vignette|Un avion de combat Rafale, produit par l'entreprise française Dassault Aviation. L’Égypte, l'Inde et le Qatar ont acquis plusieurs de ces avions militaires depuis 2015. |alt=Un avion Rafale en plein vol, de face trois-quarts.

La France, dotée d'un complexe militaro-industriel, exporte de l'armement auprès d'États étrangers. C'est dans les années 2010 le troisième pays exportateur d'armement au monde, derrière les États-Unis et la Russie ; l'Hexagone a toujours figuré depuis les années 1950 parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux d'armes.

Ces ventes d'armes sont opérées par des entreprises industrielles qui comptent souvent l'État parmi leurs actionnaires ; elles constituent la base industrielle et technologique de défense. La puissance publique joue un rôle moteur dans les exportations au travers d'une politique volontariste amorcée dans les années 1960 par le président Charles de Gaulle, pour des motifs autant économiques que politiques et diplomatiques. La vente de matériel militaire à l'étranger représente en effet environ un tiers du chiffre d'affaires de l'industrie de l'armement, participe positivement à la balance commerciale du pays et assure plusieurs dizaines de milliers d'emplois. Sur le plan politique, les exportations sont jugées indispensables pour amortir le coût de la recherche et développement militaire et ainsi rentabiliser l'industrie de la défense, considérée par les gouvernements successifs comme un instrument essentiel de l'indépendance de la France. Elles servent également la diplomatie française, notamment pendant la guerre froide en favorisant le non-alignement des pays du tiers monde.

Bien qu'étant astreintes à un cadre légal national et international croissant au fil des années, les exportations d'armes françaises sont l'objet de nombreuses critiques d'ordre éthique et parfois juridique : l'État et les industriels français arment à diverses reprises des pays en guerre (par exemple durant la guerre Iran-Irak des années 1980), d'autres accusés de crimes de guerre (comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis qui interviennent au Yémen dans les années 2010), ainsi que des dictatures ou régimes autoritaires qui peuvent les utiliser contre leur peuple en bafouant les droits humains (c'est le cas de l'Afrique du Sud au cours des décennies 1970 et 1980 avec l'apartheid, ainsi que de l'Égypte dans les années 2010). Enfin, au moins jusqu'au début des années 2000, la vente d'armes françaises fait l'objet d'une corruption omniprésente.

Enjeux économiques, diplomatiques et historiques L'exportation de matériel d'armement par la France procède jusqu'à l'entre-deux-guerres d'initiatives essentiellement privées des marchands d'armes (notamment Schneider et Cie) avec cependant , explique Emmanuel Guematcha, docteur en droit international public. Celle-ci s'accélère fortement après la Première Guerre mondiale : les « marchands de canons » sont alors accusés par les milieux antimilitaristes et socialistes d'être responsables des horreurs de cette dernière et d'être des profiteurs de guerre..Les Trafiquants de la mort, Allyn B. Carrik, 1934, États-Unis sur cinearchives.org..

Après la Seconde Guerre mondiale voient le jour des politiques publiques en matière d'exportation, guidées depuis les années 1960 par des objectifs politiques, essentiellement économiques et diplomatiques. L'économiste et chercheur à l'École des hautes études en sciences sociales Jean-Paul Hébert écrit ainsi :

vignette|redresse|Le président français Charles de Gaulle en 1961.|alt=Portrait en noir et blanc de De Gaulle, en buste, de trois-quarts, en contreplongée, regard vers l'horizon.

Selon Lucie Béraud-Sudreau, chercheuse en économie de la défense, , lequel amène l'État à investir dans la base industrielle et technologique de défense française pour donner une réalité aux notions de souveraineté, d'indépendance et de grandeur qu'il promeut pour le pays. Parmi les instruments politiques, légaux et financiers mis en place figurent la création en 1961 de la délégation ministérielle pour l'Armement (DMA) ainsi que « l'article 90 », procédure qui permet aux industriels de bénéficier d'une avance financière de l'État pour leurs projets d'armements ayant vocation à être exportés..

Si Jean Klein, chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), fait remonter aux années 1960 l'apparition des en matière de ventes d'armes, pour Jean-Paul Hébert il ne semble pas exister de véritable politique d'armement, d'orientation des exportations, au début de la décennie. D'après lui, ce sont probablement les interrogations et contestations politiques qui émergent en 1970, lorsque la France rompt symboliquement avec ses ventes à l'État d'Israël pour désormais exporter auprès de pays arabes (cf. infra), qui amènent l'État à élaborer une orientation stratégique en la matière ministre des Affaires étrangères, Maurice Schumann, déclare ainsi devant l'Assemblée nationale en 1970 : . Le livre blanc sur la défense nationale de 1972 constitue dès lors l' (Jean-Paul Hébert), et consacre deux argumentations.

Le premier argument est économique : en effet, le budget de l'État ne suffisent pas à , au regard notamment des importants investissements nécessaires en recherche et développement ; les exportations (de même que la poursuite de fins civiles à l'aide d'innovations militaires) sont de ce fait nécessaires sur le plan économique à la politique de défense française.

Le second argument est politique et diplomatique : la vente d'armes à des pays étrangers (notamment du tiers monde) est pour ces derniers un outil d'indépendance à l'égard des deux grandes puissances que sont alors les États-Unis et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Cette orientation découle du . Ainsi que l'explique Lucie Béraud-Sudreau, cette motivation politique est commune aux présidences de Charles de Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand.

La politique volontariste de la France en matière de défense, perçue comme l'instrument de l'autonomie du pays, est poursuivie par les présidents et gouvernements successifs et forme un consensus politique toujours en vigueur dans les années 2010, en dépit de la dépendance économique aux exportations qu'elle entraîne.. Cette dépendance fait de la France un État « gardien », dans la typologie des États exportateurs imaginée par les chercheurs Lucie Béraud-Sudreau et Hugo Meijer. Ce type d'État , mais son faible marché intérieur l'oblige à trouver des débouchés à l'exportation et réduit sa marge de manœuvre stratégique, à l'inverse de l'État « hégémon » que sont les États-Unis : l'importance de son marché militaire intérieur , .

Au , l'une des principales justifications des exportations demeure ainsi qu'elles permettent par économie d'échelle de réduire le coût de revient de l'armement utilisé par l'armée française, au regard du coût fixe élevé que constitue la recherche et développement, garantissant de la sorte la souveraineté de l'Hexagone sur le plan militaire .. La vente d'armements est aussi toujours , un outil d'influence géopolitique, écrit le journaliste Romain Mielcarek en 2017.

Acteurs Les exportations du complexe militaro-industriel français sont pour l'essentiel le fruit d'une volonté politique constante au fil des gouvernements (cf. supra) mise en œuvre par la direction générale de l'Armement, (L'Usine nouvelle)..

Groupes industriels d'armement

Les exportations françaises d'armement sont rendues possibles par son industrie militaire, qui entretient des liens forts avec l'État français dont elle dépend politiquement et économiquement : l'État achète la majeure partie de la production pour ses armées, investit dans la recherche et a le pouvoir d'autoriser ou d'interdire les exportations d'armements (vitales pour l'industrie puisqu'elles représentent environ un tiers de son chiffre d'affaires). Les acteurs industriels français contemporains sont des entreprises privées (Arquus, Dassault), dont la plupart ont pour actionnaire minoritaire ou majoritaire l'État (Safran, Thales, Airbus, MBDA, Naval Group, Nexter).

Les industries d'armement sont rassemblées au sein de trois grandes fédérations professionnelles : le Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres (GICAT) , le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS) et le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN). Celles-ci, conjointement aux chambres de commerce et d'industrie, (selon la direction générale de l'Armement) dans le processus d'exportation d'armements..

Le GICAT, le GIFAS et le GICAN sont réunis au sein du Conseil des industries de défense (Cidef), organisme créé en 1990 et qui assure notamment le rôle de lobby auprès des élus pour le compte des industriels ..

Plusieurs salons professionnels permettent à ces derniers de mettre en valeur leurs produits : Eurosatory pour l'armement terrestre, Euronaval pour le matériel naval, le salon du Bourget pour l'aéronautique militaire et Milipol pour les équipements destinés à la sécurité intérieure.

Direction générale de l'Armement et ministère de la Défense La direction générale de l'Armement (DGA), rattachée au ministère des Armées (anciennement ministère de la Défense), a un rôle de maîtrise d'ouvrage quant à l'armement : elle est françaises, elle participe au financement de la recherche dans le domaine de l'armement (elle aide les grands groupes industriels comme les petites et moyennes entreprises) et elle joue un rôle central dans le soutien aux exportations d'armement... Elle est son selon le docteur en gestion Didier Danet. et fait figure d' pour les groupes industriels, note L'Usine nouvelle en 2017.. Des militaires français, encadrés par la DGA, participent à la promotion du matériel hexagonal, principalement lors de salons professionnels.

Les investissements de l'État dans la défense, inscrits dans des lois de programmation militaire, se font notamment au travers de commandes d'armement effectuées par la DGA pour équiper l'armée française, d'un montant annuel moyen situé entre 10 et d'euros.. Pour un équipement militaire, le fait d'avoir été acquis par l'armée française est un argument de vente supplémentaire dont peuvent faire usage les industriels et la DGA auprès de délégations étrangères.

Outre la DGA, le ministère de la Défense peut lui aussi œuvrer à faciliter les exportations d'armes françaises. C'est particulièrement le cas lors du quinquennat de François Hollande, durant lequel le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian crée un groupe de conseillers nommé l'« Équipe France ». Réunissant chaque mois l'ensemble des parties prenantes (industriels, DGA, etc.) à des fins de coordination au sein du Comité ministériel des exportations de défense (Comed), l'« équipe France » démarche activement les États étrangers pour y signer de nouveaux contrats, non sans succès....

Les contrats de vente d'armement font généralement l'objet de clauses de compensations industrielles décidées par l'État importateur : en contrepartie de la vente de matériels ou technologies d'armement, l'État vendeur doit réinvestir une part (pouvant s'élever à 100 %) du montant du contrat dans l'économie du pays acquéreur. Ces compensations peuvent être directes, c'est-à-dire dans le domaine de l'armement (par exemple production d'une partie du matériel vendu dans le pays acquéreur ou transfert de technologie vers celui-ci) ou indirects, c'est-à-dire réalisés dans un secteur autre que celui de l'armement, éventuellement par le biais d'entreprises françaises tierces. À l'origine souvent requis par des pays émergents désireux de développer leur base industrielle et technologique de défense, les compensations tendent à se généraliser.. ...

Offices d'armement