Sonnenschein est un roman croate de Daša Drndić, publié en 2007.

Il est traduit et édité en français par les Éditions Gallimard en 2013.

Titre Le titre, Sonnenschein, non traduit en général, signifie ensoleillement, au sens d' éclairement (scheinen) par le soleil (Sonne), sans éclat ni insolation, mais comme lumière solaire posée sur quelque chose resté (trop longtemps) dans l'ombre ou l'obscurité.

(en exergue, extrait de Jorge Luis Borges).

Texte et contexte

L'auteur présente le texte comme un roman documentaire au sens de roman habité par l'Histoire, comme U.S.A. (1933, John Dos Passos), Classé sans suite (2015, Claudio Magris), Retour à Lemberg (2016, Philippe Sands), ou Dora Bruder (1997, Patrick Modiano), Goetz et Meyer (1998, David Albahari), et quelques autres. Le texte est ainsi, aussi et d'abord, une synthèse d'une compilation de sources, menant à diverses quasi-vérités individuelles (subjectives) au milieu d'informations totalement vérifiables, parce qu'historiquement objectives, au sens de corroborées par des documents authentiques, comme dans une enquête d'investigation (historique ou policière).

Le narrateur, extérieur à l'action, impliqué, anonyme, double de l'auteur, mène une longue et patiente enquête d'historien, pour établir et transmettre le parcours de vie du personnage principal, sur des bases objectives, archives (familiales, locales, régionales, nationales et internationales). Il reconstitue ainsi ce que individus, familles et communautés ont cru pouvoir (ou devoir) taire (ou occulter, ou oublier) : dévoilement, mise en lumière, révélation, au sens d'Aufklärung, Haskala ou Lumières : ().

Dans cette quête, sont évoqués, au gré des pistes qui s'ouvrent ou se referment, les lieux et centres d'archives suivants : les Archives fédérales (Allemagne), de Berlin-Lichterfelde (), le Service central d’enquêtes sur les crimes nationaux-socialistes de Ludwigsburg (), le Service international de recherches (ITS) de Bad Arolsen, à l'accès réservé aux seules personnes habilitées par le Comité international de la Croix-Rouge, et dont les archives sont accessibles seulement depuis 2006 aux historiens non-CICR (), le de Laakirchen (Gmunden, Haute-Autriche), un des centres Lebensborn (), les archives du Vatican, surtout les Archives secrètes du Vatican (), et autres, dont des sites internet, remerciés et référencés ().

(). Le terme français de suiveur, au sens de conformiste, rendrait bien compte de ce concept de Mitläufer.

Parmi eux, ceux qui ont pris leur carte au parti nazi (dont Herbert von Karajan ou Gustav Schwarzenegger, père d'Arnold Schwarzenegger ()) ou au parti fasciste : ().

Ou encore la hiérarchie de l'Église catholique, dont les papes Pie XII (Pacelli), Jean XXIII (Roncali) et Benoît XVI (Ratzinger, ou Rottweiler), quand il s'agit de protéger (restituer ou ne pas restituer) les enfants juifs baptisés pendant la guerre ().

Parmi les dossiers, outre ceux prévisibles et réduits d'Adolf Hitler, Martin Bormann et de Benito Mussolini, celui des autorités allemandes locales de l'époque, dont l'Obergruppenführer Friedrich Rainer (1903-1947) (, Odilo Globocnik (1904-1945), Franz Stangl (1908-1971), Kurt Franz (1914-1998), avec leur passé, par exemple à Treblinka et leur parcours (pour certains) après guerre (dont Horst Schumann), et la (, Centre d'extermination nazi de Pirna-Sonnenstein), avec la courte biographie d'une trentaine d'entre eux (), toutes personnes qu'a pu fréquenter le personnage principal à la Casa Germanica, 15, , Trieste.

Le procès de la Risiera di San Sabba se tient enfin en 1976 : ().

Les recherches sur le programme secret Lebensborn (Fontaines de vie) s'avèrent difficiles, mais des enfants Lebensborn se rencontrent : Hans Traube (), Beate Niemann (fille de Bruno Sattler), Aloizy Twardescki, Alexander Peters... avec la figure aryenne de la propagande nazie, Hessy Levinsons Taft, et le passeur-catalyseur de la colère, Thomas Bernhard (1931-1989), de Gmunden.

Et tellement d'enfants de ces années-là ont été traumatisés, disloqués : Helga Schneider, Karl-Otto Saur (fils de Karl Saur), Serge Klarsfeld, Beate Klarsfeld-Künzel (), et Michael Frank (fils de Hans Frank), Tom Stoppard, Madeleine Albright ().

Le texte est illustré d'images d'époque (dessins, photographies) concernant camps, bâtiments disparus, actrices de cinéma (Kristina Söderbaum, Käthe von Nagy, Marika Rökk...), auteurs (Felix Salten et son Bambi, Karl May, ), mais aussi le salon Kitty, la poupée Borghilda (), les poupées de Nuremberg () Ces poupées des camps ressemblent à celles de Bellmer, mais en plus petit, dit Jarmusch. Qui est Bellmer ? demande Haya (), le cépage picolit ().

Parmi les personnes citées réputées innocentes : Romain Rolland (1866-1944), Umberto Saba (1883-1957), Carlo Michelstaedter (1887-1910), Jean Giono (1895-1970) (), (1897-1943), Hans Bellmer (1902-1975), Renato Caccioppoli (1904-1959), Zoran Mušič (1909-2005), Franco Basaglia (1924-1980), Claude Lanzmann (1925-2018), Pierre Goldman (1944-1979)... Les personnages de Kierkegaard, Pound ou Aldo Moro, soulèvent d'autres questions.

Trame narrative Le récit s'achève (presque) le (), à Gorizia, où réside une vieille dame fictive, Haya Tedeschi, née le à Gorizia, () : (incipit, ) un signe positif concernant la disparition de son enfant unique, Antonio Toni Tedeschi, né à Görz (Adriatisches Küstenland / Côte adriatique, 1943-1945) le , enlevé le , lors de la fin de la zone d'opérations de la côte Adriatique.

Avant la naissance, elle a été jeune, amoureuse, heureuse peut-être, même en temps de guerre. Depuis la disparition de son enfant, elle vit, ou survit, travaille, rencontre des gens, se tait, écrit à la Croix-Rouge.

L'autre date importante pour le personnage principal, professeure retraitée de mathématiques, est 1991, époque où elle reçoit un courrier d'un ancien élève () : Roberto Piazza, qui s'occupe d'illustrer un livre sur les notabilités de Gorizia, lui reproche son silence obstiné (à l'époque 1971-1976) sur le passé récent de Gorizia, et particulièrement sur le sort du mathématicien napolitain Renato Caccioppoli (1904-1959, ), et lui envoie un exemplaire du petit livre de Claudio Magris, Une autre mer (Un altro mare, 1991), qui lui a permis de comprendre qu' (), dont une partie de sa famille disparue à la Risiera di San Sabba, tout comme 43 membres de la famille Tedeschi. Il joint la liste de , citée intégralement (). À partir de là, la retraitée, grâce à un ordinateur, puis par internet, peut reprendre espoir, revisiter son passé, affiner ses recherches : (). Et pourtant, dès 1976, elle est partie visiter la Risiera di San Sabba avec un appareil photo.

Enfant, elle suit sa famille, confiante dans les autorités italiennes, de l'Empire colonial italien à la République sociale italienne (RSI, ou République de Salò), en spectateurs aveugles. Adulte puis retraitée, elle lit énormément, accumule les fiches sur la famille (arbres généalogiques des Baar et des Tedeschi ()), les lieux (Gorizia/Görz, l'Isonzo/Soča, l'Albanie, Milan, Trieste), les camps (Auschwitz, Treblinka), les centres de ressources, les personnes. Elle cumule les enterrements, dont celui de sa mère, Ada Baar, amie de Umberto Saba, à l'hôpital psychiatrique de Gorizia.

De son côté nord des Alpes, pas si loin de l' Alpenland (autre nom du Château d'Oberweis, Gmunden, Autriche), le jeune Hans Traube, très officiellement né le à Salzbourg (), photographe, informé par sa mère adoptive avant de mourir, recherche sa véritable mère : ()...

Personnages Haya Tedeschi (1923-), Ada Baar (1900-1962), mère d'Haya, Nora, Paula, Oreste, et la parenté Baar (et Brasic), Florian Tedeschi (1899-1972), père d'Haya (etc), et la parenté Tedeschi (et Finzi), Antonio Toni Tedeschi (1944-)...

Éditions Sonnenschein (Éditions Gallimard, 2013), Trieste, pour la traduction en anglais

Réception Les réceptions à ce roman sont favorables, qu'elles soient anglophones.https://www.kriticnamasa.com/autor_en.php?id=2., italophones. ou francophones...https://www.postmemory.net/wp-content/uploads/2013/06/Quinzaine_1085.pdf.

 Récompenses

2007 : Prix Kiklop 2007 2007 : Prix Fran Galović 2007                      

Notes et références

Annexes Articles connexes Littérature croate Devoir de mémoire Histoire des Juifs en Italie, Histoire des Juifs en Croatie, Histoire des Juifs en Slovénie Shoah en Italie, Risiera di San Sabba Gorizia (frontière italo-slovène), Trieste, Vlora (Baie de Valona, Albanie)

Liens externes Sur le site Passage à l'Est Sur le site Université de Liège Sur le site Nouvelle Quinzaine Littéraire

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