L'amour et la psychanalyse sont deux sujets directement liés, dans la mesure où l'amour, plus précisément le discours sur eros (en français l'amour passion ou désir amoureux) est le principal sujet de la psychanalyse.

La psychanalyse constitue un outil d'analyse de l'amour, sa principale thèse consiste à dire que tout amour est narcissique, le fait d'aimer l'autre serait la manifestation de l'amour de soi. Elle appuie celle de Jacques Derrida, qui affirmait que Jacques DERRIDA, Entretien, Diagraphe, n° 42, décembre 1987 (France Culture, 1986) puisque . La psychanalyse n'est donc pas la première à avoir formulé ce point de vue sur l'amour. Toutefois, elle constitue la première discipline qui a fourni une explication sur l'origine et le fonctionnement de l'amour sous toutes ses formes.

Les raisons de l'intérêt de la psychanalyse pour l'amour

Un thème inhérent à la discipline L'amour fait partie intégrante de la psychanalyse, dans la mesure où cette dernière constitue le discours érotique par excellence, à la fois au sens contemporain du terme, axé sur la sexualité et sur le sens ancien du terme, en vigueur jusqu'à la fin du . Avant cette date, une histoire érotique se définissait comme une histoire d'amour. L'amour au sens psychanalytique, est indissociable de la sexualité ou de la pulsion sexuelle, autrement dit de la libido. Cependant, si l'amour semble être complètement intégré à la discipline, il ne fait pourtant pas partie de la définition donnée par Freud de la psychanalyse. Freud définit tout d'abord la psychanalyse comme Article « Psychanalyse » de l’Encyclopedia Britannica , mais également comme et pour finir comme . Bien que l'amour, ne soit pas inscrit dans les définitions de la psychanalyse, l'évocation des désordres névrotiques lui fait directement référence, puisque ce sentiment s'accompagne souvent de problèmes que la psychanalyse tente de résoudre à travers une cure.

L'amour comme outil de la psychanalyse L'amour se place comme un outil de la cure psychanalytique. En effet, la cure psychanalytique est fondée sur une partie théorique, à travers l'investigation des processus mentaux mais surtout sur une partie pratique, basée sur l'investigation de l'expérience du patient. En vue de les défaire de leurs troubles névrotiques, le psychanalyste va développer une relation particulière avec ses patients. Cette relation se base sur une méthode bien précise : le transfert. Le transfert désigne . Par ce processus, le psychanalyste devient pour le patient un objet d'amour, dans le cas d'un transfert positif et un objet de haine, dans le cas d'un transfert négatif.

L'amour comme objet de la psychanalyse L'amour est également un objet de la psychanalyse, dans le sens où il est le sujet le plus fréquent lors des consultations. Néanmoins, paradoxalement, les psychanalystes ne parlent pas d'amour car l'amour est en effet ce dont on ne veut pas parler et ce sur quoi on est toujours ignorant,. L'idée est qu'Conférence de Lacan « Alla Scuola Freudiana », donnée à Milan le 30 mars 1974. Les maladies psychiques seraient, au fond, toutes des maladies d'amour et la psychanalyse, et seraient, de ce fait, une "science" des empêchements et des emballements de l'amour. Cette idée est notamment reprise par Lacan, qu'il a lui même emprunté à Eraxymaque (personnage dans Le Banquet), qui affirmait que .

L'amour comme idéal de la psychanalyse L'amour constitue un idéal pour la psychanalyse. Lacan évoquait « une certaine idée de l'amour inachevé »L’éthique de la psychanalyse, titre du Séminaire VII, dispensé en 1959-1960, présent dans la cure et qui stimule cette idéalisation. Il serait en quelque sorte, le « Souverain bien » de la psychanalyse. Cependant, la psychanalyse ne nous a pas proprement légué, en effet, un « art d’aimer », un art des plaisirs ou des bonnes pratiques de l’amour, comparable à celui esquissé par Platon dans Le Banquet par exemple. Elle ne nous a pas non plus légué une « éthique de l’amour » en bonne et due forme, dans laquelle éros occuperait la place prise par agapè dans l’éthique chrétienne par exemple, même si elle fournit quelques éléments pour une éthique de ce genre-là. Il n’empêche, qu’en pensant l’homme d’abord et avant tout comme sujet du désir et sujet de l’amour, c’est-à-dire non seulement assujetti à l’éros mais fait sujet ou constitué comme sujet par l’éros, et encore en faisant du désir et de l’amour le pivot de la connaissance de soi et de la transformation de soi, la psychanalyse propose en effet aux relations humaines une sorte d’idéal érotique. De plus, si l'amour est un idéal, c'est notamment à cause de la difficulté à le saisir et à la facilité à le manquer. Ainsi, Roland Barthes affirmait que, Roland BARTHES, Le discours amoureux. Séminaire à l’Ecole pratique des hautes études, 1974-1976, séance du 8 janvier 1976 et à vouloir théoriser l'amour ou théoriser sur l'amour, on se condamnerait à le manquer. Néanmoins, s'il n'existe pas de science de l'amour, ce dernier fait partie intégrante du discours analytique, comme l'évoquait Lacan, en avançant l'idée que Lacan, Encore, Le séminaire XX, séance du 12 décembre 1972 . Finalement, on évoque l'amour, mais pas selon les critères ou les canons de la science, car LACAN, « Alla Scuola Freudiana » (30/03/1974).

L'amour psychanalytique, intimement lié à la sexualité

Un amour d'origine libidinal Pour la psychanalyse, il n'y a pas d'amour, quel que soit son objet, qui ne soit pas en son fond et en son origine libidinal, c’est-à-dire sexuel. De ce fait, Freud, utilise un seul terme « amour » (Liebe en allemand), pour désigner des relations et des expériences pourtant très différentes entre elles, dont certaines ne sont manifestement pas du tout orientées vers l’union sexuelle : l’amour entre les sexes bien sûr, mais aussi l’amour de soi, l’amour filial et parental, l’amitié et l’amour des hommes en général, ainsi que l’attachement à des objets concrets et à des idées abstraites. Il justifie cette thèse dans son essai« Psychologie des foules et analyse du moi » de 1921 :

Freud, essai "Psychologie des foules et analyse du moi.(1921) .

Ainsi, selon le point de vue psychanalytique, amour et libido, amour et sexualité sont synonymes, et parler de charité ou d'agapè (comme Saint Paul), d'éros (comme Platon) ou de philia, autrement dit de l'amitié, ne change rien à l'origine de l'amour.

Un concept de sexualité large Afin de justifier l'équivalence entre l'amour et la sexualité, la psychanalyse envisage un concept de sexualité large. La sexualité ne se restreindrait pas à l'ensemble des phénomènes qui voient le jour à la puberté, qui s’accomplissent pleinement, ou culminent, dans le coït ou l’union génitale, et qui sont essentiellement au service de la reproduction de l’espèce. Pour Freud, ce type de sexualité ne représenterait qu'une infime partie de l'ensemble des phénomènes sexuels. Elle représenterait une sexualité adulte, dite « normale » ou « naturelle ». Ce qui nous amène à évoquer la vision très normative de Freud sur ce sujet. Si la sexualité est envisagée de manière élargie, il existe néanmoins, dans la théorie freudienne, des sexualités jugées « normales » et d'autres jugées « anormales ». Tous ceux qui ne sont pas adultes et pour qui, la relation sexuelle n'a pas pour but la procréation, sont qualifiés de « pervers ». Cette réalité comprend les homosexuels, les pédophiles, les zoophiles, les fétichistes ainsi que les sadomasochistes. Sont également mis de côté les enfants, les nourrissons mais aussi les personnes se considérant comme asexuelles. De manière générale, s'il existe une dichotomie entre les sexualités acceptables et celles qui ne le sont pas, le concept de sexualité englobe tout le monde sans exception. Dès la naissance, nous serions tous des êtres sexués mais aussi sexuels. Freud, justifie sa thèse en faisait appel à l'argument de la génétique :

.

D'une part, la sexualité n'est pas réductible au seul instinct biologique de reproduction. Ainsi, un animal n'a pas de sexualité car il n'a pas de psyché, ni de conscience de soi ou même d'inconscient. D'autre part, la sexualité ne peut être résumée aux actes sexuels, puisqu'elle est avant tout, des représentations, conscientes ou inconscientes. Ces représentations ne sont pas seulement cognitives mais affectées et affectantes, dans la mesure où elles vont conditionner une certaine quantité de plaisir ou de déplaisir. Freud disait que .

Le processus de sublimation en amour

Si tout amour est libido ou pulsion sexuelle en son origine et que, par conséquent, tous nos amours sont faits de la même étoffe, il est néanmoins nécessaire de faire des différences entre nos amours. En effet, ces derniers n’ont pas tous le même objet, ni la même qualité sensuelle et affective. Ainsi, aimer une personne (que ce soit d’amitié, de tendresse ou de passion) et aimer le savoir ou l’art, le travail intellectuel ou artistique, le vrai et le beau est fondamentalement différent. Autrement dit, aimer un être concret et matériel, et aimer un être abstrait et culturel, une idée ou un idéal, recouvrent des réalités assez disparates. Cependant, la pulsion sexuelle y est toujours à l’œuvre, sinon on ne parlerait pas d'amour, mais elle a changé son but initial. En effet, celle-ci ne recherche plus la satisfaction sexuelle mais la production d'une œuvre intellectuelle ou artistique. Dans ce cas précis, Freud parle de sublimation, afin d'évoquer ce processus de transformation, ou plus précisément de déplacement de l'objet de désir, d'un corps charnel vers un autre type de corps :

Freud, La vie sexuelle, "La morale sexuelle "civilisée" et la maladie des temps modernes" (1908) .

On a ici affaire à un nouveau type de valorisation du désir, qui de bon pour un individu devient bon en soi. De plus, ce désir n'est bon pas seulement pour moi, mais pour la communauté et la culture dont l'individu concerné fait partie. Paul Ricoeur affirmait que, la sublimation est le processus psychique par lequel Paul Ricoeur, De l’interprétation. Essai sur Freud, Paris, Seuil, 1965, p. 190 et il le fait en détournant ou en déviant la pulsion sexuelle de son but initial, le plaisir sensuel, pour la mettre au service de quelque chose de plus grand que lui et qui est source de reconnaissance sociale. Ces éléments nous amènent à mettre en avant que, l'amour serait à l'origine de la cultureFreud, Le malaise de la culture, chapitre 2 , qui sort donc l’homme de son état originel de nature, dans lequel il ne recherche que la satisfaction immédiate et égoïste de son désir. Ainsi, la sublimation de l'amour serait un moyen pour l'individu, de s'affranchir du narcissisme.

Les différents types d'amour

La distinction entre Liebe et Verliebtheit