La liberté intellectuelle fait référence au droit de chaque individu de rechercher et de recevoir des informations de tous les points de vue sans restriction. Pour ce faire, il est primordial de favoriser ce qu’on désigne comme un marché des idées, c’est-à-dire une société démocratique dans laquelle l’ensemble des formes d’expression du savoir et des idées cohabitent et circulent librement. De cette manière, chacun peut accéder librement aux ressources lui permettant d’explorer l’ensemble des facettes d’une problématique.vignette|Zoia Horn présentant le prix "Zoia Horn Intellectual Freedom Award" à Brewster Kahle en 2010.

Les bibliothèques et la liberté intellectuelle vignette|IFLA, Congrès mondial des bibliothèques et de l’information, Session 080, 2019. La Déclaration sur les bibliothèques et la liberté intellectuelle de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA) défend le droit de chacun d’avoir accès à l’ensemble des savoirs et créations artistiques autant que de pouvoir prendre la parole pour s’exprimer publiquement. Selon cette déclaration de 1999, le droit de savoir est précurseur à la liberté d’expression puisqu’il permet le développement de la pensée, alors que la liberté d’expression est requise pour un accès libre à l’information. Puisque la démocratie et les droits civils en dépendent, l'IFLA affirme que la protection de la liberté intellectuelle devrait être une responsabilité fondamentale de tous les bibliothécaires et professionnel.le.s de l’information du monde.

Bibliothécaires au service de la liberté intellectuelle vignette|Comment repérer des «fake news». Infographie de l'IFLA, inspiré de l'article "How to Spot Fake News", FactCheck, 2016. Les bibliothécaires deviennent gardien.ne.s de la liberté intellectuelle par leur adhésion au code déontologique professionnel . Selon le code d’éthique de l'IFLA, l’accès à l’information permettant le travail, l’éducation, le plaisir, la participation citoyenne et culturelle, et ce, pour tous les humains, représente la mission principale des professionnel.le.s de l’information.

Par contre, pour les professionnel.le.s de l’information, la liberté intellectuelle n’est pas simplement une question éthique au cœur des textes fondateurs. Dans son livre Profession bibliothécaire, Guylaine Beaudry propose que chaque interaction des bibliothécaires représente une occasion de personnifier ces valeurs universelles.

En effet, la mission principale des bibliothécaires est intrinsèquement liée au maintien de la démocratie libérale. David Lankes soutient que par l’accès à l’information, la transparence systémique et l’éducation, les bibliothèques fournissent les outils de la participation citoyenne. Annoncée lors du anniversaire de l’IFLA en 2002, la Déclaration de Glasgow sur les bibliothèques, les services d’information et la liberté intellectuelle, réitère la centralité de la bibliothéconomie pour la préservation de la liberté intellectuelle, alliée indispensable à la démocratie et la protection des droits humains.

Alors que l’Internet permet la démocratisation de l’accès à de l’information de qualité, plusieurs ressources demeurent inexactes. En plus des actions et réflexions pour contrer la censure ; voir aussi l'article Banned Books Week., les bibliothécaires doivent favoriser le développement de l’esprit critique par des activités d’éducation afin de permettre aux usagers d'utiliser la documentation rationnellement.

Les bibliothèques du Québec contre la censure Depuis quelques années, les demandes de retraits des livres dans les bibliothèques sont de plus en plus complexes. Traditionnellement, les demandes visaient des ouvrages jugés trop inclusifs. Aujourd’hui, elles visent de plus en plus des ouvrages jugés pas assez inclusifs quand les contenus sont perçus comme racistes, sexistes, pas assez représentatifs des groupes marginalisés.

L’Association des bibliothèques publiques du Québec a mené une enquête sur la liberté intellectuelle et dénote une augmentation préoccupante ces 5 dernières années des contestations des ressources et services de la part des usagers et usagères. Elle propose une motion pour la liberté intellectuelle en bibliothèque publique. En s’appuyant sur le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique, elle déclare entre autres que « les collections et services ne doivent être soumis à aucune forme de censure idéologique, politique ou religieuse ni à aucune pression commerciale ». En , l’Union des municipalités du Québec invite les municipalités du Québec à entériner cette motion. Plus d’une centaine de municipalités du Québec jusqu’à présent ont entériné la motion de non-censure, selon le rapport. La ville de Québec a récemment () appuyé la motion. L’ensemble de la ville de Montréal n’a pas encore adopté cette motion en date du , mis à part l’arrondissement d’Outremont qui l’a adopté en .

Médiation culturelle et philosophie du troisième lieu La médiation désigne l’ensemble des dispositifs favorisant l’interaction entre les collections et les usagers. Cette mission essentielle des professions qui ont en charge l’accueil et l’information des publics est traversée par des enjeux liés à la question de la légitimité : « Légitimité de la mission de démocratisation culturelle, légitimité de la sélection et de la prescription qu’elle opère, légitimité des hiérarchies qui fondent ces sélections, enfin, légitimité du bibliothécaire face au publicDavid Sandoz, Repenser la médiation culturelle en bibliothèque publique : participation et quotidienneté, mémoire d’étude de conservateur des bibliothèques, sous la direction de Bernard Huchet : Villeurbanne, Enssib, 2010, . [En ligne] < http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/48311-repenser-la-mediation-culturelle-en-bibliotheque-publique-participation-et-quotidiennete.pdf >. ». Si Internet et l’accessibilité des ressources documentaires en libre accès par les outils du Web 2.0 remettent en cause le rôle traditionnel de médiateur de la bibliothèque, cette désintermédiation amène à redéfinir de nouvelles modalités d’accès à l’information. Paradoxalement, l’abondance et la rapidité d’accès à une masse d’information légitiment le travail de médiation dans le foisonnement des contenus disponibles. Dans la logique de la bibliothèque « troisième lieu », le modèle de la « médiation participative » encourage la pleine participation des usagers qui ne sont plus seulement des consommateurs. Le virage entrepris par la philosophie du « troisième lieu » transforme les bibliothèques en lieux participatifs où les membres des communautés peuvent collaborer, échanger et organiser des activités de toutes sortes dans un esprit d’appropriation citoyenne et communautaire.

Processus d'élagage L'élagage est la procédure se rapportant à la suppression permanente de ressources documentaires des collections d'une bibliothèque jugées désuètes vis-à-vis ses objectifs ou ses clientèles. Les critères de conservation et d'élagage des documents répondent à des impératifs de gestion d'espace et de qualité documentaire. Les milieux documentaires sont encouragés à procéder à un élagage en profondeur de ses collections tous les trois ans.

Comme le soulignent Marie D. Martel et Carol Couture, respectivement professeure adjointe à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information à l’Université de Montréal ; directeur de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (2001-2012), conservateur et directeur général des archives, BAnQ (2006-2012), il y a une différence entre la censure et l’élagage de documents en bibliothèque qui se fait selon des critères précis comme l’état du document, son usage, sa pertinence, la valeur de son contenu, lorsqu’ils sont abîmés, contiennent des informations désuètes d’un point de vue scientifique, ou encore présentent des stéréotypes jugés discriminatoires.

Lorsqu’il y a élagage, on peut le pilonner, mais on peut aussi l’entreposer dans un magasin ou un dépôt, ou encore l’offrir à d’autres bibliothèques ou organismes, voire à vendre à prix modique, par exemple à la Grande vente de livre des Amis de la bibliothèque de Montréal. L’autodafé ne fait pas partie des pratiques des professionnelles des bibliothèques.

Comités sur la liberté intellectuelle

États-Unis: l'Intellectual Freedom Committee (IFC) est un comité de conseil de l’American Library Association (ALA), composé de 11 membres de l’ALA nommés par le conseil de l’ALA pour un mandat de deux ans. L'IFC est chargé de recommander les mesures nécessaires pour protéger les droits des utilisateurs, bibliothèques et bibliothécaires, conformément au premier amendement à la Constitution des États-Unis et à la Charte des droits des bibliothèques adoptée par le Conseil de l'ALA, travailler en collaboration avec le Bureau de la liberté intellectuelle et avec d'autres unités et responsables de l'association sur des affaires relatives à la liberté intellectuelle et à la censure.

Canada: le Comité de la Fédération canadienne des associations de bibliothèques (FCAB-CFLA) sur la liberté intellectuelle, un comité établi par le Conseil d’administration, est responsable de défendre la valeur de la liberté intellectuelle (tel que défini par la Déclaration universelle des droits de l'homme ) au Canada et d'élaborer des politiques, des lignes directrices, des énoncés de position et des rapports écrits dans le but d’informer la société de l’importance de la liberté intellectuelle.

Situation au Québec (Canada)

Législation En droit canadien, bien que le terme « liberté intellectuelle » n'est pas spécifiquement énoncé dans la Constitution, on peut considérer à juste titre qu'elle est encadrée par d'autres libertés mentionnées dans la Charte canadienne des droits et libertés qui a été adoptée en 1982. Plus précisément, les libertés de conscience, de pensée, de croyance, d'opinion, d'expression, de presse et d'autres moyens de communication sont inscrites comme fondamentales dans l'article 2 de la dite charte. La protection de ces mêmes libertés, essentiellement, est aussi garantie par la Charte des droits et libertés de la personne du Gouvernement du Québec adoptée en 1975QUÉBEC. Charte des droits et libertés de la personne, C-12, à jour au 14 juin 2020, [Québec], Éditeur officiel du Québec, c2020, pag.* multiple..

En contexte universitaire notamment, la liberté intellectuelle est un mode d'expression de la liberté académique, laquelle peut être distincte de la liberté d'expression ou de la liberté de conscience. En droit actuel, la liberté académique n'est pas incluse dans la Charte canadienne ou la Charte québécoise. Toutefois, les libertés académiques inhérentes à une institution universitaire sont reconnues à l'article 3 de la Loi sur l'Université du QuébecRLRQ, U-1. Certains arrêts de la Cour d'appel comme Barreau du Québec c. Boyer ou de la Cour suprême comme Mckinney c. Université de Guelph 3 RCS 229 considèrent comme un principe de droit administratif que l'État doit s'abstenir de trop intervenir dans les affaires internes d'une université. Au sein même d'une université, les professeurs sont des employés de l'université et sont liés par un contrat de travail avec lien de subordinationJonathan Leblanc. Liberté d’enseignement, principales questions juridiques. En ligne Page consultée le 2021-01-02.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BanQ)