Les élections générales boliviennes de 2019 ont lieu le afin d'élire simultanément le président et le vice-président, ainsi que les de la Chambre des députés et les du Sénat de la Bolivie.

Le président sortant Evo Morales, au pouvoir depuis quatorze ans, est candidat pour un quatrième mandat consécutif. Aucun candidat n'ayant remporté l'élection présidentielle dès le premier tour selon les résultats préliminaires, un second tour au suffrage populaire est initialement pressenti pour le . L'arrêt soudain du dépouillement, suivi le lendemain soir de résultats divergents donnant Evo Morales vainqueur au premier tour, est vivement critiqué par les observateurs et entraîne une crise politique lors de laquelle l'opposition refuse de reconnaître des résultats jugés frauduleux et appelle à la mobilisation citoyenne.

Après trois semaines d'une crise politique et de violents affrontements entre opposition et forces de l’ordre, Evo Morales annonce la tenue d'une nouvelle élection présidentielle. Après des accusations non étayées de fraudes par l’Organisation des États américains et sous la pression de l'armée, il démissionne. Après la démission des trois premieres personnalités dans l'ordre de succession, le pouvoir revient à la vice-présidente de la Chambre des sénateurs Jeanine Áñez, issue de l'opposition, qui assure la présidence. Elle émet des mandats d’arrêt et fait arrêter les hauts membres du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti de Morales. Les élections sont annulées par le Parlement et un nouveau scrutin a lieu un an plus tard, après deux reports dus à la pandémie de COVID-19. Le nouveau scrutin est remporté haut la main par le candidat du MAS Luis Arce. Des études indépendantes du MIT et du New York Times révéleront par la suite que les conclusions de fraudes de l’OEA étaient fausses et reposaient sur des méthodes statistiques erronées.

Contexte vignette |gauche |Le président sortant, Evo Morales.|redresse Le président sortant, Evo Morales, est au pouvoir depuis l’élection présidentielle de 2005. Il instaure dès l'année suivante une assemblée constituante qui rédige une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en 2009. Celle-ci limite notamment à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs. Cette disposition n'est cependant pas rétroactive, ce qui permet à Morales d’être réélu en 2009 et 2014, chaque fois dès le premier tour.

Premier président à mettre en avant ses origines indigènes, Evo Morales s'attire une importante popularité avec sa politique économique, axée sur la redistribution des richesses des secteurs miniers et pétroliers vers les milieux défavorisés de la population bolivienne. Cherchant à se maintenir à la tête du pays, il fait mettre en œuvre par son parti, le Mouvement vers le socialisme, un amendement constitutionnel visant à supprimer la limitation du nombre de ses mandats : le , l'Assemblée législative plurinationale approuve la réforme par contre 41, conduisant à sa mise à référendum en . Malgré l'importante popularité du président, la proposition est rejetée par 51,30 % des voix. La tentative est en effet très mal accueillie par une importante partie de la population, qui craint une dérive autocratique.

Le , le Tribunal constitutionnel déclare inconstitutionnelle la limitation du nombre de mandats, la possibilité de se présenter à l'élection étant jugée comme faisant partie des « droits de l’homme » du candidat ; cette décision est fortement critiquée.

Système électoral

L'ensemble des scrutins se déroule simultanément, le seul vote de l'électeur pour un parti comptant pour ses candidats à la présidence, à la chambre des sénateurs, et pour ceux élus à la proportionnelle à la chambre des députés.

Président Le président bolivien est élu en même temps que le vice-président pour un mandat de cinq ans par le biais d'une version modifiée du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Si aucun candidat ne remporte la majorité absolue des suffrages exprimés lors du premier tour, ou plus de 40 % des voix avec au moins dix points d'avance sur celui arrivé en deuxième position, un second tour est organisé dans les soixante jours entre les deux candidats arrivés en tête. Est alors élu celui qui reçoit le plus grand nombre de suffrages. En 2019, la date d'organisation du second tour est fixée au .

Le mandat du président n'était auparavant renouvelable qu'une seule fois. Une décision de la Cour constitutionnelle fin 2017 a mis fin à cette clause : le président peut depuis se représenter de manière illimitée. Cette décision a lieu peu après l'échec d'Evo Morales à supprimer cette limitation en organisant un référendum constitutionnel, en , la population ayant alors rejetée l'amendement par 51,3 % des voix exprimées.

Parlement vignette|Palais du parlement. La Bolivie est dotée d'un parlement bicaméral appelé Assemblée législative plurinationale. Celle-ci est composée d'une chambre basse, la Chambre des députés, et d'une chambre haute, la Chambre des sénateurs. Toutes deux sont renouvelées simultanément pour un mandat de cinq ans.

Chaque électeur vote au scrutin majoritaire pour un candidat à la chambre des députés dans sa circonscription et vote séparément pour la liste d'un parti. Ce second vote compte pour le candidat à la présidentielle et pour la répartition des sièges de l'autre partie de la chambre des députés ainsi que de la totalité de ceux de la chambre des sénateurs à la proportionnelle.

La chambre des députés est en effet dotée de dont 70 pourvus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions électorales, tandis que les restants le sont au scrutin proportionnel plurinominal dans neuf circonscriptions correspondant aux départements du pays, en fonction de leur population lors du dernier recensement. Une fois le décompte des suffrages terminé, la répartition des se fait à la proportionnelle sur la base du quotient simple, puis selon la méthode du plus fort reste.

La chambre des sénateurs est quant à elle dotée de pourvus au scrutin proportionnel plurinominal dans neuf circonscriptions correspondant aux départements du pays, à raison de par département. La répartition se fait selon la même méthode qu'à la chambre basse.

Les candidats doivent avoir au moins pour être député, et pour être sénateur. Tous les candidats élus au scrutin majoritaire doivent avoir un suppléant du sexe opposé. De même, les listes des partis doivent alterner les candidats masculins et féminins. Sur les majoritaires, sept sont réservés aux minorités indigènes.

Campagne vignette |Le candidat et ex-président, Carlos Mesa.|redresse Les élections de 2019 sont marquées par une remise en question de la légitimité du président sortant et une montée de l'opposition, qui accuse le gouvernement de dérive autocratique. Evo Morales devrait ainsi être soumis pour la première fois depuis son accession à la présidence à une mise en ballotage pour un second tour, qui prendrait alors la forme d'un référendum sur sa personne. Une victoire de son principal opposant, le centriste Carlos Mesa, est jugée possible, celui-ci ayant réussi à obtenir sur sa candidature des ralliements en provenance aussi bien de la gauche que de la droite de l'échiquier politique. Âgé de , historien et journaliste de formation, Mesa était devenu président de 2003 à 2005, à la suite de la démission de Gonzalo Sánchez de Lozada, dont il était vice-président au cours de la guerre du gaz. En 2019, il tente de réunir une opposition divisée sur huit candidatures différentes. Outre la critique de la candidature même du président sortant, Mesa fait campagne sur les thèmes de la lutte contre la corruption, la criminalité et le trafic de drogue.

Parmi les autres candidatures de l'opposition figure celle du chef d'entreprise Oscar Ortiz, placée en troisième position par les sondages. Se réclamant de la droite, il exige le « retour de la démocratie » et choisit d'attaquer principalement Carlos Mesa, qu'il accuse d’être un faux opposant et d'avoir touché de l'argent pour être candidat.

Le pasteur évangélique Chi Hyun Chung, parfois comparé au président brésilien Jair Bolsonaro, se définit comme « un capitaliste chrétien » et considère Evo Morales comme « un centriste dirigeant un système communiste ». Il défend des positions très conservatrices, perçues comme misogynes et homophobes. Il se prononce en faveur d'un couvre-feu pour tous les mineurs, estime qu'une « femme doit être éduquée de manière à ce qu'elle se comporte comme telle » et que les homosexuels doivent recevoir des soins psychiatriques pour retrouver « leur identité sexuelle innée ».

Evo Morales fait quant à lui campagne en mettant en avant son bilan économique et la nécessité de poursuivre les grands projets mis en œuvre sous ses précédents mandats. Il bénéficie de la bonne croissance économique du pays sous son gouvernement, le pays connaissant depuis plusieurs années des taux de croissance élevés, les meilleurs de la région sud-américaine. La Bolivie atteint ainsi des niveaux records de réserve de devises étrangères et voit son PIB multiplié par trois et le taux de pauvreté divisé par deux au cours des quatorze années de sa présidence. La Bolivie connaît cependant un certain ralentissement économique dû à la chute des prix des matières premières, qui mène à une remise en cause de son système économique. Les adversaires du président sortant sont ainsi accusés de vouloir mener une politique de privatisation, Evo Morales appelant à à ceux qui voudraient et aux

Forces en présence +Principales forces politiques PartiIdéologieCandidatset colistiers Résultat en 2014 Mouvement vers le socialismeMovimiento al Socialismo (MAS)GaucheSocialisme du XXIe siècle, bolivarisme, plurinationalisme, indigénismeEvo MoralesÁlvaro García Linera61,36 % des voix Communauté civiqueComunidad Ciudadana (CC)CentreDémocratie libérale, constitutionnalismeCarlos MesaGustavo Pedraza Nouveau Parti démocrate-chrétienPartido Demócrata Cristiano (PDC)DroiteDémocratie chrétienne, conservatisme, libéralisme Chi Hyun ChungPaola Barriga 9,04 % des voix La Bolivie dit nonBolivia Dice NoCentre gauche à droiteLibéralisme économique, conservatisme sociétal, fédéralismeOscar Ortiz AnteloRubén Costas24,23 % des voix

Résultats

+Résultats des élections générales boliviennes de 2019300px300pxPartiCandidat présidentielet colistierVotes%DéputésSénateursSièges+/-Sièges+/-Mouvement vers le socialismeEvo MoralesÁlvaro García Linera 47,08 67 21 21 4Communauté civiqueCarlos MesaGustavo Pedraza 36,51 50 16 14 5Parti démocrate-chrétienChi Hyun ChungPaola Barriga 8,78 9 1 0 2 La Bolivie dit non Oscar Ortiz AnteloShirley Franco 4,24 4 28 1 8 Mouvement Troisième systèmeFélix PatziLucia Mendieta 1,25 0 0 Mouvement nationaliste révolutionnaireVirginio LemaFernando Untoja Choque 0,69 0 0 Parti d'action nationale bolivienRuth NinaLeopoldo Chui 0,65 0 0Unité civique de solidaritéVíctor Hugo CárdenasHumberto Peinado 0,41 0 0Front pour la victoireIsrael RodriquezFaustino Challapa 0,39 0 0Votes valides 95,00Votes blancs 1,45Votes nuls 3,55Total10013036Abstention 11,69Inscrit/participation 88,31

Crise politique et démission d’Evo Morales