vignette|redresse|, affiche du Secours rouge. Le Secours rouge est une organisation caritative créée en France dans les années 1920 comme une branche du Secours rouge international puis relancée en 1970, dans le sillage des incidents qui ont suivi Mai 68, sous l'égide du philosophe Jean-Paul Sartre et de plusieurs anciens combattants des FTP de la Résistance, mais cette fois sans être liée à l'Internationale communiste. Sa création et son succès s'inscrivent dans le souvenir encore récent de la guerre d’Algérie qui réactive la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Certains s’attribuent une « conscience antifasciste » bien antérieure à une quelconque politisation.

Histoire Le Secours rouge international des années 1920

Créé le à Moscou à l'initiative de la Société des vieux bolcheviks, une « Association d’aide et de solidarité internationale aux combattants de la Révolution » est à l’origine du Secours Rouge International qui comptera 19 sections nationales en 1924, puis 71 en 1932, totalisant 13,8 millions de cotisants (dont en URSS).

Ce Secours rouge international, association ., est une contrepartie politique de la Croix-Rouge. Dès 1923, des sections nationales sont créées, tout particulièrement dans les pays où la répression anti-révolutionnaire est la plus forte. Il en compte 19 en , quand le SRI tient sa première Conférence internationale.

Le Secours Rouge International mènera campagne pour Sacco et Vanzetti, pour les insurgés bulgares et asturiens, pour les antifascistes espagnols, allemands et italiens. La Section belge du SRI est créée en 1925, son premier président est Charles Plisnier et elle aura des sections dans tout le pays.

Dans les années 1930, une branche française est créée, le Secours rouge, fondé en 1931« Les emprisonnements des maoïstes et la détention politique en France (1970-1971) » par Jean-Claude Vimont sous obédience communiste, assurait la solidarité de tous les emprisonnés politiques, y compris les anarchistes. Puis cette organisation s’est convertie en « Secours populaire », toujours sous patronage communiste, et a abandonné sa vocation initiale de lutte contre la répression pour adopter un rôle de bienfaisance humanitaire. Le Secours rouge international est particulièrement actif lors de la Guerre d'Espagne (1936-1939).

La situation à la fin du mois de juin 1968 À la fin du mois de , des intellectuels constituent un « Comité pour la liberté et contre la répression », dénonçant en particulier la dissolution de d’extrême-gauche, les expulsions d’étrangers, ou encore les violences envers les distributeurs de tracts et les sanctions pour fait de grève. Parmi eux, Marguerite Duras, Alfred Kastler, Michel Leiris, Jacques Monod, Laurent Schwartz, ou encore Pierre Vidal-Naquet. Et le , une conférence de presse appelle à constituer un « Front uni contre la répression ». Elle réunit l’UNEF, les CAL, le Comité d’action écrivains-étudiants, le Comité pour la liberté et contre la répression, le Groupe d’action judiciaire, le PSU, les Étudiants socialiste unifiés(PSU), les Étudiants socialistes-SFIO, la Jeunesse socialiste, le Mouvement Témoignage chrétien, le MCAA, le CVN, le Comité d’initiative pour un mouvement révolutionnaire, Le Nouvel Observateur, Combat, Action, Les Temps Modernes, Les Cahiers de Mai. Également en mai-, se constitue le Groupe d’action judiciaire (qui deviendra Mouvement d’action judiciaire) avec des avocats (Jean-Jacques de Felice, Henri Leclerc, Michèle Beauvillard, etc.) et des magistrats.

Les débuts du Secours rouge de 1970 : Sartre, Chaintron et Colombel Au début de 1970, avec Serge July et Michel Fontaine, la philosophe Jeannette Colombel, qui enseigne au Centre universitaire de Vincennes, recherche un parrainage célèbre et propose d'anciens résistants comme Charles Tillon, Jean Chaintron, Eugénie Camphin, mère de deux mineurs fusillés par les allemands, Roger Pannequin, ou encore Bernard Lambert, responsable paysan. Mais July et Fontaine commencent par demander la présence de Sartre que Jeanette Colombel va trouver car elle est alors la seule à le connaître et qui fut d'emblée d'accord« Sartre l'engagé », tribune libre de Jeannette Colombel dans Libération le 11 mars 2005 ..

Au même momentLe vent soufflait devant ma porte, par Jean Chaintron, Mémoires., Jean Chaintron, un ancien grand résistant, reçoit chez lui la visite de quelques jeunes militants, menés par la même Jeannette Colombel, qu'il connait comme « la fille de Prenant », Marcel Prenant, célèbre biologiste exclu lui aussi de la direction du PCF dans les années 1950. Ces militants lui demandent d’apporter son concours à leur projet, faire renaître un Secours rouge semblable à celui dont il fut secrétaire général et le permanent de la section française, trente-cinq ans auparavant, entre 1932 et 1935. Fondateur du Parti communiste algérien (PCA) en , Jean Chaintron avait aussi été Commissaire politique des Brigades internationales pendant la Guerre civile espagnole, où l'un de ses frères a trouvé la mort. Il fut l'un des deux seuls préfets communistes nommés par le général de Gaulle en 1945 puis le directeur du cabinet de Maurice Thorez en 1947 avant de quitter le PCF après avoir critiqué l'intervention russe en Hongrie de 1956.

De semblables Secours rouge renaissent aussi en Italie (avec Dario Fo) et ailleurs mais disparaitront à la fin des années 1970« Exposition : Histoire du Secours Rouge », décembre 2015 ..

Le contexte des premières discussions Peu auparavant l'entrevue qu'il accorde à « la fille de Prenant », le Serge July et Charles de Choiseul-Praslin ont été condamnés à de la prison avec sursis, pour s'être rebellé dix jours plus tôt lors d'un accrochage avec des policiers les surveillant pendant une vente à la criée de La Cause du Peuple, journal de la Gauche Prolétarienne. Le jour où ils sont condamnés, Alain Geismar et Olivier Rolin attaquent un commissariat, à Mantes-la-Jolie et les locaux de l’Éducation surveillée à Paris sont occupés par des étudiants du Centre universitaire de Vincennes. La rubrique « agitation » tout juste créé par Le Monde ne désemplit plus ensuite : violences contre le doyen Paul Ricœur à Nanterre (), sabotage de grues aux chantiers navals de Dunkerque (), incendie des bureaux des Houillères à Hénin-Liétard (), nouveaux affrontements sur le campus de Nanterre et saccage des bureaux du doyen Zamansky à Paris ( et ), attaque de la mairie de Meulan (), pour protester contre le trafic de papiers imposé aux ouvriers.

Le philosophe Jean-Paul Sartre, sur la réserve depuis Mai 68, accepte de participer le à un meeting avec Alain Krivine et Michel Rocard (PSU), appelé par le Comité pour la libération des soldats emprisonnés, mais il est interdit. Et en avril, c'est la saisie du journal La Cause du Peuple, pour « provocation au crime contre la sûreté de l'État et apologie du meurtre, du pillage, de l’incendie et provocation à ces crimes ». Ses dirigeants, Michel Le Bris et Jean-Pierre Le Dantec, sont successivement arrêtés. Le chef de la Gauche Prolétarienne, Benny Lévy, invite Jean-Paul Sartre à la brasserie La Coupole, pour lui proposer de prendre la direction, mais ce dernier a déjà été approché par son amie de longue date Jeannette Colombel, dont le gendre André Glucksmann milite à la Gauche Prolétarienne.

Le , Jean-Paul Sartre annonce dans le de La Cause du peuple qu’il accepte. Il en prend la co-direction avec une de ses amies, Liliane Siegel, dont on apprendra plus tard qu'elle faisait partie des « femmes » de Sartre mais resta « clandestine » de 1960 à 1970, de son témoignage dans un livre« La clandestine: Récit », par Liliane Siegel, éditions Maren Sell puis FeniXX, 1988..

L'appel du 18 juin 1970 autour de Jean-Paul Sartre Jean-Paul Sartre soutient aussi le projet de Secours Rouge, mais dans un premier temps décide de mettre l'accent sur la liberté de la presse en acceptant de prendre la direction de La Cause du Peuple, journal de la Gauche Prolétarienne, qui a été saisi. Il refusera de témoigner à la barre pour Alain Geismar. Selon Michel Rotman, la Ligue communiste avait le projet de constituer une organisation type « Secours rouge » mais l’idée s'est transformée par la suite. De son côté, Claude Angeli assure en avoir parlé à Alain Geismar, Serge July et des dirigeants de la Ligue communiste mais trouve peu d’écho.

Officiellement interdite le par les , tandis que son La Cause du peuple est saisi plusieurs fois, la GP continue son action autour du « Mouvement du » qui la remplace. Son journal deviendra J'accuse-La Cause du peuple au printemps 1971 avec un numéro zéro dès l'automne 1970.

Un comité d’initiative (CI) du Secours rouge est constitué le , dix-sept personnalités signant un appel présenté par Jean-Paul Sartre le , anniversaire de celui du général de Gaulle en 1940 et réunissant notamment l'ex-avocate du FLN algérien Gisèle Halimi, et de célèbres résistants exclus du PCF comme Charles Tillon, Robert Davezies, Roger Pannequin, Vercors ou encore Georges Montaron, de Témoignage chrétien et dont Jean Chaintron est désigné responsable provisoire en attendant qu’un président soit élu en congrès. Le CI regroupe aussi des syndicalistes salariés ou agriculteurs comme Henri Guilloux et Bernard Lambert. Le comité provisoire se réunit chez Sartre. Il sera parrainé aussi par l'ex-résistante Eugénie Camphin, figure du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et de la Grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais (1941), mère de deux résistants tués sous les balles allemandesLes résistants : de la guerre de l'ombre aux allées du pouvoir 1944-1989. Fayard, 1989, par Rémi Kauffer et Roger Faligot, et de l'ex-communiste René Camphin, chef des FTP du Pas-de-Calais dans la Résistance, qui s'était suicidé en 1954 pendant la crise du PCF.

Le décollage et les succès de l'automne 1970 L'association commence sa campagne par des réunions, des tracts et journaux, qui ne prend vraiment de l'ampleur qu'à l'automne 1970. Elle affirme connaitre 186 cas de condamnés, des professeurs, des surveillants, des étudiants des lycéens et quelques ouvriers, allant de la privation d’emploi à un an de prison ferme pour des « délits » tels que publications interdites, inscriptions murales, reconstitution de ligues dissoutes, réunions ou manifestations non autorisées, occupation de locaux, violences à agents ou port d’armes prohibées. Une déclaration parle de plusieurs centaines de cas, chiffre sera cependant contesté par les historiens.

Plusieurs dizaines de comités du Secours rouge naquirent pendant l’automne et l’hiver 1970. Le , l'association organise un meeting à la Mutualité à Paris, présidé par Jean Chaintron, qui constate alors que « le fanatisme, l’embrigadement se reproduisait dans ces jeunes générations contestataires », et s'en dira « navré » car l’union lui « semblait impérieusement nécessaire ». Le Monde du , qui a envoyé un journaliste, constate la présence de « quelque trois mille personnes ». La grève de la faim des détenus obtient des résultats dès le , sur fond d'audience médiatique, l'humoriste Francis Blanche appelant même sur Europe 1, à soutenir ce « régime contre le régime ».

Le , c'est le Secours rouge qui organise le Tribunal populaire de Lens en 1970, devant réunies à l’Hôtel de ville de Lens, l'avant-veille du procès des militants qui avaient lancé des cocktails Molotov dans les bureaux des Houillères à Hénin-Liétard. Serge July et Volodia Shahshahani avaient déménagé dans la région, envoyés par la Gauche prolétarienne afin de préparer le procès.

Des élèves ingénieurs de l’École des mines et des médecins apportent leur témoignage sur la silicose et les circonstances du coup de grisou qui avait servi de prétexte au lancer de cocktails Molotov contre les bureaux des Houillères à Hénin-Liétard. Ce Tribunal populaire de Lens en 1970 est un succès médiatique, le surlendemain les peines sont clémentes et le Jean-Pierre Le Dantec est même libéré de la Prison de la Santé via une grâce présidentielle.