La bataille de Shen-Liao est un conflit militaire entre les Jin postérieurs et la dynastie Ming. Au début de 1621, Nurhaci, le khan des Jin supérieur, envahit le Liaodong et s'empare des villes de Shenyang et Liaoyang aux dépens des Ming.
Situation avant le début du conflit vignette|Xiong Tingbi
Le , Nurhachi, le Khan des Jin postérieurs, entre ouvertement en rébellion contre la dynastie Ming, dont il était théoriquement le vassal, en proclamant ses Sept Grandes Causes d'irritation, qui sont autant de raisons de rejeter la tutelle Ming sur la Mandchourie.
Ayant préparé sa révolte de longue date, Nurhaci enchaîne les victoires contre les troupes chinoises. Après avoir vaincu les Ming lors des batailles de Fushun, Qinghe, Sarhu, Kaiyuan et Tieling, il met au pas le clan Yihe, ses derniers rivaux au sein du peuple Jurchen, en s'emparant de Xicheng, leur capitale.
Après cette victoire, Nurhaci et ses conseillers commencent à planifier la conquête de Shenyang, dont ils veulent faire la nouvelle capitale de la dynastie. En préparation des batailles à venir, Nurhaci commence à courtiser les tribus mongoles voisines, dont les chefs, ainsi que de plus en plus d'officiers Ming, font défection pour intégrer sa bannière. Ces transfuges étaient récompensés par des terres, des titres, des fermes, des esclaves, du bétail et de l'argent selon leurs grades et leur contribution à l'effort de guerre. Pour attirer encore plus de Mongols, Nurhaci souligne particulièrement que les Ming sont leur ennemi commun et que les peuples Jurchens et Mongols partagent des origines similaire en Asie centrale. Le reste de l'année 1619 est consacré à sceller des alliances, chacune étant célébrée par des fêtes rituelles, alors même que les Jin souffraient de la famine. Les ouvertures de Nurhaci n'ont pas été partout couronnées de succès, certains Mongol étant méfiants envers ces Jurchens assumant l'héritage d'une dynastie que leurs ancêtres avaient détruite après un long conflit. C'est ainsi que Ligden Khan, le Khan des Yuan du Nord, préfère tuer les envoyés des Jin, tandis que certaines tribus mongoles se tournent vers les Ming.
Pendant ce temps, la Cour Impériale Ming nomme Xiong Tingbi au poste de Commissaire aux affaires militaires du Liaodong. La stratégie de Xiong est de renforcer davantage les défenses des Ming et d'apaiser les inquiétudes du peuple. Son raisonnement est que tant que les habitants du Liao comprendraient leur importance en tant que sujets protégés des Ming, ils s'abstiendraient de rejoindre les Jin. Xiong souligne qu'il est nécessaire que les sujets des Ming se sentent valorisés, si l'on veut qu'ils contribuent à l'effort de guerre. L'une de ses premières actions après son arrivée au pouvoir est de punir immédiatement les déserteurs. C'est ainsi que plusieurs commandants Ming, ainsi que Li Ruzhen, qui avaient fui lors de la bataille de Tieling, sont capturés et exécutés.
Xiong estime que Nurhaci a environ sous ses ordres, alors que, sur le papier, il y a Ming dans la région du Liaodong. Cependant, Xiong déduit des résultats de ses inspections personnelles que seulement sont disponibles dans tout le Liaodong et qu'une grande partie d'entre eux sont inaptes au service. Pour financer le rajeunissement du commandement militaire du nord-est, Xiong demande au ministère du Revenu de lui verser 1,2 million de taels. Le ministère lui promet taels et n'en envoie que . Après beaucoup de harcèlement et de condamnation de la part de Xiong, le ministre de la Guerre suggère qu'il serait possible de puiser dans les fonds habituellement alloués aux régions locales et d'obtenir des contributions des maisons nobles, des chefs autochtones et des bureaucrates. Finalement, Xiong reçoit en tout taels.
Avec la moitié des fonds qu'il avait demandés, Xiong fait fabriquer des chariots de guerre et des armes à feu et réparer les douves et les murs des forteresses. Le ministère de la Guerre est chargé de produire canons. Environ charrettes de ravitaillement, tirées par bœufs arrivent au Liaodong au cours de l'hiver 1619. Outre les 1,2 million de taels qu'il avait demandés, Xiong a également plaidé pour le transfert de d'autres régions vers le Liaodong afin de mettre en place une ligne défensive allant de Fushun à Fort Zhenjiang. Cette demande est approuvée par la Cour, qui envoie des ordres de transfert de troupes à faire exécuter immédiatement. L'exécution de ces ordres a rencontré des difficultés considérables, comme dans le cas des qui avaient été affectés au fort Zhenjiang et qui se sont mutinés.
Xiong estime qu'il n'est pas sage de vouloir défendre Shenyang, qui, bien qu'étant une grande ville, est située au milieu de plaines vides et donc plus vulnérable aux attaques. D'autres font valoir qu'une telle cité ne pouvait pas être abandonnée à la légère.
Les plans de Xiong Tingbi sont attaqués par un officiel venant du sud, Yang Sichang. Yang soutient que les plans de Xiong sont peu fiables et coûteux, surtout en ce qui concerne le transport des soldats sichuanais jusqu'à la frontière nord-est. Selon Yang, pour réaliser tous les plans de Xiong, ce n'est pas 1,2 million de taels qui sont nécessaires, mais , pris directement dans le coffre impérial de Taicang. L'empereur Ming Shenzong ne tient pas compte de la suggestion de Yang de retirer des fonds du coffre de Taicang, et augmenta les impôts au début de 1620, dans l'espoir d'augmenter ses revenus à de taels. L'augmentation des impôts n'a pas été appliquée de façon uniforme dans l'ensemble de l'empire ; certains endroits, comme le Guizhou, ne connaissent aucune augmentation, tandis que d'autres ont assumé la majeure partie du fardeau.
Reconnaissant que le seul avantage de Ming sur les Jin est la puissance de feu, Xiong choisit de ne pas adopter une position agressive et de simplement fortifier et reconstruire les murs et les douves de la forteresse. Xiong espère qu'en améliorant progressivement les positions défensives du Liaodong, les Ming pourront regagner le terrain perdu sans engager les Jin dans des batailles en rase campagne. Pendant le mandat de Xiong, le Liaodong est de nouveau sécurisé et de nombreux réfugiés ont pu rentrer chez eux. Le commerce reprend du poil de la bête et les attaques des Jin diminuent considérablement. Cependant, l'effort de renforcement militaire s'arrête lorsque le Shandong est frappé par la famine et que la Cour est forcée de réduire les impôts. Pendant ce temps, les troupes Ming du Liaodong sont constamment gênées par le manque de ravitaillement et de rations, alors que les Jin effectuent des raids sur les stocks de céréales.
L'empereur Shenzong meurt le et l'empereur Ming Guangzong lui succède. Guangzong débloque immédiatement un million de taels pour financer la défense du Liaodong, mais, Li Ruhua, un haut fonctionnaire de la Cour, estime que c'est une somme de 1,6 million de taels qui serait nécessaire pour alimenter correctement l'armée orientale. Le ministère du Revenu donne une estimation encore plus sombre de de taels, et peut-être même de taels après comptabilisation du gaspillage. Le renforcement militaire du Liaodong a également un impact sur les défenses de la capitale, la garnison de Pékin étant passé de à . Malheureusement pour Xiong Tingbi, le changement d'empereur a également entraîné de nouveaux problèmes sous la forme de calomnies judiciaires visant ses réalisations. Liu Guojin, qui avait été destitué par Xiong pour avoir recruté les soldats qui s'étaient mutinés à Fort Zhenjiang, a organisé une faction et fomenté un complot pour calomnier Xiong en l'accusant de perdre des territoires et de lâcheté au combat. Xiong nie en bloc les accusations de Guojin, mais il finit par décider de démissionner avant d'être arrêté et quitte son poste de Commissaire aux Affaires militaires.
Yang Sichang s'occupe alors de calculer les revenus et les coûts de la défense du Liaodong. Il estime que les et les montures du Liaodong coûtent à la Cour environ de taels par an. Pour compenser ces coûts, il suggère d'établir des fermes militaires, pour qu'au moins les chevaux puissent être nourris avec des aliments locaux. Yang recommande également l'introduction d'une nouvelle échelle salariale basée sur le grade des soldats afin de mieux les motiver et de réduire les coûts. Les soldats sont divisés en cinq classes, la classe supérieure gagnant 2,5 fois plus que la classe inférieure.
L'empereur Guangzong meurt d'une mauvaise diarrhée un mois après son entrée en fonction, et l'empereur Ming Xizong lui succède. Yuan Yingtai est promu Commissaire aux Affaires Militaires du Liaodong et adopte une position agressive envers les Jin. Contrairement à son prédécesseur, Yuan souhaite courtiser les Mongols et ajouter leur force à l'armée Ming. Il croit qu'avec l'aide des Mongols, non seulement il pourrait protéger Liaodong, mais aussi lancer une invasion du territoire des Jin et mettre fin à la menace une fois pour toutes. Selon Yuan, les Mongols sont essentiellement des "cavaliers d'élites libre". Alors que certaines factions sont très sceptiques sur ce point, l'attrait d'une action décisive finit par l'emporter, et l'empereur Xizong débourse de taels pour persuader les Mongols de joindre leurs forces à celles des Ming.
Déroulement des combats
500px|vignette|Bataille de Liaoyang, 1621.
Au début de l'an 1621, les Jin attaquent la région du Liaodong et prennent la forteresse de Fengjibao, près de Shenyang. Nurhaci lance cette attaque avec les troupes des huit bannières. Le commandant de Fengjibao, Li Bingchen, sort des murs de la forteresse avec , pour aller à la rencontre de l'ennemi. Une des bannières attaque les troupes de Li, qui réussissent à tuer un officier Jin avec un coup de canon, avant de battre en retraite. Nurhaci fait reculer ses troupes jusqu'à ce qu'elles soient hors de portée de tir des canons Ming et installe son campement près de Fengjibao. Des éclaireurs Ming essayent d'espionner les camps Jin cette nuit-là, mais ils sont capturés et exécutés. Le lendemain, Li essaye d'engager à nouveau le combat contre l'armée Jin avec ; mais la bataille se termine par une défaite totale pour Li et les Jin prennent Fengjibao.
De Fengjibao, l'armée Jin avance vers Shenyang et lorsqu'ils atteignent les rives de la rivière Hun, les soldats de Nurhaci érigent des défenses et installent leur campement.
He Shixian et You Shigong, les commandants de la garnison de Shenyang, font creuser des douves et ériger des palissades autour de la ville. Des canons et des armes à feu sont déployés. Ne voulant pas affronter la puissance de feu des Ming de front, Nurhaci choisit de mener des raids à la périphérie de la ville et de piller les environs. Son but est de faire sortir les défenseurs de Shenyang des murs de la ville pour les affronter en terrain découvert. Cette tactique fonctionne parfaitement, car He Shixian sort de Shenyang avec un contingent de , pour engager le combat contre les Jin. La petite troupe est rapidement encerclée et les soldats Ming sont obligés de se frayer un chemin jusqu'à la porte ouest de la ville, mais ils n'arrivent pas à rentrer dans la cité. He Shixian meurt durant les combats, le corps transpercé par quatre flèches. De son côté, You Shigong essaye de le sauver, mais ses troupes sont vaincues et il meurt durant les combats. Les deux commandants étant morts, les défenses de Shenyang s'effondrent et les troupes Jin prennent rapidement la ville.
Nurhaci part ensuite intercepter un contingent de secours Ming, près de la rivière Hun. Les piquiers lourds de Chen Ce, le commandant des troupes Ming, sont contournés sur leurs flancs par la cavalerie Jin et repoussés dans la rivière, où ils se noient. Les troupes Ming restantes se rallient et attaquent Jin, qui doivent battre en retraite. Voyant cela, Daišan, le fils de Nurhaci, attaque la colonne Ming et brise leur moral. Les troupes chinoises s'enfuient, pendant que l'armée Jin les poursuit sur une certaine distance avant de retourner à Shenyang.