Durant l’Intervention militaire de 2011 en Libye, l’approche du Canada dans cette région était caractérisée par son engagement et sa volonté de jouer un rôle important dans la coalition militaire de l’OTAN, et plus particulièrement en tant que partenaire fidèle de WashingtonKatie Domansky, Rebecca Jensen et Rachael Bryson, «Canada and the Libya coalition», Journal  of Military and Strategic Studies, vol.14, n.3-4, 2012, . . En effet, le Canada s’est immédiatement joint à la guerre contre la Libye lorsque les résolutions 1970 et 1973 ont été adoptées et a fait preuve de suivisme vis-à-vis des États-Unis tout au long de la missionJonathan Paquin, Justin Massie et Philippe Beauregard, «Transatlantic Leadership Style Under Obama: Or How to Enable French Leaders in Libya and Mali»,  Journal of Transatlantic Studies, 2017, vol.15, n.2, .. Il a effectué près de 6 % des dépenses totales et 9,8 % des frappes aériennes de la mission libyenne au totalJustin Massie et Darko Brizic, «Rupture idéologique et redéfinition de l’identité internationale du Canada : Harper et Chrétien face aux guerres en Libye et au Kosovo», Canadian Foreign Policy Journal, vol. 20, n.1,2014, .. Sa contribution quantitative à travers  ses  ressources aériennes et navales ainsi que le personnel associé, l’a placé au côté de ses alliés transatlantiques, au quatrième rang des pays contributeurs de l’ensemble de l’interventionKatie Domansky, Rebecca Jensen et Rachael Bryson, «Canada and the Libya coalition», Journal  of Military and Strategic Studies, vol.14, n.3-4, 2012, ..

Contexte de l'intervention du Canada en Libye. L’intervention libyenne de 2011 est une opération militaire sous l’auspice de l’ONU qui a débuté le et pris fin le et avait comme but d’appliquer les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité.. Celle-ci a eu lieu en réponse à la guerre civile libyenne qui fut causée par un mouvement de protestation populaire vis-à-vis du régime de Kadhafi, originairement à Benghazi en et qui s'est finalement transformé en une rébellion armée contre laquelle le gouvernement a violemment réagiSean McMahon, «Hegemony in the Local Order and Accumulation in the Global: Canada andLibya», in Duane Bratt and Christopher J. Kukucha (eds), Readings in Canadian Foreign Policy: Classic Debates and New Ideas, ed, Oxford University Press, 2015, .United Nations, Security Council, S/RES/1970, 26 February 2011. . Face aux répliques de l’État libyen, le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé à travers la résolution 1970 du un embargo international contre les armes à destination de la Libye, bloqué l’utilisation des actifs de toute personne impliquée dans de graves violations des droits de l’homme ainsi que ceux de celles qui étaient proches du régime de Kadhafi.  Le , une deuxième résolution s’intitulant S/RES/1973 proclame la zone d'exclusion aérienne en Libye et approuve que les États membres de l’ONU usent de toutes les mesures nécessaires pour protéger la population civile dans cette régionDavid P. Auerswald et Stephen M. Saideman, «Extending the argument in Libya» in NATO in  Afghanistan: Fighting Together, Fighting Alone, Princeton: Princeton University Press, 2013, .. Ainsi, c’est sur ces bases légales que les membres de l’OTAN incluant le Canada ont décidé d’intervenir jusqu’au moment où la Cour pénale internationale a condamné Kadhafi et d'autres hauts responsables de la Libye en fin juin.

L'idéologie néoconservatrice du gouvernement de Harper. L’intervention du Canada en Libye fut favorisée par la présence d’une idéologie néoconservatrice  du gouvernement de l’époque. Comme l’explique Justin Massie, l’idéologie néoconservatrice se traduit par un : volontarisme proactif sur la scène internationale; une croyance dans la supériorité morale de l’Occident; un désir de réinvestir massivement dans les Forces armées canadiennes afin de prendre activement part aux opérations d’imposition de la paix; un alignement diplomatique sur les États-Unis et une méfiance envers les institutions multilatérales; une vision du Canada comme nation guerrière, monarchique, puissance majeure et allié fiable des États-Unis; une préférence pour le recours offensif à la force militaireJustin Massie et Darko Brizic, «Rupture idéologique et redéfinition de l’identité internationale du Canada : Harper et Chrétien face aux guerres en Libye et au Kosovo», Canadian Foreign Policy Journal, vol. 20, n.1, 2014, ..Les  choix du Canada en matière de politique étrangère et de défense ont toujours été en majorité influencées par ses relations avec d'autres États plus puissants, en particulier avec les États-Unis. À la veille de l’intervention en Libye,  le choix du Canada était caractérisé entre autres par sa volonté de jouer un rôle significatif en tant que partenaire militaire crucial des États-UnisKatie Domansky, Rebecca Jensen et Rachael Bryson, «Canada and the Libya Coalition», Journal of Military and Strategic Studies, vol. 14, n. 3-4, 2012, . Jack Granatstein, chercheur au Canadian Defence and Foreigns Affairs Institute note qu’ en déclarant avant que la mission en Libye ne commence, que «Les Allemands ne se battront pas, les Néerlandais ne peuvent pas, les Britanniques ne peuvent plus se payer une armée et les Français veulent tout gérer». et que «le Canada ne participera pas à moins que les États-Unis ne prennent les devants», le gouvernement Harper avait implicitement reconnu les États-Unis comme le seul partenaire de la défense sur lequel ils pouvaient vraiment compterKatie Domansky, Rebecca Jensen et Rachael Bryson, «Canada and the Libya Coalition», Journal of Military and Strategic Studies, vol. 14, n. 3-4, 2012, .. En effet en ce qui a trait avec la crise libyenne, une fois que Washington ait fait connaitre ses positions et les ait déclarées, le gouvernement Harper adoptait et déclarait  des positions similaires à celles de WashingtonJonathan Paquin, «Is Ottawa Following Washington’s lead in foreign policy? Evidence from the Arab Spring», International Journal, Automne 2012, vol.67, n.4, .. D’ailleurs, jusqu’à la veille de l’adoption de la résolution 1973, Ottawa était hésitant par rapport à la nécessité d’une action militaire en Libye mais c’est après qu’un consensus ait été atteint, qu’il a suivi  les États-Unis en soutenant  fortement l’intervention militaireJonathan Paquin, Justin Massie et Philippe Beauregard, «Transatlantic Leadership Style Under Obama: Or How to Enable French Leaders in Libya and Mali», Journal of Transatlantic Studies, vol.15, n. 2, 2017, .. Dans le conflit libyen, le gouvernement canadien n’a pas envisagé l’usage de la force comme dernier recours. Bien au contraire, le Canada est intervenu en Libye dans le but de renverser le régime de Kadhafi et cet appui au changement de régime a été souhaité et énoncé publiquementJustin Massie et Darko Brizic, «Rupture idéologique et redéfinition de l’identité internationale du Canada : Harper et Chrétien face aux guerres en Libye et au Kosovo», Canadian Foreign Policy Journal, vol. 20, n.1, 2014, .. Déjà, peu de temps après l’adoption de la résolution 1970 et  quelques semaines avant celle de la résolution 1973, Harper déclarait que: « Loin de protéger la population libyenne contre le danger, il est à l'origine des dangers  auxquels elle fait face, a déclaré M. Harper. La seule chose acceptable à faire pour lui est de mettre fin au bain de sang et de renoncer sur-le-champ à ses fonctions et au pouvoir». .  C’est ainsi qu’à la veille de l'Operation Mobile le , le premier ministre Stephen Harper déclara : « L’histoire nous apprend que la liberté s’épanouit rarement dans une terre qui n’a pas été remuée. Ainsi, même si rares sont les pays qui se passionnent autant que le nôtre pour la  paix, un élan de générosité  ne nous rendra pas aveugles face à l’injustice. Il est encore  moins question que la retenue et l’immobilité et nous rendent indifférents face aux oppresseurs»Justin Massie et Darko Brizic, «Rupture idéologique et redéfinition de l’identité internationale du Canada : Harper et Chrétien face aux guerres en Libye et au Kosovo», Canadian Foreign Policy Journal, vol. 20, n.1, 2014, .Harper, S., 2011a. Declaration du Premier ministre au sujet de la situation en Libye. Ottawa : Bureau du Premier ministre, 18 mars 2011. . Il entendait donc redéfinir l’image du Canada en tant que nation guerrière en replaçant l’institution militaire au centre de sa politique étrangère rappelant que le Canada a participé à la plupart des conflits internationaux du David Perry, «The evolution of the Harper Government’s Defence Policy : Minority versus Majority or Surplus versus Deficit ?» in The Harper era in Canadian foreign policy: Parliament, politics, and Canada's global posture, sous la dir. Adam Chapnick, Christpher J. Kukucha, Vancouver: UBC Press, 2016, .. En effet, selon David Perry,  les officiers canadiens étaient très ravis et ont été favorables à rejoindre la coalition censée protéger les civils libyens du régime Kadhafi. L’intervention du Canada en Libye s’est donc déroulée dans un contexte où le gouvernement au pouvoir avait une réelle préférence au recours offensif à la force militaire et priorisait sa relation avec les États-Unis.

Opération Mobile. L’Opération Mobile  représentait la mission canadienne de protection des civils contre le régime de Kadhafi. Elle a débuté le en guise de mission pacifique pour évacuer des Canadiens et ressortissants étrangers de Libye mais s’est transformée en en une mission de combat avec des capacités maritimes et  aériennes basées en ItalieKatie Domansky, Rebecca Jensen et Rachael Bryson, «Canada and the Libya Coalition», Journal of Military and Strategic Studies, vol. 14, n. 3-4, 2012, . En effet, le gouvernement Harper voulait que le Canada joue un rôle prépondérant en Libye à travers cette opération. . L’aviation royale canadienne (ARC) a donc rapidement appliqué l’ordre du gouvernement de déployer ses forces en Libye. Immédiatement après que la résolution 1973 fût adoptée, l’ARC a envoyé sept CF-18, deux Polaris CC-150T en Italie dans l’optique de soutenir l’Opération Odyssey Dawn et aussitôt après les soldats canadiens ont commencé à prendre activement part au combat le . . Ces CF-18 et leurs pilotes ont effectué 1000 sorties et constitué à eux seuls plus de 10 % des missions de frappes de l’OTAN.. La force opérationnelle comprenait également deux avions de transports stratégiques CC-177, deux avions de transport tactiques CC-130J, deux avions de patrouille maritime CP-140 Aurora. . L’Opération a pris fin le . .

Opération Unified Protector.