Julia Beck, née le à Stockholm et morte le à Versailles, est une peintre suédoise. En rupture avec le classicisme de l'Académie royale des arts de Suède, elle réside et travaille en France. Elle est l'une des figures majeures de la colonie internationale d'artistes de Grez-sur-Loing, où elle va intégrer les courants artistiques de la fin du , impressionnisme, japonisme, etc. Active sur la scène artistique de 1880 à 1928, elle expose des portraits, des paysages d'inspiration impressionniste aux atmosphères singulières, et produit également des œuvres d'art décoratif. Longtemps tombée dans l’oubli, son œuvre est redécouverte en France à la fin du , et connaît un regain d'intérêt notable en Suède au début du .
Biographie Enfance suédoise et formation gauche|vignette|Julia Beck en 1887.|redresse=0.6 Julia Augusta Lovisa Beck naît à Stockholm en 1853, de Julia Carlsson et de , d'origine allemande, relieur et libraire qui la forme à la calligraphie.. Elle travaille au sein de la librairie à l'illustration d'ouvrages et de diplômes et est élève à l'école d'artisanat de Stockholm. Tandis que son frère reprend la librairie, elle intègre, malgré la réticence initiale de son père qui soutiendra pourtant ensuite sa carrière, l'Académie royale des arts de Suède (1872–1878), qui permet un cursus gratuit de cinq ans, et est l'une des premières en Europe, à partir de 1864, à accepter des étudiantes.. Cependant, l'enseignement y consiste essentiellement en travail de copies de grands maîtres. Elle y a pour professeurs Boklund, Rosen, et Malmström ; pour collègues Bergh, Zorn, , , et, pour les rares femmes, Jenny Nyström. Les enseignements sont séparés pour les hommes et les femmes, mais les étudiants se retrouvent dans un club, dans la création duquel Julia Beck et ont un rôle important.. Elle fait partie, avec , Hugo Birger Pettersson et , du comité éditorial du journal des étudiants, ("Le grattoir à palette"), qui publie de 1877 à 1904 des informations, de la poésie et des dessins (dont ceux de Carl Larsson). Les étudiants militent pour tenter de réformer l'Académie, Beck organise avec certains de ses condisciples des excursions autour de Stockholm pour peindre sur le motif. Une grande partie de ce cercle d'amis décide cependant de s'expatrier en France vers 1878.
Julia Beck rejoint Paris et passera la plus grande partie de sa vie en France. Elle partage d'abord un atelier avec Harriet Backer, , et .. Elle entre à l'école privée pour femmes de Madame Trélat de Vigny, où Léon Bonnat forme ses élèves aux portraits selon Rembrandt et Vélazquez. Elle est admise au Salon en 1880 (avec son autoportrait et des paysages).. Elle intègre l'Académie Colarossi et l'Académie Julian (1881–1884), où elle reçoit l'enseignement de Jean-Léon Gérôme puis d'Alfred Stevens, dont elle admire la palette colorée..
La colonie internationale de Grez-sur-Loing gauche|vignette|Portrait de Julia Beck par Richard Bergh, 1882, Nationalmuseum.. gauche|vignette|Grez-sur-Loing, 1883. De gauche à droite, , , Richard Bergh, Julia Beck, Carolina Benedicks-Bruce au chevalet, . Archive Fondation Brucebo, Visby. Elle passe l'été 1881 avec Karin Bergöö en Suède.. Elle rejoint Paris en , puis s'installe à la Colonie internationale d'artistes de Grez-sur-Loing, proche de Fontainebleau... Une centaine de jeunes peintres scandinaves, mais aussi japonais, britanniques ou des États-Unis, venus étudier dans les ateliers parisiens, s'y retrouvent alors afin de peindre sur le motif. Outre l'environnement naturel exceptionnel, la colonie de Grez assure l'émulation artistique et les interactions sociales dont Julia Beck et les femmes artistes, qui deviennent nombreuses à vouloir exister professionnellement à Paris, ont besoin. Elle y peint les reflets d'eau des étangs dans une palette de gris romantique qui reflète la végétation, et travaille les variations de lumière au fil du jour et de l'année. Elle est une des rares artistes à résider à demeure au village, même l'hiver, ne se rendant qu'occasionnellement à Paris. Richard Bergh fait le portrait de Julia Beck, et cette dernière celui du peintre animalier Georg Arsenius, en 1882. En 1884, Carl Larsson épouse l'amie de Julia Beck, Karin Bergöö, qu'il a rencontrée à Grez. Beck fréquente, comme de nombreux Scandinaves, la station balnéaire de CarollesRevue de l'Avranchin du janvier 1886 sur Gallica.. gauche|vignette|Julia Beck, Le pont de Grez, 1885, huile sur toile marouflée sur panneau. gauche|vignette|Richard Bergh, Portrait de Julia Beck, 1887.
Les Opposants En 1884, elle reçoit une mention honorable à la Société des amis des arts de Seine-et-Oise à VersaillesCatalogue de l'exposition de la Société des amis des arts de Seine-et-Oise 1885 sur Gallica.. En 1885, elle voyage en Suède, offre à sa mère Le pont de Grez., et avec un groupe de quatre-vingt-quatre artistes suédois, les (Opponenterna), qui contestent les méthodes d'enseignement de l'Académie royale suédoise, signe une pétition demandant sa modernisation, et prônant le travail en plein air, des facilités d'expositions et des bourses de travail.. Ce projet de réformes est rejeté ; les Opposants organisent la même année la première exposition Sur les rives de la Seine, qui propose au public suédois des œuvres des artistes exilésBenjamin Peronnet, présentation de l'exposition Dessins suédois autour de 1900, 2019, en ligne.. Julia Beck réalise en dans le Värmland un portrait de Cecilia Lewenhaupt, future dame de compagnie de la reine de Suède.. Elle revient en France en 1887.. Après le décès de son père en 1888, elle doit abandonner l'atelier parisien, où elle réalisait des portraits, et se consacre essentiellement au paysage ; elle est dès lors dans une situation financière souvent précaire. Elle se met aussi à travailler à l'aquarelle. Elle réalise cette même année 1888 son tableau Le dernier rayon du couchant (sur la rivière Risle à Beaumont-le-Roger en Normandie). Elle s'installe, toujours en 1888, à Vaucresson, alors que beaucoup de ses compatriotes sont rentrés en Suède, et y travaille beaucoup, même si . Elle y peint en particulier les étangs de Corot (Saint-Cucufa dans la forêt de Malmaison, l'étang de Villeneuve et l'étang Neuf).. Elle y enseigne et propose des cours de peinture sur le motifLe Journal des artistes du 31 mai 1896 sur Gallica.. Sa mère meurt en 1889. vignette|Annonce dans Le journal des artistes, 1896. vignette|Livre d'or de l'exposition Julia Beck à Vaucresson, 1925.|redresse=1
Vaucresson. Les salons Elle expose au Salon jusqu'en 1904 au moins. Elle accroche de 1891 à 1928 à l'Union des femmes peintres et sculpteurs où ses œuvres sont fréquemment remarquées par la critique ; Félix Faure et sa fille y louent son travail en 1896, et elle reçoit le prix de l'Union en 1898 pour ses envois de paysagesJournal des Femmes Artistes de mars-avril 1898 sur Gallica... Dans les années 1890, elle expose avec des artistes impressionnistes et symbolistes à la galerie Le Barc de Boutteville. Sa pratique de l'enluminure lui apporte un complément de revenus ; elle est à l'Exposition des Arts de la femme en 1892 au Palais de l'Industrie avec Crépuscule à Saint-Cucufa mais aussi Pages de misselGuide-livret illustré de l'Exposition des arts de la femme au Palais de l'Industrie 1892 sur Gallica. ; en 1893, elle devient membre de la Société des miniaturistes et enlumineurs français, et est invitée à ce titre à l'Exposition de Chicago, où elle reçoit une médaille. En 1893, 1896 et 1905, elle accroche au salon de la Société nationale des beaux-arts. Alors qu'en 1889 elle a participé au pavillon suédois à l'Exposition universelle, en 1900 pour l'Exposition internationale à Paris, la Suède ne l'autorise pas à exposer, lui reprochant son expatriation et l'absence de thèmes nationaux traditionnels dans sa peinture. De 1900 (Bise d'hiver) à 1902, elle expose avec Les XII à la Bodinière, un groupe d'artistes femmes de différentes nationalités, expérience notable à l'époque, et elle en est une des artistes les plus modernistesLa chronique des arts et de la curiosité du 29 mai 1901 sur Gallica.. Elle réalise des expositions particulières à la Galerie La Française, 49 rue Laffitte en 1907 (une cinquantaine d'œuvres ) et 1909La Française du 2 juin 1907 sur Gallica.. Elle tient alors atelier au 4 rue Saint-Roch ( arrondissement)La Croisade française du 15 mars 1917 sur Gallica.. En 1908, la reine de Suède, en déplacement à Paris, lui achète deux éventailsGil Blas du 28 novembre 1908 sur Gallica.. Elle est à l'exposition des pastellistes en 1910La Mode illustrée du mai 1910 sur Retronews. ; en 1910 et 1913 (avec Olga Boznańska, Marguerite Cahun, Berthe Cazun), elle expose avec Les Unes internationalesParis-Journal du 5 mai 1913 sur Gallica.. En 1925, elle organise une grande exposition particulière à Vaucresson, avant de se rendre en 1926 à Stockholm ; elle expose Stockholm five o'clock au salon de l'Union en 1928L'Homme libre du 5 mars 1928 sur Gallica..
Elle est faite officier d'Académie en 1904, officier de l'Instruction publique en 1925, et chevalier de la Légion d'honneur en 1934 Elisabeth Elgán et Irene Scobbie, Historical Dictionary of Sweden, ed., Rowman & Littlefield, 2015, ... En 1928, l'État français fait l'acquisition de Soirée d'avril (« une nouvelle très gratifiante et importante pour moi »). Souhaitant avoir une postérité en Suède, elle fait don en 1930 de son autoportrait de 1880 à l'Académie royale de Suède, et déclare en 1934 regretter d'avoir pris part au mouvement des Opposants. Elle dira, quand on lui demandera pourquoi elle ne s'est jamais réinstallée à Stockholm : .
En 1932, alors que la colonie scandinave est partie depuis plus de trente ans et que nombre de ses anciens membres sont décédés, elle fait un séjour à Fontainebleau et à Grez, ..
Vers 1930, elle réalise le portrait de l'ingénieure Marie-Louise Paris, fondatrice de l'École polytechnique féminine..
En , alors qu'elle travaille toujours à des motifs de plein air, Julia Beck doit être transportée à l'hôpital de Versailles pour être soignée contre la grippe. Quelques jours après, une hémorragie cérébrale se déclare et son état se détériore.. Elle meurt à l'hôpital Richaud le à Versailles à l'âge de ..
Effacement et redécouverte Malgré son succès auprès du public et de la critique lors de ses expositions parisiennes, et sa reconnaissance par l'État français, elle tombe dans l'oubli en France. Son expatriation et sa participation à la fronde contre l'Académie royale suédoise contribuent à sa faible notoriété initiale dans son pays natal. Elle est souvent citée de son vivant dans la presse suédoise, mais son évolution stylistique y est désapprouvée par la critique conservatrice, qui la considère par ailleurs comme une « radicale » du groupe des Opposants. Sa production de paysages est abondante mais sera dispersée. Julia Beck sera redécouverte à la fin du . Si Jeune femme assise n'est vendue que pour l'équivalent de en 1982, et son portrait de Cecilia Lewenhaupt environ en 2019 chez Bukowskis à Stockholm, le prix de ses paysages s'envole : Jardin potager part pour près de en 1986, puis ses Nénuphars (vers 1905) sont adjugés pour plus de en 2009, et L'Étang Saint-Cucufa, près Vaucresson (qu'elle offrit pour la tombola de l'UFPS en 1905) atteint fin 2014 les chez Bukowskis... Nénuphars sur l'étang (vers 1905) est vendu plus de en 2012 à l'Hôtel des ventes de Belfort ; Paysage à Vaucresson (1892) part à chez Drouot en 2022..
Œuvre : des portraits académiques vers le plein air et l'impressionnisme gauche|vignette|redresse=0.7|Autoportrait, Salon des artistes français, 1880.