Le rôle représentatif est une notion de sciences politiques qui cherche à étudier les modèles liés aux comportements ou attitudes des membres d'une chambre élue, plus généralement d'un parlement (Parlement Européen, Parlement national et régional). Le concept de rôle représentatif est apparu dans les années 1950 afin de comprendre la relation entre les citoyens et leurs représentants. Les études traitant du rôle sont très diverses mais partagent l’idée que pour comprendre les assemblées législatives, il est utile d’examiner comment les députés se perçoivent eux-mêmes, comment ils perçoivent leur représentation politique et la démocratie. La matière a longuement été étudiée, souvent sur la base d'un important travail empirique et inductif. Cette dernière va décliner à partir des années 1980, notamment due au déclin plus général du concept de rôle en sciences sociales. Un regain d'intérêt a cependant vu le jour dans les années 2010.

L'étude du rôle représentatif diffère de l'analyse des différents mandats (mandat représentatif, mandat impératif), notions de droit public et constitutionnel ou même de philosophie politique.

Définition

J.C Wahlke a défini le rôle représentatif comme un ensemble de normes de comportements plus attaché au système et à sa structure qu’à la nature de l’individu. Ce rôle peut néanmoins être étudié empiriquement via l’orientation du législateur. Cette définition va être contestée par les autres courants de la théorie des rôles. Ann Weber définit plus précisément le concept de rôle législatif comme étant l'ensemble de normes, obligations ou attentes collectives liées à la fonction de membre de parlement. Le but du rôle est de rendre compte de l’uniformité et de la régularité du comportement individuel, résultant de leur position dans la société, de leurs préférences, de leur intérêt égoïste ou encore de l’incorporation des normes collectives.

Intérêt du concept D'après les politologues March et Olsen, analyser les rôles permet d’améliorer l’explication et la prédiction du comportement législatif.

Le but de ces études est de trouver la mesure dans laquelle les rôles représentatifs aident à expliquer les croyances, les attitudes et surtout le comportement des députés dans leur relation avec l’électorat. La nature de la représentation est complexe puisqu’elle implique que le représentant ne s’identifie pas complètement aux exigences des personnes qu’il représente sans en être trop lointain. Il est possible de distinguer dans la notion de rôle représentatif plusieurs tentatives de mieux saisir les comportements des membres des parlements, qui sont tantôt perçus comme des acteurs égoïstes, tantôt comme étant influencés par leurs caractéristiques socio-culturelles. Une littérature très large s'est ainsi développée fondant l'analyse des rôles législatifs sur des bases théoriques très différentes.

Typologie des rôles Les typologies de l’analyse des rôles représentatif sont nombreuses, dans la mesure où les auteurs de la matière cherchent à repérer dans les faits une pratique qui se répète et qui permettra ensuite d’établir des lois plus générales.

Délégué de district, délégué de parti et « trustee » Trois idéaux-types traditionnels sont déterminés, le rôle de party delegate, le rôle de local delegate (ou constituency delegate) ainsi que le rôle de trustee. Selon Edmund Burke, les délégués (delegates) se voient attribuer un mandat et  doivent donc suivre les instructions des de leur électorat. Autrement dit, ils doivent suivre les promesses qui les ont permis d’être élus et ce même si cela serait contraire à leurs convictions Hanna Fenichel Pitkin, The Concept of Representation, Berkeley, University of California Press, 1972 , .. Il existe deux versions de ce rôle de délégué. Les délégués de circonscription qui écoutent en premier lieu les votants de leur district (comme expliqué ci-dessus) et les délégués de partis qui s’attachent davantage au programme du parti et à ses partisans. Les trustees en revanche ne sont techniquement limités ni par un mandat, ni par un parti, ni par leur circonscription. Ils agissent en agent libre dans la mesure où . Les trustees entendent représenter la population à l’échelle nationale, et non pas le parti ou la circonscription.

Le futur des rôles représentatifs

Délégués La « crise partisane » Richard S. Katz, « Party Government: A Rationalistic Conception », in Francis G. Castles and Rudolf Wildenmann (eds), Visions and Realities of Party Government, Berlin : de Gruyter, 1986, . constitue un élément important pour les délégués de partis. Cette tendance comprend des dimensions telles que le déclin de l’adhésion officielle à un parti, l’érosion de l’identification des partis parmi les citoyens ou la convergence des propositions politiques. En termes de rôles représentatifs, cette tendance multidimensionnelle contribue au déclin des délégués des partis en faveur de tout autre type de représentation. Lorsque les partis deviennent moins légitimes en politique, il est alors plus difficile pour les acteurs politiques de se considérer comme des activistes fidèles chargés de mettre en œuvre un programme de parti ou de suivre les instructions des dirigeants du parti. En conséquence, davantage de députés pourraient favoriser les types de trustees ou de délégués locaux (local delegates) au détriment du délégué de parti.

Les délégués locaux pourraient bénéficier du déclin de l’« affiliation partisane ». Les députés pourraient réagir à une plus grande volatilité électorale en essayant de renforcer leur position au sein de leur circonscription. Plus généralement, mettre l'accent au niveau local peut être compris comme une réaction des législateurs à ce qu'on appelle la crise de la représentation. Le manque de confiance des citoyens à l’égard des politiciens en général et des parlements en particulier pourrait amener les députés à se retrancher dans leur circonscription. Comme le souligne Gabriella Ilonszki David Judge et Gabriella Ilonszki, « Member-Constituency Linkages in the Hungarian Parliament », Legislative Studies Quarterly, , , 1995, , ., exalter leur connexion locale est un moyen pour les députés d’envoyer un message au public en se distinguant des hommes politiques nationaux en tant que chefs de parti ou ministres.

Enfin, le développement de nouvelles technologies de communication telles qu’Internet a accru la capacité des citoyens à entrer en contact avec leurs députés. La progression impressionnante du nombre de questions écrites posées par les législateurs dans les pays européens indique en effet que les nouvelles technologies ont effectivement un impact sur les activités des parlementaires et probablement sur leurs liens avec les citoyens. Ainsi, plusieurs facteurs différents peuvent nous amener à penser que les députés, à l'instar des autres élus, sont davantage sollicités aujourd'hui par des citoyens ordinaires. En conséquence, selon Rozenberg et Blomgren, il serait peut-être préférable que les députés mettent l'accent sur leur représentant local.

Afin de véritablement représenter les citoyens, les parlementaires doivent nouer le dialogue avec leurs électeurs. De cette manière ils peuvent comprendre leurs opinions et leurs points de vue, et peuvent donc se servir des prérogatives de leur fonction (comme légiférer, participer aux débats ou soumettre des questions) pour faire entendre les idées qui se dégagent au cours de ce dialogue.

Trustees Dans la plupart des démocraties considérées comme avancées, le style de représentation par le trustee est le plus légitime. Cette tendance est visible dans l’article 27 de la Constitution française du , qui dispose qu'. Cette pression normative explique qu'une majorité relative de députés adoptent généralement cette orientation. Il y a plusieurs raisons de croire que le nombre de trustees augmentera à l'avenir. Là encore, le déclin de l’ « affiliation partisane » peut légitimer l’idée que les députés devraient suivre leur propre conscience et leurs propres opinions.

L'émergence de nouveaux partis politiques a été l'une des évolutions politiques les plus marquantes survenues en Europe depuis les années 1960. Une telle tendance pourrait augmenter le nombre de trustees. D’après Andeweg, depuis 2006, un député sur deux estimait qu'il devrait suivre sa propre opinion plutôt que celle des électeurs du parti : c’est donc le rôle du trustee qui prévaut R. Andeweg, « Beyond representativeness? Trends in political representation », in European Review, , , 2003, . doi:10.1017/S1062798703000164. En plus grand nombre, les nouveaux représentants se considèrent comme des trustees, avec près d'un sur deux, contre un sur trois pour les titulaires (élus déjà en activité).

Enfin, la société devenant de plus en plus hétérogène et diffuse, la diversité au sein même de leur circonscription pousse de plus en plus les représentants à adopter un rôle de trustee.

En définitive, selon Rozenberg et Blomgren, il est impossible de prédire si un type de rôle (party delegates, constituency MPs ou trustees) prévaudra à l'avenir. Cependant, on peut prédire que les conflits au sujet de « qui » les représentants devraient représenter vont augmenter. En conséquence, cela nécessite que les sciences sociales étudient davantage les valeurs que les représentants attachent à leur tâche en tant que représentants.

Typologie des rôles des parlementaires européens

Le Parlement Européen est une grande arène politique dans laquelle se distinguent cinq familles de parlementaires, les « animateurs », les « spécialistes », les « intermédiaires », les « outsiders » et les « dilettantes ».

Les « animateurs » privilégient la dimension délibérative du parlement qui procurerait une haute gratification sociale. Ils sont ainsi donc attachés à la politique entendue comme échange de points de vue et d’argument. Les animateurs sont des parlementaires qui ne débattent pas seulement sur un unique thème, contrairement aux « spécialistes ». Les membres de cette famille de membres de parlement cherchent à limiter le champ de leurs interventions en se spécialisant dans un ou plusieurs domaines particuliers pour, à terme, développer une certaine expertise afin d’améliorer l’efficacité du Parlement. Ils sont très actifs dans les fonctions plus techniques du Parlement, en intervenant principalement dans la mise en place de l’agenda et au sein de commissions notamment. Les intermédiaires se portent garants des intérêts directs des populations locales et des citoyens européens, et entendent porter la voix des citoyens européens au sein des institutions européennes. Un quatrième groupe de parlementaires, au sein du Parlement européen, se retrouve avec les outsiders. Ils sont caractérisés par leurs nombreux manquements aux règles traditionnelles parlementaires, et fondent leurs pratiques de la politique sur la dénonciation d’un establishment, d’une caste élitiste. Ils cherchent moins à influencer la décision finale -du fait de leur marginalisation politique et de leur aspect minoritaire- que de faire la publicité de leurs propres agendas politique. Enfin, les dilettantes représentent une dernière catégorie de parlementaire européen reconnaissables non pas tant dans leurs actions mais dans l’absence d’action. Ceux-là adoptent de pareils comportements pour plusieurs raisons. Cela peut être dû au fait qu’ils n’entrent au parlement que pour assurer leurs arrières en cas d’échec à une élection tierce, parce qu’ils ont été élus par « chance » et n’entendent donc pas continuer à être parlementaire, ou parce qu’ils sont sur le point de prendre leur retraite.

Différentes approches Approche structuro-fonctionnaliste