Monique Pinçon-Charlot, née Monique Charlot le Notice d'autorité personne sur le site du catalogue général de la BnF. à Saint-Étienne., est une sociologue française et militante politique. Elle est directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), au Centre de sociologie urbaine., jusqu'à son départ à la retraite en .

Durant toute sa carrière, elle travaille en collaboration principale avec son mari Michel Pinçon, également sociologue. Ensemble, ils écrivent la majeure partie de leurs ouvrages qui traitent des classes supérieures de la société (en particulier de la grande bourgeoisie parisienne), à travers des concepts tels que la ségrégation urbaine, l'homogamie ou encore la reproduction sociale.

Biographie Origines et vie personnelle Fille du procureur de Mende (Lozère), devenu procureur général de la Cour de sûreté de la République en , Monique Charlot est issue de la bourgeoisie de province.

Elle grandit en Margeride, près de Saint-Alban-sur-Limagnole, petite commune qui abrite le centre hospitalier François-Tosquelles où a été inventé la psychothérapie institutionnelle, dont elle se revendique aujourd'hui..

Mariée au sociologue Michel Pinçon, issu pour sa part d'un milieu ouvrier de Charleville, ils ont eu un fils en 1974.

Carrière en commun avec son mari vignette|gauche|Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, en . Après leur rencontre en , ils s'installent au Maroc pendant deux ans, où ils enseignent le français, tirant de cette expérience un seul et même mémoire de maîtrise de sociologie portant sur les fonctions de classe du français dans le Maroc indépendant. (qu'ils soutiennent individuellement à l'université libre de Vincennes en ). Leur superviseur, Jean-Claude Passeron, deviendra par la suite l’un de leurs principaux inspirateurs, avec Jean-Claude Chamboredon et surtout Pierre Bourdieu..

En , ils intègrent le Centre de sociologie urbaine (une association de recherche qui devient un laboratoire du CNRS en 1978). Huit ans plus tard, à la suite de la lutte sur les « hors-statuts » à laquelle ils ont participé, ils sont intégrés comme attachés de recherche au CNRS, au sein duquel ils intensifient leur collaboration (à partir de ) et réalisent de nombreux travaux portant essentiellement sur la bourgeoisie et Paris, ceci jusqu'à leur retraite commune en . Dès lors, , ils publient des ouvrages plus engagés politiquement dont certains sont devenus des succès de librairie ( en pour Le Président des riches).

Décoration : (nommée après de services au sein du ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche)Décret du portant promotion et nomination, Journal officiel de la République française, , , texte , NOR PREX1429881D, sur Légifrance.

Les sociologues et leur objet Ayant débuté leur carrière professionnelle par l'étude de certains phénomènes urbains liés à la division sociale de l'espace, le centre d'intérêt des chercheurs s'est peu à peu déplacé sur un objet d'étude plus sensible et difficile d'accès : les familles fortunées de l'aristocratie et de la bourgeoisie ancienne en tant que problème social. En raison peut-être des obstacles qui empêchent l'étayage sociologique de cette question, les travaux qui y font référence sont alors rares, tout comme les financements permettant de les réaliser : Quoi qu'il en soit, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon obtiennent des crédits et parviennent, grâce à Paul Rendu (alors directeur de leur laboratoire, le Centre de sociologie urbaine, et lui-même issu de la grande bourgeoisie), à s'introduire dans ce milieu habituellement très fermé.

Après dix ans d'investigations, les chercheurs publient Voyage en grande bourgeoisie. Journal d'enquête (). Dans ce livre, ils mettent en perspective les difficultés et particularités de leur démarche scientifique auprès de cette population (une sorte d'auto-analyse de leur travail de sociologues, une réflexion épistémologique sur leurs pratiques).. Animés par un réel souci méthodologique, ils évoquent avec beaucoup d'acuité les dans leur relation avec les enquêtés : le plaisir de la découverte d'un univers inconnu risque toujours, en effet, de peser lourdement sur la rigueur de l'analyse et de produire un enchantement peu propice à l'objectivation scientifique.. Dans cet ouvrage, les questions spécifiquement en lien avec les conditions qui participent à l'entretien d'enquête, et son complément indispensable qu'est l'observation participante, sont également analysées : aisance discursive des enquêtés, maîtrise des affections, contrôle de soi, condescendance, hexis corporel, séduction envers l'enquêteur. Si bien que celui-ci, dans son effort de décryptage ou de déconstruction du monde de l'enquêté, de ses systèmes de relations, de valeurs, de son discours et de ses représentations, est bien souvent placé en position de « dominé ».

Finalement, et sans être exhaustif, d'autres « malaises » inhérents cette fois à la diffusion des résultats sont également évoqués par Monique Pinçon-Charlot et son mari en détaillant l'exercice périlleux de l'écriture et de sa réception, notamment auprès des médias. Une fois de plus, ils témoignent de leur sentiment d'être pris entre deux logiques : celle de la communauté scientifique qui a ses propres formes de consécration du travail de chercheurs (publications dans des revues disposant de comités de lecture scientifiques, communications dans des manifestations « légitimes ») et celle des médias (journaux, magazines, émissions radiophoniques ou télévisuelles) guidés par des soucis mercantiles plus prosaïques.

Thèmes de prédilection Ségrégation urbaine .

Monique Pinçon-Charlot, Edmond Préteceille et Paul Rendu publient, en , dans Ségrégation urbaine, les résultats d’une recherche statistique réalisée sur une durée de huit années. Étudiant le lien entre classes sociales et équipements collectifs (santé, transports, police, culture…) de la région parisienne, elle démontre que ce sont les ouvriers qualifiés et les employés, souvent immigrés, qui sont les principaux occupants du parc HLM de l’agglomération parisienne ou des habitations à bon marché vétustes du centre de Paris. Au contraire, les HLM de Paris intra muros, de construction plus récente et situées dans un environnement plus valorisant, n’abritent aucune famille modeste, mais plutôt des cadres ou des hauts fonctionnaires...

À partir de , elle étudie avec Michel Pinçon l’agrégation spatiale des élites sociales dans les quartiers aisés de la région parisienne situés à Saint-Cloud, Boulogne, les lotissements chics et non clos construits sous le Second Empire : Le Vésinet, les parcs de Maisons-Laffitte, le parc du château à Chatou, Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Neuilly-sur-Seine et les arrondissements de l’ouest parisien. Au cours des années suivantes, les sociologues poussent leurs investigations jusqu'à étudier certains lieux historiques de villégiatures telles que Deauville, Le Touquet-Paris-Plage, Arcachon, Biarritz. À travers leurs travaux (publiés notamment en dans Grandes fortunes. Dynasties familiales et formes de richesse en France), ils soulignent comment la haute société est à l'origine de l’essor de ces communes en y faisant construire, pour son usage personnel en phase avec la mode des bains de mer, bon nombre de ces écrins abritant et . Pour leurs loisirs, à la ville comme ..

Bien plus tard, en , la publication par les Pinçon-Charlot de leur ouvrage Les Ghettos du gotha met notamment en évidence l'existence, à l'intérieur de ces territoires étudiés durant des années, d'une concentration de la haute bourgeoisie française, et décrit les interactions qui ont cours traditionnellement entre les membres de cette classe sociale, interactions favorisées par la ségrégation socio-spatiale, l'endogamie et des stratégies de solidarité familiale et de classe (réseaux d'influence). :

Bourgeoisie La progression du salariat et l'augmentation des salaires ouvriers au cours des Trente Glorieuses, puis le développement de l'actionnariat populaire avec environ de ménages français possédant des actions, ont contribué à estomper l'opposition entre les riches et les pauvres. Cependant, ce phénomène de « moyennisation » de la société a pris fin avec les années , par une concentration des richesses et une très forte augmentation de la rémunération des chefs d'entreprise et des revenus du capital.

En , dans Sociologie de la bourgeoisie, Monique Pinçon-Charlot réactive avec son mari le concept de « bourgeoisie » pour analyser cette infime partie de la population composée des ménages qui bénéficient d'un capital économique exceptionnel et en tirent des revenus très élevés (quelques dizaines de milliers de personnes en France). Les familles propriétaires ou dirigeantes des plus grandes entreprises qui profitent de cette concentration des capitaux appartiennent donc à la bourgeoisie, à l'inverse des quelques joueurs de football millionnaires. Mais la bourgeoisie ne se définit pas uniquement à partir de l'argent. Car la richesse, qui est à la fois professionnelle et patrimoniale, et donc difficile à évaluer, n'est qu'un indicateur nécessaire mais pas suffisant pour permettre la définition de cette classe sociale. Le capital économique doit être légitimé par d'autres formes de capitaux (au sens bourdieusien du terme).. Dès lors, les auteurs montrent que l'éducation familiale, la socialisation dans des établissements scolaires spécifiques, la vie mondaine, les voyages et le culte du cosmopolitisme ont aussi une fonction. La principale manifestation de ce processus est cette façon d'être du grand bourgeois, faite d'aisance (sociale, langagière, corporelle), de discrétion et de courtoisie, et qui se veut aux antipodes de l'arrogance et de la frime du nouveau riche. La richesse en effet, et c'est un autre enseignement du livre, a plusieurs dimensions : elle est sociale (réseau de relations) et culturelle (fréquentation des lieux artistiques) tout autant qu'économique..

. Dans les termes des auteurs, par sa capacité à définir ses frontières de l'intérieur, la haute bourgeoisie est une classe sociale

Homogamie

Par l'étude et le croisement des registres matrimoniaux « tables de mariage », Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon ont mis en évidence la forte endogamie sociale de la haute société française. Celle-ci est le résultat de stratégies matrimoniales dans lesquelles les mères jouent un rôle central par l'organisation ciblée de multiples occasions de rencontres entre jeunes gens de bonne famille ; l'enjeu de cette orchestration étant la préservation du patrimoine et des richesses à l'intérieur du groupe malgré l'érosion causée par la division lors des successions (divorce, concubinage, famille monoparentales sont à éviter à tout prix).. Si, après la Seconde Guerre mondiale, les mariages de la haute bourgeoisie sont devenus de plus en plus difficiles à « imposer » ou à « arranger », les rallyes ont constitué et constituent encore une instance de socialisation qui pallient cette difficulté liée à l'évolution des mœurs. Ces réunions de jeunes, nous disent Michel et Monique Pinçon-Charlot,

Dans ce cadre d'analyse considérant comme déterminants les appointements « culturels » plutôt que ceux relevant du domaine « socioprofessionnel », les sociologues font écho à Pierre Bourdieu qui postulait que

Reproduction sociale .