunes gens qui meurent sur Terre avant leur temps. On lui attribue Gugalanna comme mari, le dont elle porte le deuil dans la Descente d'Inanna aux Enfers. Un autre mythe akkadien, Nergal et Ereshkigal, fait d'Ereshkigal l'épouse du dieu Nergal. Elle règne dans un assistée par son vizir Namtar, dieu de la maladie et des épidémies, et par la scribe des Enfers, Geshtinanna, sœur de Dumuzi et épouse de Ningishzida. Elle s'accompagne également des sept Annunaki .
Rien dans la littérature mésopotamienne ne laisse entendre qu'un mort est jugé à son entrée dans les Enfers pour les actes qu'il a commis ; tous les morts vivent le même destin aux Enfers peu importe la conduite morale adoptée de leur vivant. Ainsi, les Annunaki ne font que faire respecter la loi des morts et ne gèrent que les aspects internes et fonctionnels des Enfers. Par exemple, dans le récit de la Descente d'Inanna aux Enfers, les sept Annunaki rappellent à Inanna que, si elle veut remonter sur Terre, elle doit trouver un substitut vivant. Elle est donc condamnée par ceux-ci à rechercher un membre vivant de sa famille ou de ses proches pour la remplacer dans les Enfers.
D'une manière générale, les Enfers sont perçus par les Mésopotamiens de manière très pessimiste : le destin du mort n'est aucunement joyeux, le plaisir et l'affection en sont totalement absents. Le mort sous sa forme d'Etemmu, y entre pour y vivre une pâle réplique de sa vie terrestre. D'après l’Épopée de Gilgamesh et la Descente d'Ishtar aux Enfers, le mort s'y , et y accomplit dans l'obscurité les mêmes gestes accomplis dans sa vie d'avant. Cette vision des Enfers préfigure celle du Sheol des premiers hébreux.
Mais tout dépend de la façon dont les vivants traitent et célèbrent le mort, d'où l'importance apportée, dans le mythe de la Descente d'Inanna aux Enfers, aux rituels de deuil qui peuvent alléger le triste destin des disparus.. Ainsi, en prononçant plusieurs fois le nom des ancêtres, en versant parfois de l'eau sur le sol et en organisant tous les mois un repas où les Etemmu des parents disparus sont invités, les vivants se rappellent des morts et allègent le séjour de leurs parents disparus dans l'« En-Bas ».
Dans la mythologie grecque
Dans la mythologie grecque, les Enfers (au pluriel) sont le royaume des morts. C'est un lieu souterrain où règnent le dieu Hadès et sa femme Perséphone. Son entrée est gardée par le chien tricéphale Cerbère.
Apport de Platon Dans La République, son grand ouvrage de théorie politique, Platon expose le mythe d'ErVoir République, X, sections 13-16 (614 b - 621 d). Ce mythe, tout en reprenant les croyances populaires sur l'après-vie, sert au philosophe à préciser celles-ci afin d'en faire un instrument du contrôle politique sur lequel puisse se fonder une cité. Il est le premier auteur à offrir une description fort concrète des punitions corporelles graduées qui attendent les méchants après la mort et à marquer la séparation géographique de l'enfer, du purgatoire et du paradis.
Ce mythe a exercé une influence considérable sur la culture occidentale après avoir été intégré au dogme chrétien par l'Église, dont il contribuera à consolider le pouvoir temporel tout en introduisant un élément de violence au cœur même de la religion chrétienne.
Dans la mythologie nordique Dans la mythologie nordique (scandinave), Hel avec Niflhel sont l'un des Neuf Mondes où vivent les morts et où vont les gens emportés par la maladie et la vieillesse.
Dans le judaïsme
Chez les juifs anciens, comme au sein des autres nations sémites, l'existence dans le Sheol (שאול) était considérée comme une perpétuation fantomatique de la vie terrestre, pendant laquelle les problèmes de cette vie terrestre prenaient fin. Le Shéol était conçu comme un lieu souterrain où les morts menaient une vie léthargique.
Plus tard, la prédiction du prophète du judaïsme Isaïe dans sa satire sur la mort du roi de Babylone, s'adressant en ces termes au tyran : « Te voilà shéol, dans les profondeurs de l'abîme » (Isaïe 14 15), donna naissance à l'idée selon laquelle il existerait plusieurs profondeurs au Sheol, en fonction du degré de récompense ou de châtiment mérités. Quoi qu'il en soit, chez les Juifs, la notion d'éternité en enfer n'existe pas.
Dans le judaïsme de la période du Second Temple et dans la littérature intertestamentaire, l'influence grecque peut être vue dans les idées juives de la demeure des morts : L'Hadès juif soit le Shéol שאול - est devenu un lieu où les morts pourraient être conscientsPar exemple dans le Livre d'Hénoch ; Sein d'Abraham - une zone délimitée de l'Hadès où les justes attendent la résurrectionIV Livre des Maccabées ; Géhenne (גיא הנום : Guei Hinnom) - le feu du Dernier Jour dans la MishnahPar exemple confondant les notions de la dernière bataille d'Isaïe 66:24 et Géhenne dans Marc 9:48, et souvent dans la Mishna..
Dans la littérature religieuse Dans la littérature talmudique et midrashique, l'enfer est mentionné comme un lieu où les méchants sont jugés après leur vie dans ce monde : « Et sa fin hérite de l'enfer »Mishna, Traité Avot, chapitre A, Mishnah E). En enfer, les méchants sont condamnés six mois au feu et six mois à la grêle et à la neige. Le feu de l'enfer cesse le jour du shabbat. Dans le Traité Erubin, il est dit qu'il existe trois ouvertures vers l'enfer : une dans le désert et une dans la mer et une à Jérusalem (à la vallée de Hinnom)Talmud babylonien, Traité Eruvin. Le traité Shabath indique que dans la chaleur de Tibériade, il y a des sources d'où jaillit de l'eau bouillante à une température d'environ 60 degrés parce qu'elles « se sont réchauffées à l'entrée de l'enfer », d'où l'on peut comprendre que l'enfer est souterrain. Selon le Talmud de Babylone, l'enfer comporte sept sectionsBabylonian Talmud, traité Sota et les Midrashim ont identifié les sept noms de l'enfer comme les noms des différentes sections, et entre chacune, il y a une profondeur d'enfer de deux mille cent ansOtzar Hamidrashim, Eisenstein, entrée "Hillel".
Les Rishonim étaient divisés quant à savoir si l'enfer est une condition physique, une angoisse, une souffrance et l'anéantissement dans ce mondeRambam, Mishnah, Introduction, ou le châtiment des âmes après la mortRambam, La porte du châtiment. Rabbi Hama a dit dans Rabbi Hanina : « Tout lecteur qui lit le Shema et est méticuleux dans ses lettres refroidit son enfer »Talmud babylonien, Traité Brachot.
Dans la littérature hébraïque Plusieurs ouvrages de la littérature hébraïque décrivent l'enfer, notamment Les Cahiers d'Emmanuel du Romain Emmanuel ben Shlomo ben Ekoutiel, publié vers 1320 ; Emek Refaïm de Yitzhak Don Bar-Levinson ; Le Commencement de la sagesse (Reshit Chochmah) par le kabbaliste Eliahu de Vidash (l'un des disciples du Ramak et d'Isaac Louria), imprimé pour la première fois en 1578 ; Tribe of Morality par Elijah le prêtre d'Izmir, publié en 1712 ; « La parabole et sa leçon » (incluse dans le recueil Ville et plénitude), par le prix Nobel de littérature Shmuel Yosef Agnon, paru en 1973.
Après la mort Après la mort de son parent juif, la coutume est de réciter la prière en araméen du Kaddish Yatom - bien qu'elle ne comporte aucune allusion aux morts ni au deuil ni à leur résurrection - pendant onze mois car selon la tradition et le Midrash, la période des méchants en enfer est de douze moisMichna, Traité Eduyot, chapitre 2, Michna 10. D'après la tradition ashkénaze, pour que le défunt ne soit pas considéré comme un méchant ayant besoin de salut pendant ces douze mois, le Kaddish est dit seulement pendant onze mois. De cette source et d'autres sources, il apparaît que l'enfer n'est pas nécessairement une punition éternelle mais sert parfois de station de transit et de punition temporaire. Cependant, il y a des péchés graves pour lesquels, selon les Sages : « L'enfer est enfermé dans leur visage et nous le condamnerons pour les générations à venir »Tosefta, Traité Sanhédrin, chapitre 13, Halacha 5.
Dans le christianisme