J'accuse, est un mensuel français publié pendant trois ans, du à sa fusion avec La Cause du peuple en 1972. Il est animée par une équipe de jeunes s'étant connus avant, pendant et après le mouvement de Mai 68 et réunis dans le cadre des actions du gauchisme maoïste, mais son fondateur Jean-Paul Sartre souhaitait lui donner plus de profondeur et de réflexion, par une démarche qui s'inspire de J'accuse... !, la formule d'Emile Zola pour titrer un célèbre article qui avait fédéré au début du 20ème siècle les intellectuels prenant la défense du capitaine Dreyfus lors de l'affaire Dreyfus.
Le journal est lancé avec le soutien de nombreuses personnalités des arts et de la littérature, autour de Jean-Paul Sartre et sa compagne Simone de Beauvoir, rejoints par des artistes plus jeunes et plus engagés comme Jean-Luc Godard, Agnès Varda et la journaliste Michele Manceau, tandis que Robert Linhart et André Glucksmann, gendre de la biographe de Sartre, en assurent la direction opérationnelle.
Sous l'impulsion de Benny Lévy dit Pierre Victor, « leader » de la Gauche prolétarienne, il a dans un second temps fusionné avec La Cause du peuple, le journal du mouvement maoïste de la Gauche prolétarienne et les deux titres sont accolés en haut de la première page.
La Cause du peuple avait lui-même été repris en par la Gauche prolétarienne, son nom (Garde rouge puis Servir le peuple) et son positionnement avaient été changés plusieurs fois.
Histoire L'origine et les débuts Sartre et Beauvoir brandissent l'histoire de la Gauche puis s'éloignent vignette|alt=Photographie noir et blanc de la première page d'un journal comportant 2 grandes photos et des gros titres |J'accuse, 1er novembre 1970|298x298px Le journal s'inspire de J'accuse... !, titre d'un article rédigé en 1898 par Émile Zola lors de l'affaire Dreyfus, pour mobiliser les intellectuels de l'époque, donnant naissance au concept d'Intellectuel engagé.
« Refuser de croire ce que disent les responsables officiels, donner la parole à ceux qui se taisent ou sont réduits au silence » propose le premier numéro de J’accuse, daté du La « nouvelle presse » en France dans les années 1970 ou la réussite par l'échec par Laurent Martin, dans Vingtième Siècle, revue d'histoire en 2008 .
Spectaculaire, le lancement est porté par Jean-Paul Sartre, , Prix Nobel de littérature 1964 et Simone de Beauvoir, Prix Goncourt 1954, les deux intellectuels les plus prestigieux à l'époque.
Sartre concrétise ainsi un coup double, par une référence à deux légendes de l'histoire de la gauche: l'affaire Dreyfus de 1898, moment d'explosion de la Liberté de la presse ; les protestations contre la catastrophe de Courrières (1906), à l'origine du repos hebdomadaire en France.
Le mois précédent, Sartre a présidé le Tribunal populaire de Lens en 1970, qui a établi une responsabilité patronale dans les accidents du travail dans les mines de charbon. Tenu devant à la Mairie de Lens, ce Tribunal d'opinion a été suivi par l'acquittement, le surlendemain, de deux jeunes militants qui avaient jeté une nuit des coktails molotov contre un bâtiment vide des Houillères, pour protester contre négligences à l'origine du coup de grisou qui avait causé la mort de 16 mineurs le , à Fouquières-lès-Lens.
Pour la Liberté de la presse, Jean-Paul Sartre avait accepté l'année précédente de devenir directeur de la publication des deux journaux maoïstes poursuivis, La Cause du peuple en mars puis Tout en septembre. Simone de Beauvoir a fait de même pour L'Idiot international et J'accuse.
Mais tous deux vont très vite prendre leur distance. (confusion entre J'accuse et la CDP) Dès , Jean-Paul Sartre avait exigé un un rectificatif par rapport à son communiqué de soutien, pour que la formule « j'assume tous les actes » soit remplacée par « j'assume tous les articles ». Simone de Beauvoir a fait de même l'été pour L'Idiot international. Après les deux premiers numéros de J'accuse, Simone de Beauvoir se tourne vers un projet très différent, le Manifeste des 343 femmes avouant avoir avorté, rédigé en mars- avec Gisèle Halimi puis la création avec elle en juin de l'association « Choisir la Cause des femmes ».
La prise de distance de Sartre viendra quelques mois après : en , il ne donne plus suite au projet de « Tribunal populaire contre la police ». Puis en , alors que ce projet est encore d'actualité, il ne répond pas à la Nouvelle résistance populaire (NRP) qui lui avait proposé ses services, dans un premier entretien publié par le journal, où le « chef militaire » de ce groupe qui se veut le « bras armé » de la Gauche prolétarienne, Olivier Rolin déclare que « la NRP se met au service du tribunal populaire contre la police pour exécuter ses sentences ».
Lors de l'arrestation du député Michel de Grailly, rossé dans un parking par un commando de la NRP le , sans même de Tribunal d'opinion, Sartre fera aussi savoir son désaccord, qu'il affirmera encore plus après la mort de Pierre Overney () et publiquement lors de l'affaire de Bruay-en-Artois ().
Les maoïstes en difficulté depuis le début 1970 Sartre est depuis les guerres coloniales l'ami de Jeannette Colombel, professeur au Centre universitaire de Vincennes avec sa fille et son gendre André Glucksmann. Ces deux derniers jouent un rôle rôle dominant dans ce nouveau journal de la Gauche prolétarienne. Deux des cofondateurs du groupe maoïste sont en difficulté depuis le début 1970: Serge July et Alain Geismar, figure de Mai 68, emprisonnés pour des violences contre les policiers. Un autre des cofondateurs, Robert Linhart, leader historique des maoistes avant Mai 68 vient d'effectuer un son service national difficile, dans les commandos, après en usine chez Citroën.
Alors que le département de philosophie du Centre universitaire de Vincennes, le bastion de la GP, est privé d'habilitation des diplômes depuis la mi-, au même moment, la « GP » a perdu ses deux « établis » à Renault-Flins, seule véritable implantion ouvrière en région parisienne, tandis que ses militants du Nord-Pas-de-Calais, l'autre région « forte », risquent de lourdes peines de prison.
Le 1970, Serge July et Charles-Henri de Choiseul sont arrêtés par la police pour violences à agents, avec trois autres militantsLes emprisonnements des maoïstes et la détention politique en France (1970-1971) par Jean-Claude Vimont, dans la revue Revue d'Histoire de la justice, des crimes et des peines puis condamnés le 23/ le soir même Alain Geismar et Olivier Rolin attaquent le commissariat de Mantes-la-Jolie à l'engin incendiaire: réservoir d'un car de police incendié et la grille de la cour cadenassée, Rolin et Geismar sont vus s'enfuyant vers leur voiture. Entre-temps Charles-Henri de Choiseul a été licencié de Renault Flins, comme Jean-Emmanuel Darde fin 1969 après une autre action violente. Fin janvier, Le Monde consacre trois articles à ces affaires, révélant qu'ils sont tous deux fils d'officiers supérieursLe Monde des 20, 24 et 25-26 janvier 1970 cité dans Les rencontres improbables dans « les années 68 » par Xavier Vigna et Michelle Zancarini-Fournel, dans la revue Vingtième Siècle. Revue d'histoire en 2009 , déclenchant le sarcasme de la CGT.
À la suite des de la catastrophe minière du 4 février 1970, la police arrête 6 militants pour jets de cocktails MolotovContre le siège de la direction des Houillères, la nuit, après avoir vérifié que le gardien ne risque rien. Parmi eux, Jean Schiavo et Bernard Victorri, exposés dans une autre affaire, le sabotage de plusieurs grues le aux Chantier navals de Dunkerque en réaction au décès de Francis Deloffre, , la tête écrasée par une poulie, le Luttes de classes à Dunkerque : les morts, les mots, les appareils d'État par Jean-Pierre Faye, Éditions FeniXX.
« On n'enfouit pas les armes avant d'avoir enterré les assassins », écrit alors la GP en appelant à un meeting à la Mutualité le . Deux directeurs successifs de La Cause du peuple, le journal du mouvement, sont ensuite emprisonnés : dès le , Jean-Pierre Le Dantec, directeur de La Cause du peuple inculpé de provocation au crime, d'apologie de vol, de pillage, d'incendie et de meurtre, et le de La Cause du peuple est saisi. Deux jours après, conférence de presse très dure de Serge July, qui estime que « l'idée de prendre un fusil » a « fait un bond en avant », termes qui seront utilisées par le gouvernement pour saisir La Cause du peuple et arrêter son directeur dès le Verbatim dans Le Monde du 28 mai 1970.
Le projet de journal, à l'été et l'automne 1970 Le journal est dirigé officiellement par Liliane Siegel. Quand Robert Linhart, libéré du service militaire, et André Glucksmann lancent J'accuse en , la GP leur a promis « l'indépendance du journal, pour attirer des intellectuels non maoïstes » rappelle l'historien américain Michael ChristoffersonLes Intellectuels contre la gauche: L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981) par Michael Christofferson, Éditions Agone, 2014. Le premier prendra la direction, secondé par André Glucksmann et sa compagne François RenbergLa Tribu des clercs: Les intellectuels sous la République 1958-1990 par Rémy Rieffel, Éditions Calmann-Lévy, 2014 .
Entre-temps, il a fallu recruter des plumes. Au numéro 2, le comité de rédaction réunit Robert Linhart, André Glucksmann, Françoise Remberg, Jean-Luc Godard, Agnes Varda, Charles-Henri de Choiseul, Christian Jambet, Michel Le Bris, Eliane Barrault (photographe), Francis Bueb, Michel Puech etc.
Des tensions naissent de la tentative de la GP d'infiltrer et prendre le contrôle de L'Idiot international au cours de l'été 1970, selon Gilles Susong, qui deviendra le journaliste spécialiste de l'international à J'accuse. Jean-Edern Hallier, le patron de L'Idiot international est violemment inquiet de voir ensuite la majorité de ses rédacteurs partir travailler à J'accuse, se souvient-il. De L'Idiot international viennent Jean-Claude Milner et Christian Jambet, deux « maos » qui entraînent derrière eux Barou et Bueb.
André Glucksmann est un autre ex-collaborateur de L'Idiot international. Sa compagne Françoise Remberg est la fille de Jeannette Colombel, une vieille amie de Jean-Paul Sartre. Elle se charge de le contacter dès , à la demande de Serge JulySartre l'engagé, tribune libre de Jeannette Colombel dans Libération le 11 mars 2005 , tout comme une série de personnalités qui participent au Secours rouge, association d'aide aux victimes de la répression policière fondée en .
Sa fille, Françoise Renberg-Villette, fait partie des étudiants de l'IDHEC qui ont filmé la Grève des mineurs français de 1963Interview de Jacques Kebadian puis confié les rushes à la CGT locale sans jamais les revoir, avec Michel Andrieu, Renan Pollès, Patrick Meunier et Jacques Kebadian. Devenu « Atelier de Recherche Cinématographique », ce groupe a tourné quatre films avant et pendant Mai 68. Les cinéastes Alexandre Astruc, Jean-Luc Godard, Agnès Varda et Marin Karmitz, rejoindront le journal pour ses premiers numéros avant de partir, confrontés aux militants maoistes du mouvement Gauche prolétarienne.
Selon Serge July, la moitié de la rédaction du Nouvel Observateur participait aux réunions de la fin 1970, même si une partie était surtout motivée par la curiosité envers les actions violentes et spectaculaires des gauchistes, sur le mode des coups d’éclat des résistants dans la génération précédente. Katia Kaupp et Mariella Righini hésitent. Finalement, seule Michèle Manceaux sautera le pas, la journaliste du Nouvel Observateur qui avait publié deux ans plus tôt l’entretien controversé avec Judith Miller sur le contrôle des connaissances des étudiants, après la fermeture par le gouvernement du Centre universitaire de Vincennes. Le peintre Gérard Fromanger participe aussi aux réunions préparatoiresGénération tome 2. Les années de poudre, par Hervé Hamon, Patrick Rotman.