est un film japonais réalisé par Keisuke Kinoshita, sorti en 1964 en deux parties« Le Parfum de l'encens, qui atteint 204 minutes, dignes des Sept Samouraïs (sachant qu'il est parfois distribué en deux parties sous deux titres différents). » David Desser, Chapter 12, More Times of Joy and Sorrow: The Self-Sequel and Late Style, in David Desser & Earl Jackson (dir.), The Cinema of Kinoshita Keisuke, Édimbourg, Edinburgh University Press, 2025, p. 274. C'est l'adaptation du roman à succès de Sawako Ariyoshi portant le même titre original (香華) — traduit en français sous le titre Le Miroir des courtisanes.

Synopsis Première partie

Pendant l’ère Meiji, à Kishū, alors qu’au loin la guerre russo-japonaise bat son plein et que le Japon se militarise, Tomoko, âgée de trois ans seulement, perd son père, Seikichi Tazawa. Sa mère Ikuyo, femme coquette et centrée sur elle-même — fille unique de la petite propriétaire terrienne Tsuna Sunaga — devient veuve à vingt ans, confie l'enfant à la grand-mère et se remarie avec Keisuke Kōsaka. Tsuna élève Tomoko tout en fustigeant l'égoïsme de sa fille. À la mort de l'aïeule, Tomoko rejoint Ikuyo, mais la misère et les querelles du nouveau ménage la condamnent : encore écolière, elle est vendue comme apprentie-geisha à la maison Kanō-rō, à Shizuoka.

Douée et combative, elle progresse vite dans les arts. À treize ans, elle voit reparaître sa mère dans la même maison, devenue courtisane (oiran) sous le nom de Kokonoe — sans pouvoir l'appeler « maman ». À dix-sept ans, elle devient officiellement geisha sous le nom de Kobotan avec l’aide de son protecteur le comte Kōnami. Elle s'éprend de l'élève-officier Ezaki, qui lui promet le mariage dès que cela sera possible. Avertie par Tarōmaru que leur liaison risque de compromettre la carrière du jeune officier, Tomoko — sans pour autant renoncer à lui — cherche à asseoir sa propre situation : avec l'appui du comte, elle fonde sa propre maison de geishas, « Hanatsugawa », et gagne une certaine indépendance. Le 1ᵉʳ septembre 1923, le grand séisme du Kantō ravage Tokyo.

Deuxième partie

À l'aube de l'ère Shōwa après la mort de l'empereur Taishō, le 25 décembre 1926, Tomoko, vingt-cinq ans, tient un ryokan à Tsukiji, l'esprit tout entier tendu vers son rêve d'épouser Ezaki. Sa mère Ikuyo, insouciante, s'est entichée de Hachirō, l'ancien domestique de la famille amoureux d’elle, de sept ans son cadet. La mort du comte Kōnami plonge Tomoko dans le deuil ; c'est alors qu'Ezaki vient lui annoncer, après huit ans d’attente, qu'il ne pourra l'épouser — parce qu'Ikuyo a été courtisane. Tous ses espoirs s'effondrent. Ikuyo, elle, à quarante-quatre ans, annonce vouloir épouser Hachirō devenu veuf : face à cette mère qui, après tant d'hommes, trouve encore le bonheur, Tomoko mesure sa solitude, elle qui n'a cessé de l’aider malgré le comportement de celle-ci à son égard. Tomoko devient la concubine de Nozawa, tandis qu'Ikuyo fait de nombreux allers-retours entre Tokyo et Osaka, où vit Hachirō, qui vient régulièrement la chercher.

À la fin de la guerre (1945), dans les ruines, Tomoko relève à nouveau sa maison et lutte seule pour survivre. Trois ans plus tard, elle apprend par le journal qu'Ezaki, condamné comme criminel de guerre, va être pendu ; grâce au fonctionnaire Murata, elle le revoit une dernière fois à travers le grillage de la prison de Sugamo, où elle croise la famille de celui-ci. En février, quand fleurit le mitsumata, Ezaki est exécuté malgré les nombreuses prières de Tomoko.

Tomoko, cinquante-deux ans, est hospitalisée. Lorsqu’Ikuyo meurt écrasée par une jeep alors qu’elle courait vers sa fille, Tomoko décide de faire construire un autel chez elle pour commémorer « ses morts » et se souvient de sa mère avec une étrange tendresse. Sa demi-sœur Yasuko revient vivre auprès d'elle après la faillite de son mari, avec son petit garçon TsuneharuLe fils de Yasuko, Tsuneharu, dont le nom 常治 se lit aussi « Jōji » c'est-à-dire "George" en japonais. qui devient l'unique joie de Tomoko et qu'elle finira par adopter. Elle lui chante la berceuse qu’elle chantait à sa poupée lorsqu’elle était enfant.

En 1964, Tomoko revient à Wakayama déposer les cendres de sa mère dans le caveau des Tazawa, auprès de son père Seikichi — dernier vœu d'Ikuyo —, mais n'y rencontre que l'hostilité glaciale de la parenté. Elle est alors hébergée au ryokan Okamoto dont la patronne — une consœur — vient partager sa soirée. Ensemble, elles évoquent leurs fils adoptifs respectifs et contemplent la baie de Wakanoura, dont les vagues fameuses sont célébrées par un poème du Man'yōshū.

Fiche technique Titre français : Le Parfum de l'encens Titre original : Titre anglais : The Scent of Incense Réalisation : Keisuke Kinoshita Scénario : Keisuke Kinoshita, d'après un roman de Sawako Ariyoshi Photographie : Lumière : Ryōzō Toyoshima Décors : Chiyō Umeda Montage : Yoshi Sugihara Direction artistique : Kisaku Itō Musique : Son : Hisao Ōno Effets spéciaux : Kaoru Kuno Production : Keisuke Kinoshita et Masao Shirai Société de production : Shōchiku Pays d'origine : Langue originale : japonais Format : noir et blanc - 2,35:1 - 35 mm - son mono Genre : drame Durée : 88 minutes + 116 minutes (203 minutes ou 204 minutes) (métrage : 14 bobines - 5527 m) (5566 m) Date de sortie : Japon :

Distribution

Mariko Okada : Tomoko Sunaga, dite Kobotan, litt. « petite pivoine » (nom de geisha), fille d’Ikuyo et Seikichi Tazawa Nobuko Otowa (Tōhō) : Ikuyo, la mère de Tomoko, dite Kokonoe, nom de courtisane (oiran) Kinuyo Tanaka : Tsuna Sunaga, la grand-mère de Tomoko Haruko Sugimura : Tarōmaru, une geisha qui forme Tomoko à l’okiya Shinji Tanaka : Hachirō Kuwata, le serviteur des Sunaga (jeune homme) : Hachirō plus vieux, devenu le troisième mari d’Ikuyo Gō Katō : Fumitake Ezaki, un soldat amoureux de Tomoko, puis condamné à mort :  le comte Kōnami, le premier protecteur de Tomoko Eiji Okada : Shūichi Nozawa, le deuxième protecteur de Tomoko : Keisuke, le deuxième mari d’Ikuyo Tomoko Naraoka : l’épouse d'Ezaki Masakazu Tamura : un des 2 fils d'Ezaki : un des 2 fils d'Ezaki Eijirō Yanagi : le tenancier de la maison de courtisanes « Kanō-rō » : la patronne de l’okiya : le vendeur de tissus de kimonos Fuyuki Murakami : le frère du grand-père maternel de Tomoko : Yasuko, la demi-sœur de Tomoko, fille d'Ikuyo et de Keisuke, mariée à Yamano Taketoshi Naitō : Murata, l’employé du Bureau de démobilisation – Département des enquêtes juridiques : Ōtaki Bunta Sugawara : Sugiura

Autour du film

Le roman de Sawako Ariyoshi, traduit en français sous le titre , est prépublié dans la revue Fujin Kōron en 1961, puis publié en volume en décembre 1962 par Chūō Kōron-sha. À sa parution, Kōge connaît un grand succès, il reçoit en 1963 le 1ᵉʳ prix des lecteurs de Fujin Kōron et le 10ᵉ prix Shōsetsu Shinchō. Le titre original, , désigne l'encens et les fleurs que l'on offre devant l'autel bouddhique ou sur les tombes pour honorer les morts — un geste qui résonne dans le film, où Tomoko fait dresser un autel chez elle pour y commémorer et veiller sur « ses morts ».

Le film est découpé en deux chapitres :

, littéralement « le chapitre de la grande pimprenelle » (Sanguisorba officinalis) ; , littéralement « le chapitre de l'edgeworthia », l'arbuste à papier. Commentaires « [Le film] met en scène une relation d'amour et de haine, complexe et durable, entre une mère, Ikuyo (Nobuko Otowa), et sa fille, Tomoko (Mariko Okada), sur plus de six décennies, de 1905 (sic) aux années 1960. » « ce n'est pas Tomoko mais Ikuyo qui peut être vue comme la fille rebelle, celle qui, toute sa vie, refuse obstinément de se conformer aux attentes et aux exigences que la société patriarcale impose aux femmes. » « [Ikuyo] place son identité de femme aux désirs sexuels au-dessus de son rôle de mère, sans aucun conflit moral ou émotionnel apparent. » « Tsuna s'oppose violemment au second mariage d'Ikuyo et nourrit une rancune profonde envers sa fille, qui la mène à la folie puis à la mort. » « le film présente Ikuyo comme irrésistiblement séduisante malgré ses défauts, tandis qu'il dépeint Tsuna, mère plus conservatrice, comme possessive et presque grotesque. » Selon Miyauchi Junko, citée par Ko : « Tomoko peut aussi être vue comme une incarnation de la croissance économique du Japon d'après-guerre, reconstruisant son commerce sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale par son travail acharné et son ascension sociale. » « [Le fils de Yasuko, Tsuneharu/Jōji], garçon japonais au prénom occidental né durant l'Occupation, Jōji incarne le Japon sous occupation américaine. En l'adoptant, Tomoko choisit de l'appeler "Tsuneharu", à la manière plus japonaise, plutôt que Jōji. Autrement dit, par la bienveillance et le dévouement maternels de Tomoko, Jōji (le Japon sous occupation américaine) se mue en Tsuneharu (le Japon indépendant). » « Avec Le Parfum de l'encens en 1964, Kinoshita revient au thème de la relation complexe entre mère et fille. Tout en soulignant l'attrait indéniable de la mère rebelle et indésirable, le film finit par confirmer la maternité traditionnelle et la relation mère-fils. » Mika Ko, Chap. 11, Demystifying Mother, in The Cinema of Kinoshita Keisuke, 2025, p.248-252

« Le Parfum de l'encens clôt la décennie de films-chroniques (nendai-ki) ouverte en 1954 par Vingt-Quatre Prunelles〔Mats Karlsson, Chapter 8, Chronicles of Love and Hate, p. 173〕. La même année, Kinoshita quitte la Shōchiku et fonde la Kinoshita Keisuke Production (avec Hakuhōdō et TBS), dont la première série télévisée est diffusée le 27 octobre 1964〔Lauri Kitsnik, chap. 1, One Big Happy Family? p. 43〕. Il ne réalise plus ensuite que deux films, produits par la Tōhō — Flûtes et Tambours (1967) et Amour et Rupture au Sri Lanka (1976) —, avant de revenir à la Shōchiku en 1979 avec Shōdō satsujin: Musuko yo. 〔Mika Ko, chap. 11, Demystifying Mother, p. 252〕

Adaptations du livre de Sawako Ariyoshi Le roman est d'abord porté à la scène : la pièce , écrite par Sawako Ariyoshi et mise en scène par Minoru Nakano, est créée en septembre 1963 au théâtre Geijutsuza (Tokyo). Isuzu Yamada, qui y tient le rôle d'Ikuyo, figure cette année-là parmi les lauréats du 9ᵉ (1963) pour l'ensemble de sa saison théâtrale. Une nouvelle version, , est montée en octobre 1988 au Théâtre impérial.

Le roman a en outre été adapté trois fois pour la télévision japonaise : en 1965 sur NET (aujourd'hui TV Asahi), avec Isuzu Yamada ; en 1969 sur Fuji TV ; et en 1993 sur TV Tokyo, en deux épisodes réalisés par Azuma Morisaki (coproduction Shōchiku), avec Yuki Sumida, Mitsuko Baishō et Mitsuru HirataSources : fiches wikipédia japaonaises.

Récompenses

Prix Mainichi du meilleur acteur dans un second rôle pour Prix d'encouragement aux arts du ministre de l'Éducation (section cinéma), décerné à Keisuke Kinoshita au titre de l'année 1964 (15ème édition) pour Le Parfum de l'encens et d'autres œuvres

Notes et références

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