L’Arabe égyptien ( ; ) est une lignée du cheval Arabe originaire d'Égypte, particulièrement réputée. Ces chevaux proviennent surtout de l'élevage sélectif entamé par Abbas Hilmi en 1848, et poursuivi jusqu'à nos jours au haras d'El Zahraa. Bien que d'origine égyptienne, la race est définie par des éleveurs euro-américains qui ont importé un grand nombre de ces animaux au cours du , puis imposé leurs standards et critères de sélection, en particulier avec la constitution de la aux États-Unis en 1970. Celle-ci déploie un marketing très efficace, qui fait de l'Arabe égyptien un animal de luxe attirant de riches investisseurs, en associant le concept de « pureté » chez cette race à la connaissance de sa généalogie.

L'Arabe égyptien se distingue par son profil de tête très concave avec un os nasal court, et son port de queue très relevé. La morphologie particulière de cette race entraîne vraisemblablement une vulnérabilité à des problèmes de santé spécifiques, affectant sa tête. L'Arabe égyptien est surtout destiné à des concours de modèle et allures, en show de présentation.

L'élevage de l'Arabe égyptien s'est mondialisé, des conflits d'éleveurs se cristallisant dans une opposition entre le monde occidental, dans un contexte où l'élevage américain domine le marché mondial depuis les années 1960, et le monde musulman, où l'élevage équin a re-démarré après la guerre du Golfe. La majorité des sujets se trouvent aux États-Unis. Cet élevage reste présent en Égypte, et s'est étendu à des pays européens et des pays arabes, comme le Qatar, les Émirats arabes unis et Dubaï.

Définition vignette|gauche|Jument Arabe égyptien de robe grise au Kentucky Horse Park en 2010. Le chercheur en anthropologie culturelle Christoph Lange définit l'Arabe égyptien comme ; tous les individus décrits comme « Purs égyptiens » sont inclus à l'ensemble plus vaste qu'est la race des chevaux arabes. Tous les Arabes égyptiens sont considérés comme Asil (purs). et vus comme des chevaux arabes élevés par les Bédouins dans le désert.

Une autre particularité de l'Arabe égyptien est d'avoir été défini par collaboration de différents éleveurs très majoritairement euro-américains, qui ont imposé leur vision. D'après Lange, l'origine de la notion d'Arabe égyptien est à rechercher à partir de la seconde moitié du , lorsque des controverses éclatent au sujet de la généalogie des chevaux importés en Europe et aux États-Unis à partir de pays arabes. Ces controverses portent sur la pureté, l'authenticité, et la définition de ce qu'un cheval arabe devrait être. Il s'ensuit une réappropriation et une réinterprétation des notions d'élevage développées par les Bédouins en vue de définir des idéaux de pureté généalogique, qui se révèlent nettement influencés par la vision qu'en ont les éleveurs américains. Toujours d'après Lange, ce mécanisme aboutit à la récupération d'un patrimoine arabe au profit de ces éleveurs euro-américains.

Les manuscrits de l'élevage d'Abbas Pacha (Abbas Hilmi), rédigés dans les années 1850, sont des sources particulièrement importantes pour les éleveurs d'Arabe égyptien. Partiellement traduits de l'arabe littéraire vers l'anglais en 1935, ils sont considérés comme les plus anciens pedigrees de chevaux arabes rédigés dans le berceau de la race, et en représentent à ce titre les documents fondateurs. Un autre ouvrage important est celui de l'éleveuse américaine Judith Forbis, (1976), qui fournit la définition canon du (Arabe pur égyptien).

Histoire

vignette|gauche|Relief représentant les chars de l'armée d'Horemheb, dynastie égyptienne, à Saqqarah.|alt=relief montrant deux chevaux de couleur brune devant un char, avec des hommes.

Origine du cheval arabe en Égypte

Il est historiquement établi que les ancêtres de l'Arabe égyptien sont des chevaux élevés dans le désert d'Arabie et en Syrie par des Bédouins.. Le cheval est un animal de traction présent en Égypte antique vers - 1600Christian Robin et Saud Soliman Theyab, « Arabie antique : aux origines d'une passion » dans .. ; si l'anthropologue Pita Kelekna le qualifie alors de « proto-Arabe »., les égyptologues Lonneke Delpeut et Hylke Hettema précisent qu'assimiler l'Arabe égyptien au est une erreur, portée par des représentations orientalistes ré-inventées et par la communication commerciale.

D'après les données de la base DAD-IS maintenue par la FAO, l'origine de la race Arabe remonte à une fourchette située entre le et le , par importation depuis les steppes arides de la péninsule arabique voisine. La première campagne de conquête musulmane de l'Égypte débute en 639 et implique une cavalerie. débute sa description de l'arrivée des troupes musulmanes en Égypte par sa réjouissance d'avoir trouvé de bons terrains de pâturage pour les chevaux. Les dynasties qui se succèdent ensuite, notamment celle des Omeyyades, intègrent la cavalerie à leurs forces militaires. Sous les Abbassides, le cheval reste un élément militaire décisif. L'existence de constructions honorifiques consacrées à ces animaux dans la mosquée qu'il a fait construire témoigne de l'importance qui leur est accordée sous Ahmad Ibn Touloun. La place du cheval est conservée sous les Fatimides ; quand le calife arrive au Caire, il est accompagné de 500 chevaux. Sous le califat des Ayyoubides, les Croisés d'Europe occidentale découvrent pour la première fois les chevaux arabes d'Égypte, et en ramènent quelques-uns chez eux. La littérature disponible pour la période sous l'Empire ottoman montre une présence continue du cheval arabe en Égypte.

Sous Mehemet Ali et Abbas Hilmi vignette|L'arrivée d'Abbas Pacha au Caire, d'après une gravure ancienne. De grands changements dans l'élevage du cheval arabe coïncident avec l'arrivée au pouvoir de Méhémet Ali. En raison de son conflit contre la famille royale saoudienne. Après sa défaite, Abdullah d'Arabie Saoudite offre au pouvoir égyptien plus de 200 chevaux d'Arabie, parmi les plus précieux. Ibrahim Pacha obtient à son tour des chevaux du Nejd d'Arabie, alors réputés les meilleurs au monde, après sa prise de Dariya en 1818. Bien que peu de ces chevaux aient vraisemblablement atteint l'Égypte, ils font si forte impression sur la famille régnante égyptienne que celle-ci démarre un élevage sélectif de chevaux Pur-sang arabe. À partir du , plusieurs missions en provenance de pays divers achètent des chevaux reproducteur arabes élevés par les Bédouins, afin de poursuivre leur propre programme de sélection. L'Égypte fait partie de ces pays importateurs, dès le début du . ; le changement d'environnement et la poursuite de critères de sélection spécifiques entraînent l'émergence progressive de caractéristiques propres aux lignées égyptiennes.

L'Arabe égyptien est tout particulièrement associé à l'élevage d'Abbas Ier Hilmi. Ce dernier déploie de grands efforts pour obtenir les meilleurs chevaux du désert d'Arabie. Selon les manuscrits conservés par Abbas Pacha, les fondateurs de son élevage sont tous des chevaux arabes provenant du désert (dits « DB », pour « Desert Bred »). Abbas Pacha est souvent cité comme le premier éleveur de chevaux arabes à documenter soigneusement les origines de ses reproducteurs, ce qui jouera un rôle central dans la future définition de la race , une centaine d'années plus tard.

Durant son règne, de 1848 à 1854, Abbas Pacha importe des chevaux de Bédouins arabes depuis la péninsule arabique jusqu'à son haras particulier, en documentant soigneusement les origines de chaque cheval selon la tradition orale. Une rumeur veut qu'il ait payé d'or pour une jument Jellabieh, et pour une jument de lignée Saklawi. Après sa mort, son successeur Mohamed Saïd Pacha vend ces chevaux aux enchères publiques, et abandonne le haras. parvient à garder la plupart des chevaux de son prédécesseur en Égypte.

Dispersion puis préservation de l'Arabe égyptien vignette|Anne et Wilfrid Scawen Blunt en costume bédouin, d'après le frontispice à l’édition française de Voyage en Arabie. Pèlerinage au Nedjed, berceau de la race arabe, Paris Hachette, 1882. Le haras d'Ali Pacha Chérif est dispersé après sa mort en 1897, certains de ses meilleurs chevaux étant rachetés par l'Anglaise Anne Blunt et placés dans son haras de Cheikh Obeyd, situé près du Caire. Ce lieu joue un rôle important dans l'exportation de la race hors d'Égypte à partir de la fin du .

Des membres de la famille royale égyptienne récupèrent aussi certains chevaux dispersés : Abbas II Hilmi parvient à maintenir un haras dont beaucoup de reproducteurs viennent de celui d'Ali Pacha Chérif ; le prince Ahmad Pasha Khamal et son fils Yusuf Khamal figurent au rang des éleveurs réputés d'Arabe égyptien ; Kamal al-Din élève de nombreux chevaux que l'on retrouve encore dans les pedigree modernes ; Muhammad Ali Tawfiq possède quatre écuries, dont la plus célèbre est celle du palace de Manyal, sur l'île de Roda ; il écrit également deux livres de référence au milieu des années 1930.

C'est à partir du début du que différents programmes de sélection sont mis en place sur le cheptel dispersé d'Arabe égyptien, aussi bien en Égypte qu'en Europe et aux États-Unis. Ces programmes s'inscrivent dans un contexte de premières définitions du cheval arabe (en tant que « cheval des Arabes ») par des voyageurs européens et américains, tels que les Blunt, le Major Roger Upton et Homer Davenport. Leur attention se porte sur la généalogie, et sur la manière de conserver la de tels chevaux hors de leur environnement d'origine.

Action de la Royal Agricultural Society Le gouvernement égyptien avait commencé à s'impliquer dans l'élevage équin dès 1892 en vue de faire naître des montures de cavalerie, mais c'est surtout la d'Égypte, fondée en 1908, qui se charge de la sélection des chevaux, sous la houlette du roi Hussein Kamal et du roi Fouad. Son programme d'élevage est souvent associé à l'Arabe égyptien. En 1908, le centre d'élevage d'El Zahraa est créé, et devient rapidement incontournable, de même que l'élevage privé du prince Mohammed Ali. Après 1914, ce programme se concentre uniquement sur l'élevage du Pur-sang arabe, en rassemblant des chevaux dispersés dans les haras privés des princes de la famille royale, et en rachetant certains animaux du haras de Cheikh Obeyd à lady Anne Blunt. En 1920, la société importe des chevaux du Crabbet Arabian Stud de Blunt. En 1930, tous les chevaux de la société sont placés au haras de Kafr Farouk / El Zahraa.

Les écuries royales des rois Fouad et Farouk, le haras Inshass, comptent jusqu'à à leur apogée.

Action de l′ vignette|Cheval arabe en Égypte. El Zahraa souffre des conséquences de la Seconde Guerre mondiale, mais reprend ensuite son essor. La situation de l'élevage change brutalement dans les années 1950. La , renommée (EAO), est alors gérée par le général Pettko von Szandter, un réfugié hongrois qui choisit de favoriser la reproduction de l'étalon Nazeer, auparavant peu estimé pour l'élevage. Avec la chute du roi Farouk en 1952, l'EAO, récupère ses bons chevaux du haras d'Inshass.

Avec l'instabilité politique, l'élevage de l'Arabe égyptien devient incertain. L'opinion publique est très partagée quant au sort à réserver à ces animaux, considérés comme des symboles de la monarchie et du luxe. Pettko von Szandter organise l'exportation des chevaux dits « purs égyptiens », en particulier vers les États-Unis, à partir de la fin des années 1950. Entre 1895 et le milieu des années 1980, un grand nombre de chevaux arabes d'Égypte sont exportés vers ce pays. Le rôle de hub d'exportation central joué par l'Égypte favorise la mondialisation progressive de la race des chevaux arabes. Les descendants de Nazeer rencontrent rapidement un immense succès aux États-Unis, l'un de ses fils devenant prééminent en Allemagne.

L'Égypte est le seul pays arabe qui soit membre fondateur de la (Organisation mondiale du cheval arabe, WAHO), créée en 1970.

Action de la aux États-Unis