thumb|upright|Torse d'homme à demi épilé. L’épilation consiste à enlever, temporairement ou définitivement, les poils de la peau humaine. Elle peut concerner toutes les parties du corps, des plus visibles (visage, jambes, bras, etc.) jusqu'aux plus intimes (poils pubiens…).

Les raisons invoquées sont nombreuses et varient selon les cas, les cultures, les classes socialesC. Hallpike (1969) "", Man, 4, (). et les époques, allant de critères religieuxTrichet L (1990), La tonsure, Paris, Éditions du cerf.Hulin H (1992) Ascèse et renoncement en Inde (S. Bouez éd.), Paris, L’Harmattan ().Olivelle P (2011) « » in , () () ; DOI :https://dx.doi.org/10.7135/UPO9781843318859.016. ou de signes identitairesMesnil Marianne & Popova Assia (1993) « Étranger de tout poil ou comment on désigne l’autre », Civilisation, , , .Fliche B (2000) « Quand cela tient à un cheveu. Pilosité et identité chez les Turcs de Strasbourg », Terrain, 35, septembre 2000 ().Conte F. « Sémiotique de la barbe dans la civilisation russe », art. dactylog. s.l., s.d. (). à la contrainte sociale et l'intériorisation de normes de beauté, ou encore de confort, d'hygiène (lutte contre les poux et poux du pubisBouree P (2013) La mode de l’épilation pubienne : traitement radical des poux !, Option/Bio, 24(490), 15-16. ou teignesFeulard H. (1894), « Le traitement des teignes à Paris », ; 6 : 3-15. 71.) ou invoquant la mode ou les traditions ethniquesJ. Paz Obregon (1989) « Il s'en faut d'un poil » in Les Figures du corps (M.-L. Beffa et R. Hamayon, eds), Nanterre, Société d’ethnologie/Université Paris-X, janvier 1989.Auzépy MF (2002) « Prolégomènes à une histoire du poil », in Mélanges Gilbert Dagron, Paris, Travaux et mémoires du Centre d’histoire et de civilisation de Byzance-14 ()..

L'épilation se pratique au moyen de pinces à épiler (brucelles), rasoir, adhésifs épilatoires, produits chimiques, rayons X, épilation électrique, épilation laser, inhibiteur de pousse ou de repousse du poilChevallier J. (2008). Histoire de l'épilation de l'Antiquité à nos jours. Variations sur la peau, 2, 21..

Pilosité humaine thumb|left|Distribution de la pilosité chez la femme et l'homme. Seuls les poils terminaux sont représentés (sauf ceux des aisselles de la femme) : le duvet, plus fin, recouvre la quasi-totalité du corps. thumb|Corps humains nus, féminin (rasé aux aisselles, au pubis et aux jambes), et masculin (cheveux coupés court, rasé aux joues, au menton, aux aisselles et au pubis), de face et de dos.

Épilation selon les époques et les sociétés Préhistoire Contrairement à une idée répandue aux , l'homme préhistorique n'était pas couvert de poilsJ. C. Berman, « Bad hair Days in the Paleolithic: Modern (re)constructions of the Cave Man », American Anthropologist, 101(2), 1999 () et

Antiquité Égypte antique Dans l'Égypte antique, les hommes et les femmes s'épilaient avec des pinces à épiler, des pierres ponces, de la cire d'abeille ou à base de sucre. L'épilation intégrale des prêtres avant d'entrer dans les temples était signe de pureté..

Grèce antique L'épilation pubienne était de mise pour les femmes de l'antiquité grecque classique, à Athènes notamment cité par Byl S (1991) in « Le stéréotype de la femme athénienne dans Lysistrata », Revue belge de philologie et d'histoire, 69(1), 33-43., dans l'optique selon Aristophane d'éviter tout ce qui pourrait les rendre semblables aux hommesAristophane, Lysistrata.. L'expression ή δεινή άκανθα (l'épine douloureuse) (Anthologie Palatine, XI 329,2) faisait allusion aux petits poils durs qui repoussent après l'épilation. Selon G. Cootjans :

Les femmes grecques assez riches pour cela faisaient appel à des épileuses (ή παρατίλτριαCratinus, 256 Edmonds; Athénée, XIV - 638f.), métier évoqué dans un édit pris par les éphores de Sparte à la demande d'Apollonios de Tyane afin de les chasser des bains publicsPhilostrate, VA., IV 27). (l).

Trois méthodes d'épilation sont citées par les auteurs antiques : le brûlage des poils à la flamme d'une lampe à huile (ό λύχνος) ; dans une pièce d'Aristophane, une femme décrit élogieusement sa lampe : Aristophane, Ec, 12-13. ; et Charles Picard décritCharles Picard, La Vie privée dans la Grèce classique, Paris, Les Éditions Rieder, p. XLII, 1. une céramique antique (coupe d'Euphronios) dont le décor représente une femme nue qui, les jambes écartées, utilise une lampe pour brûler les poils de son pubis ; le rasoir (Χυρόν) ; des produits dépilatoires (ψίλωθρον ψιλόω Δρέπω), dont Paul d'Égine, III 52-1 263,15 Heiberg, Galien recommandant pour cet usage la farine de fèveGalien, XII, 50,8 Kühn, mais on utilisait aussi d'autres produits dont des emplâtres à base de poix (το δρώπαξ ; du verbe δρέπω, cueillir).

Kilmer Martin s'oppose en 1982 aux interprétations de Philip Eliot Slater (1968) et avance des arguments laissant penser que les deux principaux moyens épilatoires utilisés en Grèce ancienne pour traiter la région pubienne (arrachage et brûlage à la lampe) ne visaient pas à rendre entièrement glabre les organes génitaux mais donner forme aux poils pubiensKilmer Martin, « Genital Phobia and Depilation», The Journal of Hellenic Studies, vol. 102, 1982, . DOI : 10.2307/631129. P Chuvin en 1985 conteste aussi l'idée de phobie du poil pubien émise par Philip Eliot SlaterChuvin Pierre, « Clefs pour une coutume : l’épilation », L’Histoire, octobre 1985, . ; pour lui l’épilation des femmes grecques est un simple fait culturel, qu'il juge cependant plus généralisé et radial que Martin Kilmer.

Rome antique Les Romains s'épilaient après les thermes (le plus souvent les jambes pour les hommes, l'épilation intégrale pour les femmes des classes aisées). Ils connaissaient la pince à épiler dite , et utilisaient comme méthode l'arrachage par l'application de cire d'abeille ou d'épilatoires chimiques sous forme de pâtes dites ou à base de poix, d'huile, de résine de pin, de caustiques (chaux vives et sulfure d'arsenic).. Des méthodes physiques étaient employées : « brûlage » à l'aide de coquilles de noix incandescentes, pierre ponce. Enfin, d'autres recettes relevaient du philtre magique (sang de chauve-souris, de poudre de vipère ou de graisse d'âne), plusieurs de ces recettes perdurant jusqu'au Moyen Âge..

Au début de l'ère chrétienne, les Carthaginois connaissaient déjà la pince à épiler et la résine. Tertullien impute ces pratiques à l'influence grecque« D’où vient que les hommes velus emploient la résine pour épiler les parties secrètes, ou la pince pour arracher les poils du menton ? […] pour quelle raison s’épiler à la manière des Grecs ? » (Tertullien, Le manteau)..

Moyen Âge Les traités médicaux latins de la fin de la période médiévale, de Heury de Mondeville, ou Guy de Chauliac présentent plusieurs méthodes d'épilation qui trouvent leur origine dans le monde musulman chez des savants arabes comme Rhazés et Avicenne notammentMoulinier-Brogi Laurence (2004) « Esthétique et soins du corps dans les traités médicaux à la fin du Moyen Âge », Méditerranée, , Paris, PUV, printemps, . Version électronique.. Les personnes des classes aisées s'épilent également avec les méthodes romaines.

Époque moderne

Après la Renaissance, en Occident, les poils pubiens sont associés aux parties du corps désignées comme honteuses par l'Église et par une certaine tradition qui peut remonter à l'Antiquité grecque, mais si De Graaf Regnatus dans son Histoire anatomique des parties génitales de l’homme et de la femme, qui servent à la générationBâle, Emmanuel-Jean-George Konig, 1699, . évoque sur les en affirmant que la fonction du poil est , il fait aussi remarquer que

De nos jours encore, les communautés de moines jaïn pratiquent rituellement l'arrachage à la main de leurs cheveuxE. Fischer et J. Jaïn, Art and Ritual. 2500 years of Jainism in India, New Delhi, Sterling Publishers, 1977 ()P. du Breuil, Les Jaïns de l’Inde, Paris, Aubier, 1990 () et J. Laidlaw, Riches and Renunciation. Religion, Economy and Society among the Jains, Oxford, Clarendon Press, 1995 ()..

Concernant les pratiques médicales, longtemps le meilleur traitement des teignes du cuir chevelu a été l'épilation en calotte ou de tous les cheveux, scientifiquement promue (par épilation à la pince) par le Bazin à l'hôpital Saint-Louis de Paris en (après qu'il a observé la présence de champignons à la racine même du cheveu), avant qu'on ne substitue à ce traitement les rayons X puis des médicaments moins dangereux.

Dans les années 1950, avec M. Cottaz (membre de la ligue naturiste « Vivre ») les naturistes s'interrogent sur l’histoire de l’épilation et ses bienfaits ou méfaitsCottaz Maurice, « Pour ou contre l’épilation. Qu’en pensaient nos pères et nos mères, la pratiquaient-elle », Vivre d’abord, octobre 1954, ..

Pour Marc-Alain Descamp (1986), sur la base des résultats de premières études statistiques et comparatives faites dès 1972-73 sur les pratiques épilatoires des femmes françaises et marocaines et des points de vue psychologique et social, l'épilation des jambes, des aisselles et pubis participe aussi d'une réinvention du corpsMarc-Alain Descamp, « L’épilation », dans L’Invention du corps, Paris, PUF, 1986, ..

Dans certaines régions du monde le poil a encore une grande importance identitaire : Obregon (1980) remarque ainsi en étudiant l'importance du poil comme marqueur ethnique en Amérique latine que les Indiens Onas et Alakaluf s'épilent pour se différencier des animaux et alors que les métis des zones de frontières (Pérou Mexique) font aussi du poil un facteur de différenciation, mais tout autre : De nombreux auteurs comme Frédéric Baillette montrent que le cheveu et l'épilation sont aussi des prétextes ou enjeux socio-religieux et socio-politiques et socio-économiquesFrédéric Baillette (1995) « Organisations pileuses et positions politiques. À propos de démêlés idéologico-capillaires : Ray Gunn, le punk pauvre », Savage, été 1995, ..

Épilation comme nouvelle mode ou norme corporelle