Les aires protégées en Suisse sont des espaces géographiques destinés à la sauvegarde d’espèces vivantes ou d’autres taxons et de leurs milieux biotopes. Elles peuvent aussi concerner des paysages remarquables, des curiosités géologiques, des sites archéologiques ou des biens culturels. En vertu de son adhésion à plusieurs traités internationaux, de ses partenariats avec des institutions de conservation de la nature et de la législation fédérale, la Suisse est tenue de les identifier, de les délimiter, de les évaluer et d’en assurer la pérennité.

Types d’aires protégées

Statut officiel Importance nationale

La Confédération reconnaît trois types de parcs : le Parc national suisse, les parcs naturels régionaux, la zone centrale des parcs naturels périurbains. Les réserves de biosphère doivent en plus satisfaire les critères de l'Unesco. Les biotopes d’importance nationale (par exemple zones alluviales), les sites de reproduction d'amphibiens, les réserves d’oiseaux d’eau et de migrateurs d’importance internationale et nationale ainsi que les districts francs fédéraux sont considérés comme d'importance nationale, les conditions sont définies dans diverses ordonnances dérivant de lois fédérales. Un district franc fédéral est une réserve de chasse.

Importance cantonale ou communale Il s'agit de biotopes et de réserves forestières cantonales.

Autres aires consacrées à la biodiversité Sans consécration par un acte d'autorité, elles sont reconnues, délimitées et la protection est assurée par un moyen en accord avec leur spécificité.

Importance internationale

La Suisse participe au Réseau Émeraude qui a pour objectif de conserver les espèces et les biotopes menacés d’Europe par un réseau de zones protégées. 30 lieux sont inscrits dans ce programme avec l'accord des cantons concernés. Ce réseau est initié par la Convention de Berne. La Suisse adopte aussi les résolutions et la Déclaration de Berne.

La Convention relative aux zones humides d'importance internationale particulièrement comme habitats des oiseaux d'eau, en abrégé Convention de Ramsar, aussi appelée convention sur les zones humides, est créée en 1971 afin de protéger les zones humides ou halieutiques de la dégradation ou de la destruction, tout en reconnaissant leurs diverses fonctions. Elle est adoptée par la Suisse en 1976, onze sites sont inscrits sur la Liste des zones humides d’importance internationale (Sites Ramsar), ils protègent une surface de : Laubersmad-Salwidili, Bolle di Magadino, Kaltbrunner Riet, Les Grangettes, Rive sud du lac de Neuchâtel (Grande Cariçaie), Fanel et Chablais de Cudrefin, Le Rhône genevois - Vallons de l'Allondon et de la Laire, Klingnauer Stausee, Vadret da Roseg, Niederried Stausee et Rhonegletschervorfeld.

Les sites Ramsar peuvent se superposer en partie avec ceux du Réseau Émeraude. Par exemple, le site du Rhône en aval de Genève est inclus dans l'espace du site Ramsar Le Rhône genevois - Vallons de l'Allondon et de la Laire qui est plus vaste.

Le Patrimoine mondial de l'UNESCO répertorie des sites naturels, culturels ou mixtes d'une importance exceptionnelle, à protéger comme héritage de toute l'humanité. Douze sites suisses sont inscrits, dont trois naturels et neuf culturels. Par exemple, le vignoble en terrasses de Lavaux est inscrit comme témoignage de l'interaction entre les humains et leur environnement.

Aires protégées appartenant à des tiers Des associations comme Pro Natura et Birdlife Suisse acquièrent des terrains et les déclarent "zones protégées". Par exemple, l'Association pour la création et l'entretien de réserves naturelles dans le canton de Genève, avec le soutien financier de la LSPN (actuellement Pro Natura), achète entre 1935 et 1938 deux terrains dans le but le but d'y installer une réserve scolaire. En 1956 Maurice Blanchet, Robert Hainard et Jacques Burnier mettent à l'eau le premier castor en vue de sa réintroduction. La réserve du Bois du Faisan (7 ha), située dans les Bois de Versoix et sur la rive de la Versoix, est utilisée comme atelier d'initiation à l'environnement et comme promenade jusque dans les années . Elle est alors fermée en raison de la pression excessive des visiteurs. Afin de maintenir la dimension pédagogique tout en canalisant la présence humaine, l'Association Genevoise de Protection de la Nature réalise dans les environs, avec les services publics cantonaux, la commune de Versoix et le Cycle d'orientation des Colombières, un parcours-nature muni de sentiers et de panneaux d'informations.

Surfaces de biodiversité de niveau 2 Elles sont temporaires avec des contrats de six à huit ans.

Zones tampons Associées à des aires protégées nationales ou cantonales, par exemple entre une tourbière et une zone agricole exploitée de façon intensive.

Typologie des milieux Sur la base du constat que les réserves naturelles ne suffisent pas, le concept de protection évolue pour associer des espèces sensibles à un type de milieu, avec l'avantage de critères pour l'évaluation. Des milieux étendus en Europe, par exemple les Alpes, offrent des possibilités de mise en réseau au-delà des frontières. Au niveau international, les sites Ramsar définissent les critères et le suivi de zones humides remarquables.

Cadre légal Droit international La Suisse est partie à plusieurs accords internationaux demandant la création de zones protégées. créationnom communtitre officieldépositaire1971Convention de RamsarConvention relative aux zones humides d'importance internationale particulièrement comme habitats des oiseaux d'eauUNESCO1972Patrimoine mondialConvention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturelUNESCO1979CPATLDConvention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distanceONU23.6.1979Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvageConseil de l'EuropeRéseau EmeraudeConvention de BerneConseil de l'Europe7 novembre 1991Convention alpineConvention sur la protection des AlpesConférence alpine5 décembre 1991Accord relatif à la conservation des populations de chauves-souris d’EuropeConseil de l'Europe17 mars 1992Convention sur l'eauConvention de 1992 sur la protection de l'utilisation des cours d'eau transfrontières et des lacs internationauxCommission économique des Nations Unies pour l'Europe (CEE)5 juin 1992BiodiversitéConvention sur la diversité biologique (CDB) (avec annexes)ONU30 octobre 2000Convention du paysageConvention européenne du paysageConseil de l'Europe29 octobre 2010Protocole de NagoyaProtocole de Nagoya sur l'accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation relatif à la Convention sur la diversité biologique (avec annexe)ONU Droit fédéral La Constitution fédérale précise à son article 2 que la Confédération . Il n'existe toutefois pas de loi fédérale spécifique pour les aires protégées. La matière est traitée dans plusieurs lois différentes : la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN), la loi sur la protection de l’environnement (LPE), la loi sur les forêts (LFo), la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP) chap.11 et la loi fédérale sur la pêche (LFSP).

Des ordonnances précisent les aspects pratiques, les conditions, le contrôle et les aides financières. Par exemple l'ordonnance sur les forêts (OFo) se réfère à la LFo et à la LPE. Pour la période 2020-2024 l'OFEV présente une nouvelle modalité: la convention-programme, avec ses bases légales, ses objectifs et son financement. En particulier l’art. 492 prévoit une coordination avec les cantons concernés avant de prendre une décision sur la base d’une autre loi fédérale ou d’un traité international. L’art. 50 prévoit une externalisation possible rémunérée, afin que des collectivités publiques ou des particuliers procèdent à des contrôles ou autres activités d’exécution.

Stratégies La définition d’une stratégie peut être négociée lors de l’inscription ou imposée par les conditions de participation. Par exemple, la ratification de la Convention sur la diversité biologique implique pour une partie qu’elle développe une stratégie nationale.

Stratégie pour la biodiversité En 2004, le conseiller national Kurt Fluri dépose un postulat demandant l’élaboration d’une stratégie relative à la biodiversité, qui reste sans réponse avant plusieurs années. En , le rapport de l’OCDE recommande à la Suisse d’élaborer d’urgence une stratégie pour préserver la diversité biologique. En , sur la base d’une requête d’Adèle Thorens et du postulat de Kurt Fluri, le Parlement inscrit la Stratégie Biodiversité Suisse dans le programme de législature 2007-2011. Le , le Conseil fédéral charge le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) d’élaborer la Stratégie Biodiversité Suisse, incluant résilience et préservation à long terme. Dans le cadre de la Conférence des Parties (COP) en , les parties adoptent le nouveau Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020. Celui-ci comprend 5 buts stratégiques et 20 objectifs d’Aïchi. 2011 à 2020 devient la Décennie des Nations unies pour la biodiversité.

En , le Conseil fédéral approuve la Stratégie Biodiversité Suisse. Il charge le (DETEC) d’élaborer un plan d’action Biodiversité en collaboration avec les offices concernés et en concertation avec des acteurs extérieurs à l’administration fédérale.

Une démarche participative interagit de 2012 à 2014. Trois « Newsletter plan d’action biodiversité » le diffusent du au .

Le , le Conseil fédéral prend connaissance du plan d’action, du calendrier et des finances pour la mise en œuvre de la Stratégie Biodiversité Suisse. Il soumet aux cantons pour avis, les mesures qui les concernent. Le résultat de la consultation préalable montre l’accord de la plupart des cantons à un plan d’action pour la biodiversité et son orientation générale. Le Plan d’action est finalisé d’avril à . Le , le CF prend conscience de l’urgence. Il décide de financer 20 et 40 millions de francs suisses par an à partir de 2017, pour les aires protégées existantes. En même temps, les cantons sont sollicités pour prioriser les mesures qui les concernent et donner leur avis sur le plan financier de la confédération.

En 2015, des chercheurs, le monde politique, des administrations et des ONG se rencontrent à Berne dans le cadre du Forum Biodiversité Suisse. À la même période, le congrès d’Infoflora expose des connaissances nouvelles, ainsi que des expériences de conservation ex-situ et réintroduction de plantes menacées. La 2ème Conférence de l'Agroscope sur la durabilité « biodiversité fonctionnelle dans l'agriculture » met en discussion des nouvelles connaissances pour une utilisation ciblée des services de la biodiversité en agriculture durable.

Nouveaux parcs Sur l’impulsion d’une campagne de Pro Natura lancée en 2000 « Créons ensemble un nouveau parc national ! », une réflexion est menée à l’Office fédéral de l'environnement (OFEV) pour trouver une formule capable de dépasser les conflits d’intérêt et d'usages. Il n’est plus question d’exclure les humains, leurs activités et biens culturels participeront à la palette des joyaux à préserver puis à faire découvrir. Le Conseil fédéral n’avait pas l’intention d’offrir un financement. Les Chambres au contraire décident de confier à la Confédération l’octroi d’un label et d'un soutien financier.

Inventaires Les inventaires sont utilisés comme des outils pour répertorier les sites à protéger, évaluer l’urgence d’une intervention et établir des objectifs. Ils concernent cinq types de milieux naturels considérés comme des biotopes d’importance nationale : les hauts-marais et les marais de transition, les bas-marais, les zones alluviales, les sites de reproduction de batraciens et les prairies et pâturages secs.