Jean Peltier La graphie des noms propres étant encore variable au , on trouve son nom parfois écrit : Pelletier, Peltier-Dudoyer, Pelletier-Dudoyer, Peltier du Doyer ou Le Pelletier , dit Peltier Dudoyer (né en 1734 à Saint-Martin de l'Île de Ré et mort le à Nantes) est un armateur et négrier nantais. Après avoir armé 70 bateaux, il a passé la seconde partie de sa vie à l'Isle de France (Île Maurice aujourd'hui) où il s'était remarié. Il a proposé au Directoire, en 1798, d'être l'homme qui abolirait l'esclavage à l'Isle de France.
Biographie Origines et jeunesse Né dans une famille d'armateurs. Son père, négociant à Saint-Martin-de-Ré, étant décédé quand il était encore adolescent, sa mère le confiera à un oncle Étienne René Dudoyer, procureur fiscal du château de Gonnord en Anjou. Jean Peltier poursuit ses études à la faculté d'Angers où il sera bachelier en droit, puis maître-es-arts. Il s'est marié, le , avec Gabrielle Marie DudoyerPremier mariage, AD du M-&-L, 5E30/239.. C'est à Gonnord que naissent ses 4 enfants dont Jean-Gabriel né en 1760, journaliste monarchiste ; Marie-Étienne, né en 1762, corsaireDevenu traitant, décède à Foulpointe (Madagascar), le 27 novembre 1807. Bibliothèque municipale de Caen, papiers du général Decaen, 102, ff. 156-156v État des personnes décédées depuis le octobre 1807. Information confirmée, mais sans date, suivant la déclaration de sa fille, du 19 février 1819, pour percevoir les secours aux réfugiés de Saint-Domingue. ANOM, Classeur 309/310 - Dossier 70. ; Marie Anne Françoise, née en 1763, future épouse de François MichaudFrère de Charles François Michaud, curé de Bomy, député suppléant aux États généraux, guillotiné le 17 avril 1794. Marie Anne Françoise Peltier, épouse Michaud, est décédée à Nantes le 10 mars 1803..vignette|Son fils aîné Jean-Gabriel Peltier, 1807. En , le décès du propriétaire de Gonnord (Armand Charles Gabriel de la Forest d'Armaillé) va entraîner le départ de la famille Peltier pour Nantes. Le traité de paix mettant fin à la Guerre de Sept Ans a été signé le , le port de Nantes va pouvoir reprendre ses activités commerciales avec les Antilles et la traite.
L'installation à Nantes En 1764. Il s'établit dans le quartier maritime, à l'Île Feydeau. Il est accueilli dans la loge maçonnique Saint-Germain du Grand-Orient comme le montre sa signature du .
Le , il acquiert un petit bateau de 48 tonneaux le Dudoyer. Malheureusement l'absence de capitaux suffisants l'obligera à le revendre au cours du voyage vers Santander.
Le , Jean Peltier est enregistré comme inspecteur de tous les ports et quais le long des rivières navigables de Nantes à Ingrandes (Maine-et-Loire)Achat de la "Commission rémunérée d'inspecteur de tous les ports et de tous les quais depuis Nantes jusqu'à Ingrandes". A. Municipales de Nantes, Registre BB100 des délibérations de la ville de Nantes, F° 135 V° et 136 R° & V°.. Poste qu'il va occuper jusqu'à sa rencontre avec Jean Joseph Carrier de Montieu, directeur de la Manufacture royale d’armes de Saint-Étienne. Une carrière d'armateur s'offre enfin à lui, mais d'abord comme négrier.
Armateur négrier
La traite négrière : le , Jean Peltier se porte acquéreur de la Geneviève qu'il rebaptise la Diligente, du port de 90 tonneaux, "faisant et agissant pour le compte de Mr de Montieu de Paris". La destination est indiquée sur l'acte d'achat : la Côte de l'Or. Vont suivre l'achat du Boynes et de 3 corvettesDont la Tempête achetée à Robert Surcouf l'aîné. AD L-A., Actes de propriété B art. 4505, F° 72., de lAimable Thérèse, le Terray et la Belle Nantaise, tous destinés à la traite. Mais la vie de Montieu s'est compliquée avec son rôle dans la réforme de l'artillerie voulue par Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval. Son appât du gain va entraîner Montieu au procès des Invalides, il est condamné le à ce qui pourrait être la prison à vie. Toutefois, avec le règne de Louis XVI, le procès est rejugé à Nancy, Montieu et son beau-frère, le lieutenant-colonel Alexandre Louis Cassier de Bellegarde, sont acquittés. Pendant ce temps, Jean Peltier a géré au mieux les affaires de Montieu, revendant les bateaux à leur retour en France pour lui procurer des fonds. Une nouvelle orientation se profile : la Guerre d’indépendance américaine.
L'indépendance américaine (1776-1783) vignette|282x282px|Son client Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799). 1776. En juillet, l'arrivée du commissaire américain Silas Deane a décidé la France à intervenir dans la guerre d'Indépendance, mais à travers des personnes privées comme Jacques Barbeu du Bourg, et Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais qui avait déjà eu des contacts à Londres avec Arthur Lee. Lors de son passage à Nantes en , Benjamin Franklin a l'occasion de rencontrer Jean Peltier et son fils aîné au cours d'un dîner chez Gruel. Finalement Beaumarchais a supplanté du Bourg et s'est allié avec Montieu, il crée à Paris la société Rodrigue Hortalez & Cie. Le premier essai d'envoi de renforts aux États-Unis à partir du port du Havre est pratiquement un échec. Seul lAmphitrite réussit à quitter le port le avec 49 militaires à bord, dont le major Thomas Conway et le colonel Tronson du Coudray. À son retour à Lorient l'Amphitrite sera une source de conflit avec les commissaires américains.. Jean Peltier ne peut récupérer la cargaison, Francy est envoyé à Lorient, finalement Beaumarchais obtient gain de cause et le 27 décembre 1777 lAmphitrite est envoyé à Nantes pour être désarmé par Jean Peltier AD L-A, 120J Marine, art. 445.
1777. Jonathan Williams, sur la décision des commissaires américains, demande à Jean Peltier de faire construire un bateau armé de 32 canons. Ce sera le LyonAD L-A, C1277, Armement semestre 1778, Capitaine Barthelemy Corvaisier., "sans qu'aucun étranger n'y ait part...", bien que Peltier soit remboursé de ses frais par une banque à Paris. Autant de canons sur un bateau de commerce de 400 tx intrigue les autorités et génère des soupçons. Finalement le départ est autorisé vers Saint-Domingue avec un équipage français, dont Nicolas Baudin, et 111 passagers américains (le futur équipage une fois rendu au large). Le ils quittent Nantes et rejoignent l'escadre de La Motte-Picquet en baie de QuiberonLe 14 février, John Paul Jones à bord de la corvette Ranger salue La Motte-Picquet de 13 coups de canons. Celui-ci lui répond par 9 coups, ce qui signifie la reconnaissance du drapeau américain et de cette république.. Samuel Nicholson prend le commandement, le Lyon devient un corsaire américain le DeaneAD L-A., C art 1030 : Déchargement par Jonathan Williams de la responsabilité du capitaine Corvaisier en raison de sa mésentente avec Nicholson. "Le présent document servira de décharge vis-à-vis de Monsieur Peltier Dudoyer". Attestation signée le 17 février 1778 par Jonathan Williams, l'Agent des Commissaires des États-Unis, à bord du Robuste, navire commandé par La Motte-Picquet..
1778. Beaumarchais et Montieu vont s'appuyer sur Jean Peltier à Nantes et sur de Richemond et Garnaud à La Rochelle. Il s'ensuivra une longue collaboration avec Jean Peltier, puis avec François Michaud, son gendre qui deviendra ensuite son associéAD L-A, Série II C.- Domaines et droits joints, Contrôle des actes 2 C 3070 TOME I, Folio 61 V°.. Ainsi 25 navires vont quitter Nantes pour approvisionner les Américains ou nos colonies Le passage des navires à Saint-Domingue peut être suivi dans "Les Affiches Américaines", consultables sur le site : http://ufdc.ufl.edu/AA00005233/00001/1j pendant la guerre d'Indépendance. Ces navires partiront d'abord seuls comme la Duchesse de GrammontCorrespondence from Jean Peltier Dudoyer to John Langdon, 14 September 1778 and 23 November 1778. Flat Box 4, Folder 19. John Langdon Papers, 1761–1817 (MS050). Portsmouth Athenaeum, Portsmouth, New Hampshire. ou le Duc de ChoiseulBataille au large de Liverpool, Nova Scotia (1778), page Wikipédia en anglais. jusqu'à la reconnaissance des États-Unis en 1778. Mais pour les armateurs français le remplacement de Silas Deane par John Adams ne facilite pas les rapports avec les Américains pour le règlement de leurs comptes. Il y a déjà un litige entre Arthur Lee et Jonathan William, l'agent des Commissaires à Nantes, l'habituel partenaire de Jean Peltier Finalement le 8 avril 1779 (Volume XXIX), Benjamin Franklin écrit à 3 négociants de Nantes pour leur demander leur jugement sur le litige entre Lee et J. William .
1779. Jean Peltier achète, pour le compte de Montieu, le DrakeAD L-A. Actes de propriété B art. 4506, F° 50-51., prise américaine de John Paul Jones, cédé par Johathan Williams, porteur de la procuration du capitaine McNeilPendant la "Quasy War", en août 1799, le Capitaine McNeil a tenté de s'emparer du corsaire le Hussard commandé par Marie-Étienne Peltier dans le port de Paramaribo. Après un simulacre de combat, il a dû le livrer aux Anglais qui bloquaient le port. Cette vente est la conclusion d'un imbroglio entre armateurs et capitainesJonathan Williams s'est justifié auprès de Benjamin Franklin dans une lettre du 10 octobre 1778. The papers of Benjamin Franklin, Volume XXVII, pp. 536-539.
1780. Les bateaux de Jean Peltier doivent se joindre aux escadres de : Charles-Henri-Louis d’Arsac de Ternay qui transporte le corps expéditionnaire de Rochambeau, de Guichen et de La Motte-Picquet. vignette|180x180px|Maquette de la flûte du Roi la Ménagère.|alt=|gauche1781. Kerguelen décide une nouvelle expédition de découvertes. Il choisit le Liber Navigator, 150 tonneaux et 6 canons, armé par Aubry de La Fosse, armateur négrier nantais. Le projet est financé par : le marquis de Louvois, Kerguelen lui-même, et la famille Peltier, de Saumur, qu'il a rencontrée lors de son emprisonnement. Louvois s'étant désisté, Montieu, décide de participer. Mais, faute de trésorerie, il doit tirer des traites sur deux autres armateurs nantais, Étienne Carrier et Jean Peltier. Muni de passeports français et anglais le Liber Navigator sort de l'estuaire de la Loire le . Mais un navire britannique l'intercepte et l'équipage est emmené en détention en Irlande. Les Anglais méfiants fouillent le navire et y trouvent un projet d'invasion de l'île de Sainte-Hélène. Une idée conçue dans un moment d'oisiveté dira Kerguelen. 1782. Le a lieu le dernier départ de cinq navires, cette fois au profit de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), pour la défense du Cap de Bonne-Espérance contre les Anglais. Les bateaux feront le voyage sous la protection de l'escadre de PeynierAN. MAR/B/3/721, F° 181, Correspondance du Ponant, janvier à mars 1782.. Après bien des négociations, ils seront vendus sur place au roi de France par Robert Pitot qui avait une procuration de Montieu pour les vendre à leur arrivée à L'Isle de France. Les bateaux continueront leur route vers l'Isle de France puis les Indes pour approvisionner Suffren. Pitot, lui continue sa route vers la France et sera capturé par les Anglais.
1783. La fin de la guerre approche, Beaumarchais tente une expédition vers la colonie de Saint-Domingue : 3 navires, dont deux l'Alexandre et la flûte la Ménagère prêtée par le RoiAlain Demerliac, La Marine de Louis XVI : Nomenclatures des navires français de 1774 à 1792. Navire N° 2131, sont capturés par un navire anglais le Mediator à la sortie de la Gironde le TNA, ADM 51/567, Journal de bord du Capitaine Luttrel. Seule l'Aimable Eugénie, armée par Jean Peltier et commandée par son neveu Nicolas Baudin, réussit à s'échapper et à rejoindre Saint-Domingue, où il fait naufrageSelon la mention portée sur le rôle d'équipage conservé aux AD L-A de Nantes, C1282 : "Naufragé et désarmé à Fort-Plata, suivant la déclaration du capitaine". Une catastrophe pour Beaumarchais.