Les matriclans sérères (en sérère : Tim ou Tiim ; en ndut : Ciiɗim Dupire, "Totems sereer et contrôle rituel de l'environnement", ) sont les clans matrilinéaires des peuples sérères du Sénégal, de la Gambie et de la Mauritanie. Les Sérères sont à la fois patrilinéaires (simanGol Kalis, p 299 ou simangol. à l'INALCO.) et matrilinéaires Gastellu, Jean-Marc, "Petit traité de matrilinarité. L'accumulation dans deux sociétés rurales d'Afrique de l'Ouest", Cahiers ORSTOM, série Sciences Humaines 4 (1985) [in] Gastellu, Jean-Marc, "Matrilineages, Economic Groups and Differentiation in West Africa: A Note", O.R.S.T.O.M. Fonds Documentaire (1988), , 2-4 (), 7 () . Les Sérères sont souvent capables de réciter leur généalogie matrilinéaire jusqu'à dix générations ou plus.
Terminologie
Tim (bon : o tim) est le mot serère pour matriclanGastellu, Jean-Marc, "L'Egalitarisme économique des Serer du Sénégal", IRD Editions (1981), , , un tim est donc l'identifiant de l'origine matrilinéaire d’un individu. Le terme o tim ole (var : tim ola) désigne le matriclanKalis, Simone, "Médecine traditionnelle religion et divination chez les Seereer Sine du Senegal", La connaissance de la nuit, L'Harmattan (1997), , , autrement dit le ou le , c'est-à-dire selon la lignée de mère en mère. Le nom de la famille selon la lignée de père en père, autrement dit le nom de famille patrilinéaire se dit Simangol. C'est le nom que portent les Serères à l'état civil, par exemple : Sène, Joof, Faye, Sarr, Ngom, Njie, Ndour, Senghor, etc., (voir patronymes Sérères et noms Sérères pour les variations orthographiques en Gambie et Sénégal). Les Sérères sont bilinéaires, c'est-à-dire patrilinéaires et matrilinéaires. Le d'un matriclan s'appelle le Tokoor (ou Tokor). Le Tokoor est généralement un homme très âgé (l'aîné du clan) et c'est la figure dominante de la famille maternelleGravrand, "Cosaan", . ƭeen yaay ou den yaay (var : den yay) - signifie héritage maternel ou matrilignage selon le contexte. A ndok ya - signifie littéralement la maison (ou la case) de la mère. Par métonymie, cela peut aussi signifier tous ceux qui ont la même mère. Tous ceux qui appartiennent au même sont du même matriclan. L'équivalent paternel est le mbin (comme dans Mbin Semou Njekeh - voir Maison royale de Semou Ndiké Diouf). Maasir ou Kalir (var : Kal) est une taquinerie de nature parentale entre divers groupes matronymes de la même ethnie (par exemple, entre la famille Faye et Joof - ethniquement des Sérères) ou entre des cousins paternels et maternels . Le terme Gamo (du mot sérère Gamahou ou Gamohou, qui est religieusement connoté Diouf, Niokhobaye, «Chronique du royaume du Sine, suivi de Notes sur les traditions orales et les sources écrites concernant le royaume du Sine par Charles Becker et Victor Martin (1972)», (1972). Bulletin de l'IFAN, tome 34, série B, n ° 4, 1972, (), ()) est utilisé avec une signification proche, mais s'applique aux groupes ethniques (par exemple entre les Sérères, les Diolas et les Toucouleurs, ainsi que les Peuls). Gamo est donc le terme approprié pour décrire ces relations de plaisanterie interethniques, bien qu'il arrive de l'entendre substitué aux termes maasir, kalir ou kal. Dans la tradition de ces groupes, cela provient d'anciennes alliances entre leurs ancêtres, parfois scellées dans le sang. Ces pactes historiques stipulent que ces groupes doivent s’entraider en cas de besoin ; ne pas verser le sang de l'autre groupe ; se donner des conseils ou s'insulter de manière plaisante sans que le destinataire ne se sente offensé. Dans la plupart des cas, leurs descendants respectent cet ancien comportement, notamment entre les peuples Diola et Serère qui entretiennent des relations anciennes. Cette tradition, pratiquée par les matriclans est également active parmi les patriclans et dans la culture sénégambienne, car ce sont des alliances historiques auxquelles leurs descendants adhèrent Faye, Ousmane, Diop, Adama, "Contribution a l'étude de l'histoire de Fa-oy des origines aux grandes migrations (): approche historique et ethnographique", Université Cheikh Anta Diop de Dakar (2002), . Selon la partie du pays sérère, le même matriclan peut avoir des dénominations différentes.
Le rôle de la femme La femme sérère joue un rôle essentiel dans les affaires royales et religieuses. Lors de son couronnement, le roi sérère est tenu de couronner sa mère, sa tante maternelle ou sa sœur en tant que Linguère (reine), afin de réaffirmer la lignée maternelle (Tim) à laquelle, elles et lui appartiennent. La Linguère est très puissante et possède sa propre armée et son propre palais. Elle est la reine de toutes les femmes et préside les affaires féminines. La femme sérère joue aussi un rôle essentiel dans la religion. En tant que membres de la classe sacerdotale, les Saltigues sont les gardiennes de la religion, des sciences, de l'éthique et de la culture sérères. L’alliance entre matriclans en vue d’un objectif commun était et reste très courante. Certains de ces matriclans font partie de la mythologie sérère et de l'histoire dynastique. Ainsi, la mythologie met en parallèle certains de ces clans et le récit de la création, selon lequel le premier être humain créé est une femme. De nombreux sérères qui croient en ces mythes leur donnent une vérité historique ou protohistorique.
Les types de matriclan Les matriclans sérères peuvent être divisés en deux types :
Les matriclans originels font partie intégrante de la religion, de la légende et de la mythologie sérère. Ils sont, par conséquent, des clans anciens dont les récits vont au delà de l'histoire écriteDupire, "Sagesse sereer: Essais sur la pensée sereer ndut", (Henry Gravrand, "La civilisation Sereer" - Cosaan, 1983, pp 154-155 [en] Dupire). Les matriclans assimilés à la culture sérère le sont par mariage et revendique une dynastie sérère ; ils ont une histoire, en particulier, une histoire médiévale, mais n’ont pas de pertinence dans la religion, la légende, la mythologie ou l’histoire des origines. Certains de ces clans tentent d'accroître leur légitimité mythologique en s’affiliant aux matriclans proto-sérères ou en adoptant comme totems des objets inscrits dans la mythologie sérèreGravran, "Cosaan", .
On peut encore classer les matriclans sérères en les divisant en groupes. Par exemple
Le groupe Coofaan (var : Tiofane ou Tiofan) -: à savoir le Coofaan (lui - même un matriclan), SIAN, Pedior, Taa'boor (ou Tabor) et Jolax (var : Diolah) matriclansBIFAN (1983), . à compléter
L'héritage L'héritage dépend de la nature du bien successoral : il peut s'agir d'un bien maternel qui nécessite un héritage maternel (ƭeen yaay Becker, Charles: "Vestiges historiques, trémoins matériels du passé clans les pays sereer", Dakar (1993), CNRS - ORS TO M. (Retrieved : 31 July 2012) ou den yaay Dupire, Marguerite, "Sagesse sereer: Essais sur la pensée sereer ndut, KARTHALA Editions (1994). For tim and den yaay (see ). The book also deals in depth about the Serer matriclans and means of succession through the matrilineal line. See also pages : 38, 95-99, 104, 119-20, 123, 160, 172-74 ) ou d'un patrimoine paternel qui infère un héritage en lignée paternelle (kucarla).
La mythologie Les matriclans et le rôle des femmes sont intimement liés à la cosmogonie et à la religion sérère Universität Frankfurt am Main, Frobenius-Institut, Deutsche Gesellschaft für Kulturmorphologie, Frobenius Gesellschaft, "Paideuma: Mitteilungen zur Kulturkunde, Volumes 43-44", F. Steiner (1997), , (Henry Gravrand, "La civilisation Sereer - Pangool" [in] "Paideuma: Mitteilungen zur Kulturkunde, Volumes 43-44"). Dans leur cosmogonie, la déité suprême transcendentale Roog (ou Koox pour les Cangin) créa une femme avant que l'homme ne soit lui aussi créé à partir du même placenta divin. Dans la numérologie sérère, les femmes partagent avec Roog le même nombre à savoir 3. En effet, le nombre 3 représente le monde céleste. Le récit sérère de la création postule qu'il y avait trois mondes, trois parties dans le cosmos et trois éléments Gravrand, Henry, "La Civilisation Sereer - ", vol. 2, Les Nouvelles Editions Africaines du Sénégal (1990), , . Les femmes sont également liées au Divin, qui a créé l'univers via ses principes divins féminins.
Le contrôle rituel de la vie marine et fluviale, comme le sel de mer, les poissons, la pluie, les rivières et les incendies (pour les terres agricoles) sont attribués aux premiers matriclans. Une grande partie des matriclans proto-sérères se trouvent dans les vieux villages de la Petite Côte. Ainsi Faoye (var : Fa-oy, localité du Sine-Saloum située à environ 25 km au sud de Fatick) et Ñakhar (ou Niakhar) sont riches en traditions. Comme Ñakhar, Faoye compte beaucoup de matriclans serères, à savoir : Feejoor, Joofaan, Kare-Kare, Mengeeñ, Raaboor, Rik, Simala, Waale, Wagadu, Yiil, etc. Faye, Ousmane, Diop, Adama, "Contribution a l'étude de l'histoire de Fa-oy des origines aux grandes migrations ( - ) : approche historique et ethnographique", , Université Cheikh Anta Diop de Dakar (2002) Ces matriclans ont été intégrés aux royaumes du Sine et du Saloum. Leur rôle initial était, semble-t-il, de nature religieuse. À l'instar des patriclans serères (voir la famille Joof), chaque matriclan sérère a son totem qui trouve son origine dans la nature ou dans l’environnementDupire, "Sagesse sereer: Essais sur la pensée sereer ndut", pp 98-9. Contrairement aux totems patronymiques qui sont liés à des interdictions et des tabous, les Ndut reconnaissent comme ancêtres des éléments de l'environnement qu'ils associent à leur matriclan. Ces croyances sont toujours actives, en particulier, lors des funérailles, où les se manifestent ou lorsque l'espèce totémique (un animal par exemple) est menacée.
La matrilinéarité sérère L'ethnie sérère est très diverse et comprend : le Seex (prononcé Seeh, c’est-à-dire le Seereer Siin, le plus nombreux), le Ndut, le Saafi, le Laalaa, le Palor, le Midi, le Niominka, etc. Toutes ces personnes sont d'ethnie sérère, bien que certaines parlent le cangin plutôt que le sérère. Chacun de ces groupes dispose d’un moyen de . La répartition géographique des Sérères explique également les différents noms qu'utilisent ces groupes pour désigner les matriclans. Cependant, les matriclans, tout comme les groupes ethniques, sont tous interconnectés et, dans de nombreux cas, les variations sont minimes. et leurs membres y ont toujours des droits fonciers, des parents éloignés et des cimetières ancestraux. Les Lébous ont également une ascendance sérère et il est fréquent qu’ils portent à la fois le nom de famille sérère (patrilinéaire) et le nom de leur matriclan. La plupart des esprits ancestraux des Lebous sont en réalité les pangool. Les Palors et les Ndut se trouvent à Cayor ; les Saafis, Midi et Laalaa à Baol ; Seex à Sine, Saloum (qui comprend le Bas Saloum, en Gambie actuelle ainsi que l'intérieur de la Gambie) et la Mauritanie, Niominka à la frontière entre la Gambie et le Sénégal.
Le tableau suivant donne certaines des variations des matriclans parmi les Palor, les Ndut, les Saafi, les Lebou et les Seex : Clans Palor Clans Ndut Clans saafis Clans Lebou Clans Seex Uuɗ Uuɗ Uuɗ Yuur - Lemu Lemu Lemu - - Joofa - Joofa - Cofa (var : Coofaan) Caagis - Caages - Cegandum Yookam Yookam Yokam Yokam (Dumbuur) Bagadou ou Bagadu (plus communément appelé Wagadou) Adapté de Dupire "Totems contrôlés et contrôlés de l'environnement",
Le rôle des Tokoors