Les Roussillonnais sont les habitants du Roussillon, une ancienne province de France disparue en 1790 qui représente la majeure partie du département des Pyrénées-OrientalesCe département inclut en plus la région des Fenouillèdes qui est de tradition languedocienne.. Ils sont autrement appelés Catalans, nom qui fait référence à l'histoire et la culture catalane du Roussillon, territoire qui est également appelé Catalogne nord depuis les années 1930. La population roussillonnaise représente environ en 2009.

Ethnonymie Cette population est connue sous plusieurs appellations, celles-ci sont : Roussillonnais (qui est issue de Ruscino), Nord-Catalans« Le catalanisme des écrivains Nord-Catalans », in Romanistik in Geschichte und Gegenwart, Hamburg, Buske, 1982Revue de la Bibliothèque nationale, , La Bibliothèque, 1990, Nords-CatalansMarianne Lefèvre, « Périphérie et transfrontalier comme catégories d’action politique », Sud-Ouest européen, , 2009., Catalans du nordQuelle école pour la Bretagne ? Actes du colloque sur le bilinguisme en Europe, Institut culturel de Bretagne, 1988Villanove, Réflexions et commentaires catalans, Perpignan, Sofreix, 1982, Catalans françaisHenry de Laguerie, Les Catalans : Lignes de vie d'un peuple, Ateliers Henry Dougier, 2014J. Errezain, Les Basques à Paris : Étude sociologique, Bayonne, Ipar, 1976, Catalans de FranceYsis Percq, « Les Catalans de France veulent tirer profit des événements espagnols », La Croix, 20 décembre 2017.Alexandra Milhat, « Des Catalans de France prêts à accueillir des indépendantistes exilés, les autres partagés », HuffPost, 28 octobre 2017., ainsi que tout simplement Catalans.

Dans les années 2010, les habitants du département des Pyrénées-Orientales se désignent comme Catalans, Pyrénéens-Orientaux, Roussillonnais et plus rarement PyrénaliensAFP, « Les habitants de l'Ain ont enfin un nom : Aindinois », Le Point, 24 juin 2018.. Par ailleurs, à la suite de la réforme des régions, ce département est intégré en 2016 dans une nouvelle région baptisée « Occitanie », ce nom n'est pas du tout accepté par une partie des habitants des Pyrénées-Orientales, car ils se définissent comme Catalans et non comme Occitans« Pour ne pas froisser les Catalans, le nom de la région Occitanie sera sous-titré », HuffPost, 22 juin 2016..

Anthropologie et ethnologie Primitivement habité par des peuplades dépendantes de la grande famille ibère, dont les principales étaient les Sordes dans la plaine, les Consuarani dans le Conflent et le Capcir, les Cerretani dans la Cerdagne et les Indigetes dans le Haut-Vallespir, le RoussillonAutrefois le Roussillon ne comprenait que le pays situé entre Salces et Collioure. Voir par ailleurs l'article sur le comté de Roussillon. passe ensuite au pouvoir des Romains, qui en font une province de la première NarbonnaiseAmédée Achard, « le Roussillonnais », in Les Français peints par eux-mêmes : province, tome 3, Paris, Curmer, 1842.. Plus tard, il est tour à tour envahi par les Alains, les Suèves et les Vandales, puis tombe aux mains des Wisigoths qui tiennent alors une moitié de l'Espagne et de la France. Les Sarrasins d'Afrique s'en emparent en 724 jusqu'à ce que Pépin le Bref expulse les Maures de France en 759. Devenu indépendant à l'époque de Charles le Simple, le Roussillon est ensuite intégré dans la couronne d'Aragon en 1178, puis conquis par les armées de Louis XIII en 1640 et finalement réuni à la France en 1659 via le traité des Pyrénées.

L'esprit des Roussillonnais a été bien apprécié par Pierre de Marca qui, en 1655, écrivait au comte d'Estrades : « Le seul moyen de les gagner consiste à leur témoigner que l'on estime leur courage, leur constance et leur adresse politique (car ils se piquent fort de cela) : à quoi il faut ajouter les caresses et le soulagement du peuple, autant qu'il se peut ; ils contribuent à ce qu'ils peuvent, lorsqu'ils y sont conviés de bonne grâce, mais ils ne peuvent souffrir ni l'injure personnelle, ni la violence réelle. ». Dans la première moitié du , d'après Abel Hugo, l'impétuosité dans le caractère, la franchise dans les relations sociales et une haute opinion de soi-même, sont les traits distinctifs du Roussillonnais, partout où l'éducation n'a point promené son niveau. Ce qu'il aime par-dessus tout, c'est l'indépendance ; les rigueurs et la menace ne peuvent rien sur lui ; il est facile à la bienveillance et aux égards.

Dans le bas pays du Roussillon, là où le sol fécond prodigue ses richesses aux habitants, le commerce et l'industrie ont bientôt fait participer le Roussillonnais à la vie commune du peuple français ; l'instruction s'étant plus vite répandue, a progressivement effacé les traces de l'ancienne législation et des vieux usages. En 1842, il en est du Roussillonnais de la riche plaine de Perpignan comme de l'Auvergnat de la Limagne : ses aspérités se sont usées, les nuances de son caractère se sont fondues ; c'est à peine s'il conserve quelque vestige de son antique nationalité. Le Roussillonnais des villes n'a plus ou presque plus d'individualité, mais tout le passé revit quand on gagne les vallées, surtout lorsqu'on gravit jusqu'à la Cerdagne et jusqu'au Capcir.

Néanmoins, selon Amédée Achard, le Roussillonnais est peut-être de tous les habitants de la France celui qui est le moins Français dans la grande et complète acception du mot en 1842. Sa province est celle où la centralisation a eu le plus de peine à combattre les coutumes nationales et à remplacer l'esprit de localité par l'esprit de la pairie. Les deux cents années qui se sont écoulées après la conquête française dans le Roussillon, n'ont pas suffi à absorber l'instinct provincial, ce sentiment est encore vif dans le haut pays en 1842 et provient peut-être de la manière violente dont l'assimilation s'est produite, car ce sont les armes qui ont décidé du sort du Roussillon et les peuples conquis se souviennent longtemps. Si plus tard un traité a donné la sanction du droit à la possession de fait, il a pu atténuer l'effet résultant de la conquête, mais non le détruire entièrement. Dans la première moitié du , le Rousillonnais dit encore : « je vais en France », quand il part pour les départements du Languedoc ; quant aux habitants du Capcir, du Conflent et de la Cerdagne, ils préfèrent leur patrie aux plus belles contrées et n’échangeraient pas leurs rochers arides contre les plaines les plus grasses de la Beauce. D'autre part, pour les montagnards du Vallespir et du Conflent, le Français est un « Gabaitx ».

À côté de l'ardeur belliqueuse, l'amour de l'indépendance vit dans le cœur du Roussillonnais au . Une grande partie de ses défauts, comme de ses qualités, se rattache au caractère de la nation catalane avec laquelle il a une grande affinité à cette époque, aussi bien par le langage que par les mœurs. Vif, brusque et pétulant, le Roussillonnais est prompt à s’irriter ; l'insulte ou la moquerie le trouvent peu endurant ; il revient difficilement sur ses premières impressions. Moins vindicatif peut-être que l'Espagnol, il n'oublie cependant pas plus que lui et le souvenir d'une injure ne s'efface pas de son esprit : il peut pardonner, mais oublier, jamais. En 1842 on sent encore, sous le vernis que la civilisation a jeté sur son caractère comme un voile, le vieil homme des temps passés, c'est-à-dire lorsque le Roussillonnais marchait le poignard à la ceinture et la carabine sous le bras ; courageux, leste et hardi, il se fait un jeu du combat. Au temps des rois de Majorque, les montagnards couraient impétueusement aux armes aussitôt que l'étranger foulait du pied la terre de Roussillon.

Dans la première moitié du , le double caractère guerrier et religieux se révèle dans toute l'étendue du territoire roussillonnais : sur tous les sommets étaient autrefois des châteaux-forts et dans toutes les vallées, des églises ; mais bien des églises sont ruinées et bien des monastères ont disparu à cette époque. Ce n’est pas que la foi du Roussillonnais se soit attiédie, mais elle a dû subir les modifications du temps comme les a subies son humeur guerrière. Il croit encore avec sincérité, ardeur et conviction, mais il laisse tomber les pans de murs des vieux cloîtres ; il prie, mais il n'édifie plus de cathédrales. On voit que l'esprit du dix-huitième siècle et que la Révolution de 1789 sont passés par là, s'ils n'ont pas tari la source de la foi catholique, ils en ont empêché les élans religieux. Cependant, à certaines périodes de l'année, quand les solennités du culte appellent tous les fidèles, les Roussillonnais se hâtent d’accourir en foule et de célébrer avec éclat les fêtes de la religion. La pompe des processions entraîne après elle toute la population des campagnes.

Les montagnards du Roussillon poussent plus loin encore que les Aveyronnais l‘amour de la chicane au : l’esprit processif est inné parmi eux. Tout donne matière à procès ; le fossé divisoire et le mur mitoyen, sont des sources intarissables de plaidoiries et de citations. On plaide pour le coq qui a mangé une sauterelle hors de ses limites, pour l'agneau qui a maraudé un brin d'herbe, pour l'abeille qui a butiné les fleurs d'autrui, etc. Les Roussillonnais ont un si grand désir d’acquérir quand ils n'ont pas et une si grande crainte de perdre quand ils ont, qu'ils n'épargnent rien pour obtenir ou conserver quelques lambeaux de champs qui doivent les mettre à l'abri du besoin. Les procès sont en raison directe de la misère ; leur nombre diminue à mesure qu'on descend dans la vallée et dans la riche plaine de Perpignan, il n'y en a ni plus ni moins que partout ailleurs.

Mœurs, usages et coutumes du vignette|Danses catalanes à Canet-en-Roussillon en 2017. Avant toute chose, le Roussillonnais est danseur: sa première, sa grande, son éternelle passion, c'est la danse. Toutes les occasions ou presque lui sont bonnes pour s'abandonner à son goût dominant : anniversaires, naissances, baptêmes, mariages, etc. Les Roussillonnais poussent si loin l'amour de la danse, qu'ils exécutent entre eux, sans le concours des femmes, une danse particulière appelée le « contre-pas ». Les hommes figurent en rond en se tenant par la main ou isolément les uns devant les autres ; il n’est pas rare d'en voir cent, deux cents, trois cents même, danser ainsi. Au « contre-pas » succèdent les « balls » auxquels les femmes prennent part avec une ardeur qui ne le cède en rien à celle de leurs maris. Le « saut à deux » est fort en usage dans le Capcir, les montagnards exécutent cette danse à la fois élégante et particulière, où la femme, enlevée par son cavalier, reste assise quelques instants sur sa main, tandis qu’il tournoie sur lui-même, en jouant avec un vase dont le nom, « almaratxa », est comme la danse d'origine mauresque. C’est une burette de verre blanc à pied, à panse large, à goulot étroit et garnie de plusieurs becs par lesquels les danseurs arabes faisaient pleuvoir des eaux de senteur sur les almées. Les « Seguidilles », est une danse d’origine catalane qui s'exécute au chant de couplets du même nom, par un cavalier et deux danseuses, sur un rythme vif, court et animé. « lo ball de cerimònia » est usité à Prats-de-Mollo, dans le Vallespir, il s'agit d'un cavalier seul qui danse avec un nombre indéterminé de danseuses en figurant devant chacune d’elles tour a tour. Bien d’autres danses encore sont en honneur dans le Roussillon, comme le « ball d'ofici », le « flor », la « manilla », etc.