(ou Mon combat en français) est un livre rédigé par Adolf Hitler entre 1924 et 1925.

Commencé pendant les neuf mois de sa détention à la prison de Landsberg à la suite du putsch de la Brasserie, l'ouvrage contient des éléments autobiographiques, l'histoire des débuts du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) et diverses réflexions sur la propagande ou l'art oratoire. L'auteur expose, dans un style empreint de haine, la « conception du monde » du national-socialisme, avec ses composantes hégémoniques, belliqueuses mais aussi racistes et ouvertement antisémites, mêlée d'irrédentisme, d'ultranationalisme et de revanchisme. Si l'ouvrage peut être perçu comme un véritable « livre programme », les chambres à gaz (qui viennent tout juste d'être inventées aux États-Unis) n'y sont cependant pas évoquées, même si l'auteur effectue une allusion à l'utilisation des gaz de combat de la Première Guerre mondiale en lien avec la population juive d'AllemagneMein Kampf, édition originale, page 772 (éd. fr. Mon Combat, Nouvelles Éditions latines, 1934, ).Adolf Hitler explique que des gaz toxiques (comme ceux subis par des Allemands sur les champs de bataille) auraient dû être employés contre des juifs durant la Première Guerre mondiale (cité par Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert Rückerl, Les Chambres à gaz, secret d'État, coll. « Points/Histoire », éd. Seuil, 1987, , en ligne) : .

Jusqu'en 2015, le Land de Bavière, héritier d'Adolf Hitler, exerce ses droits d'auteur. Le texte entre dans le domaine public le , ce qui relance le débat sur l'opportunité de rééditer l'ouvrage.

Rédaction La rédaction de Mein Kampf répond à plusieurs motivations de l'auteurMein Kampf, manifeste de la haine. Documentaire de . ARTE . :

Emprisonné du au . à la prison de Landsberg à la suite du putsch de la Brasserie, Hitler se sent trahi. Gouverné par l'émotion et la colère, il cherche un règlement de comptes personnel ; Du fait des avocats qu'il a dû engager pour sa défense, Hitler est criblé de dettes et la perspective de droits d'auteur n'est pas étrangère à sa démarche d'écriture ; Enfin et surtout, Hitler veut s'imposer politiquement et devenir la force idéologique principale des milieux nationalistes de son époque. La rédaction d'un texte qu'il conçoit comme un manifeste est pour lui une étape obligée de son parcours politique.

Lors de son emprisonnement, Hitler tape lui-même son texte sur une machine à écrire Remington ou le dicte parfois à quelques-uns de ses camarades emprisonnés, comme Rudolf Hess et Emil Maurice.. Originellement intitulé : (« Quatre ans et demi de lutte contre les mensonges, la stupidité et la couardise »), l'ouvrage prend son titre définitif : (« Mon Combat. Un règlement de comptes ») sur une idée de l'éditeur Max AmannSource : historisches-lexikon-bayerns.de.. Les premiers lecteurs sont les fidèles de Hitler ; le succès du livre auprès des siens encourage Adolf Hitler à rédiger un second tome.

Hitler a quitté l'école très tôt et n'a pas l'habitude d'écrire, d'où un style confus ; l'ensemble est un fatras de considérations diverses avec de longues digressionsin . Pour les commentateurs de l'ouvrage comme l'Institut d'histoire contemporaine de Munich, le manque de professionnalisme de l'auteur explique aussi pourquoi on a longtemps sous-estimé la nocivité du livre, les passages les plus sulfureux étant noyés dans un ensemble mal rédigé.

Le texte d'origine a ensuite été remanié à plusieurs reprises par l'entourage de Hitler pour lui donner une forme plus cohérente et plus lisible. C'est du moins ce qu'affirme Otto Strasser, dont le frère Gregor Strasser était en détention avec Hitler à Landsberg-am-Lech, dans son ouvrage Hitler et moi (Hitler und ich) : Plus loin, le même auteur laisse entendre que Hitler n'aurait « jamais pardonné » à Bernhard Stempfle, qui fut l'une des victimes de la Nuit des longs couteaux en 1934, d’avoir relevé autant d’insuffisances dans la relecture du manuscrit.

Après sa sortie de prison en , Hitler acheta un petit chalet à l'Obersalzberg pour se « mettre au vert » : c'est là qu'il termina le second tome de son livre avec l'aide de son aide de camp Rudolf Hess.

Un succès de librairie tardif

vignette|Encart publicitaire pour Mein Kampf paru le dans le journal nazi Völkischer Beobachter.

Le premier volume est publié le ; le second le se termine avec une dédicace à son « professeur » Dietrich Eckart. À sa parution, le livre — qui coûte le prix élevé, à l'époque, de douze reichsmarks — connaît un succès modeste : jusqu'en 1929, du premier volume et seulement du secondIan Kershaw, Hitler, tome I, . sont vendus.

Après 1930, le tirage augmente fortementIan Kershaw, Hitler tome I, .. La presse nazie encourage la lecture de Mein Kampf dans des termes très clairs. Le , Hitler devient chancelier du Reich et présente son cabinet. Dès le lendemain, le , fait paraître dans le Völkischer Beobachter un encart intitulé « Le livre du jour : Mein Kampf d’Adolf Hitler » et dont le texte est le suivant : « Que va faire Hitler ? se demandent aujourd’hui des millions d’Allemands pleins d'espoir. Pour le savoir, il suffit de lire son livre. Ainsi vous connaitrez ses buts et sa volonté. Personne, ami ou adversaire, ne peut plus rester indifférent à ce livreAntoine Vitkine (sous la direction de Christophe Deloire), Mein Kampf, Histoire d’un livre, Flammarion enquête .. » Les ventes explosent et pas moins de sont écoulés dans la seule année 1933. Jusqu'en 1935, il s'en vend Ian Kershaw, Hitler tome I, .. À partir d', il devient le cadeau de mariage de l'État aux couples allemands. Ian Kershaw estime le tirage à environ d'exemplaires en allemand jusqu'en 1945Ian Kershaw, , ., ce qui représente près d'un foyer allemand sur deux. On estime qu'à cette époque un Allemand sur cinq a lu le livre, mais, habitués à une rhétorique radicale, beaucoup pensaient que ces idées fantasques ne seraient jamais mises en œuvre.

Durant le Troisième Reich, on estime à le nombre d'exemplaires vendus par Hitler, ce qui lui aurait permis d'acheter sa résidence secondaire, le Berghof, avec les droits d'auteur. Ces revenus lui permirent aussi de renoncer à son traitement de chancelier en 1933, ce qui l’aida à légitimer davantage sa prise de pouvoir. vignette|gauche|Un mariage en Allemagne en 1936. « Le chancelier Hitler a décidé d'offrir à chaque ménage, à l'occasion de leur mariage, un exemplaire de son livre Mein Kampf. » Le livre est ensuite traduit en seize langues étrangères, dont une dizaine par l'éditeur officiel. Pour des raisons politiques, les versions traduites sont souvent expurgées, modifiées ou inexactes. Par conséquent, on y trouve de nombreuses divergences idéologiques et sémantiques, parfois même jusqu'à rendre certaines versions tout à fait incohérentes et illisibles. Du reste, Hitler lui-même ne tenait pas à ce que le public étranger, notamment français, devine ses véritables intentions, et préférait la diffusion d'une version expurgée de ses passages les plus virulents.

À partir de 1933, le livre devient une référence politique et est édité en plusieurs formats. On en fait notamment une version de luxe destinée aux dignitaires nazis. Une version en braille a également été publiée.

En 2015, les ventes totales de depuis sa parution sont estimées à d'exemplaires.. Selon cette estimation, et d'après les estimations de Ian Kershaw plus haut mentionnées, d'exemplaires auraient été autorisés après la chute du Troisième Reich.

En , le site d'investigation publie une étude, d'après Bertrand Guyard du Figaro, indiquant que la version e-book de Mein Kampf serait en tête des ventes sur la librairie en ligne Amazon (où une centaine de titres sont recensés« Quand « Mein Kampf » fait (de nouveau) florès », Le Point, 10 janvier 2014.), ainsi que sur iTunes, la plus importante plate-forme de téléchargement, et ce souvent sans que le texte soit précédé d'un avertissement au lecteurBetrand Guyard, « Mein Kampf, le livre d'Hitler, bat des records sur le Net », Le Figaro, 10 janvier 2014.. L'auteur de l'enquête, Chris Faraone, fait remonter à 2008 la première version pour liseuse de Mein Kampf (en traduction anglaise), mais date ce qu'il appelle le à 2013, au moment de la sortie d'une version Kindle du livre (en traduction anglaise) pour . Montecristo Editora, éditeur brésilien d'une version à succès de l'ouvrage, indique que ses ventes ont connu une croissance soudaine à la fin de l'année 2013 et que les acheteurs sont principalement américains et européens« Mein Kampf » : un éditeur brésilien fait exploser les ventes sur internet, Le Parisien, 10 janvier 2014.. Vocativ explique ces ventes par la crise économique, le goût de l'interdit et le format numérique lui-même, qui permet au lecteur de satisfaire sa curiosité en toute discrétion. Pour Hadrien Gardeur, cofondateur de la librairie en ligne Feedbooks, cette augmentation vient de l’effet « papier kraft » encouragé par les e-books : Selon Elite Minds, autre éditeur de l'ouvrage, . Pour Robert Singer, président du Congrès juif mondial« « Mein Kampf », retour de flamme dématérialisée », Libération, 10 janvier 2014., . En France, les Nouvelles Éditions latines disposaient de l'exclusivité des droits jusqu'en 2016Marie Turcan, « « Mein Kampf » best-seller en livre numérique : « c’est l’effet papier kraft » », Les Inrockuptibles, 10 janvier 2014..

Contenu C'est tout à la fois un document autobiographique, le récit de la naissance et du premier développement du Parti nazi, et un essai et manifeste politique qui énonce les bases idéologiques du programme politique de son auteur. exprime plusieurs ambitions difficilement dissociables : le désir d'élimination des Juifs et des Tziganes au nom d'une théorie raciale, d'une militarisation expansionniste et d'un renouveau national allemand teinté de revanchisme.

Il annonce sans ambiguïté le programme du Parti nazi, fondé notamment sur la volonté de réunification des territoires à population germanique (le pangermanisme) ainsi que la nécessité de s'assurer, en Europe de l'Est, un « espace vital » allemand. Il comporte des menaces précises, qui ont fait écrire au maréchal Hubert Lyautey : .

De même, le futur pape Pie XII déclare en 1929 : vignette|Destruction d'un poste frontière lors du rattachement des Sudètes à l'Allemagne au détriment de la Tchécoslovaquie le 19 septembre 1938.

Selon Adolf Hitler : La cartographie de l'Europe, issue du traité de Versailles (« Diktat de Versailles »), est inacceptable, car elle a pour conséquence immédiate l'éclatement des peuples de culture allemande. L'Autriche et les minorités allemandes de Tchécoslovaquie et de Pologne doivent être rattachées à l'Allemagne en un seul espace géographique, le « Grand Empire » () : Pour assurer l'épanouissement du peuple allemand réunifié, il préconise la voie des chevaliers teutoniques : . Cela nécessite de réarmer le pays et d'atteindre l'autosuffisance économique par une série de conquêtes territoriales. Le nouvel essor de la nation allemande doit se faire notamment au détriment des territoires russes, des pays d'Europe centrale et danubienne, mais aussi à l'ouest, au détriment de la France qu'il considère comme « inexorable et mortelle ennemie du peuple allemand ».

Les points suivants sont traités dans le livre, mais pas nécessairement dans le même ordre.