La flèche de Notre-Dame de Paris est la flèche qui surmonte la croisée du transept de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Au cours de son histoire, la cathédrale connaît trois flèches : la flèche médiévale construite au est fragilisée par les intempéries et démontée à la fin du ; la seconde, construite par Eugène Viollet-le-Duc et inaugurée en , s'effondre en au cours d’un important incendie qui ravage les combles de la cathédrale.
La question de la construction éventuelle d'une troisième flèche est sujette à débat dans les mois suivant l'incendie. Une reconstruction à l'identique est finalement préférée en . La flèche contemporaine est reposée en fin d'année 2023.
Flèche d’origine Une première flèche médiévale est édifiée au-dessus de la croisée du transept au à une date discutée. Elle repose sur un système de charpentes , selon les constatations faites en examinant la souche subsistant à son emplacement en 1858, juste avant la reconstruction. : toutes les pressions reposent sur les quatre piliers du transept. Ornement d'importance, cette flèche exerce aussi la fonction d'un clocher doté, au début du , de .. La flèche est recouverte de plomb. Sa hauteur de la flèche au-dessus du comble jusqu'à la tête du coq est de . Elle s'élève à au-dessus du sol de la cathédrale d'après Dany Sandron.
En , en raison du vent et du pourrissement de la charpente, la grande croix qui la surmontait tombe avec les reliques placées dans la pointe de la flèche.. Celle-ci commence à s'affaisser dès le milieu du sous l'action du vent. Elle est démontée après 1792 d'après Ferdinand de Guilhermy et Eugène Viollet-le-Duc. Dubu précise que le démontage de la flèche est décidé par le gouvernement révolutionnaire en 1793 pour récupérer les plaques de plomb. La flèche n'apparaît plus dans aucune représentation de la cathédrale à partir de 1797. Viollet-le-Duc attribue le démontage de la flèche à l'architecte Étienne-Hippolyte Godde.
Flèche de Viollet-le-Duc Un concours est lancé en 1842 pour la restauration de la cathédrale de Paris et de construction d'une nouvelle sacristie. Dans le projet de restauration présenté au ministre de la justice et des cultes, en 1843, par Jean-Baptiste Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc, ils proposent de reconstruire la flèche qui se situait au-dessus de la croisée du transept et démolie entre 1793 et 1797Images d'art : Eugène-Emmanuel Viollet-Le-Duc, Jean-Baptiste Lassus, Projet de restauration de la façade occidentale de Notre-Dame de Paris, . Lassus et Viollet-le-Duc ont utilisé les dessins réunis par Antoine-Pierre-Marie Gilbert (1785-1858), dont la copie d'un dessin de l'ancienne flèche réalisé par Garneray père (1755-1837) faite par l'architecte Émile Boeswillwald qui a édifié celle de la cathédrale d'Orléans. Ce projet, avec ceux des architectes diocésains Arveuf et Danjoy, est présenté au Conseil des bâtiments civils le . Il est choisi le . La commission des lois chargée de rédiger un rapport sur la réparation de la cathédrale donne son accord au projet de loi tout en regrettant qu'il ne prévoit pas la reconstruction de la flèche. Le , une loi est votée affectant un crédit de pour la restauration de la cathédrale et la construction d'une sacristie. vignette|redresse|gauche|La flèche de la cathédrale d'Orléans en 2017.
La cathédrale reste sans flèche jusqu’à sa restauration, commencée par Lassus et poursuivie, après sa mort en 1857, par Viollet-le-Duc. Le projet est approuvé par le ministre de l'instruction publique et des cultes en . Sa conception est inspirée par la flèche de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans (elle-même inspirée par celle de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens).. Les travaux commencent par la démolition de l'ancienne charpente de la souche de la flèche, entre le et le , puis pose du plancher provisoire au-dessus de la voûte centrale, début du montage de l'échafaudage de la flèche le , fin le , fin du montage de l'échafaudage de la flèche le Journal des travaux, 1858 Médiathèque du patrimoine, Journal des travaux, 1858 (lire en ligne). La nouvelle flèche est réalisée entre février et par l'entreprise de charpente Auguste Bellu (1796-1862) pour la structure en bois et par les ateliers Monduit pour la couverture métallique. Elle est inaugurée le . La hauteur de la flèche est alors de .
Architecture De style néo-gothique, la flèche culmine à , soit de moins que celle de la cathédrale d'Orléans, mais 10 mètres de plus que la précédente flèche médiévale. Son manteau de plomb pèse quelque . Il recouvre une structure d'environ , composée entièrement de chêne de Champagne . ...
La flèche est composée de six éléments : le tabouret (socle par lequel elle prend appui sur les quatre piliers de la croisée du transept), la souche (nœud de bois où se croisent les fermes), le fût octogonal (première partie visible de la flèche depuis l'extérieur), deux étages ajourés et l'aiguilleDescription sommaire de la flèche dessinée par Viollet-le-Duc, infographie tirée de .
Elle est entourée de quatre couronnes de créatures légendaires en tant que figures de gardien mythologiques. La galerie inférieure est constituée de fenêtres gothiques à deux voies avec un quatre-feuilles couronnant. Les arches sont chacune recouvertes de de rose (Isaïe 11,1), qui désignent la patronne de la cathédrale comme un symbole de la rosa mystica (rose mystique), invoquée dans les litanies de Lorette Margot Schmidt und Silke Egbers: Artikel „Rose“, Marienlexikon, hrsg. im Auftrag des Institutum Marianum Regensburg e.V. von Remigius Bäumer und Leo Scheffczyk, Band 5, St. Ottilien 1993, S. 548-552. Lottlisa Behling: Die Pflanzenwelt der mittelalterlichen Kathedralen, Wien 1964. Gerd Heinz-Mohr und Volker Sommer:Die Rose, Entfaltung eines Symbols, Düsseldorf und Köln 1991.. La galerie supérieure s'ouvre dans des fenêtres à une voie avec des traceries en forme de nez. Entre les deux galeries, une guirlande d'épines de fer complexes pend autour de la tour, symbolisant la Sainte Couronne conservée dans la cathédrale Genoveva Nitz: Artikel „Dornenkrönung“, Lexikon für Theologie und Kirche, Band 3, Sonderausgabe als durchgesehene Ausgabe der 3. Auflage 1993-2001, Freiburg, Basel, Wien 2009, Sp. 345-346. Waltraud Hahn: Artikel „Paris“, Marienlexikon, hrsg. im Auftrag des Institutum Marianum Regensburg e.V. von Remigius Bäumer und Leo Scheffczyk, Band 5, St. Ottilien 1993, S. 91-96.. Les pignons s'élevant au-dessus de la galerie supérieure sont chacun décorés de trois-feuilles, d'une fenêtre à quatre-feuilles et d'une dernière fenêtre à lancette. Entre les pignons, deux couronnes de pinacle s'élèvent sur deux étages. Le sommet de la tour octogonale est orné de douze couronnes de fleurs rampantes. Une couronne de roses (Siracide 24,18) et de lis (Cantique des Cantiques 2,2) de la vierge Marie forme la conclusion de la tour, au-dessus, une croix de six mètres de haut surmontée d'un coq de cuivre. La guirlande de roses peut être interprétée comme une indication de la prière du rosaire, la guirlande de lis est généralement un symbole de la virginité perpétuelle de Marie Andreas Heinz, Doris Gerstl, Konstantinos Nikolakopoulos, Michael Hartmann, Hans Pörnbacher, Horst Rzepkowski: Artikel „Rosenkranz“, Marienlexikon, hrsg. im Auftrag des Institutum Marianum Regensburg e.V. von Remigius Bäumer und Leo Scheffczyk, Band 5, St. Ottilien 1993, S. 553-559. Josef Scharbert, Genoveva Nitz: Artikel „Lilie“, Marienlexikon, hrsg. im Auftrag des Institutum Marianum Regensburg e.V. von Remigius Bäumer und Leo Scheffczyk, Band 4, St. Ottilien 1992, S. 121-122..
Statues des douze apôtres
vignette|Détail de la statue de Thomas, sous les traits de Viollet-le-Duc se retournant pour admirer son œuvre.
Viollet-le-Duc fait orner les quatre arêtiers des noues de la flèche de statues monumentales des douze apôtres en cuivre repoussé. Deirdre Westgate et Charanne Clarke placent la date de la décision d'orner la flèche de statues des apôtres, en , après la découverte de seize petits piliers sur les restes de la charpente de la flèche. Celles-ci sont placées les unes en dessous des autres, par quatre rangées de trois. Orienté vers les points cardinaux, chaque groupe surmonte une figure du tétramorphe symbolisant les évangélistes : le taureau pour Luc, le lion pour Marc, l'aigle pour Jean et l'ange pour Matthieu. Œuvre d'Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume, les statues s'inspirent de l'esthétique du . Tous les apôtres regardent Paris à l'exception de saint Thomas, patron des architectes. Il présente les traits de Viollet-le-Duc. et se tourne vers la flèche, comme pour la contempler. À la base du poinçon central (un pilier de bois qui soutient la flèche), une plaque en fer, vissée à l'achèvement des travaux, comporte le dessin d'une équerre et d'un compas se croisant, symbole compagnonnique comme maçonnique, ainsi qu’un acronyme à la gloire du Grand Architecte de l'Univers. Certains en déduisent que Viollet-le-Duc et Bellu, tous deux mentionnés sur la plaque, étaient francs-maçons.. Mais la plaque comporte aussi le nom de Georges, un compagnon charpentier (dit ) du , l'une des branches du compagnonnage..
Coq Le coq en cuivre repoussé situé au sommet de la flèche, d'un poids d'environ , également œuvre d'Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume., contient trois reliques : une petite parcelle de la Sainte Couronne, une relique de saint Denis et une de sainte Geneviève.. Le morceau de la Sainte Couronne est installé par Viollet-le-Duc en 1860. Après la restauration du coq en 1935, il y est replacé par le cardinal Verdier, archevêque de Paris..
Le , un nouveau coq est installé au sommet de la flèche après avoir été béni par Laurent Ulrich, archevêque de Paris« Notre-Dame de Paris retrouve son coq à moins d'un an de la réouverture », AFP/Le Monde, 16 décembre 2023.. Cette sculpture dorée, réalisée par l'architecte Philippe Villeneuve, renferme les mêmes reliques que l'ancien coq mais aussi les noms des 2000 personnes qui ont participé à la reconstruction de l'édifice. L'ancien coq est désormais conservé au musée de la cathédrale.
Usages En 1999, des militants escaladent la flèche pour commémorer le soulèvement tibétain de 1959, comme l'avait fait l'alpiniste Chantal Mauduit en 1997.. Sylvain Tesson en fait l'ascension une centaine de fois dans les années 1990..
Jusqu'à sa chute, la flèche est un point du réseau géodésique françaisParis AO, site 75056AO, IGN. Version enregistrée par Internet Archive..
Travaux de restauration Dans le cadre d'un programme global de restauration de la cathédrale d'une durée de dix ans et dont le coût était estimé à d'euros, une opération de travaux de restauration de la flèche débute le par la dépose, à l'aide d'une grue de , des seize statues transportées dans l'entreprise périgourdine Socra, à laquelle a été confiée la restauration financée par le mécénat... Elles doivent être restaurées deux à deux en atelier, alors que les quatorze autres devaient trouver place dans le chœur de la cathédrale pour y être exposées pendant les travaux de restauration de la flèche, dont la durée prévue était de trois ans pour un coût de d'euros..
La restauration de la cathédrale dans les années 1990 n'avait concerné que la façade occidentale. La flèche n'avait pas fait l'objet de travaux depuis 1935-1937.. Or, plus de repérées sur l'édifice ont rendu sa restauration indispensable. Des cassures, déchirures, soulèvement de plaques, fissures sur les soudures ont altéré l'étanchéité de sa couverture de plomb, mettant en péril l'intégrité de sa charpente..