Le massacre d'Ogossagou a lieu le , pendant la guerre du Mali. Il est commis dans le village peul d'Ogossagou, près de Bankass, dans le centre du Mali, par des miliciens dogons.
Contexte upright=1.3|gauche|vignette|Localisation de la localité d'Ogossagou (entourée d'un rectangle) à quelques kilomètres à l'est de Bankass (à gauche de la carte).
En 2015, la région de Mopti, dans le centre du Mali, devient le théâtre d'attaques djihadistes avec l'apparition de la katiba Macina, dirigée par le prédicateur peul Amadou KoufaSerge Daniel, Plus d'une centaine de civils tués au Mali, AFP, 23 mars 2019.. Mais à partir de 2017, les violences prennent un caractère communautaire, opposant Dogons et Bambaras, traditionnellement agriculteurs, aux Peuls, traditionnellement éleveurs, qui sont amalgamés aux djihadistesDougoukolo Alpha Oumar Ba-Konaré, Entre faux djihadistes et faux dozos, les civils piégés dans le centre du Mali, Le Monde, 2 janvier 2019.. Des milices sont formées, comme l'Alliance pour le salut au Sahel (ASS), peule, et Dan Na Ambassagou, qui regroupe des chasseurs dozos dogonsMali: deux nouveaux groupes d’autodéfense voient le jour dans le centre, RFI, 24 mai 2018.. Au cours de l'année 2018, ce conflit communautaire cause la mort de plus de 500 civils selon l'ONU. Au début de l'année 2019, plusieurs localités peules sont abandonnées de part et d'autre de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso. Certains déplacés s'établissent à Ogossagou.
Les rivalités entre communautés peules et dogons sont anciennesD'où viennent les rivalités entre Dogons et Peuls au Mali ?, BBC, 25 mars 2019.. Selon Francis Simonis, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille : . De plus, selon Célian Macé, journaliste de Libération : . En 2012, le début de la guerre du Mali fait basculer cette rivalité en conflit ouvert. Cette année-là, de nombreux Peuls rejoignent le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), qui prend possession de la région de Douentza. Mais la déroute du groupe en 2013, au moment de l'opération Serval, provoque une prolifération d'armes dans la région, lorsqu'il abandonne plusieurs arsenaux qui sont ensuite pillés. Des armes sont ainsi récupérées par des éleveurs et des habitants, qui se regroupent par la suite dans des groupes d’autodéfense communautaires. En 2015, la katiba Macina, dirigée par Amadou Koufa et constituée majoritairement de Peuls, apparaît dans le centre du Mali et commence à mener plusieurs attaques. Selon Francis Simonis : . Pour Aurélien Tobie, chercheur à l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm : .
Le , un massacre à Koulogon fait 37 morts parmi les PeulsMali: un village peul attaqué, 37 morts, AFP, 2 janvier 2019.. Le , 26 soldats maliens sont tués dans une attaque à Dioura, que les djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans revendiquent en la justifiant par les .
Le , le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, reçoit à Bamako les ambassadeurs des 15 pays siégeant au Conseil de sécurité des Nations unies, qui rencontrent le lendemain les signataires de l'accord de paix de 2015. Le , le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, déclare dans un rapport que grâce, selon lui, à . Depuis , un programme de désarmement des milices, la Commission nationale Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), est en placeAu Mali, inscrits dans le processus de désarmement, Le Monde avec AFP, 7 février 2019.. Dans le centre le Mali, le président de la commission DDR, Zahabi Ould Sidi Mohamed, affirme fin mars que et 400 anciens djihadistes se sont enregistrés et doivent être prochainement cantonnésMali: le long et difficile processus de désarmement des groupes armés, RFI, 26 mars 2019.. En janvier, un camp de cantonnement pour ex-djihadistes repentis en attente d'intégrer le processus de DDR est établi à Ogossagou. Ce camp est alors sous l'autorité de Sékou Bolly, un homme d'affaires peul, commerçant et chef d'une milice armée qui affirme être parvenu à débaucher 400 jeunes djihadistes du groupe de Koufa. Sékou Bolly est alors en contact régulier avec Mamadou Goudienkilé, le président de la coordination nationale de Dan Na Ambassagou, dans le cadre du processus de DDR. Il envisage alors également l'organisation de patrouilles mixtes. Cependant la construction d'un camp à l'intérieur du village d'Ogossagou déplaît à Youssouf Toloba, le chef militaire de Dan Na Ambassagou.
Le , la milice Dan Na Ambassagou annonce pour sa part qu'elle dans l'est de la région de Mopti, .
Déroulement Le , à l'aube, vers 5 heures du matin, une centaine d'hommes armés, vêtus de la tenue des chasseurs dozos dogons et juchés sur des motos, attaquent le village d'Ogossagou, à quelques kilomètres à l'est de la ville de Bankass, près de la frontière avec le Burkina FasoMali: plus de cent morts dans un massacre dans le village peul d'Ogossagou, RFI, 23 mars 2019.Baba Ahmed, Massacre de civils peuls à Ogossagou : le Mali sous le choc, Jeune Afrique, 24 mars 2019.. Armés de fusils automatiques et de grenades, les assaillants commencent par attaquer la petite base du village, tenue par 54 à 70 miliciens peuls, parmi lesquels figurent d'anciens djihadistes. Ces derniers tentent d'abord de résister, avant de prendre la fuite lorsqu'ils se retrouvent à court de munitions. Ils laissent derrière eux treize mortsMorgane Le Cam, Au Mali, le difficile désarmement des milices, Le Monde, 10 avril 2019..
Après les combats, les assaillants investissent le village et s'en prennent à la population civile, tuant hommes, femmes, enfants et vieillards. Presque toutes les cases du village sont incendiéesMali : plus de 100 morts dans l’attaque d’un village peul, Le Monde avec AFP, 23 mars 2019.. Selon Cheick Harouna Sankaré, maire de la commune voisine d'Ouenkoro, des femmes sont découpées à coups de machettes et des femmes enceintes sont éventrées. D'après d'autres témoignages, des personnes sont brûlées vives, décapitées ou jetées dans un puitsMorgane Le Cam, Dans le village peul attaqué au Mali : « Ils ont tout brûlé et tué tout ce qui bougeait encore », Le Monde, 25 mars 2019.Célian Macé, Dans le centre du Mali, l'État incapable d'enrayer le cycle des tueries, Libération, 25 mars 2019.Massacre de civils peuls à Ogossagou : sur les lieux, le président IBK promet que « justice sera faite », Jeune Afrique, 25 mars 2019.Olivier Dubois, Mali : la guerre dans un imbroglio de milices, Le Point, 28 mars 2019..
Après avoir mis à sac Ogossagou, les miliciens dogons se rendent ensuite au village de Welingara, situé deux kilomètres plus loin. Celui-ci a été déserté par la majorité de sa population alertée par les tueries, mais quelques habitants encore sur place sont également tués.
L'attaque a été rapide : elle a débuté à 5 h 30 et s'est achevée à 7 heures. Selon Allaye Guindo, le maire de Bankass, les premiers soldats maliens n'arrivent à Ogossagou qu'entre 8 h 30 et 9 heures, alors que l'armée était informée de la tuerie dès 6 heures du matin et qu'elle ne se trouvait qu'à 13 kilomètres du village. Une mission composée d'un détachement de l'armée malienne et des autorités locales gagne ensuite le village dans l'après-midi.
Bilan humain Le soir du , António Guterres, le secrétaire général des Nations unies, déclare qu'au moins 134 civils ont été tués, dont des femmes et des enfants, et 55 autres blessés.
Le préfet de Bankass, Boubacar Kané, évoque quant à lui un bilan de 115 morts le , dont des éléments des DDR, les combattants engagés depuis le début de l'année 2019 dans le processus de « désarmement, démobilisation et réinsertion » prévu par l'accord d'Alger de 2015.
Le , le bilan est revu à la hausse et passe à 154 morts selon le porte-parole du gouvernement malien Amadou KoïtaBaba Ahmed, Massacre d’au moins 154 Peuls au Mali : des sanctions qui peinent à convaincre, Jeune Afrique, 25 mars 2019.Marie-Pierre Olphand, Mali: de nombreuses questions demeurent après le massacre d’Ogossagou, RFI, 25 mars 2019.. Le même jour dans la soirée, Amadou Diallo, conseiller municipal de Bankass, donne un bilan d'au moins 160 mortsPeuls tués au Mali: le bilan grimpe à 160 morts, Le Figaro avec AFP, 25 mars 2019..
L'association Tabital Pulaaku donne cependant par la suite un bilan encore plus élevé : au moins 170 mortsDes dizaines de milliers de Maliens manifestent contre le pouvoir et la France, Le Figaro avec AFP, 6 avril 2019..
Le chef du village d'Ogossagou, Amadou Belko Bari, le marabout Bara Sékou Issa, et leurs familles figurent parmi les morts.
Le , RFI fait état d'au moins 70 blessésMali: rencontre avec des blessés du drame d’Ogossagou, RFI, 30 mars 2019.. Les blessés les plus graves, au nombre d'environ quarante, sont transportés à l'hôpital de Sévaré, tandis qu'une trentaine d'autres blessés continuent d'être soignés à l'hôpital de Bankass. Selon le docteur Oumar Guindo : .
Le , la MINUSMA déclare au terme de son enquête que l'attaque a fait au moins 157 morts dont 46 enfants et au moins 12 membres du groupe d'autodéfenseMali : l’attaque d’Ogossagou pourrait être qualifiée de crime contre l’humanité (ONU), ONU Info, 2 mai 2019.Rapport du Secrétaire général sur la situation au Mali, Conseil de sécurité des Nations Unies, 31 mai 2019, .. Des survivants du massacre de Koulogon figurent parmi les victimes. Les corps sont enterrés dans trois fosses communes. La MINUSMA indique également que 65 personnes ont été blessées et que 43 d'entre elles, dont 17 enfants, ont été prises en charge à l'hôpital de Sévaré.
Il s'agit alors du massacre le plus meurtrier depuis le début de la guerre du Mali en 2012Cyril Bensimon, Au Mali, « l’ampleur du massacre est inédite, mais elle était prévisible », Le Monde, 27 mars 2019..
Réactions L'ONU réagit dans un communiqué et déclare que .
La MINUSMA annonce dans un communiqué qu'elle et déclare qu'.
Le gouvernement malien condamne « un acte odieux » et s'engage à « traquer les auteurs de cette barbarie d'un autre âge ». Il annonce l'ouverture d'une enquête. Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, se rend à Ogossagou le Mali: visite du président IBK dans le village dévasté d’Ogossagou, RFI, 25 mars 2019.. Le , il décrète trois jours de deuil nationalMassacre d’Ogossagou au Mali : Ibrahim Boubacar Keïta décrète trois jours de deuil national, Jeune Afrique, 29 mars 2019..
À Bamako, l'ambassadeur français aux Nations unies, François Delattre, parle d'une « attaque terrible » que « nous condamnons fermement ».
Les ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) publient également un communiqué dans lequel ils déclarent qu'ils et appelent .
Abdoul Aziz Diallo, président de Tabital Pulaaku, la plus grande association peule au Mali, déclare : .
L'attaque n'est pas revendiquée, mais Dan Nan Ambassagou, la principale milice de chasseurs dozos Dogons, considérée comme pro-gouvernementale, est rapidement accusée par les représentants de la communauté peule. Sékou Bolly fait notamment partie des accusateurs : .
Dan Nan Ambassagou publie cependant un communiqué dans lequel il dément être à l'origine de l'attaqueMassacre d’Ogossagou « Nous ne sommes pas impliqués là-dedans ni de près, ni de loin » dixit les milices Dana Amassagou, Croissance Afrique, 24 mars 2019.. Son président, Mamadou Goudienkilé, déclare : . Jean Kassogué, le porte-parole de la milice, déclare également : .
Le , plusieurs dizaines de personnes, des Peuls mais aussi d'autres communautés manifestent à Nouakchott devant l'ambassade malienne en Mauritanie pour dénoncer le massacreMauritanie: manifestation de soutien aux Peuls du Mali, RFI, 29 mars 2019.. Le , 500 personnes manifestent également à Paris, devant l'ambassade du Mali en FranceFrance: manifestation de soutien aux Peuls du Mali à Paris, RFI, 31 mars 2019..
Le , la MINUSMA indique que .
Conséquences