Liu Binyan (chinois simplifié : 刘 宾 雁 ; chinois traditionnel : 劉賓雁 ; pinyin : liú bīn yàn ; bopomofo : ㄌㄧㄡˊ ㄅㄧㄣ ㄧㄢˋ) est un journaliste et écrivain dissident chinois, né le à Changchun, province du Jilin, dans le Nord-Est de la Chine, et mort le dans un hôpital du New Jersey, aux États-Unis.

Son œuvre, méconnue en France, un regard critique sur la société chinoise sous le régime communiste. Son travail expose les difficultés des populations face au système politique en place.

Son engagement lui vaudra d'être persécuté pendant vingt-deux ans.

Biographie Contexte familial Liu Binyan vient d’une famille modeste. Il est le fils d’un employé des chemins de fer, russophone, travaillant comme interprète sur le chemin de fer transmandchourien. Il passe son enfance dans la ville industrielle de Changchun, où il est né Obituary : Liu Binyan - Courageous Chinese journalist denounced for championing political reform John Gittings, The Guardian, 7 décembre 2005. Il doit interrompre ses études assez tôt, lorsque son père perd son emploi, lors de l’invasion japonaise en Chine du Nord. Influences Privé d'école en raison de la déchéance de sa famille, Liu lit les œuvres de Tolstoï et Dostoïevski. Elles susciteront sa vocation d'écrivain et son admiration pour la Russie. Avènement du communisme Son père lui a transmis sa foi marxiste ; Liu adhère au parti communiste à , en 1944. Il est à Harbin (province du Heilongjiang), au moment de la défaite du Japon, de la reprise de la guerre civile et de la progression des communistes en Mandchourie. Débuts journalistiques Après la victoire communiste, il est engagé, en 1951, comme journaliste dans le Quotidien de la jeunesse de Chine, l'organe de la Ligue de la jeunesse communiste ; il y exerce un journalisme littéraire, soucieux de descriptions méticuleuses.

Lors d’un voyage en Union soviétique en 1951, il constate l’atmosphère pesante du stalinisme ; le dégel krouchtchévien le rassure.

Il se lie avec l’écrivain russe Valentin Ovetchkine, dénonciateur des excès du stalinisme ; cette rencontre l’oriente vers la « littérature de reportage », dont la mission est de critiquer le système pour le redresser de l’intérieur;..

Regards critiques Il rédige des reportages sur la corruption et la bureaucratie, et, en 1956, après l'appel de Mao Zedong à faire éclore les Cent Fleurs, Liu publie Nouvelles confidentielles de notre journal.

Ce livre sur l’absence de liberté de la presse, plaidoyer en faveur de la libération de la plume des journalistes, au nom du socialisme, lui apporte la notoriété.

Retour de bâton Liu Binyan devient un écrivain admiré en Chine, avant d’être mis au ban, par deux fois, par le parti communiste, pour ses écrits critiques : en 1957, d'abord, après le piège de la campagne des Cent Fleurs, il est victime du « retour de bâton », dénoncé comme « droitier » et exilé dans un village de montagne Appreciation Perry Link, Time Magazine, 11 décembre 2005.

En 1966, il est vilipendé pendant la révolution culturelle, séparé de sa famille, envoyé en « rééducation » à la campagne, condamné aux travaux forcés dans un laogai pendant huit ans. Réhabilitation En 1979, Liu est réhabilité par la nouvelle équipe de dirigeants réformateurs, conduite par Deng Xiaoping ; il est réintégré dans le Parti, autorisé à travailler pour le Quotidien du Peuple, et devient son « correspondant spécial ». Il revient à cette « littérature de reportage » : il est convaincu qu'elle doit aider le Parti à se corriger.

Engagé dans le processus d’émancipation de la pensée, Liu Binyan participe au mouvement intellectuel, que Cheng Yingxiang a qualifié de « second réveil de l’intelligentsia chinoise ». Il va constituer, dans les années 1980, l’un des moteurs de la réforme. (Le « premier réveil », le mouvement du 4 Mai, remontait aux années 1910).

Investigations Avec quelques intellectuels partageant ses positions, Liu, journaliste et écrivain de renom, sème le doute, lance des défis au régime, influence les étudiants et le public, suscite l’espoir qu’il est possible de changer la société.

Dans son œuvre littéraire comme dans ses reportages, il met en évidence le quotidien et la réalité du régime. Adulé par ses lecteurs, devenu une « figure » de son journal, il lutte pour la démocratisation et dénonce les bureaucrates.

Notoriété En 1979, Liu Binyan publie Cauchemar des mandarins rouges ; il y dénonce une nouvelle fois la corruption.

Dans sa préface à l'édition française de cet ouvrage (parue chez Gallimard, dans la collection « Au vif du sujet », en 1989), (le seul recueil de ses textes publié en France), Jean-Philippe Béja, son traducteur écrit : . En quatrième de couverture, l'éditeur précise : .

Dans sa présentation de l'édition française, Gallimard affirme que Liu Binyan .

Avec Entre hommes et démons, enquête sur un réseau de corruption locale dans la province du Heilongjiang, Liu Binyan devient un écrivain justicier, défenseur acharné de la liberté d’expression, figure d'intégrité ; le petit peuple, victime des abus de pouvoir des cadres locaux, le submerge de cahiers de doléances.

Le raidissement conservateur du régime culmine en avec la répression des manifestations de la place Tiananmen. Devant un large mouvement de contestation estudiantine, le pouvoir veut reprendre la main contre le libéralisme intellectuel. Liu devient gênant. Sa liberté de pensée lui vaut, en , une seconde exclusion du Parti, quelques jours après la mise à l'écart de Hu Yaobang et la perte de son emploiLe cauchemar des mandarins rouges. Journaliste en Chine Le Monde diplomatique, juin 1989.

Exil L'année suivante, Liu est expulsé de Chine et contraint à l'exil. Il arrive aux États-Unis en 1988 avec sa femme Zhu Hong, son fils Liu Dahong, et sa fille Liu Xiaoyan, un an avant le massacre de Tienanmen à Pékin. Il devient professeur à l’UCLA, à Harvard et Princeton.

L'un de ses collègues à l’université de Princeton, le professeur Perry Link, l'a qualifié de , affirmant qu'il est .

En , il critique la répression en Chine. Il est interdit de séjour.

En 1998, il accord une interview à Human Rights Watch ; dix ans après les évènements de la place Tienanmen, il appelle à d'actions plus stratégiques, et ancrées dans le long termeChina: 10 Years After Tiananmen - Liu Binyan, Journalist Human rights watch.

Journal d'information Pendant sept ans, Liu Binyan éditera un petit journal d’informations sur la Chine, China Focus ; le dernier numéro sort le .

Dans ce dernier numéro, il publie un article d’adieu aux lecteurs ; il y fait son autocritique, reconnaît son manque de lucidité, avoue s'être trompé sur la capacité du pouvoir chinois à se maintenir en place, et se reproche de n'avoir pas prévu les événements à venir.

Fin de vie Autocritique En , il accorde une interview à Duo Wei, l'hebdomadaire en langue chinoise publié aux États-Unis, pour lequel il a travaillé. Il affirme avoir demandé, à l'occasion de ses , à revenir sur sa terre natale : sa demande a été rejetée.

Reporters sans frontières, rend hommage au journaliste dissident après son décès : .

Décès Liu Binyan meurt en exil aux États-Unis, le , à , dans un hôpital du New Jersey, d’un cancer généralisé. Il avait subi deux opérations pour un cancer du côlon, diagnostiqué en .

Frédéric Bobin, dans Le Monde, du dit de lui qu'il reste dans l'histoire des lettres chinoises, le maître incontesté de cette littérature .

Médias Reporters Sans Frontières signale que les médias chinois n’ont publié aucune information sur sa mort, et que le moteur de recherche du site en anglais de l’agence de presse gouvernementale Xinhua ne propose aucune réponse pour « Liu Binyan ».

Retour en Chine Sa famille peut le faire inhumer en Chine en 2010. Les autorités communistes refusent l'épitaphe qu'il souhaitait sur sa pierre tombale : Chine : Liu Binyan, journaliste censuré jusque sur sa tombe Rue89, 5 janvier 2011.

Son œuvre Nouvelles confidentielles de notre journal, 1956 Cauchemar des mandarins rouges, 1979 (édition française, Gallimard, 1989) Entre hommes et démons Fragrant Weeds, 1983 China’s Crisis, China’s Hope, 1990 A Higher Kind of Loyalty : A Memoir by China’s Foremost Journalist, 1990 Tell the World, 1990

Articles et films Le nécessaire combat contre les privilèges et pour la démocratie, dans Le Monde diplomatique, 1988Une décennie de réformes économiques : Le nécessaire combat contre les privilèges et pour la démocratie Le Monde diplomatique, novembre 1988.

Citations (dans l'article Civilization Grafting : No Culture is an Island, Foreign Affairs (septembre/), p. 21). (dans l'article Civilization Grafting : No Culture is an Island, Foreign Affairs (septembre/), p. 21).

Références

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