vignette|De gauche à droite, derrière : Djamila Bouhired, Yacef Saâdi et Hassiba Ben Bouali. Devant : Samia Lakhdari, Omar, le neveu de Yacef Saâdi, Ali la Pointe et Zohra Drif.|310x310px Pendant la guerre d'Algérie, de nombreuses femmes rejoignent la cause indépendantiste algérienne de 1954 à 1962. Engagées auprès du Front de libération nationale (FLN) ou de l’Armée de libération nationale (ALN), elles contribuent à l'indépendance de l'Algérie vis-à-vis de la France. Ces résistantes occupent diverses missions. Certaines sont poseuses de bombes, d'autres prennent les armes dans le maquis auprès des «moudjahidines», terme qui s'apparente à « djihad » et qui désigne les combattants du FLN et de l'ALN. Beaucoup sont propagandistes, infirmières, couturières, ou aident les maquisards dans les tâches banales du quotidien. Crucial pour l'indépendance de l’Algérie, leur rôle est peu connu. Les femmes sont soumises au statut de subalterne : il laisse moins de traces et de renseignements pour les historiens.

Au sein du FLN, l'attitude envers les femmes est décrite dans une déclaration d'un commandant du FLN, Si Allal :Il est interdit de recruter des djoundiates [femmes soldats] et des infirmières sans l'autorisation de la zone. Dans l'Algérie indépendante, la liberté de la femme musulmane s'arrête à la porte de son foyer. La femme ne sera jamais l'égale de l'homme.Le FLN/ALN affichait ouvertement son refus de recruter des femmes. En 1958, le conseil régional de la Wilaya 2 écrivait : Nous rappelons encore une fois qu’il est interdit d’enrôler les femmes dans les centres, quels que soient les résultats et les avantages. Nous vous informons de même qu’il est formellement interdit à toutes les femmes de rejoindre nos rangs ; si elles rejoignent nos rangs, elles doivent être refoulées à leur destination d’origine, même si l’ennemi les appréhende. Ceux qui accompagnent ces femmes doivent être punis par la peine capitale.

Contexte d'avant-guerre La période coloniale française commence avec l’arrivée des Français via l'expédition d'Alger en 1830, et se termine en 1962, année de l’indépendance. Durant cette période, la population algérienne est de 3 millions d’habitants ; ils cohabitent avec les colons français. La présence du colon est contestée mais ne soulève pas de mouvement populaire dès le départ.

Mis en place au milieu du , le code de l'indigénat français interdit la liberté de circulation et l'accès aux emplois publics et d'enseignement aux Algériens, auxquels il attribue également le statut d’indigène. Ce code participe à la dépossession foncière et financière des Algériens, restreint leurs espaces, comme dans le domaine forestier, et multiplie les amendes à leur encontre.

À partir de 1920, les Algériens affichent leur mécontentement en raison des conséquences de la pauvreté et de la famine sur la société algérienne. La France oblige les Algériens à défendre les couleurs du drapeau français lors de la Seconde Guerre mondiale, en créant les tirailleurs algériens. La population se sent réduite à un outil de guerre. Au total, algériens meurent pour la France.

La différence de statut entre les Algériens et les citoyens français ainsi que le manque de considération unifient le peuple vers une cause : l’indépendance de l’Algérie. La population algérienne partage le sentiment de nation libre face à l'occupation française : elle se soulève pour l’indépendance. Les femmes représenteront 3,1 % du total des moudjahidines recensés officiellement.

a constaté que certaines femmes qui ont participé à la guerre avaient des pères qui avaient combattu pour la France pendant la Première guerre mondiale. Une de ces femmes que Vince a interviewé avait expliqué que, {les Algériens} .

Pendant la guerre (1954-1962) Les femmes qui s'engagent dans le mouvement de libération viennent de plusieurs régions d'Algérie et sont de classes sociales différentes. Il y a parmi elles beaucoup d'analphabètes mais aussi quelques universitaires. Les raisons de leur participation à la guerre d’indépendance sont communes. Pour toutes, les discriminations subies par le peuple algérien, la soumission au statut d'indigène, et les violences de la répression coloniale liées au racisme et à la dépossession foncière les amènent à défendre la cause de l'indépendance. Par exemple, concernant le racisme colonial français, les femmes de ménage algériennes sont appelées « Fatima », du nom de la fille du prophète Mahomet dans l'islam. Les femmes ont été témoins des arrestations, des meurtres, des tortures et des humiliations diverses des membres de leur famille. La participation des hommes à la guerre sera plus significative, mais les femmes joueront un rôle prépondérant dans la libération de l'Algérie. Chacune participera au combat à sa façon.

Rôles et stratégies des femmes dans la lutte de libération Après les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata le par l'armée française, de nombreuses femmes ont perdu des membres de leur famille. Le nombre précis de victimes durant ces massacres est en débat, il atteindrait plusieurs milliers d'Algériens.

Les femmes se réunissent à l’occasion de fêtes, mariages, circoncisions, pour discuter des stratégies de lutte, et pour scander des chants patriotiques. Feriel Lalami précise :

De type patriarcal, le FLN ne veut pas de femmes parmi ses fondateurs et n'imagine pas que des femmes puissent rejoindre le maquis. Toutefois, le FLN finit par reconnaître l’aide de ces militantes. Elle représentent 16 % des militants, leur présence est précieuse. Ancienne poseuse de bombe au sein du FLN, Djamila Amrane-Minne rappelle le jeune âge de ces combattantes dans son article Les combattantes de la guerre d'Algérie : 74 % ont moins de 25 ans et 50 % ont moins de 20 ans. Ces jeunes combattantes affrontent la vie des maquis, la misère, le froid, la faim et les marches. Djamila Amrane-Minne recense , et 65 combattantes engagées dans des actes violents comme la pose de bombes. Maquisardes Le rôle important des maquisardes est d'héberger les maquisards moudjahidines. La promiscuité entre les hommes et les femmes n'est pas acceptable pour le FLN. Les maquisardes font donc face à deux types de pression masculine : la pression de l'armée française et la pression des maquisards moudjahidines. Le manque d'armes suffisantes limite leur rôle. Les maquisardes sont au service des maquisards moudjahidines ; elles s'occupent du linge et des repas, effacent les traces de leur présence au maquis. Comme les moudjahidines, certaines femmes sont faites prisonnières, torturées ou tuées. Et, comme l'illustre le film La Bataille d'Alger (1966) de Gillo Pontecorvo, certaines combattantes ont pour mission de commettre des attaques à la bombe.

Poseuses de bombes (fidayate) vignette|Les poseuses de bombes pendant la guerre d'Algérie. De gauche à droite : Samia Lakhdari, Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali. Les poseuses de bombe sont aussi connues sous le nom de fidayate, nom pluriel féminin de « fidaï », qui signifie « celui qui a accepté de donner sa vie par idéal / partisan chargé d’exécuter les attentats » (Djamila Amrane-Minne, Les Femmes algériennes dans la guerre, 295).

Au cours de bataille d'Alger ( - ), des officiers de l'Algérie française posent des bombes dans le quartier de la Casbah. Le groupe des poseuses de bombes se met en place.

Les fidayate constituent 2 % de l’ensemble des combattantes et participent aux actions armées en transportant des armes ou en déposant des bombes directement sur les lieux des attentats. Les hommes étant traqués par l’armée française, les femmes sont indispensables, elles se déplacent librement en se fondant dans la foule. Cette liberté de mouvement fait ses preuves durant la bataille. vignette|Le haïk, tenue traditionnelle algérienne. Le haïk, ample vêtement traditionnel féminin algérien, est pour certaines résistantes un moyen de transporter des armes ou des lettres. Certaines d'entre elles s'habillent à l'occidentale pour passer pour des Européennes et pour poser des bombes dans les quartiers européens et dans les cafés français. Parmi elles, Djamila Amrane (1939-2017), Hassiba Ben Bouali (1938-1957), Djamila Bouhired (1935- ), Djamila Boupacha (1938- ), Zohra Drif (1934- ), Zahia Kherfallah (1931 - ), et Baya Hocine (1940-2000) sont reconnues. Le FLN revendique que ses combattants, faits prisonniers, soient traités comme des détenus politiques. Le gouvernement français les considère comme des prisonniers de droit commun et les condamne à la peine capitale.

Femmes au foyer (moussebilates) Pour un nombre important d’Algériennes femmes au foyer, rejoindre les rangs du FLN est difficile, à cause du quotidien à assumer. Ces femmes, connues sous le nom de moussebilates, contribueront à l'indépendance de l'Algérie depuis leur foyer. La moyenne d'âge des moussebilates est de 32 ans, plus âgée que les maquisardes. Les moussebilates représentent la majorité des moudjahidate, soit 82 % d’entre elles. Djamila Amrane explique que leurs tâches sont multiples : agents de liaison, collecteurs de fonds et d’objets divers, infirmières, secrétaires, couturières, agents de renseignements, propagandistes. Les moussebilates utilisent leur maison pour réaliser la majeure partie de leurs activités : l’hébergement et le ravitaillement des militants. Leurs foyers sont un refuge pour les combattants, les soldats blessés.

Les moussebilates sont tiraillées entre la misère du quotidien et la responsabilité de venir en aide aux militants, situation aussi dangereuse que le maquis. Plusieurs moussebilates seront torturées et tuées.

Moudjahidate européennes La France compte également des militantes tout aussi dévouées que les combattantes algériennes. Les moudjahidate européennes prônent l’indépendance de l’Algérie et combattent le système colonial français, même en ayant la nationalité française et les privilèges dont bénéficient les Européens sous le code de l'indigénat. Parmi elles, Raymonde Peschard mourra pour l'indépendance. Des militaires français la tuent alors qu'elle s'oppose à l'assassinat d'un médecin algérien dans le maquis.

Contexte d'après-guerre Après 130 ans de colonisation, dont huit ans de guerre, les militaires français qui pensaient que la guerre était gagnée après la bataille d'Alger (1957) ne parviennent plus à maintenir l'ordre en Algérie française. L'Algérie devient indépendante.

La guerre s'achève le . Le pays est doit face à des enjeux politiques, à la misère et à l'anarchie. La population algérienne, constituée en grande partie d'analphabètes, doit tout reconstruire ; elle manque de cadres, d'ingénieurs et d'enseignants. Le taux de scolarisation des enfants algériens augmente de façon considérable jusqu'en 1977, notamment à travers les « coopérants ». Ces enseignants français reviennent en Algérie pour y travailler, pendant un temps précis, décidé par la partie française lors des accords d'Évian.

Durant l'été 1962 le processus de démocratisation du pays post-colonial devient une crise : il plonge les membres du FLN dans des rivalités pour accéder au pouvoir. L'armée fait pression jusqu'à ce qu'elle réussisse à mettre Ahmed Ben Bella au pouvoir. Pour éviter d'autres conflits sanglants, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) accepte cette nomination. La gestion du système judiciaire et des forces de police entre 1962 et 1963 est chaotique : des harkis sont assassinés, des milliers de Français encore présents sur le territoire sont expulsés.

L’État algérien reconnaît la contribution des moudjahidines à l'indépendance et salue leur sacrifice, leur dévouement et leur courage. Les moudjahidines et leurs familles bénéficient d'avantages sous forme de pensions, de priorités à l’emploi, de crédits ou encore de licences de taxi. Le départ de 650 000 Français fournit des espaces libres à l'État qui se les approprie pour en faire des biens vacants et les louer à très bas prix.