est un film japonais réalisé par Keisuke Kinoshita et sorti en 1947.

Synopsis Fumie s'est fiancée à Tsumoru avant que celui-ci ne parte à la guerre ; il est resté absent trois ans, et bien qu'il soit revenu depuis un an et demi, le couple n'est toujours pas marié. En cette période de chômage endémique, Fumie et sa sœur cadette Kimiko sont les deux seuls membres de la famille Matsukawa à travailler, et leurs maigres salaires ne permettent à la famille que de vivre chichement. Fumie ne peut pas se permettre de se marier et de quitter la cellule familiale dans ces conditions, car celle-ci dépend de ses revenus. Tsumoru fait contre mauvaise fortune bon cœur et attend patiemment que la situation s'améliore.

La chance semble enfin tourner lorsque Kōhei, le père de Fumie, comptable au chômage après trente ans dans la même entreprise, retrouve Shimamoto, un ancien subordonné qui tient désormais un restaurant à Ginza. Ce dernier lui promet de l'embaucher. Mais le bonheur est de courte durée : Kōhei, homme intègre, découvre lors d'un dîner avec Shimamoto que celui-ci s'est enrichi par des pratiques commerciales malhonnêtes — typiques de l'économie grise de l'Occupation — et refuse tout net de participer à l'entreprise. Cette intransigeance provoque la colère de Keiji, le jeune frère de Fumie, qui voit s'effondrer la perspective d'une stabilité familiale.

Bien que Tsumoru répète qu'il comprend les exigences de la situation et qu'il attendra aussi longtemps que nécessaire, il est lui aussi soumis aux pressions de sa propre famille. Sa sœur aînée, Fujie, monte de Kyūshū pour lui rendre visite et lui apprend que leur mère, qui ne se relève plus de son lit, n'a qu'un souhait : voir son fils cadet marié avant de mourir. Elle apporte avec elle la photo d'une jeune fille du village qui ferait une bonne épouse.

Fumie se trouve déchirée entre son devoir envers ses proches, qui dépendent presque entièrement d'elle, et son désir romantique de devenir l'épouse de Tsumoru. Estimant qu'il serait plus responsable, ou simplement moins pénible, de mettre définitivement un terme à ses fiançailles afin que Tsumoru puisse au moins avancer de son côté, elle décide de rompre — ce qu'elle lui annonce à la sortie d'un cabaret où ils sont allés danser une dernière fois.

Le soir même, Tsumoru reçoit un télégramme l'appelant en urgence au chevet de sa mère mourante et demande à Fumie de l'accompagner. Kōhei renonce alors à son intransigeance : il annonce à la famille qu'il acceptera désormais n'importe quel travail et donne sa bénédiction au mariage. Le départ pour Kyūshū se transforme en voyage de noces. La famille fait ses adieux à Fumie, qui s’éloigne sous une neige légère pour rejoindre Tsumoru à la gare.

Fiche technique

Titre français : Le Mariage Titre original : Titre anglais : Marriage Réalisation : Keisuke Kinoshita Histoire originale : Keisuke Kinoshita Scénario : Kaneto Shindō Photographie : Lumière : Ryōzō Toyoshima Son : Hisao Ōno Montage : Yoshi Sugihara Direction artistique : Tatsuo Hamada Musique : Chanson-thème : « Toi, mon unique » , paroles de Saijō Yaso, musique de Chūji Kinoshita, interprétée par (Nippon Columbia) Production : Tatsuo Hosoya Société de production : Shōchiku Pays d'origine : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — 1,37:1 — 35 mm — son mono Genre : mélodrame Durée : 86 minutes [85 minutes selon NFAJ] (métrage : 9 bobines — 2358 m) Date de sortie : Japon :

Distribution

Kinuyo Tanaka : Fumie Matsukawa Ken Uehara : Tsumoru Sugawara, le fiancé Eijirō Tōno (troupe ) : Kōhei Matsukawa, le père de Fumie au chômage Chieko Higashiyama (troupe ) : Fukiko Matsukawa, la mère de Fumie Kuniko Igawa : Kimiko Matsukawa, sœur cadette de Fumie, salariée Shōzō Suzuki : Keiji Matsukawa, jeune frère de Fumie, étudiant Eitarō Ozawa (troupe ) : Shimamoto, l'ancien subordonné de Kōhei devenu patron de restaurant Sachiko Murase (troupe ) : Fujie Sugawara, la sœur de Tsumoru Teruko Kishi (troupe ) : la logeuse de Tsumoru Yukiko Kuji : Kiyo

Autour du film

Kinuyo Tanaka et Ken Uehara formaient déjà le couple-vedette de Katsura, l'arbre de l'amour (Hiromasa Nomura, 1938), film qui avait été l'un des plus grands succès commerciaux du cinéma japonais d'avant-guerre — au point de devenir, selon la Shōchiku, le déclencheur d'un véritable « engouement national » autour du tandem. Au cours d'une promenade en ville, le couple croise des manifestants chantant le (Mēdē-ka), composé en 1922 sur l'air d'un chant militaire et devenu l'hymne officieux du mouvement ouvrier japonais — interdit pendant la période militariste, il retrouve les rues dès le premier 1er Mai d'après-guerre, en 1946. Sur les banderoles, le slogan dominant — — renvoie à la revendication centrale des syndicats face à l'hyperinflation de 1947. Cette séquence inscrit la romance dans le décor exact du Japon de l'Occupation et illustre la manière dont Kinoshita imbrique chronique sociale et mélodrame intime. Lors d'une scène de cabaret, la chanson-thème « Toi, mon unique » est interprétée par la mezzo-soprano , accompagnée par l'orchestre . Fumie, qui ne sait pas danser, regarde Tsumoru évoluer dans les bras d'une autre danseuse, puis finit par se joindre à lui : il la guide d'abord, puis la prend dans ses bras. Soudain, elle s'enfuit du cabaret ; rejointe par Tsumoru, elle lui annonce qu'elle veut rompre. La chanson, dont les paroles décrivent une femme attendant en vain celui qu'elle aime (« Le printemps est venu, mais les fleurs sont déjà tombées… L'amour d'une femme ne vient qu'une fois »), fonctionne ainsi comme un monologue intérieur extériorisé pour Fumie.

Distinction 1947 : Prix Mainichi de la meilleure actrice pour Kinuyo Tanaka pour ce film, L'Amour de l'actrice Sumako de Kenji Mizoguchi et Le Phénix de Kinoshita. Notes et références

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