La Manufacture nationale de Sèvres est la manufacture de céramique de l'État français. Fondée à Vincennes en 1740 sous le règne de Louis XV, la manufacture royale deviendra impériale puis nationale. Elle est aujourd'hui l'une des institutions composant l'établissement public des Manufactures nationales - Sèvres & Mobilier national placé sous la tutelle du Ministère de la Culture.
vignette|redresse|Vase de la Vendange représentant Adolphe Thiers, 1873-1874, Paris, musée du Louvre. La manufacture est située depuis 1876 sur un site en bordure du Domaine national de Saint-Cloud à Sèvres dans les Hauts-de-Seine. Le site accueille également le musée national de Céramique. Elle est célèbre pour avoir été le fournisseur en porcelaine des cours royales européennes et encore aujourd’hui de la Présidence de la République française, de Matignon, du ministère de la Culture et des ambassades de France à l’étranger. Une diversité d'artistes invités produisent à la manufacture des œuvres et objets d'art en porcelaine.
Historique
Origines vignette|redresse|Illustration de la manufacture royale de 1756. vignette|redresse|Moulage à la manufacture, 1873.
En 1740, la manufacture de Vincennes est fondée, grâce au soutien de et de Madame de Pompadour,
En 1756, la manufacture est transférée à Sèvres dans un bâtiment construit à l'initiative de Madame de Pompadour, à proximité de son château de Bellevue.. , il est édifié entre 1753 et 1756 par l'architecte Lindet, sous la supervision de l'ingénieur Jean-Rodolphe Perronet, à l'emplacement de la ferme dite « de la Guyarde ». De part et d'autre du pavillon central, surmonté, à l'étage des combles, d'un fronton sans sculpture portant l'horloge de l'ancienne verrerie royale, le bâtiment se développe sur deux longues ailes terminées par des pavillons d'angle aux deux extrémités. Le pavillon central est précédé d'une cour dite du public, fermée par une grille en fer forgé. Face à la manufacture est aménagée une demi-lune pour permettre le stationnement des carrosses des visiteursLe CIEP, historique sur SEVRES.FR..
Au rez-de-chaussée, le bâtiment renfermait les réserves de terres, le bûcher et les dépôts de matières premières. Le premier étage abritait les ateliers de moulage, de plâtrerie, de sculpture et de gravure, ainsi que les fours. Au deuxième étage se trouvaient les sculpteurs, tourneurs, réparateurs et garnisseurs. Enfin, l'étage sous comble abritait les peintres, doreurs, animaliers et figuristes.
En 1756, Louis XV achète l'ensemble des actions de Sèvres et en devient l'unique actionnaire.. La manufacture est ensuite rattachée au domaine de la Couronne en Manufacture de porcelaine 1756-1876, site personnel d'un Sévrien..
Mise au point de la porcelaine dure À l'origine, la manufacture produit une porcelaine tendre, dont Louis-François Gravant a découvert le secret de fabrication. Dans son inventaire après décès du , il est désigné comme « inventeur des porcelaines de la manufacture royale établie à Sèvres ». Cette activité est continuée par son fils, Louis-François II Gravant..
Le gouvernement, et en particulier le contrôleur général des finances Henri Jean Baptiste Bertin (qui ne devient ministre qu'en 1763 et commissaire du roi responsable pour Sèvres à partir de 1767.), s'inquiète toujours de l'avance qu'a prise l'Allemagne dans le domaine de la porcelaine dure.. Bertin est désigné responsable de la production de porcelaine à pâte dure en 1759. À partir de , la manufacture acquiert plusieurs pièces de porcelaine de Frankenthal peintes de scènes de chasse, avec des bords dorés et un décor rococo. Le , Bertin demande à Jacques-René Boileau, directeur (1753-1772) de Sèvres, d'établir un questionnaire destiné à Paul-Adam Hannong, qui y répond le ; mais ce dernier meurt le ; une lettre de Pierre-Antoine Hannong (second fils de Paul-Adam) datée du indique que ce dernier est mort avant que la transaction ait pu être finalisée. De nouvelles ouvertures sont faites à Joseph-Adam Hannong (fils aîné de Paul-Adam), qui se dit possesseur de secrets particuliers ; mais ce dernier se montre encore plus difficile que son père. Et Boileau, qui se déplace jusqu'à Frankenthal, s'assure que ces secrets ne diffèrent en rien de ceux communiqués en 1753. Les responsables de Sèvres s'adressent alors à Pierre-Antoine, qui se montre plus accommodant. Pierre-Antoine signe le chez le notaire Vivien du Châtelet à Paris un acte de vente « des procédés secrets de la porcelaine, au directeur de la manufacture royale de Sèvres, le sieur Boileau, dûment autorisé à traiter de ce marché, moyennant la somme de livres en espèces et de livres de rente viagère… »..
Après signature, Sèvres se rend compte que la recette est inapplicable faute de matière première ; car le premier gisement français de kaolin n'est découvert qu'en 1765, et c'est seulement à partir de cette date que Sèvres peut tirer profit du secret acheté.
Entre-temps, Pierre-Antoine a dû accepter la résiliation du contrat, moyennant livres comptant et une pension viagère de francs. Boileau paye les livres à Pierre-Antoine le .. Une convention est également passée selon laquelle Pierre-Antoine doit venir à Sèvres faire des essais de son procédé en présence des chimistes Jean Hellot et Pierre Joseph Macquer. ; retardées par les démêlés avec son frère, la saisie des terres expédiées de Strasbourg et la vente de la manufacture de Frankenthal, des expériences concluantes ne se déroulent qu'en 1763. Il remet alors à Boileau un cahier contenant les secrets de la porcelaine dure, les indications nécessaires à la construction des fours et celles pour la préparation de la couverte et des couleurs. Selon Lechevallier-Chevignard (, directeur de la manufacture entre 1920 et 1938), c'est en que Louis XV accorde la rente viagère de livres (au lieu des francs indiqués par Tainturier), en paiement de la « satisfaction de ses travaux dans la manufacture de Sèvres ». Ces expériences coûtent plus de livres à la manufacture. Pierre-Antoine continue ses essais jusqu'en 1765, année d'un procès-verbal constatant qu'il « n'a pas une connaissance exacte des secrets, composition et manipulation »..
En 1763, le chevalier d'Aigremont, ambassadeur de France à Coblence, avertit Bertin que le directeur de la manufacture de Kelsterbach est disposé à apporter à Sèvres ses procédés de fabrication. Le conseiller d'État Jacques-Dominique de Barberie de Courteilles, consulté, n'est pas enthousiaste mais, malgré son avis, Bertin fait venir ce personnage qui arrive en : c'est l'arcaniste Christian Daniel Busch, qui en 1753 a déjà vécu sans lui apporter quelque information valable. Il est autorisé à faire — à ses frais — des essais à Sèvres. Il fait construire un four, dit attendre l'arrivée de matières premières et vit encore quelques mois Le romancier Jean-Paul Desprat, dans Bleu de Sèvres, relate différemment la venue de Busch à Sèvres..
En réalité, les recettes sont connues : ce qui manque, c'est le kaolin.
Découverte du kaolin français
Le comte Louis-Léon de Brancas-Laugarais s'attribue la découverte du kaolin français. Il fabrique de la porcelaine avec de la terre de Maupertuis près d'Alençon, et l'Académie reconnaît que sa fabrication « est aussi belle que celle du Japon ». Jean-Étienne Guettard, géologue et ancien collaborateur du duc d'Orléans, proteste qu'il a établi en 1750 l'identité des terres de Maupertuis avec des échantillons venus d'Extrême-Orient et affirme en avoir informé l'Académie dès ce moment. S'ensuit une série de communications à l'académie des sciences en 1764, pour revendiquer l'antériorité de la découverte. Dans le même temps, Macquer dit avoir fabriqué à Sèvres de la porcelaine aussi belle et aussi résistante que celle de Hannong, avec des matières premières uniquement françaises. Il envoie des échantillons à Courteille et lui demande que les comptes-rendus de ses expériences soient déposés dans l'armoire des secrets de la manufacture..
Entre 1765 et 1770, Jean-Baptiste Darnet, chirurgien, découvre un gisement de kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche au sud de Limoges. Le , le comte de Thy de Milly de l'Académie des sciences de Paris, communique à l'académie un mémoire sur la composition de la porcelaine dure. Ce mémoire est publié en 1777 dans l'Encyclopédie, à l'article nommé « Porcelaine ».. Ces travaux sont issus de ses observations effectuées dans les différentes manufactures établies en Allemagne, notamment en Saxe. ..
Commercialisation Des vases de porcelaine à pâte dure furent commercialisés fin 1773..
Le fond écaille apparaît à Sèvres en 1790. Il est employé en 1800 pour les vases Cordelier destinés à la galerie d'Apollon au château de Saint-Cloud en l'an X et en 1803 sur le service écaille utilisé par l'Empereur au palais des Tuileries..
De 1800 à 1847, la manufacture prend son essor et acquiert sa renommée internationale sous la direction d'Alexandre Brongniart, nommé par Claude Berthollet.
Les locaux de la première manufacture royale située à Sèvres 1 avenue Léon-Journault sont occupés à partir de 1881 par l'École normale supérieure de jeunes filles puis, à partir de 1945, par le Centre international d'études pédagogiques.
Femmes à la manufacture royale À la manufacture de Vincennes, en plein développement, en 1748, on crée une « fleurisserie » composée d'une vingtaine de jeunes filles sous la direction de Gravant. Elle est en activité jusqu'en 1753, date à laquelle l'on interdit les femmes au sein de la manufacture. En 1756, Sèvres compte deux cents employés de sexe masculin.
Fabrication de la porcelaine Le kaolin provenait traditionnellement de Saint-Yrieix, près de Limoges. , les sources se sont diversifiées. La couverte, destinée à être appliquée comme émaillage sur la pâte de kaolin après cuisson, est constituée principalement de pegmatite de Marcognac, mélange de feldspath et de quartz..
Le bleu de Sèvres est une couleur caractéristique de la manufacture.. Il s'agit d'un oxyde de cobalt qui est incorporé dans la couverte.
Fours du vignette|redresse|Four à céramique de Sèvres, Dictionnaire de chimie industrielle (Barreswil & Girard, 1864).. Le céramiste Ambroise Milet entre à la manufacture où il est nommé successivement et avant de quitter la manufacture en 1883. L'une des plus grandes tâches d'Ambroise Milet est la construction de six grands fours à bois en 1877. En 1993, ces fours sont classés monuments historiquesClassement des fours par arrêté du 15 mars 1993 in ..
Les fours se composent d'un corps cylindrique séparé en trois niveaux, celui du bas dénommé premier laboratoire (diamètre hauteur ), au milieu le second laboratoire (diamètre hauteur ), et en haut le cône de cheminée (). L'alandier est une ouverture dans le bas du premier laboratoire (hauteur , largeur et profondeur )..
La dernière grande cuisson au bois a eu lieu en 2021. et l'avant dernière en 2016. Lors de la cuisson au bois de 2006, près de 180 pièces ont été mises à « l'Épreuve du Feu », nom de l'exposition qui a ensuite présenté ces pièces, dans la galerie parisienne de la manufacture, avant d'être dispersées. Près d'un an de travail de l'ensemble des ateliers a été nécessaire pour fabriquer et décorer les pièces. L'ouverture du four, comme sa mise à feu ont été retransmises en direct à la télévision. La prochaine cuisson au bois sera indiquée sur le site officiel de la manufacture..
La manufacture aujourd'hui vignette|redresse|Tasses à thé de forme « litron », sorties d'un « four de blanc », portant la marque de la manufacture. vignette|Reportage réalisé à la Manufacture nationale de céramique de Sèvres en France, à l'atelier du Moulin, le 25 avril 2013. Jusqu'en 2009, la Manufacture nationale de Sèvres fut un service à compétence nationale du ministère français de la Culture et de la Communication.