Lauto-édition, autoédition ou auto-publication consiste pour un auteur à être l'éditeur de ses propres ouvrages imprimés, sans passer par l'intermédiaire d'une maison d'édition. Un éditeur étant une personne qui assure la publication et la mise en vente d'un ouvrage ou plus précisément une œuvre de l'esprit. L’ouvrage peut être imprimé (livre, magazine) ou numérique (livre numérique, site web). On parle également d’auto-édition dans le cas d’albums, de contenus vidéo, de brochures et de zines produits et diffusés entièrement par leur créateur.

Il n'y a pas de définition juridique de l'auto-édition en France. En effet, l'article L. 132-1 du code de la propriété intellectuelle n'envisage l'édition que sous l'angle d'un contrat de cession de droits à charge pour l'éditeur d'en assurer la publication et la diffusion. Le terme « auto-édition » est donc parfois utilisé avec un certain flou, dans le langage courant, pour couvrir des réalités très différentes, notamment celle où l'auteur d'une œuvre se chargerait de la publication et de la mise en vente de celle-ci comme le ferait un éditeur, et celle où l'auteur d'une œuvre autorise l'acquisition de celle-ci par le biais d'une plateforme numérique sans se charger de l'impression, de la publication, de la vente et de l'encaissement direct du prix de vente. Quoi qu'il en soit, l'auto-édition se distingue de la publication à compte d'éditeur ou de l'édition à compte d'auteur. Dans le premier cas, en effet, l'éditeur se charge à ses frais de réaliser et diffuser l'ouvrage en rémunérant l'auteur selon les ventes, et dans le second l'éditeur s'en charge aux frais de l'auteur.

Que ce soit dans l’édition à compte d’auteur ou dans l’auto-édition, il n’y a pas de disparition des intermédiaires, mais les financements ne sont pas gérés par les mêmes personnes et le risque est réparti différemment. L’auto-édition peut se faire sur des sites internet. Dans ces cas-là, les auteurs ne financent pas le manuscrit en argent, mais en temps passé sur l’ouvrage en question.

L'auto-édition, d'ailleurs souvent confondue avec l'édition à compte d'auteur, a une image souvent négative ou encore véhicule une idée d'amateurisme et de petit budget, les auteurs auto-édités n’ayant pas forcément reçu de formation spécifique. Ce choix peut pourtant aussi mener à une activité professionnelle à part entière : soit lorsque l'auteur lui-même possède toutes les compétences requises, soit lorsqu'il vient s'adresser (au même titre qu'un éditeur de profession) à des professionnels pour chaque secteur de son activité. L'auto-éditeur est un éditeur comme les autres, mais qui propose un « catalogue » limité à sa production personnelle et qui doit connaître les spécificités de « son » marché.

Clientèle de l'auto-édition La clientèle de l'auto-édition peut se regrouper en trois grandes catégories :

L’auteur amateur se tourne vers l’autoédition dans le cadre de ses loisirs littéraires et s’adonne ainsi à ce qu’il est convenu de nommer des « pratiques culturelles en amateur » par le milieu des statistiques culturelles produites par les gouvernements. L’auteur amateur n’a aucune visée pécuniaire. Il investit dans ses loisirs littéraires (recherche, écriture, correction, révision, mise en page, montage des couvertures, maquettes pour imprimeur, impression d’exemplaires papier et/ou numérique…) comme le font le bon nombre d’auteurs amateurs en d’autres domaines de la culture, tels que les arts visuels, la danse, la poterie, etc. L’auteur amateur peut participer aussi à des ateliers d’écriture et des lectures publiques, devient membre d’association d’auteurs, de club de lecture… ; L’auteur entrepreneur poursuit des visées pécuniaires, soit pour tirer de l’autoédition de son œuvre un revenu d’appoint, soit pour sonder le terrain d’une carrière professionnelle et s’il y a lieu devenir un écrivain reconnu ; L’écrivain professionnel, habitué à l’édition à compte d’éditeur, choisit l’autoédition soit pour expérimenter un nouveau type d’édition, soit parce qu’il souhaite se soustraire aux exigences de l’édition à compte d’éditeur, soit pour trouver un débouché à un manuscrit refusé par son éditeur traditionnel.

Prérequis

L'auto-éditeur se doit de connaître toutes les étapes de la publication traditionnelle puisqu’il doit se substituer à l’ensemble des professionnels de l’édition et de la diffusion. Il peut toutefois choisir de faire appel à des professionnels de chaque secteur pour s’assurer d’un résultat optimal ou encore d'utiliser les services offerts par les plateformes numériques d’auto-édition.

Production

L’auteur en tant qu’auto-éditeur assume de nombreuses tâches dans le processus de création de son projet. Il doit évidemment créer le contenu du document qu’il souhaite publier. Pour ce faire, il sélectionne le traitement de texte approprié et s’occupe lui-même de la mise en page. Pour une mise en page avec des illustrations, des logiciels plus élaborés permettent un résultat plus dynamique.

En ce qui concerne la révision et la correction du manuscrit, le recours à des tiers (comme des professionnels de la correction) est souvent recommandé. En effet, les corrections peuvent se révéler des contraintes difficiles à respecter pour un auto-éditeur sans expérience.

L'impression peut être éventuellement réalisée avec une imprimante personnelle pour un petit projet, tel que la brochure ou le zine, mais le recours à un imprimeur est préférable dès que le nombre d'exemplaires devient important. La reliure est toutefois un point délicat, car le résultat n'est pas toujours satisfaisant (comme les reliures type spirale, par exemple), et celle proposée par un imprimeur est en général plus adéquate. Pour un tirage en deçà de cinq cents exemplaires, on préférera la photocopie numérique, qui fournit aujourd'hui des résultats de bonne qualité. Au-delà, il devient économiquement intéressant d'utiliser la technologie offset.

Formalités administratives et juridiques L'auteur peut vouloir identifier son livre via un ISBN (International Standard Book Number). Cela peut être obligatoire, notamment si on veut procéder au dépôt légal en France (aux termes du décret du , les numéros ISBN doivent figurer sur tous les exemplaires d'une même œuvre soumise au Dépôt légal, ainsi que sur les déclarations de dépôt de l'imprimeur et de l'éditeur) ou si on veut que son ouvrage soit présenté légalement chez des commerçants. L'auteur peut également souhaiter en acquérir un tout simplement pour que l'objet ressemble à un « vrai livre ». Chaque édition du livre doit posséder un ISBN différent. Pendant longtemps, l’obtention d’un ISBN a été complètement gratuite en France. Avec l’augmentation du nombre de demandes, l’association chargée de la distribution de numéros ISBN (Afnil) a changé de politique tarifaire et fait désormais payer l’attribution d’un identifiant éditeur une fois.

En France, le dépôt légal se limite à l'envoi d'un exemplaire. auprès de l'organisme dépositaire (la BnF, par exemple) après avoir rempli un formulaire simple.

Ce dépôt légal est obligatoire dès lors que le livre est . (Code du patrimoine), autrement dit, dès qu'il sort du cercle familial.. On peut aussi, si on le souhaite, protéger son droit d'auteur par un dépôt en ligne (payant.), mais le dépôt légal suffit normalement en tant que preuve d'antériorité. Toujours en France, dans le cas où la publication est destiné à la jeunesse, il faut aussi déposer le titre auprès de la commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence.

Il est à noter qu'en France, en vertu du droit de la propriété intellectuelle, une œuvre est protégée à partir du moment où elle est divulguée, et que par le mécanisme des conventions, cette protection s’étend à tous les pays signataires de la convention de La Haye.

Au Québec, la Loi sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec impose la remise du document à la BAnQ en deux exemplaires dans les sept jours suivant la parution. pour chacun des formats ou traductions, en sus de remettre une copie du fichier numérique. Au Canada, Bibliothèque et Archives Canada exige le dépôt en deux exemplaire de chacun des formats ou traduction d'un livre, ainsi qu'une copie du format de l'édition numérique que lorsque l'auteur effectue le dépôt légal de son oeuvre. Si l'auteur choisit de ne pas faire le dépôt légal à Bibliothèque et Archives Canada, la Loi canadienne sur le droit d'auteur prévaut. De plus, l'auteur canadien peut enregistrer sa propriété intellectuelle à l'Office de la propriété intellectuelle du Canada.

Diffusion

La diffusion est la phase sans doute la plus délicate de l'auto-édition pour une publication imprimée. Il existe différentes possibilités : choix d'un organisme de diffusion (avec les contraintes que cela implique), contacts directs avec des libraires acceptant l'ouvrage, vente directe à la suite de manifestations publiques, site internet personnel avec vente par correspondance, recours à des sites commerciaux de vente sur internet, salons littéraires L'auto-éditeur, ayant en général peu de moyens à consacrer à la promotion de son ouvrage, a tout intérêt à cibler très précisément les personnes potentiellement intéressées. Cela explique d’ailleurs la longévité de certains zines. Leur diffusion, bien que très limitée, est extrêmement ciblée. Dans le but de se faire connaître auprès de gens susceptibles de partager les mêmes intérêts, les créateurs choisissent les points de vente en fonction du thème développé dans leur zine qui sont ainsi vendus de main en main, dans des librairies et disquaires spécialisés et lors de foires consacrées à la culture du zine (Expozine).

À l’opposé, certains auteurs choisissent de s’autopublier sur des blogs ou des sites de partage de documents, tels que Wattpad, et rendent ainsi accessible leur texte en ligne gratuitement. Wattpad est une plateforme crée en 2006 par Allen Lau et Ivan Yuen. Généralement, les lecteurs et même les auteurs qui utilisent Wattpad ne sont pas les mêmes que ceux qui utilisent KDP. Wattpad est surtout à destination des jeunes, que ce soit des adolescents ou des jeunes adultes. Le plus souvent, les écrits sont publiés sous forme de feuilleton, c’est-à-dire en plusieurs fois. L’objectif est différent de celui de KDP, puisqu’ici ils cherchent surtout à interagir et créer du lien entre eux et le lecteur.

Motivations pour le choix de l'auto-édition De nombreuses raisons peuvent mener un créateur à prendre la décision de s’auto-éditer. La recherche d’une autonomie complète, la volonté d’exercer un contrôle sur tout le processus de publication et le désir d’offrir à son public un ouvrage plus personnel n’en sont que quelques exemples. L’auto-éditeur touche également un plus grand pourcentage des recettes de son œuvre de laquelle il peut décider le prix de vente. On peut rappeler, à titre indicatif, qu'en moyenne, en France, dans le milieu classique de l'édition, 55 % du prix d'un livre permet de rémunérer sa diffusion, 20 % l'impression, 18 % l'éditeur, et le reste, aux alentours de 7 %, correspond aux droits d'auteurMarc Autret, 150 questions sur l'édition, L'Oie plate, 2005.. Au Québec, ces chiffres diffèrent légèrement : l'auteur reçoit généralement 10 %, l'éditeur 30 %, le distributeur 20 % et le libraire 40 %.. L'auto-éditeur, en fonction de ses choix, a des coûts de diffusion et d'édition plus limités, mais en revanche des coûts d'impression souvent plus élevés (dus au petit nombre d'exemplaires). Il demeure qu'il peut généralement fixer un prix inférieur aux prix du marché, ce qui représente un avantage. Selon la raison qui motive leur entreprise, les créateurs poursuivent des objectifs différents qui influenceront leurs choix de production (esthétique, tirage) et de diffusion (ISBN, prix de vente, recours à un intermédiaire).