Jean-Jacques Bel né le à Bordeaux et mort le à Paris, est un magistrat et homme de lettres français.
Conseiller au Parlement de Bordeaux, membre de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, il a contribué à la fondation de la bibliothèque publique de Bordeaux, en 1736.
Biographie vignette|Hôtel particulier de la famille Bel aux et 10bis allées de Tourny (en surélévation, au-dessus de la rue Jean-Jacques Bel sur la droite, l'observatoire des académiciens, aujourd'hui détruit)d'après Les allées de Tourny par Xavier Védère, Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, 1931, , fig. 23 et 24, .. Formation et carrière de parlementaire Jean-Jacques Bel fait ses études de 1702 à 1711 au collège des Oratoriens de Juilly. Parmi ses maîtres, Nicolas Malebranche et Pierre Nicolas Desmolets exercent une grande influence sur lui. Il y est le condisciple de son cousin Jean-Baptiste Barbot., futur président de la Cour des aides de Guyenne et membre de l'Académie royale de Bordeaux, et de Charles de Secondat, futur baron de La Brède et de Montesquieu, dont Jean-Jacques restera l'ami fidèle toute sa vie.En 1711, Jean-Jacques revient à Bordeaux pour faire ses études de droit. Il est avocat pendant quelques années, puis son père lui achète une charge de conseiller au Parlement de Bordeaux dont l'office lui est conféré par lettres patentes du Lettres patentes, Archives départementales de la Gironde 1B 42, p. 80-3. Consultables sur Commons.. vignette|Lithographie de Gustave Chariol. Il siège plusieurs années au Parlement sans affectation. En 1724, il est attaché à la Chambre des enquêtesLa Chambre des enquêtes est une des chambres d’un Parlement, chargée d’instruire les causes devant être ensuite jugées par la Grand’Chambre de ce Parlement., puis en 1726 à la TournelleLa Tournelle est une chambre de justice d'un parlement d'Ancien Régime, ainsi nommée parce qu'elle se composait de magistrats qui y venaient siéger à tour de rôle.. C'est en 1728 qu'il se fait connaître comme commissaire député de la Compagnie à Paris. Le Parlement de Bordeaux est alors en conflit avec le Bureau des finances et la Cour des Aides au sujet de l'entrée des vins en franchise dans certaines villes de la généralité, et aussi pour des questions de préséance. Le le Parlement nomme une commission dont Jean-Jacques Bel est rapporteur. Il défend le Parlement pendant six ans avant d'obtenir gain de cause avec une déclaration royale publiée le .
En même temps qu'il lutte contre la Cour des Aides, Jean-Jacques mène une autre bataille contre Claude Boucher, l’Intendant de Guyenne, au sujet de la création d'une place Royale à Bordeaux. L'Intendant a « oublié » de demander l'avis du Parlement, qui décide de s'opposer au projet. Il confie ses intérêts à son député à Paris, Jean-Jacques Bel lequel, en , rédige un ample mémoire, mais ses arguments contre le projet ne sont pas convaincants. L'envoi à Bordeaux de l'architecte du roi, Ange-Jacques Gabriel, en , tranche le différend et Bel perd son procès.
En 1731, Jean-Jacques succède à son père comme trésorier de France et garde-scel. En 1734, il est chargé de résoudre un nouveau conflit entre le Parlement et la Jurade de Bordeaux. Il s'agit d'obtenir l'annulation d'un arrêt du Conseil d’État du , qui accorde aux jurats le privilège d'une évocation spéciale à ce conseil pour les affaires concernant la ville de Bordeaux, comme pour celles les regardant personnellement dont l'effet est de les soustraire à la juridiction du Parlement.
Jean-Jacques Bel rédige un mémoire qui est transcrit in extenso sur le registre de la cour. Pour reconnaître le service rendu, le Parlement lui accorde « voix délibérative dans l'assemblée des commissions » le .
Ayant quitté sa charge de Conseiller, le , il est nommé conseiller honoraire, le , et repart à Paris poursuivre ses ambitions littéraires.
Œuvre littéraire Jean-Jacques Bel a le tempérament d'un homme de lettres. Il a même songé à fonder une société rivale de l'Académie de Bordeaux : entre 1713 et 1719, il réunit chaque mardi des amis dans la maison paternelle.
Ses séjours à Paris le mettent en contact avec les milieux littéraires de la capitale. Il fréquente les cafés qui, sous la Régence, sont devenus des lieux de réunion d'intellectuels. Dans chacun d'eux trône un « bel esprit ». Jean-Jacques Bel adopte celui de la veuve Laurent, au coin des rues Dauphine et Christine, qui est le café du poète Jean-Baptiste Rousseau. Ils deviennent amis. Bel est également l'ami de Pierre Nicolas Desmolets, de l'abbé Goujet, de l'abbé Conti et de Toussaint Rémond de Saint-Mard.
Homme des Lumières, rationaliste dans les sciences comme dans la critique littéraire, Bel se fonde toujours sur des « principes sûrs ». Par son éducation classique et sa défense de la langue française contre les « néologues », il est l'un des ouvriers des « Anciens » contre les « Modernes » dans la deuxième querelle des Anciens et des Modernes à l'époque des Lumières.
L'emploi de certains mots et la pratique d'une ironie glacée servent à authentifier certaines de ses pages non-signées.
Publications vignette|Bureau de Jean-Jacques Bel à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. En 1722, il s'attaque à un ennemi de Rousseau : Antoine Houdar de La Motte, qui vient de faire jouer Romulus, une tragédie. Bel fait paraître un Examen de la tragédie de RomulusLe texte a été réimprimé par Pierre Nicolas Desmolets dans ., critique acerbe de la pièce. Ainsi commence une série de ripostes et contre-ripostes. Bel termine avec Réponse de M. B..., conseiller au Parlement de B... à une lettre que M. Durand lui a écrite au sujet des Discours de M. de La Motte sur la poésie dramatiqueRepubliée par l’abbé Granet dans ..
En 1724, il revient à la charge avec Apologie de M. Houdar de La Motte, suivi d'un Examen de la tragédie d'Inès.. Ce dernier tract, sous couvert de défendre La Motte contre les critiques de Pierre-François Guyot Desfontaines , livre, à son tour, une critique accablante.
La revue Bibliothèque françoise ou Histoire Littéraire de la France est publiée entre 1723 et 1746.. Bel en est le principal contributeur entre 1724 et 1729.. Il prend le journal en main à la fin de 1725, et rédige la quasi-totalité des articles dont l'attribution à d'autres auteurs n'est pas explicite.. Il cesse partiellement sa collaboration à la fin du printemps 1727 et définitivement à partir de l'été 1728 ; mais des nouvelles envoyées par lui de Paris et datées du figurent à la fin de ce volume.
En 1725, il s’en prend à Voltaire. Il écrit trois Lettres à M. de ... contenant quelques observations sur la tragédie de Marianne de M. de VoltairePubliées par Pierre Nicolas Desmolets dans ., où il suggère que Voltaire ne sait pas écrire une tragédie et qu'il serait préférable qu'il se tourne vers d'autres thèmes.
En 1727, il publie Relation, de ce qui s'est passé au sujet de la réception de l'illustre Mathanius, à l'Académie françoise.. Ce discours burlesque est composé à l'occasion de la réception à l'Académie française de Jean-Baptiste de Mirabaud. Il s'inspire d'un traité paru en en 1714 à La Haye : Le chef d’œuvre d'un inconnu : poème heureusement découvert et mis au jour avec des remarques savantes et recherchées, par le docteur Chrysostome Mathanasius. Cet ouvrage de 200 pages, écrit par Thémiseul de Saint-Hyacinthe, est un commentaire sur une chanson populaire de 40 vers et une satire de l'érudition intempérante, capable d'accoucher d'un gros livre sur un sujet totalement sans intérêt. Bel en profite pour exploiter la même veine.
À Paris, Bel s'enrôle dans une société qui fait fureur sous la Régence : le régiment de la Calotte, auquel on n'y est admis qu'à condition de passer pour avoir fait quelque extravagance. Le nouveau sociétaire reçoit un brevet de calotin. Les brevets des sociétaires sont publiés dans Mémoires pour servir à l'histoire de la calotte (1752).. : En 1724, Bel publie dans la première séance des états calotins : L'oraison funèbre de Torsac, repris dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, , et suivantes.
En 1727, il fait paraître la Lettre d'un rat calotin à Citron Babet, au sujet de l'histoire des chats de M. de Montgrif.. François-Augustin de Paradis de Moncrif vient de publier son Histoire des Chats, dissertation sur la pré-éminence des chats dans la société., où sous forme de lettres il raille l'érudition pédante. Malheureusement, son texte lui-même est d'une érudition pédante et Bel ne se prive pas de le signaler.
Fervent défenseur de la langue française du , il ne peut admettre sa modification par l'introduction de mots et tours nouveaux. Il se donne pour tâche leur chasse. C'est l'origine de son Dictionnaire néologique à l'usage des beaux-esprits du siècle., dont la première édition paraît en 1726. À la suite du Dictionnaire, il a inséré l’Éloge historique de Pantalon-Phoebus, une fantaisie prétexte à railler des auteurs contemporains : Antoine Houdar de La Motte ; Bernard Le Bouyer de Fontenelle ; Marivaux ; Louis Bertrand Castel, etc. et qu'il s'est amusé à écrire dans le style néologique. Bel a joué un rôle de premier plan dans la crise néologiste qui éclata en 1720 et qui met aux prises les défenseurs de la langue classique et les novateurs. À partir de la troisième édition, Bel abandonne son Dictionnaire à Pierre-François Guyot Desfontaines, qui a fait les additions dans les éditions ultérieures.
En 1732, il publie le Nouveau Tarquin, comédie allégorique en trois actes.. Elle est inspirée par l'affaire de la Cadière et du Père Girard, qui a fait grand bruit en 1731. Le scandale est exploité contre la compagnie de Jésus, et Bel, en bon parlementaire et ennemi des Jésuites, s'en est amusé.
Bel et Montesquieu Montesquieu et Jean-Jacques Bel sont amis depuis leur passage au collège de Juilly. Ils ont entretenu leurs liens d'amitié jusqu'à la mort. De plus, pour leurs œuvres, chacun cherche et tient compte de l'avis de l'autre.
En 1726, Bel écrit : Il a envoyé le manuscrit à Montesquieu en pour avoir ses commentaires, mais les commentaires de Montesquieu, que Bel a incorporés avant publication, n'ont pas été conservés.
Il reste un exemple où l'on peut juger des rapports entre les deux hommes et de leur confiance mutuelle pour donner et recevoir des critiques. Montesquieu a écrit dans sa jeunesse une fantaisie romanesque : Histoire Véritable, fondée sur la métempsycose. Montesquieu envoie son manuscrit à Bel pour commentaires et Bel en fait beaucoup. La Bibliothèque municipale de Bordeaux conserve le brouillonde la réponse de Bel..
Montesquieu décide de ne pas publier son Histoire véritable. Ce manuscrit ne sera découvert et publié, avec les Notes de Bel, qu’en 1892.. En même temps, un érudit bordelais, Louis de Bordes de Fortage., découvre dans les archives de la famille Lainé le manuscrit que Montesquieu a envoyé à Bel pour commentaire : Histoire Véritable (manuscrit originel).. Une comparaison du texte originel, des Notes de Bel et du texte remanié par Montesquieu, publié en 1892, montrent à quel point Montesquieu tient à l'avis de Bel.
L’Histoire véritable n'est pas la seule œuvre que Montesquieu soumet à Bel pour ses commentaires. Il lui adresse le , le manuscrit de son Dialogue de Sylla et d'EucrateCharles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Dialogue de Sylla et d'Eucrate, dans Œuvres Complètes de Montesquieu, . Texte établi par Édouard Laboulaye, Garnier, 1876. Consultable sur Wikisource., pour « voir s'il est bien dialogué ». La réponse de Bel a été perdue.
La Bibliothèque municipale de Bordeaux conserve une lettrede Bel adressée à Montesquieu vers 1730.. Le sujet de la lettre, inspirée d'un article dans The Spectator de Joseph Addison, sur le thème de l'invention (découverte ou trouvaille en science), révèle chez Bel une très vive curiosité en matière scientifique.
Jean-Jacques Bel et l'Académie de Bordeaux